Crested Pigeon

pigeo

 

Ces petits pigeons qui vivent dans le Bush, autour d’Uluru, sont particulièrement beaux, avec leurs ailes rayées et ornées d’une touche de bleu et de rouge. Je crois qu’ils peuvent faire bouger leur crête, c’est rigolo non? Elle est aplatie sur cette photo, mais redressée sur d’autres, ce qui leur donne un petit air punk.

Pour voir plus de photo de ces pigeons, d’autres oiseaux et quelques images d’Uluru et de Kata Tjuta, rendez-vous dans l’album.

La viande au coeur du spécisme

Certains auront remarqué que dans ce blog, je parle un peu plus de viande que des autres pratiques spécistes, qui pourtant sont légions.

 

J’utilise même assez souvent le terme de « végétarien », alors que je suis végane, c’est-à-dire que je considère que le lait, les oeufs, le cuir, et bien d’autres produits de la vie courante, sont, comme la viande, des produits issus de la souffrance, que l’on devrait éviter d’utiliser, afin de cesser d’entretenir le commerce des vies d’êtres sensibles.

 

Si tu lis ça et que tu es ovo-lacto-végétarien, sache que ce n’est pas un jugement. D’ailleurs pour ceux qui ne l’ont pas compris, je veux ce blog totalement exempt de jugements, de dénonciations, d’insultes. Non pas que je ne juge jamais les gens dans la vie courante, mais je m’efforce de l’éviter quand je le peux, ce qui n’est pas tous les jours facile. Mais surtout, les jugements sont stériles, ils ne servent à rien. On ne devrait être soumis qu’au jugement de soi envers soi (et encore…)

 

Donc si tu es ovo ou lacto ou pesco ou flexo ou omnivo ou quoi que ce soit qui se termine ou pas en o, ce n’est pas un jugement contre toi ou qui que ce soit. Mais le cuir, la laine, le lait, et même le miel, sont des produits de l’exploitation et causent de la souffrance tout comme la viande, et leur achat, leur consommation méritent qu’on y réfléchisse. J’ai bien conscience qu’être végan n’est pas facile, voire même peut être presque impossible pour certains, notamment pour les jeunes qui vivent chez leurs parents. Simplement, j’affirme que ces produits ne sont pas des produits ordinaires, que des animaux ont été maltraités ou tués pour les produire. Il ne faut pas que les gens culpabilisent de les utiliser, il faut plutôt qu’ils réfléchissent à la façon dont ils pourraient les éviter, et à ce qu’ils peuvent faire à leur échelle, et à leur rythme, s’ils désirent un peu plus de justice dans ce monde.

 

Ceci étant dit… Malgré cela, j’utilise souvent le terme « végétarien », alors que j’estime qu’être végétarien ne suffit pas, dans la mesure où l’on peut éviter tous les autres produits que les véganes évitent. Et même si la liste de ces produits est longue, je parle beaucoup de la viande. J’ai parlé de la viande de chat, de la viande d’autres animaux que certains rechignent à manger, j’ai parlé en particulier de la viande humaine, et j’en parlerai peut-être encore. Et d’une façon générale, je parle le plus souvent de la viande(1).

 

C’est que je pense qu’être végétarien, c’est déjà un geste fort. Pourquoi?

 

Parce que manger la chair des animaux, c’est un acte de domination sur eux auquel on renonce quand on devient végétarien, ce qui mène à des discriminations, à un  ostracisme dont sont victimes tous ceux qui renoncent à un acte de domination sur ceux qui sont situés en-dessous d’eux dans la hiérarchie sociale.

 

Mais manger de la viande, ce n’est pas seulement une pratique de domination sur les animaux, une pratique spéciste. Je vois la consommation des animaux comme la pratique spéciste centrale.

D’abord parce que, non seulement c’est un acte de domination, mais c’est l’acte de domination le plus total que l’on puisse imaginer: tuer, mettre fin à une vie, supprimer tous les plaisirs qu’un être ressentira dans sa vie, du plus insignifiant au plus important, supprimer son bonheur, le défaire de son bien le plus précieux, et même, en ce qui concerne les animaux, du seul bien qu’ils possèdent, qui est leur vie. Et tout ça pour quoi? Pour quelques minutes de plaisir dans sa bouche.

J’insiste là-dessus, mais je ne veux pas culpabiliser les mangeurs de viande. J’insiste là-dessus parce que je pense que c’est primordial, de considérer à quel point tuer un animal pour le manger est un acte symbolique fort, puisqu’on le prive de tout, pour un tout petit peu de son plaisir à soi.

 

Et je pense que c’est très important, y compris pour ceux qui mangent de la viande, même s’il ne s’en rendent pas forcément compte. D’ailleurs, les chairs les plus appréciées sont celles de très jeunes animaux, que l’on prive d’une vie entière, et non pas d’une partie seulement de leur vie. On dit que leur chair est plus tendre… Peut-être, mais je crois surtout qu’il ont davantage à sacrifier(2).

C’est d’ailleurs une triste raison de préférer la « viande heureuse » pour certains hédonistes. Comme le dit David OIivier dans son article « le goût et le meurtre » des cahiers antispécistes:

« (…) ainsi l’élevage industriel a-t-il aujourd’hui plutôt acquis la réputation de rendre la viande fade. Mais dans ce cas précisément on trouve l’idée fort répandue – et fausse, malheureusement – selon laquelle les animaux élevés ainsi seraient à ce point dénaturés qu’ils ne souffriraient même pas ; ce ne seraient plus que de simples machines. À trop la torturer, on rend sa victime insensible. C’est donc plutôt le veau « élevé sous sa mère », celui qui a quelque chose à regretter quand on l’arrache à la vie, qui nous donnera aujourd’hui une chair savoureuse. »

 

La viande est donc un acte de domination totale. Prendre le lait d’une vache pour se nourrir soi-même plutôt que de le laisser à son petit, c’est un acte de domination. Mais il n’est pas aussi fort, aussi puissant que tuer un animal pour le manger. J’ai d’ailleurs évoqué cet aspect dans mon article sur  la viande humaine: si l’anthropophagie est si fortement réprouvée (davantage que le meurtre), c’est parce que la pratique de domination suprême qui consiste à manger la chair est un sort réservé aux animaux, et réserver ce traitement à un humain est un crime, pas seulement contre cet humain, mais surtout contre l’ordre social, ou plus largement, contre l’Humanité. Cette humanité qui se construit par opposition à l’animalité, en la dominant.

 

Ainsi nous dominons les animaux en les mangeant.

 

La consommation de viande est ainsi considéree par la plupart des gens comme la pratique spéciste centrale (même si bien sur ils ne l’expriment pas en ces termes), et elle justifie à elle seule toutes les autres pratiques spécistes.

 

Si vous entrez dans un magasin de chaussures et que vous demandez des chaussures sans cuir n’ayant pas nécessité l’abattage d’animaux, on vous regarda bien sur comme si vous étiez folle ou fou, et on vous répliquera qu’il faut bien faire de la viande, alors pourquoi ne pas utiliser le cuir? Alors que si vous vous exprimez publiquement contre la consommation de viande, on ne vous dira pas qu’il faut bien faire des chaussures (pourtant, il me semble, mais à vérifier, que le cuir rapporte plus d’argent aux abattoirs de bovins que la viande elle-même). Non, on vous dira que c’est dans l’ordre naturel des choses, que la Nature/Dieu a placé « l’Homme » en haut de l’échelle des êtres, ou que sais-je. Ou pire encore, on vous répliquera « la viande c’est trop bon »! finissant de ravaler au rang de chose cet être sensible, en le niant, en faisant comme s’il n’existait pas. Sa vie ne vaut pas quelques minutes de plaisir dans une bouche humaine.

 

Mais le fait que manger de la viande constitue un acte de domination suprême ne suffit pas à mes yeux pour en faire la pratique spéciste centrale. Si j’accorde autant d’importance à la viande, c’est parce que cet acte de domination, en plus d’être fort, est celui qui réunit tout le monde. Non seulement la consommation de viande montre que les gens sont spécistes, mais je suis persuadée qu’elle entretient et renforce le spécisme des gens, voire même qu’elle peut suffire à le faire exister.

 

Tout le monde mange de la viande. Enfin, tout le monde… Sauf les végétariens, bien sur, qui sont si souvent purement et simplement ignorés, comme s’ils n’existaient pas, car s’ils existent, alors la vie des animaux pourrait valoir davantage que quelques minutes de plaisir et un peu d’argent.

Le problème de la viande, c’est qu’en étant si fortement ancrée dans les habitudes culturelles, elle ligue les gens contre les animaux. Ce n’est pas un hasard si, lors des actions contre la fourrure, lors des manifestations contre l’utilisation d’animaux dans les cirques, ou contre la corrida, j’ai si souvent entendu: « mais vous mangez bien de la viande! »

Non, nous ne mangeons pas de viande! Ce à quoi les gens répondent: « mais tout de même, vous ne pouvez pas empêcher

les gens de manger de la viande! »

 

Mais pourquoi manger de la viande? Peut-être précisément parce que tout le monde le fait. Et, comme on justifie de manger du chat ou du cheval par le fait « qu’on mange bien les autres animaux », on justifie de faire des objets en cuir parce que « on mange bien les animaux », on justifie aussi la chasse, la fourrure, la corrida, la détention et le dressage d’animaux sauvage, par le fait que les gens mangent bien de la viande.

 

Et les gens approuvent. Ils mangent bien de la viande, non? Et ils ne sont pas de mauvaises personnes, pourtant. Alors ça ne doit pas être si mauvais que ça. Ca ne doit pas être si terrible d’utiliser les animaux, de les tuer. Puisqu’eux-même le font.

 

Tout le monde mange de la viande.

Ainsi, les gens se désolidarisent des animaux devant le constat qu’eux-même les asservissent, de la façon la plus terrible qui soit; et qu’ils pensent avoir besoin de cet asservissement pour continuer à vivre.

 

Etre végétarien, c’est déjà remettre en question cet ordre des choses, le déclarer pas si parfait, considérer comme pas si innocent l’utilisation de l’animal, et c’est donc le début potentiel d’une remise en question totale de la place de l’animal dans la société.

 

(1) Quand je parle de « viande », je pense en réalité à la chair animale, ça inclut donc aussi le poisson.

(2) D’ailleurs, dans l’industrie de la viande, les animaux sont presque toujours tués très jeunes. Les animaux élevés pour leur chair sont tués soit tout bébés, soit très jeunes. Par exemple, les poulets de chair sont abattus à l’âge de 6 ou 7 semaines, ce ne sont en réalité que des poussins hypertrophiés qui sont le résultat d’une sélection génétique rigoureuse. Même les animaux « adultes » ne vivent pas bien longtemps: le boeuf est abattu à l’âge de deux ans et demi, les porcs Large White sont tués à l’âge de 145 jours, soit environ 5 mois. Les seuls animaux qui vivent un peu plus longtemps sont ceux qui sont utilisés pour autre chose: les poules pondeuses vivent un an et demi et les vaches laitières environ 4 ans. Bien sur il y a aussi des raisons économiques à cela, mais on mange très peu les vieux animaux.