C’est quoi le bonheur au fait?

Je reviens sur un article d’il y a deux semaines, Le bonheur est dans l’assiette.

En lisant les commentaires et en écoutant certaines réactions, j’ai eu l’impression que beaucoup de gens n’ont pas compris mon propos. Certains m’ont même accusée d’imposer une vision du bonheur, ce qui est un comble, car je ne disais pas dans cet article ce que le bonheur est, mais je me bornais à montrer ce qu’il n’est pas.

Je n’accorde qu’une importance très mineure à certains types de critiques. Notamment, ceux qui ont vu dans cet article un plaidoyer pour le véganisme étaient bien sur totalement à côté de la plaque, sans doute aveuglés par leur besoin imaginaire de viande et d’autres produits animaux, ou plutôt par la peur d’en manquer. Je n’ai ni écrit, ni sous-entendu, ni même pensé que le véganisme est nécessaire au bonheur. J’ai d’ailleurs longuement disserté sur ce même blog, autour du fait que le véganisme est un comportement désintéressé: on ne devient pas végane pour régler ses propres problèmes, mais pour ne pas nuire injustement à autrui, pour incarner le changement nécessaire vers une société plus juste.

 

Ce qui manquait cruellement dans ce texte, c’était justement une vision du bonheur. Je n’ai fait qu’effleurer très légèrement le sujet. Il me semblait important de commencer par dire ce que le bonheur n’est pas, car on nous transmet une idée du bonheur. Cette même idée qui fait dire aux gens « comme tu dois être malheureuse sans viande ni fromage! ».

 

J’ai aussi expliqué que c’était une réaction typiquement française. Non pas que les autres cultures aient toutes une meilleure idée du bonheur, je n’en sais rien. Mais je trouve tout de même amusant que tant de français estiment qu’on ne saurait être heureux sans viande ni fromage. En France, presque tout le monde mange viande, fromage et autres produits animaux, de façon quotidienne et routinière. C’est aussi le pays où l’on consomme le plus d’anti-depresseurs au monde.

 

Je ne suis pas en train de dire que les produits animaux rendent malheureux ceux qui les consomment, mais force est de constater qu’ils n’apportent pas le bonheur, ce qui a l’air de ficher un coup à la fierté nationale. Liberté, Egalité, Fromage qui pue?

 

De fait, tous ces gens qui me regardent avec pitié ou condescendance, plaignant mon malheureux destin d’herbivore, ne sont pas spécialement des gens heureux. A vrai dire, je suis obligée de constater que ce sont précisément des personnes qui ont particulièrement du mal à être heureuses.

 

Ainsi en était-il de Sophie, qui, outre les typiques petits travers dont je me suis gentiment moquée, attirait difficilement la sympathie parce qu’elle était toujours sur les nerfs, malgré un environnement incitant plutôt à la détente et à la découverte. On sentait toujours une tension entre elle et son copain (de même qu’entre elle et tout le monde), et pourtant on ne les connaissait pas. On aurait dit qu’il faisait profil bas en permanence pour éviter les engueulades. Je sais qu’il peut paraitre exagéré de donner un avis péremptoire sur quequ’un je n’ai cotoyé que trois jours, mais quelque chose en moi est convaincu que Sophie n’était pas heureuse. En tous cas, elle ne l’était pas pendant ce temps-là, et à mon avis, elle n’y est pas habituée. Et ce n’était certes pas faute de manger viande, fromage et autres trucs frits.

 

Ce n’est qu’un exemple bien sur. Si je parle de Sophie, c’est qu’il y en a beaucoup, des Sophies (aussi bien chez les hommes que chez les femmes).

Si vous demandez à une Sophie si elle est heureuse, elle vous répondra que oui, merci, tout va parfaitement bien, elle est parfaitement heureuse. Il est en effet socialement dévalorisant d’être malheureux, ou du moins de montrer ou d’admettre qu’on l’est.

 

Je n’écoute jamais les gens quand ils me disent qu’ils sont parfaitement heureux. Je ne les crois pas. S’ils étaient heureux, ils ne parleraient pas ainsi du bonheur. Ils en parlent comme quelque chose que l’on possède, et même comme quelque chose qu’on a acheté. Et de fait, le bonheur qu’ils visent est souvent un bonheur qui s’achète, ou qui se construit en tous cas sur un modèle: avoir un copain ou une copine, avoir un travail, une maison etc…

Je pense que les gens qui ont même une très vague idée de ce qu’est le bonheur ne peuvent pas dire: « je suis parfaitement heureux » d’un ton aussi désinvolte, comme si le bonheur était quelque chose qui se proclame en société.

 

Être heureux n’est pas facile dans une société qui nous vend une idée si grossièrement fausse du bonheur. D’où ma tentative, dans « le bonheur est dans l’assiette », d’expliquer ce que le bonheur n’est pas. Sinon, j’ai surtout parlé de plaisirs, et non pas de bonheur. Notamment une exemple sur lequel beaucoup de gens se sont focalisés, comme si, à travers l’exemple d’un plaisir particulier, je voulais définir le bonheur. Ce n’est bien sur pas le cas.

 

Qu’est-ce que le bonheur? Je ne sais pas. Mais quand je me pose la question, une personne me vient à l’esprit. La personne la plus heureuse que j’ai jamais rencontrée. Ironie du sort pour les défenseurs du bonheur-fromage, c’est quelqu’un qui se nourrissait exclusivement de riz.

 

happydog.jpg A suivre