Voyage au nord du vietnam

 

Nous avons fui Hanoi pour un voyage d’une quinzaine de jours dans le nord du Vietnam.

Nous avons d’abord fait route vers Ninh Binh, vers le sud.

 

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Nous sommes ensuite remontés vers Mai Chau, puis Son La et Muong Lay, au nord-est, pour finalement arriver à Lai Chau, tout près de la frontière chinoise.

A Sapa, nous avons marché quelques jours dans les montagnes. Avant de redescendre sur Hanoi pour nous diriger ensuite vers la baie d’Along.

Voilà pour les grandes lignes. Le voyage a bien sur été riche en péripéties, et rencontre et en paysages. Loin de Hanoi et ses motos, le vietnam rural est plein de charme, et les gens y sont généralement souriants et sympathiques. Nous avons également fait  quelques promenades dans la jungle, et visité le centre de sauvegarde des primates et tortues en danger du Vietnam.

Ce serait trop long de tout raconter ici. Pour commencer, je viens de publier trois album photos, mais d’autres sont prévus dans les prochains jours.

 

Vietnam mélancolique

Avec ses montagnes noyées de brumes, et ses sculptures perdues qui évoquent des ruines, le Vietnam offre parfois des paysages d’une beauté singulièrement triste.

Gardien

 

Vietnam Nature

Quelques clichés beaucoup plus colorés… Surtout en vert. Quelques petites merveilles de la Nature au Vietnam.

Araignée étrange

 

Paysages du Vietnam

D’autres paysages du vietnam, plus gais et colorés. En particulier, la fameuse baie d’Along, aussi belle à l’aube qu’au crépuscule. Mais aussi d’autres régions qui valent le coup d’oeil.

La nature a bon dos

« L’Homme est omnivore », dit-on.

Celle-ci je ne l’ai pas mise dans ma FAQ sur l’antispécisme. Et pour cause, j’ai bien dit que je n’y mettais que des arguments intelligents.

Ce n’est pas que « l’Homme est omnivore » soit un argument bête, tout bien réfléchi. C’est que c’est pas un argument du tout. Et pourtant, c’est derrière cette phrase que se réfugie tout omnivore mis en face de ses contradictions et cherchant à se défendre (Je précise, parce que tout omnivore mis en face de ses contradictions ne cherche pas nécessairement à se défendre: certains admettent tout simplement qu’ils font ce qu’ils ont toujours fait jusque là et que ce n’est pas forcément le plus juste ni le plus cohérent).

Se réfugier est le mot juste. Car finalement cette courte phrase n’explique pas qu’il soit juste de manger des animaux, ni qu’il faille le faire. Les gens ne sont tout de même pas si stupides: ils savent bien qu’un animal omnivore peut manger de tout, ils savent bien qu’il est possible de vivre sans viande, et même souvent, ils disent ça alors qu’ils en ont la preuve sous les yeux. Seule une poignée d’imbéciles iront jusqu’à affirmer, en dépit des faits, du bon sens et de la logique, qu’il est impossible d’être végétarien en bonne santé. Mais la plupart se contenteront d’un péremptoire « l’homme est omnivore ». Ca suffit.

 

Certains végétariens contestent. Nous serions plutôt frugivores, ou herbivores opportunistes, comme l’ont affirmé nombre de naturalistes à travers les âges. Je dois admettre que leurs arguments sont plutôt convaincants: forme des dents, taille des intestins, pouce opposable, ongles plats, notre corps semble beaucoup plus approprié à cueillir, ramasser et et déterrer (des racines) qu’à attraper des lapins en pleine course. Certains ajoutent même que ce n’est pas parce que nous mangeons de la viande  de nos jours que nous sommes réellement omnivores, puisqu’il ne suffit pas de nourrir un chien avec de la salade pour décréter que les chiens sont herbivores. Je trouve cela assez juste. Mais à vrai dire, je ne m’intéresse que peu à la question. Je m’y intéresserais beaucoup plus si j’étais dans une démarche de santé. Mais ce qui importe pour moi c’est qu’être végétarien soit possible. Il se trouve que c’est même potentiellement bénéfique, les faits sont là. Inutile donc, à mon humble avis, de spéculer sur ce qu’a voulu Dame Nature à notre sujet, à moins qu’on ne puisse pas penser autrement que dans une logique naturaliste…

 

A quoi sert cette phrase si elle ne justifie pas de tuer des animaux pour les manger? A se décharger de sa culpabilité. C’est pas moi, M’dame, c’est la Nature, elle m’a fait comme ça, elle m’a fait que je mange de la viande, mais j’suis pas responsable, j’ai rien fait… Je suis né comme ça.

Cette phrase est un peu paradoxale dans le sens où elle sert à contrer la culpabilité par rapport au fait de tuer sans nécessité, mais en même temps elle sous-entend un fort « j’ai pas à m’excuser ! ». Pourquoi devrait-on s’excuser de faire des choses que l’on ne fait pas? On ne s’est pas fait omnivores, c’est la Nature qui nous a fait! C’est elle la vilaine. C’est elle qui est cruelle. La preuve, d’ailleurs, c’est que le lion mange la gazelle.

Bien sur, la gazelle broute l’herbe, mais heu, c’est la Nature aussi, c’est comme ça.

Et de se réfugier derrière cet état de nature, comme si l’on n’avait pas à réfléchir, pas de décision à prendre. C’est trop facile.

 

Le problème, c’est qu’en 2011 dans un pays où on a la chance extraordinaire de pouvoir manger ce que l’on veut, « L’homme est omnivore » sonne comme un atavisme grossier, hors de propos. Nous sommes, nous devrions être responsables de ce que l’on mange et de ce que l’on donne à nos enfants. Pour leur santé et pour la notre, pour celle de la planète, et, bien sur, pour les animaux qui n’ont rien demandé. La Nature non plus, d’ailleurs.

 

C’est quand même assez paradoxal d’en appeler à la Nature pour tenter de justifier un comportement qui la détruit.

 

La tortue du lac Hoan Kiem

Je vous décrivais précedemment la jungle urbaine que constitue à mes yeux la ville de Hanoi, de laquelle nous avons d’ailleurs vite pris congé pour les montagnes et rizières du nord, mais j’y reviendrai.

 

Passons maintenant au lac Hoan Kiem. Ce petit lac, 800 mètres de long sur à peine 200 mètres de large, n’atteint pas plus de 2 mètres de profondeur. Ses eaux troubles et verdâtre, parfaitement opaques sous le ciel gris, n’ont de charme que la nuit, lorsque les lumières de la ville s’y reflètent. Le jour, il charrie, morose, quelques déchets que la ville égare en lui…

La Tour de la Tortue (Thap Rua), isolée sur une île au sud du lac Hoan Kiem.

 

J’avoue que la première fois que j’ai au vu des pêcheurs, je me suis demandée ce qu’ils espéraient bien attraper, si ce n’est une vieille chaussure ou des bouteilles en plastique.

En lisant le Lonely Planet, Alderanan m’apprit qu’il y avait des tortues dans le lac Hoan Kiem.

« Quel lac Hoan Kiem? » Demandai-je en imaginant qu’il y avait sans doute au vietnam un lac plus grand et plus sauvage portant le même nom.

Il s’agissait pourtant bien de ce lac.

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La tour de la tortue, de jour.

La légende de l’épée restituée

Des tortues? Mon imaginaire s’emballa, mais peut-être pas autant que celui des habitants. Car il ne s’agit pas de petites tortues chétives. On raconte qu’on y trouve des reptiles gigantesques, certains deux fois centenaires ou plus… Comment est-ce possible? Peut-on les voir?

 

L’inaccessible Tour de la tortue s’élève au-dessus des eaux troubles du lac. Emergeant plus au nord, un îlot, accessible, lui, par un pont, abrite les restes d’un de ces animaux, dans le Temple de la Montagne de Jade (Ngoc Son). Naturalisée en 1968, cette tortue pesait 250Kg et mesurait 2m10.

 

La tortue du lac Hoan Kiem est très importante pour les habitants de Hanoi. On dit qu’elle est la descendante de la Tortue d’Or de la légende de l’empereur Lê Thai Loi qui régna au XVème siècle. Celui-ci, armé d’une épée reçue d’un pêcheur, repoussa les envahisseurs chinois. La paix revenue, une tortue d’or géante émergea du lac et s’empara de l’épée, avant de disparaître dans les profondeurs, afin de rendre l’épée aux dieux. Le lac fut baptisé Ho Hoan Kiem, Lac de l’Epée Restituée. On dit que la tortue conservera l’épée dans les profondeurs du lac jusqu’à ce que le pays en ait à nouveau besoin.

 

basrelief.jpgUn des bas-reliefs qui ornent le temple de la Montagne de Jade, sur le lac Hoan Kiem.

 

La Tortue du lac Hoan Kiem: Entre mythe et réalité

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Car la tortue du Lac Hoan Kiem a longtemps appartenu au domaine de la cryptozoologie, jusqu’en 1998 pour être exacte. Pourtant, de très nombreux témoins affirment l’avoir vue. On dit qu’elle est énorme et vieille de 600 ans… Les habitants la surnomment affectueuement « grand-mère tortue ». Sa vieille tête ridée émergerait parfois à la surface pour prendre un peu d’air. On dit qu’elle apporte une année de bonheur à quiconque la voit. J’espère que c’est vrai, car je l’ai vue! Par contre, mes photos ne sont pas vraiment à la hauteur: elle était très loin, au milieu du lac. Ca ne se voit donc pas sur le pauvre cliché ci-dessous, mais elle semble effectivement énorme.

 

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On dirait une photo du monstre du Loch Ness… Désolée, c’est tout ce que j’ai pu faire!

 

La présence de la tortue géante dans le lac est aujourd’hui attestée. Car ce n’est pas d’une population de tortues qu’il s’agit, mais bel et bien d’un animal au moins centenaire. Un biologiste de l’université de Hanoi, le professeur Ha Dihn Duc, affirme qu’elle est bien âgée de 600 ans ! D’autres scientifiques estiment plutôt son âge aux alentours de 120 ans. En tous cas, elle pèserait près de 200 kilos.

 

D’après certains scientifiques (1), elle appartiendrait à une espèce rarrissime de tortues d’eau douce à carapace molle : Rafetus swinhoei, dont il susbisterait quatre specimen dans le monde, dont un couple infertile en Chine. Le professeur Ha Dihn Duc affirme quant à lui qu’elle est la seule représentante d’une espèce distincte, qu’il appelle Rafetus Leloii, en référence à la légende de l’épée restituée. D’autres encore(2) la classent dans une espèce distincte, mais qu’ils préfèrent appeler Rafetus Hoan Kiem, jugeant inapproprié de la nommer en référence à une légende*. Quoi qu’il en soit, il y a peu de doute quant au fait que la tortue soit l’un des derniers représentants de son espèce. Car, R. swinhoei, leloii ou Hoan Kiem, cette tortue appartient de toutes façons à une espèce éteinte dans son milieu naturel, victime de la raréfaction de son habitat et de la pêche excessive.

Sauver Grand-Mère Tortue

Inquiet de ses apparitions de plus en plus fréquentes à la surface, signe selon lui d’une mauvaise santé, le professeur Ha Dihn Duc a alerté les autorités à propos de l’état de pollution avancée du lac. Une opération de draguage du lac a été entreprise afin de le nettoyer, ainsi qu’un opération de capture de la tortue afin de la soigner. En Mars 2011, elle creva le filet qui était supposé la capturer. Ce n’est qu’en Avril que l’on réussit à l’extraire du lac.

 

Blessée par de nombreux hameçon et d’autres débris, ainsi que de morsures de tortues de florides également présentes dans le lac, et souffrant d’infections fongiques, « Grand-Mère Tortue » a été soignée dans un bassin spécial aménagé au pied de la Tour de la Tortue, avant d’être relâchée dans le lac. Elle est en fait d’une taille d’un mètre soixante de long sur 80cm de large, et ne pèse « que » 169kg.

 

Il est dommage que certains continuent à pêcher dans le lac quand on voit les dégâts que les hameçons lui ont occasionné, et qui ont ému les habitants, en une des journaux de Hanoi en ce printemps 2011. A leur décharge, et bien que la pêche me révulse, il y a beaucoup de pauvreté à Hanoi, et ils espèrent sans doute subvenir plus aisément à leurs besoins alimentaires.  Heureusement, la tortue s’est remise de ses blessures et nage à nouveau dans Hoan Kiem. Des opérations de nettoyage des eaux ont encore eu lieu depuis, pour lui assurer une meilleure santé. J’espère que ce géant a encore de beaux jours devant lui.

 

 

*Ce qui me parait tout à fait incompréhensible. Les scientifiquent nomment les espèces en fonction de leur lieu d’habitation, de leurs particularités morphologiques, de leur nom vernaculaire, du nom de leur découvreur, ou de n’importe quelle particularité liée à l’espèce ou à sa découverte. Il n’y a pas spécialement de règles en la matière.

 

 

Bibliographie:

(1) Farkas, B and Webb, R.G. 2003. Rafetus leloii Hà Dinh Dúc, 2000—an invalid species of softshell turtle from Hoan Kiem Lake, Hanoi, Vietnam (Reptilia, Testudines, Trionychidae). Zool. Abhandl. (Dresden), 53: 107-112.

(2) Le Tran Binh et al., 2010. Comparative morphological and DNA analysis of specimens of giant freshwater softshelled turtle in Vietnam related to Hoan Kiem turtle. Tạp chí Công nghệ Sinh học 8(3A): 949-954.

Les motos de Hanoi

Après une semaine épuisante à Tokyo, moi et Alderanan avons pris l’avion pour Hanoi.

 

Le vietnam c’est chouette, enfin sauf quand on est dans une ville. A vrai dire, Hanoi n’est pas la charmante cité où il fait bon se promener que décrit le Lonely Planet. D’ailleurs, un jour il faudra que je m’explique avec ses auteurs. Peut-être bien qu’ils n’y sont pas allé depuis 15 ans, avant que tout ne soit bétonné, sauvagement occidentalisé, et surtout avant que les motocyclettes remplacent les vélos, en masse.

Car les motos ne sont pas seulement nombreuses, dangereuses, bruyantes et polluantes. Elles sont innombrables, enveloppent Hanoi d’un nuage gris et nauséabond et d’un vacarme assourdissant. Traverser la route demande une viligance extraordinaire et des yeux partout. Les motos surgissent de tous les côtés, en klaxonnant tant et si bien qu’on ne sait plus trop d’ou viennent les klaxons. Les motards n’hésitent ni à rouler à contresens, ni à envoyer des textos en conduisant. Les uns tête nue, les autres encapuchonnés d’un petit casque en plastique sans doute fort utile pour se prémunir le chef des fientes de pigeon, et coquettement doté, pour les femmes, d’un trou à l’arrière pour y passer sa jolie chevelure. Les casques à l’européenne, ceux qui empêchent de se fracasser le crâne en cas d’accident, sont très rares.

 

Tous les jours, au vietnam, 35 personnes meurent sur la route. Dont 32 motards.

 

Si traverser la route est une épreuve de vigilance, et nécessite aussi un certain savoir-faire (le trafic ne s’arrête jamais), se promener le long des trottoirs n’est pas non plus de tout repos. Car ceux-ci sont rarement praticables, et quand ils le sont, c’est un parcours du combattant. Ils servent aléatoirement de parking à moto, de prolongation des magasins, d’espaces de stockage, de terrains de jeux, de salle à manger, de cuisine, de basse-cour, de marchés à fruits, à cigarettes, à viande. Surtout de parkings à moto, quand même. En contournant tous les obstacles, la majeure partie du trajet se fait en fait sur la route, avec un oeil devant et un oeil derrière pour voir arriver les motos.

 

Le Lonely Planet conseille un itinéraire de promenade, comme si c’était reposant de se promener dans Hanoi. Enfin, sans exagérer tout de même, car les abords des lacs sont aisément praticables à pied, ainsi que quelques endroits miraculeusement dégagés. Mais tout de même, on ne peut pas dire qu’on se promène dans Hanoi. Et d’ailleurs, un jour, il faudra que j’en dise un peu plus sur le Lonely Planet, dont les auteurs ne doivent pas visiter la même planète que moi.

 

Et pourtant, cette ville a tout de même de bons côtés. Un mystère inexpliqué, surtout: on dit que le lac Hoan Kiem abrite encore des tortues, au milieu de cette jungle urbaine. Comment est-ce possible?

 

Les hypothèses fusent, entre fantasmes, légendes et complots gouvernementaux. J’ai voulu en savoir plus. Mais ce sera pour la prochaine fois !