Anthropomorphismes

Anthropomorphisme, subst. m. : crime suprême de lèse-humanité dont se rend coupable tout humain regardant un animal.

Ou plutot: Attribuer à un animal non-humain des pensées ou des émotions humaines.

Pour certains, l’anthropomorphisme est un recours un peu facile aussitot qu’ils ne veulent pas penser à ce que ressentent les animaux, ou le prendre en considération. Pour eux, aussitot qu’on attribue à un animal des pensées ou des émotions tout court, c’est de l’anthropomorphisme.

Evidemment, c’est facile et c’est surtout hypocrite car tout le monde sait bien, au fond, que les animaux ont des pensées et des émotions (sinon on ne ferait pas d’anthropomorphisme: en fait-on avec un ordinateur ou un lave-linge?). Mais nous ne les comprenons pas, ces émotions, ces pensées nous échappent.

C’est facile parce que cela revient finalement a dire que les animaux ne ressentent rien mais qu’ils ont seulement l’air de ressentir quelque chose parce qu’ils font des choses comme nous (pourquoi les font-ils alors?). C’est facile parce qu’ainsi on se fait passer à ses propres yeux pour celui qui ne se laisse pas berner par des ressemblances superficielles. Simplement parce qu’on occulte une importante partie de la réalité. C’est facile et c’est absurde.

C’est facile, mais je dois dire que faire de l’anthropomorphisme sans aucun esprit critique est facile aussi. D’ailleurs, beaucoup de gens ne se privent pas pour faire les deux ! Dire qu’un taureau est perdu et terrorisé dans une arène, pour les aficionados, c’est de l’anthropomorphisme; ils n’hésitent pourtant pas à attribuer à l’animal des sentiments strictement humains, comme la fierté de mourir au combat. La peur, la désorientation, la souffrance de se trouver loin son environnement familier ou des congénères auxquels on s’est attaché, ne sont en rien propres à l’humain, contrairement a l’orgueil de mourir pour des idéaux.

Mais même sans tomber dans des travers aussi évidents, il est difficile d’interpréter le comportement des animaux sans verser, ne serait-ce qu’un peu, dans l’anthropomorphisme. C’est parce que nous ne les comprenons pas. Nous ne comprenons que nous-même.

Comment comprendre ce que ressent une vache, un saumon, une poule? Les consciences animales demeurent désespérément hors de notre portée. Meme les consciences des autres humains, nous peinons a les comprendre. Nous sommes une conscience, nous ne sommes qu’une seule conscience. Plus un être vivant est différent de nous, plus il devient difficile d’imaginer ce qui se passe en lui. Je peux à la rigueur imaginer ce que ce serait d’être un autre humain, c’est déja très difficile. En faisant des efforts d’imagination je peux essayer de songer à ce que ca fait d’être une vache ou un chien. En fantasmant un peu, un poisson peut-être? …Mais une mouche? Une étoile de mer? une huitre?

Evidemment, on interprète beaucoup. Tout de même, sans aller jusqu’à imaginer ce que ca fait d’être une huitre (j’ai mal à la tête rien que d’y penser), on peut essayer d’imaginer ce que ressent une vache quand on lui retire son veau. L’un et l’autre crient pendant des heures, des jours. Est-ce de l’anthropomorphisme que de dire qu’ils pleurent, qu’ils se manquent l’un l’autre? Je ne crois pas. D’ailleurs, je pense que tout le monde sait qu’ils pleurent. C’est après tout de la que vient l’expression « pleurer comme un veau ».

Mais on ne veut pas le dire, et d’ailleurs, même en étant honnêtes, on ne peut quand meme pas affirmer qu’un veau ressent la meme chose qu’un enfant humain. Il y a des différences. Il y a aussi beaucoup de similitudes, mais accepter les similitudes ne signifie pas nier les différences. Et inversement.

En quelques mots… Pourquoi l’anthropomorphisme? Parce que nous savons que les animaux pensent et ont des sensations et des émotions. Mais que nous ne les comprenons pas.

Handicapés que nous sommes d’être nous-même un animal, un seul animal d’une seule espèce… Enfermé dans sa perception, prisonnier de son corps aussi limité que le leur, mais ou les limites ne sont pas les mêmes.