Les chevaux du temps

Dans la brume incandescente

Marchent les chevaux du temps

Sur de mornes chemins.

Le ciel factice, opaque et clair,

Couvre à n’en plus finir les arbres mordorés

Qui tremblent à la lumière trompeuse

Murmurent des paroles sages aux gens qui passent

Et bordent le chemin

Avant de tomber tout à coup

Terrassés aux lendemains des siècles par l’éternité sinueuse.

Pourquoi les enfants des magasins bio sont-ils plus mignons?

« Mais tu vas la fermer, sale morveux? »

Combien de fois j’ai eu envie de dire ça?

Oui oui, moi qui photographie des plumes de pigeon dans l’herbe et des petits papillons en corrèze. Moi la végane qui aime les chiens et les coccinelles. Hé bien oui, moi, je pense très souvent
« lafermesalemorveux ». Très souvent.

Les connards diront que c’est normal, parce que je préfère les animaux aux humains. Refléxion stupide s’il en est, étant donné que les humains sont des animaux, et je les considère comme tels (et
moi avec bien sur), donc je ne vois pas pourquoi je m’accorderais davantage le droit de les détester. En particulier les enfants, qui sont moins atteints des tares qui touchent le reste de
l’humanité.

Et pourtant, je ne les supporte pas ces sales mômes. Ils émettent des hurlements hystériques à rendre violent un moine tibétain. Dans la rue, dans les supermarchés, dans les transports en commun.
Ils sont partout.

Monumental Fail

AAARGGHhhhh mais vous allez la fermer sales morveux !!!!

 

Sauf dans les magasins bio.

Mystère?

 

Paradoxalement, c’est en entendant crier un gamin dans un magasin bio que je me suis fait cette réflexion. Ca faisait un moment que je me disais que les enfants des magasins bio sont généralement
beaucoup plus supportables que les gamins des supermarchés ordinaires. Ils hurlent beaucoup moins souvent et parlent beaucoup plus. Par-dessus le marché (bio), ce gamin-là criait, mais ça ne
m’énervait pas du tout. Ca n’avait aucun effet sur moi. Je n’avais envie d’étrangler personne et de ne taper ma tête contre aucun mur, pas plus que de balancer toutes mes provisions par terre
avec un rire hystérique avant de m’enfuir en courant par la sortie de secours, en renversant quelques trucs au passage.

Est-ce la proximité du seitan et de la purée d’amande complète qui me rend zen? Je ne pense pas.

Après un examen complet et attentif de mon dossier il apparait que je suis réellement un genre de sale hippie qui aime les chiens et les enfants, et il en découle scientifiquement que si la
pensée de coller des tartes à des morveux me traverse si souvent l’esprit, c’est parce que j’ai trop d’empathie pour les supporter.

En réalité ce n’est pas le bruit des cris d’enfants qui me dérangent, mais la façon dont ils crient. Il m’est apparu évident que le môme du magasin bio criait juste comme ça, pour tester sa voix, pour jouer. Il poussait des cris comme quand vous êtes tout petit et que vous vous rendez compte que vous pouvez crier et donc vous le faites.

Il n’y avait pas cette note d’hystérie, de souffrance aigue qui rend si insupportable les hurlements d’enfants habituels des transports en commun.

Le plus désarmant finalement est de voir les gens se comporter comme si c’était normal. Les parents en particulier, qui laissent hurler leurs gosses. Or, n’importe quel animal réputé stupide, comme la brebis, est capable de distinguer un cri de détresse d’un cri de communication chez son petit, et réagira immédiatement en cas de cri de détresse. Il m’apparait évident que la plupart des gamins qui hurlent dans la rue ou dans le métro émettent des cris de détresse et non pas de jeu. Leurs parents sont-ils plus stupides qu’une brebis? Oui et non.

 

Je disais tout à l’heure que j’ai d’autant moins de raisons de détester les enfants qu’ils ne sont pas encore atteints des tares de la société actuelle. Hé bien en fait, c’est justement pour cette raison qu’ils sont aussi insupportables. Si leurs parents ne les empêchent pas de hurler, c’est parce qu’ils bossent comme des cons, qu’ils n’ont pas le temps de s’occuper de tout leurs problèmes, qu’ils sont eux-même profondément atteints par les tares de la société qui nous esclavagise et nous pille le cerveau. Trop occupés à désirer ce qu’on leur fait désirer, à se tuer la santé à bosser pour gagner de l’argent, soit pour vivre, soit pour avoir plus de trucs, mais généralement les deux, parce que ce sont souvent les plus pauvres qui veulent avoir le plus de trucs inutiles chez eux. Et comme par hasard, ce sont leurs gamins qui hurlent le plus. Ils n’ont vraiment pas que ça à penser d’empêcher leurs gosses de hurler. Même si les hurlements m’énervent, je les vois bien, les parents dans les hard-discounters (les gamins des hard discounters sont les pires, heureusement que je ne les fréquente presque plus depuis que je suis passé au végétalisme).
Ils sont généralement crevés, ils en ont parfois 4 ou 5 à gérer en plus d’un boulot pénible et d’un tas d’autres trucs compliqués dont ils doivent absolument s’occuper, ils sont en train de gérer leur maigre salaire en essayant d’acheter le plus de trucs possibles parce que la boîte à connerie leur répète sur tous les tons que c’est ça qui les rendra heureux. Ils ne dorment pas assez, mangent de la merde, sont plein de carences et de mauvais cholestérol, n’ont pas la possibilité de gérer leur rythme de sommeil, et subissent généralement un stress chronique, ce qui a pour effet de faire totalement déconner les mécanismes physiologiques de réponse au stress.

Parenting Fail

Parenting Fail

 

En clair, ils sont malades. Une maladie ordinaire qui n’a plus le nom de folie, puisqu’elle est habituelle et normale. C’est celle des gens, celle de tout le monde.

 

Et donc c’est justement parce que les enfants ne sont pas encore devenu fous qu’ils sont si insupportables. Accepter de vivre dans cette société déconnectée et complètement dingue, ça ne se fait pas tout seul. Les tares de la société sont en train de les toucher, et ça leur fait mal. Un autre endroit où des gamins sont particulièrement insupportables, je trouve, c’est dans le métro. Un endroit souterrain, sombre et puant, plein de bruits et de vibrations totalement insupportables. La seule raison pour laquelle on accepte d’y être, c’est qu’on a pas trop le choix, et si seuls les gamins y hurlent, c’est sans doute qu’on s’habitue même au pire. Mais mettre un gamin dans un endroit sombre, puant, bruyant comme le métro, c’est normal qu’il gueule.

 

Y a aussi la façon très spéciale dont les parents finissent pas gérer leurs gosses une fois qu’ils sont habitués à entendre des hurlements.

Un jour dans un magasin de vêtements, rayon femmes. Une mère avec une poussette. Dans la poussette, un enfant d’environ 3 ou 4 ans. Je fouine dans les écharpes. Je regarde du coin de l’oeil la femme regarder des vêtements. Puis elle se dirige vers les cabines d’essayages. Le gosse crie:

« Mais j’vais pas rester là tout l’temps moi! » (à peu près)

Je trouve bizarre de faire les magasins avec un gosse, mais j’imagine qu’elle n’a pas pu faire autrement. Cependant, bien qu’articulant un peu maladroitement, le gamin vient d’exprimer dans un français relativement clair, l’idée qu’il n’a aucune envie de rester tout seul dans une poussette à poireauter pendant que sa mère essaie des vêtements (à cet âge là, 5 minutes à ne rien faire, c’est long, très très long). Celle-ci l’ignore totalement et continue de se diriger vers les cabines. Il augmente donc d’un décibel ou deux:

« Mais j’vais pas rester là tout l’temps moi! »

Pas de réponse. Il essaye donc en mode boucle, en augmentant de plusieurs décibels à chaque fois.

« Mais j’vais pas rester là tout l’temps moi! » « Mais j’vais pas rester là tout l’temps moi! » « Mais j’vais pas rester là tout l’temps moi! » « Mais j’vais pas rester là tout l’temps moi! » « Mais
j’vais pas rester là tout l’temps moi! »

C’est au moment où il comprend plus où moins  que personne ne l’écoutera, que la note de détresse dans sa voix devient insupportable, et au lieu de se taire, il augmente encore le niveau
sonore.

 

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Bon c’est sur j’aimerais bien qu’il la ferme, c’est tout bonnement insupportable à entendre. Mais c’est normal qu’il hurle. Sa mère ne l’écoute absolument pas, apparemment la seule façon d’attirer son attention est de hurler suffisamment fort. Et il semble rodé à ce genre d’exercices. Non seulement sa mère fait preuve d’un manque de respect envers les autres clients du magasin, mais elle traite son gamin comme un animal domestique. Quand un gosse parle il me semble normal d’écouter ce qu’il a à dire et de lui répondre. Mais je suis certaine qu’elle a un tas de raisons et d’excuses, si je connaissais sa vie ou si j’avais un peu plus de recul sur le comportement de cette personne, je comprendrais pourquoi elle agit comme ça et je ne la jugerais pas. Si ça se trouve, elle n’a absolument jamais le temps de s’acheter des vêtements.

Gandhi disait: Etre malade dans une société malade est un signe de bonne santé.

Les gamins sont insupportables parce qu’ils ne sont pas encore profondément atteints par la maladie dont souffrent leurs parents. Un jour ils se lasseront de hurler, ou du moins ils apprendront à ne plus le faire. Au moins en public.

 

Les gens qui fréquentent les magasins bios sont généralement des gens qui ont le temps et les moyens de penser à la qualité de ce qu’ils mangent et à leur qualité de vie en général. Leur niveau de vie est généralement plus élevé, et en toute logique ils devraient être en moyenne plus instruits. Ils souffrent moins des maux de la société, et s’ils en souffrent, ils essaient du moins de se soigner (en mangeant des aliments dignes de ce nom, en faisant attention à leur santé…) car ils en ont la possibilité (financièrement) et/ou la capacité intellectuelle (qui leur permet de prendre du recul sur les problèmes de la vie) voilà pourquoi leurs gamins sont beaucoup plus supportables. Généralement, les enfants des magasins bios discutent avec leurs parents. Bien sur, ça existe dans tous les magasins, mais bien souvent dans les supermarchés ordinaires l’enfant parle et l’adulte n’écoute pas, donc l’enfant se met à crier pour attirer l’attention. Ce qui est particulièrement injuste, c’est que l’enfant qui est écouté et qui discute est stimulé intellectuellement, il a des chances de devenir meilleur à l’école et donc de faire partie plus tard d’une catégorie socio-professionelle plus élevée. Voilà pourquoi la pauvreté et l’ignorance crasses sont héréditaires, sans pour autant être génétiques.

 

Donc finalement, si vous avez très envie de coller des baffes à des mômes, c’est peut-être que vous aimez les enfants. Mangez bio, c’est meilleur pour la santé et pour vos nerfs.

 

les photos sont tirées du blog Parent Fail

http://www.parentfail.com/