Le mythe de la pureté

Si j’ai abordé hier le thème des critiques contre le veganisme, ce n’est pas simplement pour les contredire. C’est parce que mêmes les plus absurdes, comme celle du tout-ou-rien, cachent en réalité une logique. Le tout-ou rien est en fait la partie émergée de l’iceberg de l’incompréhension; il se base sur le mythe de la pureté aussi bien que toutes les critiques intelligentes du veganisme que j’ai pu lire. Ce mythe donne lieu a toutes sortes d’objections de la plus absurde à la plus cohérente. Mais voila un moment que je te bassine avec le mythe de la pureté et je n’ai toujours pas développé ce que c’était. Entrons donc dans le vif du sujet.

Le mythe de la pureté

Qu’est-ce que le mythe de la pureté?

Le mythe de la pureté est l’idée selon laquelle le vegan est, ou se veut, un être pur et parfait, vierge de toute nuisance exercée, volontairement ou non, contre tout autre être sensible ou potentiellement sensible.

Si on croit que le veganisme consiste a être pur et parfait, alors on comprend mieux pourquoi l’objection du tout-ou-rien. Ca revient finalement à dire: tu as echoué dans ta tentative d’être pur et parfait, donc ce que tu fais n’a aucun sens, abandonne.

Pourquoi le mythe de la pureté ?

C’est vrai ça, pourquoi? Les écologistes eux aussi modifient leur façon de vivre pour tenir compte d’une certaine éthique, et pourtant on ne leur objecte pas une logique du type tout-ou-rien, du moins pas à ma connaissance. Pourtant il est impossible de n’avoir aucun impact sur l’environnement tout comme il est impossible de n’utiliser aucun produit animal et à plus forte raison, impossible de ne nuire à aucun être vivant. Ca n’empêche aucunement de faire les efforts nêcessaires pour rêduire cet impact.

Je crois que le mythe de la puretê existe à cause de l’intransigeance dont font preuve les vegans dans certains aspects de leur vie. J’ai expliqué dans un précédent article pourquoi cette intransigeance et comment, derrière l’apparente difficulté, le veganisme est quelque chose de très facile.

Mais aux yeux d’une personne spéciste, ce que fait un vegan n’est pas tout à fait clair. Par exemple, refuser le miel n’a aucun sens pour beaucoup de gens. Mais la raison du refus du miel est très simple: le miel est le produit d’une exploitation et les abeilles devraient pouvoir vivre pour elles-même et non pas être les instruments des humains.

Le veganisme est une réponse à l’injustice du monde. Bien sur il existe beaucoup de réponses, ne serait-ce que parce qu’il y a beaucoup d’injustices. Mais le veganisme est une réponse simple à une (très grande) injustice: l’esclavage des animaux, le fait qu’il existe des êtres libres et d’autres qui sont des propriétés, des moyens pour une fin qui leur échappe.

Bien sur, puisqu’un vegan est par définition sensible à ce problème de l’exploitation des faibles par les forts, il sera généralement sensible à d’autres injustices: ouvriers exploités par des patrons qui s’en mettent plein les poches, écologie, etc…

Mais enfin ce sont parfois des problèmes complexes et difficiles à résoudre. Ca ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’en occuper, ça ne veut même pas forcément dire qu’ils sont secondaires. Mais ils sont difficiles. Je veux bien être écolo, mais quand même j’ai besoin d’électricité, je bouge, je voyage… Si on voulait être parfaitsil faudrait qu’on aille vivre dans des grottes et qu’on mange des racines sauvages. Or, c’est justement ce que le veganisme n’est pas.

Quand on devient vegan il y a certes une rupture sociale, on est plus d’accord avec le reste de la société sur le rapport que nous entretenons avec d’autres formes de vie. Mais le veganisme se marque pourtant par une volonté de vivre dans cette société, de la changer de l’intérieur. Les vegans gardent beaucoup de leurs repères (il suffit de voir par exemple la multitude de simili-carnés qui existent sur le marché…). Ils sont issus de cette culture. Le veganisme ne sort pas de nulle part, il est issu de la société occidentale, de ses incohérences, de ses contradictions. Il en est le produit naturel. On peut être vegan et aller vivre dans une grotte, mais le veganisme  ce n’est pas ça.

Pourquoi ne sommes-nous pas parfaits? Pourquoi on prend la voiture et l’avion? Pourquoi on ne fabrique pas notre propre papier sans composants animaux? Pourquoi on utilise des ordinateurs et des portables? Pourquoi on ne passe pas tout notre temps libre à militer (et même certains ne militent pas du tout)?

La réponse tient en quelques mots: c’est parce qu’être parfait, c’est dur, alors que nous, nous faisons quelque chose de facile.

Le mythe de la pureté est issu de l’impression fausse selon laquelle le veganisme serait quelque chose de difficile, qui demanderait énormément d’efforts, alors que c’est juste normal. Il y a un gros malentendu, c’est que les gens pensent que le veganisme est un probleme que l’on s’efforce chaque jour de résoudre. Mais être vegan n’est pas un probleme: c’est une solution.