La première oppression

Tu ne m’en voudras pas, lecteurice, d’avoir attendu longtemps avant de vraiment aborder le sujet. Trop de choses à dire et je ne sais pas par où commencer. Bien que j’ai déjà abordé le sujet ça et là entre les lignes, et que je suis presque entré dans le vif avec l’article Insoumission à l’école obligatoire, j’ai longuement hésité avant de livrer mes propres réflexions.

statue enfantDiverses formes d’oppression nous touchent et s’entrecroisent, se renforcent les unes les autres. Les plus évidentes ne sont pas celles qu’on voit le plus souvent, mais celles qui ont été le plus dénoncées et combattues par le passé: le racisme, le sexisme. Les autres, nous refusons de les voir, du moins de les considérer comme oppression. Il est donc extrêmement difficile de les dénoncer. Elles n’en existent pas moins; elles sont multiples, omniprésentes. Deux me viennent à l’esprit en particulier, par le nombre d’individus qu’elles touchent: le spécisme, que j’ai déjà longuement dénoncé ici, me heurtant aux résistances habituelles (cri de la carotte, mentaphobie et autres diversions). La seconde est l’âgisme, dont j’ai pour l’instant très peu parlé.

Le terme lui-même n’est pas très clair parce qu’il est utilisé pour définir des formes de discrimination qui sont, en fait, multiples. Une personne peut être discriminée parce qu’elle est vieille, ou au contraire parce qu’elle est jeune, par exemple pour accéder à un emploi ou à des aides sociales.

Mais ce dont je veux parler ici, c’est de la façon dont on traite les enfants. Cela relève de mécanismes d’oppression particulièrement subtils et ancrés, si ancrés qu’on ne les remarque même pas.

Considérons quelques faits:

En France, les enfants demeurent la seule catégorie d’être humains qu’il demeure légal de frapper. Frapper un adulte est une agression, frapper un enfant est une correction méritée. Et d’ailleurs même si elle ne l’est pas, personne ne viendra vous chercher trop de noises. Les féministes de la deuxième vague ont eu beau répéter que le privé est politique, frapper ses enfants relève encore de la vie privée. Lire la suite