Vindicte populaire à rodhilan

Le 8 octobre 2011 à Rodhilan, une centaine de militants anti-corridas sont allé s’enchaîner dans les arènes où une Becerrada allait se dérouler.

Parmi les articles qui ont relayé l’information, beaucoup ont omis de mentionner la nature du spectacle, laissant entendre qu’il s’agissait d’une corrida « classique ». Cela me semble important de le préciser. La Becerrada est facilement dans le top 5 des choses les plus insoutenables que j’aie eu le malheur de voir dans ma vie (et pourtant j’en ai vues des horreur).

 

 

Dans une corrida classique, le taureau, rendu fou de terreur et de douleur (notamment par des pratiques comme la coupe des cornes, qui se déroule en coulisse; les cornes étant innervées et très sensibles), et n’ayant aucune issue pour fuir, charge les hommes à pied ou à cheval qui lui infligent des supplices supplémentaires pendant vingt minutes, et qui ont également à éviter ses charges, ce à quoi ils réussissent généralement (mais pas toujours).

 

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Source image: blog de Taomugaia

 

Si je prend la peine de préciser l’état d’esprit du taureau pendant cet affligeant spectacle, c’est parce qu’il me semble important de mettre les choses au clair à propos de ce qu’est un taureau. Un taureau est un bovin relativement paisible. Il n’attaquerait pas s’il n’était pas dans une situation éprouvante sans aucun moyen de fuir.

 

Maintenant, qu’est-ce qu’une Becerrada? Une Becerrada, c’est le même principe, sauf qu’on remplace le taureau par un jeune veau, et l’aficionado par un gosse.Sans exagérer, je crois que c’est l’une des choses les plus horribles au monde. Car, si le supplice du taureau est insoutenable, on le voit néanmoins tenter de se défendre comme il peut. C’est horriblement triste, car il se battra pendant vingt minutes avant de subit une mise à mort parfois executée de façon maladroite. Il est difficile d’imaginer un spectacle plus affreux, et pourtant, les Becerrada sont pires. Car les petits veaux n’ont encore aucune agressivité, et il arrive souvent qu’ils se couchent simplement sur le sable et subissent les tortures pendant vingt minutes en se contentant de gémir et d’appeler leur mère. Au terme des sévices d’usage, les jeunes toreros inexperimentés exécutent ensuite une mise à mort généralement plus maladroite encore que celle de leurs aînés, et doivent souvent s’y prendre à plusieurs reprises pour achever le petit animal.

 

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source image: Unanimus

 

Voilà ce qu’est une Berracada et voilà ce que voulaient empêcher les militants en s’enchaînant sur le sable de l’arène.

 

Ce jour-là, j’étais de l’autre côté de la planète, dans le Queensland en Australie, dans la forêt pluviale, à observer des animaux sauvages et à me baigner dans des cascades. J’étais loin de tout ça… Et je le regrette presque, bien que je n’ai pas spécialement envie de me faire passer à tabac par une bande de brutes avinées. Car si j’avais été en France, je serai très probablement allé m’enchaîner avec eux. Parce qu’on ne peut pas laisser ce genre de choses se dérouler. Il faut bien faire quelque chose.

 

Le choix d’une action pacifiste au sein des arènes était très courageux. Les militants avaient pour ordre de ne pas répliquer s’ils étaient victimes de violences. Ils savaient bien que les genre qui viennent assister à la torture de petits veaux ne sont pas des tendres, que la discussion posée, c’est pas tellement leur truc.

Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que la police assisterait muette à leur tabassage par les aficionados (spectateurs ou organisateurs? On ne sait pas, mais je pense que ça doit être un peu des deux). Ils ne savaient pas non plus que de vieux pervers en profiteraient pour malmener tout particulièrement les femmes, pour leur arracher leurs vêtements et leurs sous-vêtements, et laisseraient libre cours à leur violence et à leur lubricité.

 

 

 

Bien sur, dans ce genre d’actions, on sait qu’on risque de prendre quelques coups. On est pas stupides.

Il m’est arrivé de me faire prendre à part par des gens violents lorsque j’ai tenté de défendre les animaux, notamment par des gens du cirque excités et violents. Bien qu’à l’époque je ne connaissais pas les principes de la lutte pacifiste, j’ai toujours refusé de reculer d’un centimètre, et j’ai toujours été profondément résolue à ne pas rendre les coups si j’en recevais. Heureusement pour moi, je n’ai eu à affronter que de basses insultes, des menaces, quelques violences physiques mais je n’ai jamais été blessée, et surtout l’impact émotionnel d’un tel affrontement qui m’a marquée à jamais. Car même lorsqu’on ne se fait pas frapper, c’est toujours extrêmement durs, je pense que ceux qui ne se sont jamais heurté à ces tentatives d’intimidation quand ils cherchaient à défendre une cause, ne peuvent que difficilement imaginer à quel point c’est dur.

 

Ce qui est encore plus dur, et on le sent en regardant la vidéo, c’est de ne pas rendre les coups. Car frapper est facile. Se faire frapper sans rendre les coups, je crois qu’il n’y a rien de plus difficile. Car comment ne pas être contaminé par toute cette haine? Comment ne pas l’éprouver à son tour, face à ces gens que l’on voit descendre dans l’arène et se diriger droit vers les femmes pour les frapper, puis profiter du désordre générale pour leur arracher leurs vêtements? Se diriger vers ceux qui se font trainer dehors pour leur décocher quelques coups de pieds bien placés?

 

Beaucoup de militants ont été sérieusement blessés. Evidemment, c’est le choc émotionnel qui est le plus dur, j’en suis convaincue. Mais tout de même, une jeune femme a eu le pied fracturé. Beaucoup d’entre eux ont eu des blessures sérieuses ayant entraîné des arrêts de travail. Le passage à tabac a duré 20 minutes (temps nécessaire pour traîner tous les militants hors des arènes), pendant lesquels les policiers, présents dans l’arène depuis le début, ont regardé passivement ce charmant spectacle se dérouler sous leurs yeux, sans intervenir. La foule était déchaînée, en une véritable vindicte populaire. Quelqu’un aurait pu être tué. Des femmes ont subi des violences sexuelles. Pourquoi ne pas être intervenus? Je sais que des flics en civil étaient venus assister en spectateurs, mais même si ceux en uniforme étaient plutôt pro-corrida, est-ce une raison pour laisser des militants pacifistes se faire tabasser et molester? On dirait que oui.

 

J’avoue ne pas tout comprendre.

Ce que je ne comprends pas non plus, est le traitement fait à cette affaire par les médias. Le cameraman de France 3 a pourtant été malmené et jeté dehors. Pourtant d’après france 3, il y a eu « quelques petites altercations entre pro et anti corrida ». Ce n’est pas une déformation de la vérité: c’est un mensonge. Il y a eu un passage à tabac de militants pacifistes.

 

12 militants belges étaient présents, et la télévision belge, ainsi que la radio, ont relayé l’information de façon correcte. Qu’est-ce qui ne va pas en France?

 

Les réactions à cette histoire sont presque aussi lamentable que le comportement des aficionados. On accuse les organisateurs de la manifestation d’avoir orchestré ce qui allait se dérouler (comment auraient-ils pu prévoir le comportement incompréhensible des flics censés faire régler l’ordre?) où on s’interroge avec molesse sur le bien-fondé d’actions pacifiques qui peuvent provoquer de la violence. A tous les bien-pensants qui pensent que Gandhi n’était qu’un petit con provocateur, allez donc vous faire taper dessus sans rendre les coups, vous me direz ensuite si c’est aussi génial que vous semblez le croire. Ou alors, allez manifester gentiment au milieu des champs de betterave pour ne gêner personne, mous du bulbe que vous êtes.

 

Exemple de traitement par les médias belges: Des militants anti-corrida descendent dans l’arène

A titre de comparaison, sur le site de France 3, on peut lire: « quelques altercations, entre anti et pro-corridas, ont eu lieues. »

 

Edit: j’ai ajouté un article qui réunit plusieurs témoignages de militants présents lors de cette action et ayant subi des violences. Il est probable que d’autres témoignages y soient ajoutés dans les jours qui viennent.