B12: entre sciences et croyances

La B12, cette vitamine qui fait tant parler d’elle… Comment une seule petite vitamine peut-elle être autant source de polémiques, alors que tant d’autres vitamines, minéraux et oligo-truc-machins nous sont nécessaires? J’ai déjà parlé de cette fameuse vitamine, j’y reviens aujourd’hui avec un article long mais qui s’imposait. Accrochez vous, parce qu’on va parler créationnisme, La Terre D’abord, cartésianisme, études des marchands de café, lobbies laitiers et caca de gorille.


Si des véganes vont ont dit que le végétalisme rendait fort, intelligent, beau, riche et célèbre et faisait revenir l’élu-e de votre cœur en 48 heures, ils vous ont menti. Certes, se passer de viande expose moins à certains problèmes de santé, comme par exemple les maladies cardiovasculaires et les cancers(ref1)(ref2), mais d’autres préoccupations spécifiques à cette alimentation s’imposent. Elles n’ont rien d’insurmontable, il faut simplement être un peu vigilant. Les végétaliens devront par exemple faire attention à leurs apports en calcium (ref2)(ref3) ou en vitamine D(ref2). Cependant, la supplémentation n’est pas systématiquement nécessaire pour tous ces éléments. La seule vitamine dont la supplémentation est obligatoire pour les végétaliens est la vitamine B12.

Je ne détaillerai pas ici toutes les informations relatives à la vitamine B12. Des informations utiles se trouvent dans ce document documenté et sourcé. En clair, il existe un consensus scientifique bien établi selon lequel les seules sources fiables(note1) de vitamine B12 dans le régime végétalien sont les aliments enrichis (encore rares en France) et les suppléments (comprimés ou ampoules). Malgré ce consensus bien établi, beaucoup de véganes renâclent encore à l’idée de prendre une supplémentation…

Le refus de la vitamine B12: pourquoi?

Il existe, au sein même du mouvement végane, toute une frange de personnes qui refusent la complémentation en vitamine B12. Or, contrairement à ce qu’on peut lire ça et là sur le web (mais y a-t-il encore des gens qui croient tout ce qu’on raconte sur internet? La réponse est oui malheureusement), la nécessité pour les végétaliens de se supplémenter en B12 n’est pas vraiment un sujet de débats contradictoires dans la communauté scientifique (y compris en ce qui concerne les scientifiques véganes). Et les risques liés à une carence en vitamine B12 sont bien connus. Et ils sont graves: anémie, fausses couches, malformations, retards de croissance, troubles moteurs… A l’inverse, il n’y a aucun risque à se supplémenter en B12.

Alors, si la nécessité de prendre cette vitamine est si importante et scientifiquement établie, pourquoi existe-t-il un tel débat au sein de la communauté végane pour savoir si oui ou non il faut prendre ces fichues pilules? La réponse (que je vais essayer de développer ici) tient à une idéologie qui, et j’insiste sur ce point, ne relève pas du véganisme, bien qu’elle y soit malheureusement bien souvent associée. Il s’agit d’une idéologie de type religieux, équivalent à une sorte de culte irrationnel de la « Nature » et du « naturel ».

la nature c'est bô.

 Mais qu’est-ce que le naturel? Et quel fucking rapport avec le véganisme?

C’est quand on cherche à définir « le naturel » ou « la nature » qu’on prend conscience de toute la complexité de ce concept. Le Larousse en ligne, par exemple, ne donne pas moins de 9 définitions du mot « nature ». On y retrouve des concepts relatifs à l’essence, à l’origine des choses et à la réalité. Certaines définitions du terme « nature » se rapprochent d’une idée de divinité, de création divine:

Ensemble de forces ou principe supérieur, considéré comme à l’origine des choses du monde, de son organisation

Le terme « nature » envoie également à des concepts de pureté, de non-transformation, en opposition aux artifices, à ce qui est produit par l’action humaine. Éthymologiquement, « nature » vient du latin « natura » qui signifie: « ce qui existe depuis la naissance, ce qui n’a pas été transformé ou altéré ». Quand on cherche à définir ce qu’est la nature, on se retrouve en face de concepts relatifs à l’origine des choses, à leur essence, leur origine ou leur définition. Le « naturel » renvoie, lui, à la spontanéité, à la non-intervention face à une voie tracée, à un « devenir » intact*. Lire la suite