Ecce Homo

Le son feutré de ses pas lourds emplit l’atmosphere 
Son attache-case est noir comme la nuit
Et luisant comme les dents du Chtulu.
La cravate indique le cœur
Enserre le cou
Et l’etrangle tendrement
Le long des jours, le long des nuits
Torture raffinée qui rend son souffle glacial
Et tari comme celui des goules.
Il domine la planisphère 
Et trace à la craie des cercles plus circulaires que le concept de cercle
Et sa craie sur les tableaux couleur de brume 
Tombe en miettes au souffle du vent
Se mue en poussière futile
Et grave des frontières immuables 
Sur la Terre et dans nos cœurs.

Food Not Bombs : le collectif

Ces jours-ci, je suis en train de monter un collectif Food Not Bombs sur Montpellier. J’en avais déjà parlé ici. J’ai donc créé un blog spécifique Food Not Bombs Montpellier. La deuxième distribution a eu lieu lundi dernier, le 18 juin.

Vous devrez donc vous rendre sur ce blog pour avoir des nouvelles du collectif. Toutes les personnes motivées sur Montpellier sont les bienvenues. A terme, on pourra organiser des repas régulièrement.

On ne sait pas encore quand aura lieu la prochaine distribution, en attendant n’hésitez pas à visiter le blog pour avoir des nouvelles.

Un matin ordinaire

Lundi, huit heures. Métro parisien. Un matin ordinaire.

J’ai passé une nuit courte, mais je me sens plutôt alerte. Parfois, je suis attentive, à l’écoute, et j’observe les gens. Et c’est très étrange, dans un endroit comme le métro. Car dans le métro, comme dans les centre commerciaux, les gens ne s’observent que rarement les uns les autres. C’est comme si personne ne pouvait me voir, comme s’il y avait une bulle autour de moi. Pourtant je suis là, j’observe et j’écoute. Et je ressens.

Je ressens de la tristesse. Je ressens de la fatigue. Les visages sont clos. Les gestes mesurés pour ne pas se mêler aux autres. La lumière glauque donne aux yeux fatigués des expressions éteintes. Déconnectées. mannequinsLes gens vont travailler. Il y a si peu de joie dans leur vie. En ce moment, en tous cas, mais ce matin est semblable à tant d’autres… Ils quittent leur lit, ils quittent le week-end; mais j’ai aussi le sentiment que la plupart ont renoncé à leurs rêves d’autrefois. Pire: ils les auraient même oubliés. En ce lundi matin, ils renoncent à leur journée. Renoncent à en faire ce qu’ils voudraient. Perpétuel abandon. Perpétuel renoncement.

Comment en est-on arrivé là? Quelles pressions les écrasent ainsi? Est-ce la peur de la pauvreté, de la faim, du manque? Ou celle de la honte d’être chômeur, d’être oisif, de n’être rien? La valeur travail est-elle nécessaire, est-elle suffisante pour dépouiller tous ces gens de leur journée?

L’argent est-il préférable au temps?

Je me promène parfois dans Paris, et il y a tellement de choses à acheter. Acheter, acheter, acheter. Un nouveau set de table, une nouvelle éponge de bain, un porte-savon, une nappe 100% pur coton pour être assortie avec les serviettes, un pot à crayon fantaisie, de la vaisselle, des fringues, du maquillage, des meubles, des coussins, des peluches, des lampes, des stylos… En ce moment je me sens presque à l’abri. A l’abri de l’orgie consumériste: je n’ai pas d’argent. C’est tellement bien parfois d’avoir peu d’argent, quand on vit dans ce monde. De quoi manger. Un endroit où dormir. J’habite pas vraiment chez moi, ce qui me dispense d’acheter un nouveau tapis de bain trop chouette assorti à une lunette de chiottes tendances, ou des dessous de verre avec des verrines assorties au cas où j’aurais des invités en plus. J’aime pas la déco de ma chambre et tant pis. J’ai beaucoup de chance d’avoir de quoi manger et un endroit où dormir, un ordinateur, un appareil photo, quelques vêtements et parfois un billet de train. J’ai aussi de la chance de n’avoir pas beaucoup plus. Pas trop. Car c’est pour tout cela que les gens ont renoncé, en ce lundi matin, à faire ce qu’ils avaient envie de faire aujourd’hui.

Dans le métro, en face de moi, il y a une dame qui fait une drôle de tête. Elle souffre, visiblement. Je crois qu’elle a mal aux dents, ou quelque chose comme ça. Elle ressent de la douleur. Mais personne ne la regarde. Que ressent-elle d’autre? Elle est seule dans la foule. Les gens ont leurs problèmes.

En renonçant à soi, on renonce aussi aux autres. Je ne crois pas que les gens s’en fichent les uns des autres, je crois que chacun a déjà trop à faire avec soi-même. Il faut se gérer. Gérer ses manques. Gérer les défaillances de son être, dans un monde qui n’est pas fait pour nous. S’adapter, perpétuellement. Gérer l’enfant en soi, celui qui est pur, celui qui a faim, a froid, veut encore dormir un peu, se sent seul, n’aime pas la pluie ou voudrait patauger dans les flaques. Celui qui, si tu l’écoutais, te dirait: reste à la maison aujourd’hui, ou allons nous promener dans les rues, allons à la plage, faisons des bulles de savon, mange des pêches, téléphone à tes amis et dis-leur de venir te rejoindre.

Il faut gérer cet enfant-là, l’écouter un peu, souvent le faire taire. Parfois même il faut gérer cet autre enfant, lui apprendre à être un adulte comme toi, qui se dira « non, je dois aller au travail ». Qui se taira et attendra. Qui parlera plus fort que les autres. Qui n’écoutera pas. Qui n’écoutera plus.

Mais comment font-ils? Et pourquoi?

Je crois que ce ne serait pas si facile de vivre heureux dans un monde parfait. Peu d’entre eux trouvent encore la force de sourire. Je voudrais leur dire combien je suis désolée pour eux. Mais ils ne pourraient pas m’entendre. Ils croiraient que l’on joue au jeu de l’adulte, celui qui juge, celui qui se sent supérieur et se permet d’être condescendant. Ils diront: je vais bien, merci. Ils ignorent d’ailleurs qu’ils sont malheureux. Ils ignorent aussi que l’on peut ressentir, gratuitement, comme ça, de l’amour pour eux. ils sont tous si bien habillés, si bien coiffés, ils ont fait tant d’efforts pour être acceptés. Pour être acceptables. Comment s’imagineraient-ils alors qu’on peut les aimer comme ça, pour ce qu’ils sont humains, sans rapport avec ce qu’ils représentent? Ce serait absurde. Si cela avait du sens, alors tout le reste n’en aurait plus. Le travail, le maquillage, les beaux vêtements, les belles chaussures, l’argent, le prestige, les nouveaux sets de table, tout cela n’aurait plus aucun sens si on les aimait gratuitement, comme ça, pour rien du tout.

J’aimerais leur dire aussi, quand ils sont là à écouter de la musique pour ne pas regarder autour d’eux, quand leur envie d’ailleurs et leur soif d’authentique dégouline en publicités sur les murs du métro, j’aimerais leur dire qu’il y existe des endroits plus sales, plus bruyants, où la lumière est plus glauque, où l’on crève de solitude mais aussi de froid et de faim. J’aimerais leur dire à tous: ça pourrait être pire.

Paris

Ca fait longtemps que je n’ai plus mis de photo, voici donc une petite série récente faite à Paris.

Cliquez sur les images pour les voir en grand. J’ai prévu d’intégrer des galeries photo dans le blog, mais en ce moment je n’ai vraiment pas le temps!