Du welfarisme a l’abolitionnisme, ou comment la cohérence éloigne des normes

J’ai exposé dans la précédente note, les raisons pour lesquelles, si on devient réaliste, on se rend compte qu’une certaine dose de souffrance est nécessaire si l’on veut élever des animaux, l’abus étant inhérent à la notion de propriété d’un être sensible. C’est donc en particulier vrai pour la viande, mais aussi pour toute forme d’élevage. J’insiste sur la viande, car en toute objectivité, si l’on se débarrasse de ses a priori culturels, il est difficile de considérer que l’abattage d’un animal en parfaite santé pour utiliser sa chair n’est pas un abus.

 

 

Le welfarisme se définit comme une défense du bien-être des animaux d’élevage qui  ne remet pas en cause l’élevage. Dès lors, il devient difficile de dire si le welfariste est un fantasmeur ou un hypocrite.

 

De deux choses l’une.

Soit le welfariste est quelqu’un qui s’imagine qu’on peut élever des animaux dans le monde entier sans que jamais aucun de soit frappé, ou affamé, ou assoiffé, ou maltraité d’une quelconque manière, et qui considère qu’abattre un animal pour vendre sa chair n’est pas un acte de violence à l’encontre de cet animal. Et là, on est dans le fantasme.

Soit le welfariste est quelqu’un qui défend le droit des animaux à ne pas souffrir, tout en acceptant qu’ils souffrent pour que l’on puisse les utiliser pour leur lait, leur viande, leur laine, ou quoi que ce soit. Etant donné que les vegans prouvent chaque jour que ces choses ne sont pas nécessaires, considérer que ça vaut le coup que les animaux souffrent pour ça, tout en prétendant défendre leur droit à ne pas souffrir, c’est de l’hypocrisie

 

En réalité, je pense que c’est ni l’un ni l’autre, voire un peu les deux. Le welfariste est juste quelqu’un qui a le cul entre deux chaises. Il n’aime pas trop que les animaux souffrent, mais il n’a pas envie de renoncer à les utiliser, donc il faut bien qu’ils souffrent quand même un peu. Ce pseudo-raisonnement ne mène nulle part. Bref, cela revient à ce que je disais au départ: le welfarisme est l’objet d’une réflexion inaboutie, voire d’un embryon de réflexion, qui omet de se débarrasser de ses carcans intellectuels.

 

On peut également voir le welfarisme comme le résultat de la schizophrénie sociale évoquée par Gary Francione. D’un côté, les animaux sont des êtres sensibles, de l’autre côté, on a le droit de les utiliser comme des objets. Le résultat est une pensée avortée, qui prétend défendre la vie sans mettre en danger l’économie, défendre les intérêts de l’animal sans s’opposer à sa mise à mort inutile.

 

Soit on défend les intérêts de l’animal sans remettre en cause les normes, les conventions sociales, l’économie, sans remettre en question les valeurs que la société nous a inculqué, donc en restant « modéré » et on se retrouve le cul entre deux chaises, on reste welfariste. Soit on défend les intérêt de l’animal, un point c’est tout, et on devient abolitionniste. Pour cela il faut bouleverser un peu ce qu’on a appris jusque là, ce qui n’est pas facile. Tout dépend de deux choses, principalement: si l’on est finalement prêt à accepter que des animaux souffrent pour nous, et si l’on est prêt à remettre en question tout ce en quoi l’on a cru jusqu’alors. Car, il ne faut pas se voiler la face, il est nécessaire de renoncer à énormément de ses croyances et des idées que l’on a apprises, pour aller jusqu’à l’abolitionnisme.

 

C’est pourquoi l’abolitionnisme est perçu comme extrêmiste (par rapport aux normes sociales). L’abolitionniste peut être vu comme un welfariste qui ne se serait pas laissé arrêter dans son raisonnement par les convention sociales. Dans la défense pour les droits des animaux, il faut malheureusement choisir entre l’incohérence et la déviance. Je choisis la déviance.