Le chien et le mec dans la maison en flammes

J’ai exposé dans le précédent article des considérations scientifico-métaphysiques hautement complexes à propos d’une situation complètement idiote et qui n’existe pas. Il s’agissait de la situation dans laquelle je peux sauver un chien ou un humain avec une seule bouteille d’eau.

 

Vous aurez noté que j’ai brièvement exposé une situation similaire, tout aussi stupide et inexistante, dans laquelle je peux sauver un canidé ou un humanoïde d’une maison en flamme, en un court laps de temps.

 

Faisons encore un gros effort d’imagination pour nous mettre en situation: je dois braver les flammes pour aller chercher un humain ou un chien qui ne peuvent en aucun cas sortir seuls, ce qui laisse à penser qu’ils ont perdu connaissance à cause de l’asphyxie causée par les flammes. Mais je sais exactement ou ils se trouvent et, par un procédé de divination surnaturelle, je sais aussi que je ne pourrai en sauver qu’un. Notons que si le chien est de petite taille, je pourrais très bien le porter avec moi en allant chercher l’humain. Cette situation ne permet donc que de discriminer l’humain des races de chien de grande taille. C’est pourquoi les chinois, qui ont pour habitude culturelle de consommer de la viande de chien, consomment principalement des chiens de race saint-bernard. En effet, il est très difficile de porter un saint bernard et un humain en même temps, et donc nous nous heurtons à l’impossibilité de les sortir tous les deux d’une maison en flamme. Nous en concluerons logiquement que les saint bernards peuvent être mangés. Cette procédure de discrimination hautement sophistiquée ne peut s’appliquer ni aux jack russel, ni aux caniches nains ou autres races de chiens de petite taille. De plus, ces races ayant une truffe très proche du sol, elles seraient sans doute moins sujettes à l’asphyxie.

 

Mais je m’égare.

 

Vous, végétariens, vous n’êtes pas sensibles à cette logique imparable. C’est sans doute parce que vos parents ne vous aimaient pas quand vous étiez petit. Dès lors, lorsqu’on vous posera cette question au prochain repas en famille, que répondre pour sauver la face?

 

Personnellement, on m’a déjà posé très sérieusement la question dite du « chien et du mec dans le désert », et j’ai répondu tout aussi sérieusement qu’il serait toujours temps d’y réfléchir le jour où cela m’arrivera. Mais mon interlocuteur semblait peu satisfait. Je lui ai donc demandé ce qu’il ferait s’il était dans le désert avec un couteau, une vache et des bols de riz.*

 

Mais vous ne pouvez pas vous contenter de détourner la conversation avec des comparaisons idiotes entre manger en tuant et manger sans tuer. C’est stérile. Vous devez donc jouer le jeu et répondre en toute honnêteté.

 

N’oubliez pas de demander des précisions sur les relations que vous avez avec le chien et avec l’humain, et sur la taille et le poids de chaque individu, afin de gagner un peu de temps pour réfléchir. Puis changez de sujet à la première occasion. Vous ne devez surtout pas admettre que vous préférez les humains aux chiens, sinon, vous avez tort d’être végétarien. Et vous ne devez jamais admettre que vous préférez les chiens aux humains, sans quoi vous passerez pour un misanthrope aigri.

 

Si le changement de sujet de conversation de fonctionne pas, essayez d’introduire une autre espèce dans la maison en flamme, ça pourra toujours embrouiller votre interlocuteur.

 

*cette conversation est rigoureusement authentique.