L’omnivore défendant et le cri de la carotte

Le cri de la carotte est le dernier bastion derrière lequel se retranche l’omnivore culpabilisant.

 

J’en ai eu un bel exemple dans mes commentaires ces jours-ci.

 

L’omnivore culpabilisant, aussi appelé omnivore défendant, est un drôle d’animal.

Son comportement rappelle furieusement certains aspect du troll internet décrit par wikipedia: attaques sur la forme, sophismes, dire tout et son contraire, ne jamais répondre directement aux questions posées, provocations, agressivité latente.

 

Attention, qu’on se mette d’accord. Je ne parle pas de tout omnivore qui viendrait discuter sur ce blog ou un autre blog abordant le végétarisme ou sur un forum végétarien ou vegan. Non, je parle bien de l’omnivore défendant, c’est une catégorie bien spécifique.

 

Comment reconnaître un omnivore défendant?

Comme je l’ai dit, le logique végétarienne est cohérente et d’une logique rigoureuse. Elle est basée sur un raisonnement simple qui appelle certaines valeurs éthiques que l’on trouve dans notre société, mais de façon incomplète, comme je l’ai démontré. Cependant, aller au bout de ces valeurs implique de remettre beaucoup de choses en questions.

L’omnivore classique aura souvent une objection à faire à votre logique, une question à poser qui implique que vous pouvez peut-être vous tromper. C’est normal. En général, ce sont des choses qu’on a déjà entendu plusieurs fois, mais puisqu’on est là pour discuter, ça ne fait rien de se répéter. Et parfois, ce sont des idées relativement nouvelles, ou formulées d’une façon inédite, qui peuvent apporter de l’eau au moulin de notre réflexion, et c’est toujours bon à prendre. Quoi qu’il en soit, ce type de débats autour du végétarisme est toujours bon à prendre, puisque, du moins c’est mon avis, la réfléxion autour de ce type de sujets ne peut qu’être positive. Débattre de l’éthique, s’interroger autour de l’éthique, c’est déjà le début d’avoir une éthique. Moins on débattra, moins on réfléchira, plus on fera n’importe quoi et on aura des comportements dangereux.

 

L’omnivore défendant, lui, n’a pas vraiment d’objections à faire. Il souhaite, en deux lignes, vous faire comprendre que votre raisonnement est nul et ne vaut rien. Le plus vite possible, il souhaite clore le débat. Malheureusement, il n’a pas pris en compte le fait que votre discours est le résultat de plusieurs semaines, mois ou années de réflexion sur un sujet auquel lui-même a toujours soigneusement évité de penser. C’est pourquoi ses arguments sont systématiquement des choses que nous avons entendues mille fois.

L’oreille de l’omnivore défendant, si sourde aux protestations de l’agneau enlevé à sa mère, est cependant assez fine pour percevoir ce son que je n’ai jamais eu la chance d’entendre, le cri de la carotte.

 

Insolente Veggie faisait remarquer avec justesse, dans ce très bon article, qu’il est totalement stupide de comparer les animaux qu’on mange aux légumes tout en omettant de les comparer à l’être humain. En effet, nous sommes des animaux, il serait donc beaucoup plus juste, objectivement, de comparer l’agneau qu’on égorge à un bébé humain qu’on égorge, plutôt que de le comparer à une jeune carotte qu’on cueille.

 

Mais l’omnivore défendant n’a que faire de l’objectivité.

Vous ne pouvez pas discuter avec un omnivore défendant, c’est simplement une perte d’énergie totalement stérile et inutile. Etant militante à mes heures (dans la vraie vie, pas seulement dans ce blog), je pense que mon énergie est beaucoup trop précieuse pour que j’explique à quelqu’un que les carottes n’ont pas de système nerveux alors que les cochons en ont un très proche du notre et la conscience très développée qui va avec. Ce sera de toutes façons pour m’entendre répondre quelque chose de très intelligent, comme le fait que les cochons n’ont pas de conscience parce qu’ils ne savent pas faire de mathématiques, que la suprêmatie de l’être humain lui permet d’agir sans éthique, que manger des êtres vivants c’est mal donc autant ne pas se préoccuper qu’ils aient une conscience ou sentent la douleur, que quand j’aspire mon tapis, je tue des acariens et que donc être végan ne sert à rien.

L’omnivore défendant n’est pas là pour défendre les acariens ni les bébés carottes. Il est là simplement pour répondre à l’accusation que, selon lui, vous portez sur son omnivorisme. Il est là pour défendre sa viande, et pour cela, il est prêt à toutes les bassesses intellectuelles. Il défendra son bifteack bec et ongles, au détriment de toute vraie logique.

 

Evidemment, la souffrance des plantes pourrait être un sujet de débat intéressant, mais il est tout à fait idiot d’en discuter avec un omnivore défendant qui vient de vous sortir le cri de la carotte. Déjà, il suppose généralement que vous n’y avez jamais pensé (on a un bel exemple ici), ce qui est idiot. Ensuite, il est incapable d’envisager les différences entre manger une carotte, qui est une racine tubérisée, et une pomme, qui est un fruit charnu, et qui est donc destiné par l’arbre à être mangée pour répartir les graines. Il ne connait pas l’existence du fruitarisme, et n’a pas envie d’en entendre parler. Selon lui, le fait qu’on soit obligés de manger des êtres vivants nécessite forcément de mettre à mort des êtres vivants conscients et sensibles (ou sentients), et de ne pas se préoccuper de l’éthique. c’est pourquoi j’objecte parfois que, tant qu’à ne pas soucier d’éthique, autant manger de l’humain. Mais il m’arrive accidentellement qu’en réponse, on me serve un discours réchauffé et moisi sur la Différence entre l’Homme et l’Animal (moi qui avait appris en cours de bio que les êtres humains étaient des animaux, ce qui expliquerait que nous faisons caca…) et la suprêmatie du premier sur le second, pour avoir inventé la bicyclette à ressorts et le peigne à soupape, alors que les lapins ne font que dormir, manger et niquer toute la journée.

 

Non seulement faire face à tous ces sophismes est épuisant et vain, mais en plus, pour mieux se défendre contre sa propre culpabilité, l’omnivore vous accusera perpétuellement de sensiblerie et se permettra d’être condescendant. Je viens d’écrire cinq articles longs et très argumentés, qui font appel à une logique rationnelle et à une éthique cohérente. J’aborde la question du véganisme avec une logique rigoureuse et une cohérence manifeste, ce n’est pas pour me faire accuser de sensiblerie et pour me faire traiter comme une pauvre petite chose portée par ses émotions, par quelqu’un qui vient juste défendre son steack et dont le discours est dirigé par une culpabilité latente. C’est l’hopitâl qui se fout de la charité.

 

Je n’ai pas envie d’entrer dans un tel débat, alors qu’on pourrait dire tellement de choses intéressantes sur la conscience supposée des plantes, sur le fruitarisme, sur les consciences humaines et animales et ce qui les lie ou ce qui les éloigne, sur la valeur de la vie… Je n’ai pas envie de discuter de tout cela avec quelqu’un qui est en train de défendre sa légitimité à manger de la viande. Manger de la viande est un plaisir futile, qui est bien au-dessous de toutes ces considérations, et qui oriente considérablement le débat vers le râs des paquerettes. Je pense que pour avoir un véritable débat, il faut réussir à garder une certaine objectivité. Quelqu’un qui n’est pas prêt à remettre en question sa consommation de viande n’est donc pas intéressant comme intervenant dans un tel débat.

 

C’est pourquoi je ne me foulerai pas pour répondre aux messages agressifs dans lesquels perce la culpabilité.

Je l’ai déjà montré à plusieurs reprises, mais cette fois, je le dis clairement.

Par contre, je suis tout à fait ouverte pour répondre aux questions venant de végétariens ou d’omnivores, je ne viendrai pas inspecter le contenu de votre assiette, promis. Mais je ne répondrai qu’à ceux qui désirent réellement une réponse.