Pour ceux qui n’ont pas la parole

Pour ceux qui n’ont pas la parole, parce qu’ils sont différents, il faut bien que quelqu’un la prenne.

Pour ceux qui ne peuvent pas se défendre il faut bien que quelqu’un le fasse.

C’est tellement facile de faire ce qu’on veut d’eux. Quant ils se plaignent, il suffit de ne pas écouter. Il faut débrancher son cerveau, se dire que c’est qu’un animal, et que ce qu’il ressent n’est pas très important. Il suffit de se dire que la douleur et la souffrance qu’il ressent n’est pas exactement la même que celle qu’on ressentirait dans la même situation, si on était enfermé, torturé, battu. Il suffit d’oublier à quel point on se ressemble et de nier à quel point nos douleurs se ressemblent.

La négation de l’autre est une étape importante pour lui faire du mal.

Et la négation est plus facile que l’empathie, bien que plus artificielle.

Combien de fois j’ai entendu cette idée bizarre: « il faut bien traiter les animaux, mais les tuer n’est pas grave ».

Ben tiens, parle à leur place, qui t’en empêche? Eux, quand ils reculent devant la lame du couteau? Mais tu ne les regarde même pas faire, tu t’en fous. Alors vas-y, parle pour eux. « ça nous dérange pas de mourir », qu’ils diraient s’ils pouvaient parler?

Mais je vais t’en dire une bien bonne: ils peuvent parler. Mais tu ne les écoutes pas.

Alors c’est facile pour toi d’abuser d’eux, en prétendant que ça ne les dérange pas de mourir. C’est facile pour toi qui a le pouvoir, tandis qu’eux subissent.

Et, mêlant l’abus de pouvoir à l’hypocrisie, pendant que tu te régales de la chair d’un être qui a souffert chaque minute de sa courte vie, tu te lances dans des considérations morales sur la manière dont il faut abattres les animaux, c’est à dire « sans souffrance ».

Tu ignores, bien sur, si l’animal que tu viens de manger à été abattu sans souffrance, mais pour ta consciences, tu supposes que oui. Et parce que toi, tu ne veux pas souffrir d’empathie, tu ne laisseras personne te détromper là-dessus.

Mais être étourdi puis égorgé, de même qu’être égorgé tout court, n’a jamais fait du bien à personne. Tu n’as pas envie d’imaginer ce que ça ferait d’être égorgé, même sans savoir ce qui va t’arriver une minute avant (et si tu crois que les animaux ne sentent pas, ne savent ce qui se passe dans un abattoir, qu’ils vont parfaitement bien et ne ressentent aucune frayeur alors que leurs congénères sont en train de se faire tuer, alors soit tu es hypocrite, soit tu es stupide). Tu n’as pas envie d’imaginer ce que c’est d’être égorgé et tu ne le fais pas. Tu préfères profiter du système. Se poser des questions fait mal.

Et si tu es en forme, tu te lances aussi dans un discours bien-pensant selon lequel les animaux doivent être « bien traités » pendant leur courte vie. Bien sur, quelques minutes après, tu auras oublié. Et tu choisiras une barquette au rayon viande, tu demanderas de la viande au self de la caféteria, alors que tu sais pertinemment qu’il s’agit de viande industrielle, que ces animaux ont été enfermés, maltraités, mutilés, séparés de leur famille, réduits à rien, qu’ils étaient déjà morts avant d’être abattus. Mais tu ne veux pas admettre que tu t’en contrebalances.

Tu prends la parole pour eux, sans te demander ce qu’ils disent, eux, dans ces hangars sombres et puants, où l’on cultive la chair dont tu te régales.

Ils disent qu’ils ont peur, ils disent qu’ils ont mal. Mais c’est tellement plus commode de leur faire dire: « on est bien traités, et puis si on nous abat sans souffrance, tout est OK ».

Ben voyons. Tout va bien alors. Mange ta barbaque.

 

Tu aurais pu manger autre chose à la place, bah ouais. Mais bon.

 

C’est que des animaux après tout. On peut parler à leur place. On peut décider pour eux. On peut utiliser ce pouvoir pour notre petit confort personnel.

C’est sur, c’est pas bien marrant d’être enfermé toute sa vie dans un hangar qui pue, d’avoir mal partout, de se faire arracher les couilles à vif au scalpel, de pas pouvoir remuer un membre, d’avoir mal un peu partout à force de pas pouvoir bouger, de devenir fou à cause de l’ennui, de passer toutes ces heures dans le noir à crier, à gémir, puis à souffrir en silence, et de mourir d’une mort violente, sans jamais avoir rencontré la lumière du jour.

 

Mais c’est tellement plus pratique!

 

S’il fallait faire autrement, ce serait compliqué. Trop compliqué. Ouais, surement que ça les dérange pas tant que ça. Surement que c’est pas si grave.