Des clefs et des serrures, le sexisme en métaphores

Des affirmations suivantes, laquelle est sexiste?

Affirmation n°1:   « Si un homme séduit de nombreuses femmes, c’est un Séducteur. Si une femme séduit de nombreux hommes, c’est une Salope »

Affirmation n°2: »Si une clef ouvre de nombreuses serrures, c’est une clé magique. Si une serrure est ouverte par de nombreuses clefs, c’est une serrure de merde »

 

Les deux? Oui bon ok, elles disent la même chose.

Mais elles ne le disent pas de la même manière. Pour ma part, je trouve que la première affirmation ne véhicule pas tous les clichés pervers de la société partiarcale, elle ne fait qu’annoncer un de ses non-sens d’une manière si péremptoire qu’il est plus facile de la contredire que de chercher à l’expliquer.

Quant à la deuxième, elle est beaucoup plus intéressante.

Premier constat: c’est une métaphore. La métaphore se distingue de la comparaison par l’absence de certains termes: « comme », « tel », « à la manière de ». Elle assied donc un parallèle avec beaucoup plus de force. Pour qui manque d’esprit critique, la métaphore est plus difficile à remettre en question de la comparaison. Ici, la métaphore évoque un symbole phallique (la clé) et un symbole vaginal (la serrure). Mais les symboles sexuels ne sont qu’un aspect très négligeable de ce que dit réellement la métaphore.

 

La femme est une serrure,

l’homme est une clé.

 

Comparaison brutale et péremptoire, et définissant les individus par leur sexe, elle évoque un état de nature fatal, contre lequel il est vain d’aller: une clé une clé, une  serrure est une serrure, une bite est une bite, et une femme n’est pas faite pour être pompier. En d’autres termes, elle enferme l’homme et la femme dans des rôles prétendument attribués par leurs différences biologiques (pénis ou vagin).

Mais la métaphore de la serrure sous-entend surtout, de manière très insidieuse, que la sexualité de la femme est une chose qui doit rester cachée, dissimulée, en sécurité, offrir une résistance au mond extérieur. Puisque la valeur d’une serrure se définit par sa qualité à protéger ce qu’il y a derrière, la valeur d’une femme correspond à sa vertu, au sens le plus ringard du terme. C’est à dire, non pas la capacité à choisir ses amants avec une grande attention à leurs qualités, mais celle d’avoir le moins d’amants possibles. Mais la pauvre volonté de la petite serrure est toujours inférieure à celle des millions de clés qui vont essayer de la pénétrer brutalement. Pauvre petite chose!

La métaphore de la serrure apporte également avec elle, outre ce concept de faiblesse, une idée d’immobilité, de passivité, voire même de soumission, dans le sens où une serrure ne choisit finalement pas la clé qui vient l’ouvrir, alors qu’une clé peut aller vers plusieurs serrures (même si elle ne les ouvrira pas toutes, mais au pire on peut toujours y aller au pied-de-biche, même si c’est pas fair-play, c’est toujours aussi phallique).

Ce qu’il y a de plus pervers dans cette image, c’est l’idée que lors du coït, l’homme entre dans le jardin secret de la femme, dans son univers intérieur, dans son intimité, sans qu’il y ait de réciprocité à cette pénétration dans tous les sens du terme. En d’autres termes le rapport sexuel n’est autre qu’une sorte de viol consenti. Un viol de la femme par l’homme, et pas l’inverse. Et  non pas un échange, où chacun découvre l’autre.

Notez bien que je parle de sexisme, et non pas de machisme ou de féminisme. La comparaison est finalement aussi peu flatteuse pour l’homme que pour la femme. La femme n’entre pas dans l’univers intérieur de l’homme, parce qu’il n’en a pas. Il n’y a rien derrière une clé, une clé ne peut qu’ouvrir une serrure et son univers intérieur est derrière une serrure, donc dans la métaphore, le seul univers intérieur de l’homme est celui d’une femme. Cette idée que seules les femmes dissimulent un espace protégé est typique de la pensée sexiste, dans laquelle les hommes sont des êtres sans profondeur, sans sensibilité, qui ne ressentent ni émotions, ni sentiments. Une pensée sexiste qui oblige les hommes à se conformer à cette image et les oblige à réprimer et nier leurs sentiments, faisant d’eux des êtres faibles et très seuls.

 

FInalement, la deuxième affirmation explique bien la première. Maintenant, tout est clair! Mais ce que j’aime le plus, dans cette métaphore à la con, c’est l’idée pseudo-romantique que toute clé trouvera sa serrure. Pourtant, j’ai encore chez moi un paquet de clefs qui n’ouvrent rien…