Injonctions, poil au…

En écrivant « je le fais pour moi-même » je me doutais qu’il y aurait polémique. Sans revenir sur les accusations de misogynie (parce qu’il n’y a strictement rien de misogyne dans ce que j’ai écrit, bien que je m’attendais à ce que ça puisse être interprété de travers), plusieurs choses ont été dites qui m’ont un peu surprise. Par exemple, que l’article affirmait que toutes les raisons qu’ont les femmes de se préoccuper de leur apparence sont des injonctions patriarcales; ou encore que j’étais contre le fait de porter des jupes ou des soutien-gorges.

Mannequins sans visageDit comme ça, ça peut faire sourire. Pourtant, c’est un peu problématique parce que je trouve que ce que je dénonçais était assez évident et pourtant ça n’a pas été compris. Donc je vais revenir sur le véritable thème de l’article, c’est-à-dire les injonctions sociales à tel ou tel type d’apparence pour les femmes, et l’obéissance qui en découle. Et puisque c’est un gros sujet d’incompréhension, et qu’il peine à être reconnu comme une injonction sociale (comparativement à la maigreur par exemple) je vais prendre l’exemple de l’épilation.

Je savais, en écrivant l’article, que des gens viendraient dire « oui bon je m’épile mais c’est parce que MOI, je n’aime pas les poils« . Ce qui me fait un peu sourire, j’avoue. Mais face à mon scepticisme, il arrive que les gens soient un peu heurtés, un peu sur la défensive, et estiment que c’est moi qui ne comprends pas. Beaucoup de femmes s’épilent sans se sentir opprimées par l’injonction à l’épilation et donc en concluent que ça n’a rien d’une injonction et que c’est un choix. C’est là-dessus que je vais revenir.

Le fait est que quand une femme qui ne montre jamais le moindre poil dit qu’elle fait cela « pour elle » et pas pour les autres, on peut dire qu’elle a en partie raison. Elle peut se sentir libre et ne ressentir aucune pression sociale. Elle s’épile parce que les poils qui poussent sur son corps lui déplaisent et personne ne lui a jamais ordonné le faire. Mais, elle a beau trouver des poils « moches » (ou sales, mais c’est moins souvent avoué ouvertement), on sait très bien que ce dégoût est socialement construit.

Mais, m’a-t-on dit plusieurs fois, tous nos goûts sont socialement construits, non? En effet, peu de gens oseraient nier que nos goûts se construisent en fonction de ce que nous voyons, vivons, ressentons. Alors pourquoi ne pas considérer que ne pas aimer les poils est un goût comme un autre? Lire la suite

« Je le fais pour moi-même »

Pour moi-même et personne d’autre, je me maquille, je me démaquille, je met un masque pour éviter que ma peau s’abîme trop à cause du maquillage, de la clope et du vieillissement.

Pour moi-même et personne d’autre, j’arrache chaque poil de mon corps à la cire, à l’exception des cheveux et des sourcils. Ca fait mal, mais il faut souffrir pour être belle.

Pour moi-même et personne d’autre, je porte des talons qui impriment à ma démarche ce mélange de grâce et de maladresse qui la font immédiatement qualifier de féminine. Mes pieds ont mal, mon dos est cambré, rehaussant mes fesses d’un galbe précieux aux regards, et je sais que je finirai par avoir des problèmes de dos. Mais je le fais pour moi-même.

Pour moi-même et personne d’autre, je fais des régimes, je m’affame, je me gave de soupe aux choux, de régime Dukon à base de son d’avoine et de blanc de poulet à la vapeur. Pour moi-même et personne d’autre, je me pèse et mesure mon tour de taille. Je m’achète de jolis jeans en 38, en 36, afin de me motiver de pouvoir y entrer un jour. On m’a bien dit que le régime Dukon était dangereux, mais le Docteur Dukon m’a promis un joli ventre plat et de longues cuisses fuselées. Pour moi-même et personne d’autre, c’est ce que je désires plus que ma santé. Lire la suite

Food Not Bombs Montpellier !

Voici l’article que le magazine La Montpelliéraine a publié au sujet de Food Not Bombs Montpellier:
Faites la bouffe pas la guerre
Ce week-end aura lieu le 6ème partage de repas de Food Not Bombs Montpellier (la collecte commence demain, pour ceux du coin qui sont intéressés).

N’hésitez pas à consulter régulièrement le blog ! Pour être mis au courant des horaires des collectes et des réunions, la page facebook du collectif est aussi très utile. N’hésitez pas à partager ces liens sur les réseaux sociaux, les blogs, les forums, au bureau, dans la rue, dans le métro, dans les toilettes de bar, sur les avions et les autobus, dans le ciel et sur la lune.

Insoumission à l’école obligatoire

J’inaugure aujourd’hui une rubrique « lectures » avec un livre qui m’a particulièrement touchée. Chance, il s’agit d’un livre gratuit, qui nous est partagé par les éditions tahin party, vous pourrez donc vous faire votre propre opinion. De plus, il est bien écrit et se lit vite, donc je vous conseille vivement de le lire plutôt que de vous fier à cet article si vous désirez discuter des idées qui y sont évoquées. Il est difficile de restituer la pensée de l’auteure sans la dénaturer: bien que très radicale, elle est riche, complexe et pleine de subtilité.

Insoumission à l’école obligatoire est écrit sous forme d’une lettre ouverte, dans laquelle Catherine Baker s’adresse à sa fille Marie, et lui explique pourquoi elle ne l’a jamais envoyée à l’école. Le résultat ne fait pas dans la demi-mesure, c’est peu de le dire, et constitue un véritable livre noir de l’école. Il est très documenté et non seulement Baker s’appuie sur les propres données des institutions scolaires pour démontrer ce qu’elle pense de leur inefficacité et leur nuisance; mais elle a également l’audace de s’appuyer sur des textes et citations de ceux-là même qui soutiennent le système scolaire pour démontrer la dangerosité et l’inanité de leur pensée. Elle évoque également plusieurs expériences de vie avec des enfants en lieu libertaire.

Baker n’emploie pas seulement des arguments pertinents, avec chiffres et statistiques à l’appui, qui font de ce petit livre un puissant argumentaire contre l’institution scolaire. Elle dévoile aussi, à travers les lignes, une vision de la vie touchante, personnelle et très belle, empreinte de liberté et d’indépendance, mais surtout du goût d’apprendre, d’expérimenter, d’aimer. Plus qu’un pamphlet contre l’école, c’est un élan de liberté, de révolte contre tout ce qui bride, formate et amoindrit l’enfant et sa pensée, contre ce qui entrave ce que Baker appellerait la souveraineté de l’individu:
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