Misandrie mon amie

Comme un court article vaut mieux qu’un trop long thread chiant à suivre sur Twitter, je voulais vous parler de misandrie aujourd’hui, parce que la misandrie, c’est la vie.

Enfin, le but ici n’est pas de dire « à mort les mecs », on s’en fout un peu. Des choses assez blessantes ont été dites sur twitter récemment (oui en ce moment je suis très présente sur le réseau social, d’ailleurs suivez-moi si vous souhaitez connaître l’avancement de mes plants de tomate).

Des choses transphobes. Alors oui bon ce n’est pas à moi de parler de transphobie, car n’étant pas concernée, j’avoue ne pas y entendre grand chose, et je préfère « laisser parler les concernés » (comme on dit sur Twitter). Néanmoins je voudrais rebondir sur la notion de misandrie car ça, ça me concerne à fond (niark niark).

J’ai eu ouïe dire, il y a quelques temps, que la misandrie c’était problématique (j’adore ce mot) car: soit tu rejettes les mecs trans, soit tu fais une différence entre les mecs trans et les mecs cis, et que donc, c’est forcément transphobe, et en conclusion, la misandrie c’est caca. Alors, j’entends cette critique, mais je ne suis pas du tout d’accord avec le raisonnement (je vais expliquer pourquoi). Et là j’ai envie de réagir car en effet, cette critique n’est pas idiote quand on constate qu’en effet des personnes rejettent les mecs trans, au prétexte que n’étant pas transphobes elles les considèrent comme des mecs comme les autres, et qu’elles ont le droit d’être misandres, etc. Et donc je rebondis sur l’occasion car cela fait un moment que j’avais envie d’expliquer ce qu’est, pour moi, la misandrie, et ce qu’elle n’est pas.

Ôde à la misandrie

Je sais que la misandrie c’est très critiqué parce que c’est très subversif comme notion, de dire qu’une femme a le droit de détester les hommes. Et c’est vrai, avec tout ce qu’on se prend dans la poire, on a le droit d’en avoir marre des mecs. Sans même parler des choses très graves comme les fémicides (appelés « crimes passionnels » par les journaleux) ou les viols, beaucoup trop d’histoires que je raconte sur twitter obéissent à un schéma désormais classique du type: « j’étais peinarde et je profitais de la vie, quand un homme survint et gâcha ma journée ». Les hommes me font chier un peu partout, dans la rue, dans le bus, dans les parcs. C’est une sorte de hobby pour certains. J’ai déjà écrit des articles sur le harcèlement de rue, mais y a pas que ça. Y a aussi la tendance de certains à vouloir faire la police de comment t’es habillée. Y a la façon dégueulasse dont ils ramènent toujours la conversation sur eux (tu parles de viol et ils vont te parler de leur frustration sexuelle, etc). Y a leur façon de se croire indispensables parce qu’un jour ils ont aidé à porter un sac de courses, leur façon de demander du « care » comme si ça leur était dû juste parce qu’on est une femme. Bref je vais pas faire la liste exhaustive de pourquoi en tant que femme des fois on en a juste marre des mecs. Des fois on se sent misandre, c’est comme ça. Et on aime être autorisées à l’exprimer, parce que c’est libérateur; parce que c’est très tabou dans notre société de pas aimer les hommes. On devrait être tolérantes avec la moindre de leurs conneries, excuser même les pires trucs (on le voit au vocabulaire utilisé dans la presse, un viol par exemple c’est trop souvent « un dérapage », genre oups j’ai glissé, ou alors un meurtre c’est « oh le pauvre il était trop amoureux », bref). La société est très dure avec les femmes. Peut-être avec les hommes aussi, d’une certaine façon. Mais surtout avec les femmes. Et puis, on s’en fout, on doit s’occuper de notre cas. Des fois on a juste envie de se regarder le nombril et de mépriser tous les mecs qui nous sifflent dans la rue, nous font des remarque sur la forme de notre poitrine, la taille de nos jupes, ou nous imposent sans arrêt leurs opinions qu’on a pas demandées. Des fois on a envie de leur dire merde, surtout qu’ils sont tellement élevés avec l’idée que leurs avis sont intelligents et importants, que quand c’est pas le cas, c’est juste insupportable.

Mais qu’en est-il de cette critique à propos de la misandrie, qui serait forcément transphobe?

Hé bien dans tout ce que j’ai décrit ci-dessus, la misandrie ne vise pas les hommes pour « être » des hommes, mais pour se comporter d’une manière typiquement masculine et casse-bonbon. Et quand je dis « typiquement masculine » je veux dire qu’il s’agit d’une certaine forme de masculinité. Je veux pas parler du fait de, je sais pas moi, mettre de l’après-rasage, jouer au foot ou porter des shorts de bain. Je veux dire typiquement masculine dans le sens de la masculinité toxique, construite sur l’oppression des femmes. Je m’en branle qu’ils aiment les voitures (tant qu’ils roulent pas de façon à mettre des vies en danger), qu’ils aiment le foot ou je sais pas quoi d’autre qui est considéré comme « masculin ». De la même façon qu’on s’en fout que les femmes aiment le vernis ou le rouge à lèvres, ça ne fait de mal à personne.

Tout ce que j’ai décrit comme comportements à l’origine de la misandrie: siffler dans la rue, faire la police des vêtements, demander du care, donner des avis non demandés, etc etc… Tout ça c’est parfaitement résumable en trois mots: comportements de patron. C’est ça qui est gênant, et même oppressif et qui mérite une attitude telle que la misandrie. Parce que le reste, on s’en fout. Et d’ailleurs, aussi bien humainement que politiquement, j’ai vraiment un problème avec certaines expressions de la misandrie. Tu peux reprocher à quelqu’un de se comporter de telle ou telle manière gênante pour toi. Mais jamais tu reproches à quelqu’un ce qu’il est. Les hommes ont pas demandé à être des hommes, qu’ils soient trans ou cis. C’est ce qu’ils sont, c’est tout. Et en quoi c’est intéressant politiquement de leur reprocher ça? Je trouve ça nul et stérile. Et même dangereux.

Alors on pourra me dire que la masculinité c’est forcément toxique blablabla. Ben, non. De la même manière que la féminité c’est pas uniquement être douce, serviable et soumise, féminité et masculinité peuvent prendre plein de formes. Chacun invente son genre, l’exprime à sa façon; le genre c’est quelque chose de très personnel, qui prend plein de formes différentes selon les personnes. Et les personnes sont très différentes les unes des autres, on est loin d’être que ce que la société attend de nous. Sinon on serait même pas des humains.

En fait, affirmer que la masculinité est en soi toxique, et qu’en somme un homme ne peut que se comporter en oppresseur, c’est très essentialiste. Certes, les privilèges, les hommes n’y peuvent pas grand chose (et d’ailleurs ils ne concernent pas tous les hommes de la même façon, surtout les mecs trans, bon…). Si je suis féministe, c’est parce que j’ai quand même une plus haute estime des hommes que ce qu’on essaie de me faire gober. Si je me met en colère quand un homme me siffle dans la rue par exemple, c’est parce que je sais très bien qu’il a le choix de le faire ou de ne pas le faire. Le fait qu’il soit un homme n’implique pas automatiquement qu’il se comporte comme un trouduc irrespectueux. Si c’était le cas, me mettre en colère contre le harcèlement de rue serait aussi vain que de me mettre en colère contre la pluie quand j’ai oublié mon parapluie, ou contre le vent quand il fait s’envoler ma serviette de plage. La masculinité toxique c’est non seulement quelque chose de construit (donc on peut tenter de déconstruire ou de construire autrement, et des gens le font) mais aussi ce n’est pas quelque chose d’absolu et d’irrémédiable. Les hommes ne sont pas juste « des hommes », ils sont des êtres humains, ils font des choix. Et d’ailleurs, je sais qu’il existe plusieur formes de féminisme, mais le féminisme tel que je le conçois n’a aucun sens si l’on considère que les hommes sont tous des violeurs et des enflures et qu’ils le seront toujours, et qu’on n’y peut rien changer.

« Mais tu nous fais du #NotAllMen! »

Non. Enfin, oui. Enfin, pas vraiment.
En fait ce qui est très énervant avec les « not all men » (c’est à dire quand on dénonce un comportement et que des hommes viennent nous dire MAIS ON N’EST PAS TOUS COMME CA), ce n’est pas que ce soit faux. C’est que c’est presque toujours hors de propos. Je veux dire, pour reprendre l’exemple du harcèlement de rue, quand on dénonce le fait qu’on peut pas faire trois pas sans se faire emmerder, ça nous fait une belle jambe de savoir que « tous les hommes ne sont pas comme ça ». Et bien sur c’est encore pire quand on dénonce des choses graves, comme le viol ou les violences conjugales. Ce qui est énervant c’est qu’on s’en fout complètement que tous les hommes ne soient pas des violeurs, on aimerait juste que personne ne le soit. De plus, les hommes disent ça pour tirer la couverture à eux et attirer l’attention sur le fait qu’eux, ils sont « des mecs bien », contrairement aux violeurs ou aux harceleurs, et donc tirer profit du féminisme pour se faire bien voir ou brosser leur égo, pendant que nous on essaie de vivre nos vies sans êtres agressées. (Accessoirement, quand un mec se ramène pour dire « moi je suis pas comme ça » alors qu’on parle pas de lui, c’est vraiment pas rassurant sur le fait qu’il soit « safe », j’ai plutôt tendance à m’en méfier davantage).

Donc voilà, c’est énervant les « not all men » mais ça veut pas dire que c’est faux en soi. En fait c’est d’autant plus énervant qu’on le sait très bien que tous les mecs ne sont pas des violeurs, c’est justement parce que c’est possible d’être un homme et de ne pas commettre de viols qu’on dénonce. Mais sauf qu’on n’a pas que ça à faire de s’occuper de qui est « un mec bien » et qui est « pas un mec bien ». On s’en fout un peu, en fait. N’empêche que ça revient à ce que je disais, la masculinité n’est pas nécessairement toxique en elle-même, et on n’a pas à reprocher à quelqu’un d’être un mec tant qu’il vient pas nous faire chier, et ce, quel que soit son caryotype ou le contenu de son slip.

Aprè je connais pas tous les mecs de la terre, mais force et de constater que les mecs trans font globalement chier personne. Je dis pas ça pour prendre la défense de qui que ce soit, mais y a l’idée que faire une différence entre les mecs cis et trans ce serait transphobe. Alors ok, c’est pas à moi de dire ce qui est transphobe ou non (n’hésitez pas à vous exprimer dans les commentaires si vous êtes concernés). MAIS c’est pas parce qu’on prend en compte les différences et les vécus des gens qu’on considère pour autant que les mecs trans seraient pas des « vrais mecs », ça c’est complètement faux. Etre un homme c’est pas forcément être un chieur et un agresseur. En fait, personnellement, ce que je déteste chez beaucoup de mecs c’est leur incapacité à se mettre à la place des femmes et à s’interroger deux minutes sur ce qui se passerait pour eux s’ils étaient « de l’autre côté » et s’ils vivaient cette oppression, et à jamais remettre en question tout ce qu’on leur a implicitement appris sur eux-même, comme quoi ils seraient plus intelligents, plus importants, plus capables, moins redevables envers les autres, etc… Donc forcément, subir une assignation au genre féminin, ça change beaucoup de choses de ce côté-là. Après je sais pas, peut-être que des hommes trans peuvent aussi se comporter comme ça, j’en sais rien et c’est pas le sujet. Au fond, je m’en fous, parce que ce que reproche aux hommes c’est pas d’être des hommes mais de se comporter comme des patrons, après qu’ils soient cis ou trans n’y change rien. Pour moi la misandrie c’est ça. Quel intérêt de reprocher à un homme d’être un hommes? Il n’y peut rien.

D’ailleurs c’est tout comme les « male tears », ça ne veut pas dire que toute expression de la douleur chez les hommes est risible. Ce serait totalement débile et inhumain. Les « male tears » ça dénonce certaines expression de la souffrance qui sont en fait des outils d’oppression. Comme par exemple « ouin ouin elle a pas voulu faire de sexe avec moi alors que j’ai été gentil, je suis trop malheureux ». Quelle que soit la réalité de la souffrance subie, c’est un outil pour faire culpabiliser les femmes, faire pression, dominer. Si un homme subit une agression sexuelle on va pas parler de « male tears », soyez pas cons non plus. Donc c’est pareil pour la misandrie, y a un contexte patriarcal autour. C’est pas juste « haïr les hommes inconditionnellement ».

Bon après je comprend que certaines soient rageuses et c’est leur problème, je veu pas ici faire la morale. Mais faudrait peut-être tâcher de se remettre un peu en question quand on fait du mal aux gens autour de soi. Le problème c’est qu’on créé des « milieux militants » complètement toxiques sous prétexte de « misandrie ». C’est un peu comme ce que je dénonçais dans de précédents articles quand je parlais du fait que les milieux militants sont violents. Ok vous en avez marre des mecs et vous êtes misandres, mais ça vous autorise pas à tout non plus. Quant à l’idée que les mecs trans sont « des dominants », d’une part je rigole bien, je vois vraiment pas en quoi un mec trans est « dominant » par rapport à une femme cis? Et quand bien même, j’en ai déjà parlé dans un autre article, mais s’en prendre violemment à une personne sans se poser aucune limite sous prétexte qu’elle serait « un dominant » c’est nul, nul, et archi nul. Qu’une personne soit « dominante » ou non, ça excuse pas la violence, parce qu’à force de s’en prendre rageusement à n’importe qui, ben ça éclabousse, et puis on sait jamais vraiment à qui on s’adresse sur internet, et puis on fait que créer des milieux toxiques où les plus faibles n’osent pas dire un mot de peur de s’en prendre une.

Bon, voilà, j’espère que j’ai pas dit de conneries concernant la transphobie, même si c’était pas en soi le sujet de cet article, n’hésitez pas à rectifier si j’ai dit quelque chose de maladroit.