Pour en finir avec les chiens et les mecs dans le désert

Je viens donc d’exposer les raisons pour lesquelles défendre les droits des animaux revient, si l’on souhaite être cohérent jusqu’à au bout, à adopter une logique abolitionniste.

Les incohérences  inhérentes à la logique welfariste conduisent à beaucoup de propos ridicules et parfois drôles. (Malheureusement, elles conduisent également à des prises de décision ridicules et pas drôles du tout pour les animaux qui en sont victimes, mais j’y reviendrai).

Parmi ces propos, le coup du chien et du mec dans le désert occupe une place de choix. (avec son proche cousin, le chien et le mec dans la maison en flammes). C’est pourquoi je me suis amusée avec ces situations, et je pense qu’on pourrait continuer longtemps, tant elles relèvent de l’absurde.

La question du chien et du mec dans le désert pose une pseudo-réflexion sur la valeur de la vie qui est finalement assez proche du welfarisme, en ce qu’elle cherche à définir un statut de l’animal propre à la logique carniste. La logique de ce problème montre que celui qui l’énonce n’est pas capable d’envisager un statut autre pour le chien que celui que le welfarisme suppose. Ce statut n’est pas énoncé clairement, il n’est pas défini d’une façon claire et correcte, c’est pourquoi il faut recourir à des situations compliquées et improbables pour essayer de l’expliquer. Evidemment, pour peu qu’on ait un poil de logique, ça ne marche pas.

Quel est ce statut? Il s’agit du statut intermédiaire entre celui d’animal et celui d’objet.

Il est couramment employé dans notre société, et révèle notre schizophrénie sociale une fois de plus. Nous sommes incapables de voir que les chiens et les moutons sont des êtres vivants sensibles et conscient dont la vie est précieuse, qu’ils ont des émotions, une pensée différente de la notre, nous persistons à ne pas voir tout cela et à les considérer comme nos inférieurs; et en même temps, nous voyons que ces êtres sont « davantage que des objets » et que nous ne pouvons pas vraiment les traiter comme tels, comme s’ils ne ressentaient strictement rien. Plutôt que de chercher à définir en quoi nous nous ressemblons et en quoi nous sommes différents, nous inventons le statut d’animal, à mi-chemin entre l’humain dont la vie est précieuse et intouchable, et l’objet dont on dispose à sa guise. Le welfarisme repose sur cette base et elle montre clairement, encore une fois, à quel point il est une réflexion inaboutie.

La loi française elle-même est pleine d’incohérences quant à la façon dont il convient de traiter les animaux, puisqu’elle les définit comme tantôt comme des bien meubles, tantôt comme des « être sensibles » (loi 214 du code rural). Il est interdit d’exercer des actes de cruauté sur ces biens meubles sensibles… Sauf quand une tradition locale ininterrompue peut être évoquée. Toujours selon l’article 214, tout animal « doit être placé dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce » ce qui n’est clairement pas le cas dans 95% des élevages, et ce même en supposant qu’ils respectent scrupuleusement les lois rurales qui régissent ce type d’établissement (taille des cages, etc). On pourrait continuer longtemps la liste des contradictions!

Pourquoi ce statut ambigu? La question de la différence entre l’humain et les autres animaux est sans doute une des grandes questions qui fait dire le plus de sottises. Déjà, on l’énonce généralement d’une façon absurde: on dit couramment « différence entre l’homme et l’animal ». Ce qui est un non-sens, puisque les humains sont des animaux.

Je reviendrai sur cette question, car elle mérite à elle seule un examen attentif (on pourrait même y consacrer un livre… ou toute une bibliothèque). Mais globalement, on peut dire que les différences énoncées sont généralement fausses ou très superficielles, ou même souvent les deux, et généralement, il n’y a aucun lien logique entre ces différences et le statut de l’animal qu’elles justifient. Non seulement le statut de l’animal n’est pas clairement établi, mais on peine à trouver des arguments pour le justifier.

En l’absence d’arguments logiques, on place mentalement des chiens et des humains dans le désert ou dans des maisons en flamme… Cela suffira-t-il à nous faire oublier à quoi rêvait la nuit le contenu de notre assiette?