Les violeurs

Parmi les mythes sur le viol, il y a l’idée que les violeurs sont des psychopathes, des malades mentaux. Bien pratique, cette idée fait du viol non pas un phénomène de société, mais un ensemble de faits divers isolés. Elle est bien sur démentie par de nombreux éléments concrets, à commencer par le nombre de viols par an en France (environ 75 000 d’après l’Observatoire National de la Délinquance, chiffre probablement sous-estimé puisque de nombreuses femmes ne parlent jamais du viol qu’elles ont subi), mais aussi par leur impunité (90% des femmes ne portent pas plainte, 98% des agresseurs ne seront jamais condamnés; de plus la plupart des viols sont requalifiés en agressions sexuelles).

Il est difficile de mettre un chiffre là-dessus mais la majorité des femmes ont déjà subi une agression sexuelle. J’ai subi plusieurs agressions sexuelles dans ma vie ainsi qu’une tentative de viol, et cela n’a rien d’exceptionnel. Si je raconte cette tentative de viol à plusieurs femmes, un certain nombre d’entre elles auront une histoire équivalente à raconter, toutes auront quelque chose à dire de leur expérience là-dessus. Les viols et les agressions sexuelles ne sont pas des choses qui arrivent comme ça, par hasard, à cause de fous isolés. Ils font partie du fonctionnement de la société. Ils sont « normaux ».

Il peut sembler paradoxal qu’un viol soit à la fois considéré comme un crime horrible et à la fois comme quelque chose de tout à fait normal et banal.
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Ton argument a des dommages collatéraux

L’antispécisme, c’est facile. Cela revient à considérer que les individus ne sont pas supérieurs les uns aux autres en raison de leur appartenance à telle ou telle espèce, et que les intérêts doivent être considérés pour ce qu’ils sont, indépendamment de leur appartenance à une espèce.

Un antispéciste considèrera qu’un individu a des droits parce qu’il a des intérêts à défendre; parce qu’il souffre, pense, ressent, parce qu’il possède une subjectivité. C’est facile, au fond. C’est même évident: un individu, animal ou humain, a des intérêts (contrairement à un légume ou un caillou). Le problème, c’est que ça implique, si on y adhère, qu’on nuit à l’intérêt d’autrui si on mange de la viande (ou plutôt, si on tue des animaux pour les manger). Et comme on aime ça, la viande, et qu’on ne veut pas passer pour un méchant, on s’efforce de trouver la faille. Quand on cherche, on trouve toujours : les gens inventent toutes sortes d’arguments pour défendre la viande. Il y en a vraiment beaucoup, et ils ont tous un point commun.

Ce que je souhaite montrer dans cet article, c’est la façon dont ces arguments permettraient en fait de justifier absolument n’importe quoi. Je vais donc dresser une liste de ces arguments et expliquer un peu ce qu’il impliqueraient si on les considérait vraiment valable. C’est intéressant parce que si un argument justifie, par exemple, de prostituer des enfants, on peut se dire que ce n’est pas un bon argument dans la mesure où on est contre la prostitution d’enfants. Lire la suite

Poire aime les femmes

Poire se définit comme un pur produit du féminisme. C’est en fait un pur produit du patriarcat.

La méprise vient en partie de sa supposée « gentillesse » envers les femmes, qui est en fait une forme de manipulation très peu habile et ne ressemblant que de très, très loin à la séduction, autrement dit de la servilité, envers celles qu’il ne saurait pas considérer comme des humains normaux.
L’autre partie étant bien sur l’habitude des personnes sexistes de mettre tous les problèmes de la société sur le dos des femmes, et en particulier de celles qui, pour eux, ne savent pas rester à leur place : les féministes. Ce travers est commun à la plupart des personnes sexistes mais c’est encore plus marqué chez le Poire moyen, en raison de son habitude à s’apitoyer sur son sort et à mettre la responsabilité de ses problèmes sur le dos des autres.

C’est donc la faute des femmes. Les pères absents, les vilaines mères castratrices, celles qui ont appris à Poire à être gentil avec les fifilles qui ont de pauvres petits cœurs fragiles. Ce sont les mêmes vilaines mères castratrices qui ont omis d’apprendre aux filles qu’elles devaient coucher avec le mec qui leur sert de larbin plutôt que celui qui manifeste son désir sexuel. Les connes. Lire la suite

Cerise et Melon: Lâchez-leur la grappe.

Plusieurs mois après la parution de l’article « Toutes des salopes, ou le mythe du mec trop gentil« , je reçois toujours des avalanches de commentaires, que vous ne lirez pas parce que j’en ai un peu marre qu’on confonde cet article avec le bureau des pleurs, et de plus ces commentaires n’ont aucun intérêt, ils sont tous du même acabit, ne font pas avancer le débat d’un poil et ne concernent que ceux qui les écrivent.

Résumons. « Toutes des salopes » dresse le profil caricatural, d’un homme malheureux en amour. Cet homme, nommé Poire, est décrit comme une personne peu expérimentée des relations amoureuses, ayant tendance à croire que les femmes se méritent (et non pas qu’elles séduisent et se laissent séduire), et ayant également une sévère tendance à mettre la responsabilité de ses échecs sur le dos des autres. En d’autres termes, Poire est l’artisan de son propre malheur, puisque son attitude est inappropriée au regard de ses désirs et aspirations, ce qui explique ses échecs sentimentaux. Mais, ne comprenant pas pourquoi les choses devraient marcher autrement que ce qu’il a toujours appris théoriquement (et souvent à son insu), au lieu de se remettre en question, et souffrant d’un excès de solitude, il entre dans une spirale de haine des autres et décide que tout est la faute des filles qui ne veulent pas de lui (Représentées dans l’article par le personnage de Cerise) et/ou des hommes qui semblent avoir plus de succès que lui (représentés par le personnage appelé Melon).

Voilà. Et en réactions à l’article, nous avons des dizaines (centaines ?) de personnes qui viennent m’expliquer que Poire est une pauvre petite victime, un incompris, et que les véritables responsables de sa situation, c’est Cerise, cette grosse salope, et Melon, cet enfoiré.
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