Rien ne s’oppose à la nuit

Nuit du 18 au 19 aout – 4h du matin, insomnies

[TW: guerre, mort]

***

Parfois la vie m’ennuie. Je pense aux chutes de tissu qui couvrent mon bureau, au pelotes mal rangées  dans un carton ikéa; aux métiers que je n’ai pas pu faire. Aux diplômes qui dorment dans un carton, au-dessus des bocaux de lentille et de céréales. Il faut que je réactualise ma situation sur Pole Emploi. Le temps s’étire en longueur, toute à mon combat lent et obstiné contre la dépression, ma vieille ennemie, et je le vois s’écouler, goutte à goutte, remplir le sablier de ma vie, sans pouvoir faire grand chose de plus. L’enfant grandit. Moi, je sens parfois que je vieillis sans grandir vraiment. Je peins, je dessine. Je fais des poulpes en tissu. Il m’arrive de me demander : est-ce que la vie, c’est juste ça ?

Je ne sais pas, pourtant, à quoi d’autre j’aurais pu m’attendre, ni pourquoi. On dirait que seule la nuit me répond : le chant d’un insecte, la lumière jaune qui éclaire le hlm d’en face, et le calme du vent.

Mais parfois, quand l’angoisse de la vie me rattrape, tout s’éclaire d’un jour différent. Au détour d’une phrase entendue, d’un tweet ou deux qui me font tourner les oreilles comme un chat qui a peur… « L’actualité », comme on dit, comme si les drames qui secouent le monde étaient la seule chose importante qui s’y passait. Je n’essaie pas de la suivre, mais je vis dans ce monde étrange et inquiétant ; ce n’est pas moi qui suis l’actualité, c’est elle qui me poursuit, qui me débusque même au sein de mes refuges, que je construis comme des cabanes d’enfant faites d’un drap sur une chaise. Tout aussi délicieux et fragiles. Quand la réalité me rattrape, et renverse à terre ce doux sentiment de sécurité factice, que je vois ce que je n’ai pas envie de voir. J’assiste, comme beaucoup d’autres, à la montée lente et tranquille du fascisme, qui infiltre pernicieusement les esprits et pourrit les cœurs. Alors mon monde entier tremble et tout est différent. Les chutes de papier sur le bureau, l’enfant qui grandit. Tout s’éclaire d’une lueur nouvelle ; ce n’est pas grand chose, mais c’est tout ce que j’ai.

Je suis héritière d’une lourde histoire familiale, faite de drames et de diverses persécutions. Pas seulement le nazisme, mais aussi les guerres, les fusillades, les pogroms. J’en sais, consciemment, peu de choses. Comme des flash épars qui ont traversé les silences et sont venus jusqu’à moi, des anecdotes glanées au fil du temps, au détour d’une conversation sans importance mais qui me fait tendre l’oreille. Ma grand mère et sa famille, cachées dans le placard de son voisin arabe, qui jure sur le coran aux émeutiers qu’il n’y a pas de juifs chez lui. Ma mère couchée sur le sol d’un dortoir, au milieu des autres enfants, pendant une fusillade, lors de la guerre d’algérie. Une petite fille prend une balle perdue et meurt. Ma grand mère, l’autre, du côté français, dont le père se cachait pendant la guerre. Elle est en classe quand des gens viennent chercher non pas elle, mais une de ses camarades. La petite demande si elle doit emporter ses affaires avec elle. Je revois ma grand mère répéter lentement les mots de la maîtresse, comme s’il l’avaient hantée toute sa vie : « là ou tu vas, tu n’en auras pas besoin ». Ces mots résonnent en moi ; je les ai entendus il y a très longtemps, quand j’étais petite. Je ne les oublie jamais.

Ce sont peu de choses. L’essentiel est couvert d’un silence de plomb. De cette période de sa vie, je n’interroge presque jamais ma grand mère. Elle n’aime pas parler de ça. Elle préfère les potins récents, les recettes de cuisine et les chats. Sa vie continue. J’ai compris, au fil du temps, à travers quelques mots lâchés çà et là, qu’elle échappa de peu aux camps par les hasards de la guerre. De l’autre côté de la famille, les choses sont encore plus floues. Ils n’en parlent jamais, ou presque. Mais ce sont là les quelques flash qui éclairent une histoire sombre, obscure et gravée dans ma chair. Ma mère me téléphonait chaque fois qu’elle entendait la sirène d’une ambulance ; car nous savons que la mort est au coin de la rue. Nous savons que les gens que nous aimons peuvent mourir, et n’importe quand. J’ai parfois même eu le sentiment que c’était la seule forme d’amour que j’étais capable d’éprouver : avoir peur de perdre l’autre.

Ce n’est pas tellement que j’ai peur. C’est que j’ai cette conscience aigüe que tout peut basculer. La montée lente du fascisme en france et dans d’autres pays, l’islamophobie délirante, la haine, la guerre à l’autre bout du monde qui éclabousse de sang jusque tout près de moi, tout près de nous ; plutôt que cela m’effraie, je me sens subjuguée, envahie. Elle me fait sentir combien nous ne somme que des feuilles dans le vent, que des animaux fragiles, qu’un rien peut réduire en poussière. Il y a dans l’air du dehors, loin de mes chutes de tissu, mais beaucoup trop près, une sourde hostilité qui va croissante, et ne demande qu’à enfler davantage, la haine à nourrir la haine, enfler jusqu’à exploser, entrer en trombe dans ma maison et tout balayer d’un souffle d’air. Ce n’est pas que j’ai peur, car la peur suppose un danger que l’on fuit. Ce danger là est peut-être beaucoup trop grand pour encore parler de peur. Ce n’est pas que j’ai peur, c’est que je sais. Je sais ce qui nous attend au tournant de tous les « ils disent pas que des conneries »… etc. Je sais la haine et ce que j’appelle, avec hauteur, de la bêtise, mais qui en fait me terrifie, comme un lapin dans les phares d’un camion. J’ai en moi, dans mon ventre même, comme une sourde consternation, une trop calme épouvante. Il ne s’agit pas, bien sur, de l’antisémitisme. Ce serait trop simple; c’est beaucoup plus vaste que cela. L’obscurantisme, les préjugés, la haine, tout cela forme une espèce de bouillasse glauque; toute expression trop nette de la bêtise humaine ordinaire me fait vaciller sur mes fragiles fondations.

Rien ne s’oppose à la nuit qui tombe, tout juste peut-on allumer une bougie, et attendre.

Misandrie mon amie

Comme un court article vaut mieux qu’un trop long thread chiant à suivre sur Twitter, je voulais vous parler de misandrie aujourd’hui, parce que la misandrie, c’est la vie.

Enfin, le but ici n’est pas de dire « à mort les mecs », on s’en fout un peu. Des choses assez blessantes ont été dites sur twitter récemment (oui en ce moment je suis très présente sur le réseau social, d’ailleurs suivez-moi si vous souhaitez connaître l’avancement de mes plants de tomate).

Des choses transphobes. Alors oui bon ce n’est pas à moi de parler de transphobie, car n’étant pas concernée, j’avoue ne pas y entendre grand chose, et je préfère « laisser parler les concernés » (comme on dit sur Twitter). Néanmoins je voudrais rebondir sur la notion de misandrie car ça, ça me concerne à fond (niark niark).

J’ai eu ouïe dire, il y a quelques temps, que la misandrie c’était problématique (j’adore ce mot) car: soit tu rejettes les mecs trans, soit tu fais une différence entre les mecs trans et les mecs cis, et que donc, c’est forcément transphobe, et en conclusion, la misandrie c’est caca. Alors, j’entends cette critique, mais je ne suis pas du tout d’accord avec le raisonnement (je vais expliquer pourquoi). Et là j’ai envie de réagir car en effet, cette critique n’est pas idiote quand on constate qu’en effet des personnes rejettent les mecs trans, au prétexte que n’étant pas transphobes elles les considèrent comme des mecs comme les autres, et qu’elles ont le droit d’être misandres, etc. Et donc je rebondis sur l’occasion car cela fait un moment que j’avais envie d’expliquer ce qu’est, pour moi, la misandrie, et ce qu’elle n’est pas.

Ôde à la misandrie

Je sais que la misandrie c’est très critiqué parce que c’est très subversif comme notion, de dire qu’une femme a le droit de détester les hommes. Et c’est vrai, avec tout ce qu’on se prend dans la poire, on a le droit d’en avoir marre des mecs. Sans même parler des choses très graves comme les fémicides (appelés « crimes passionnels » par les journaleux) ou les viols, beaucoup trop d’histoires que je raconte sur twitter obéissent à un schéma désormais classique du type: « j’étais peinarde et je profitais de la vie, quand un homme survint et gâcha ma journée ». Les hommes me font chier un peu partout, dans la rue, dans le bus, dans les parcs. C’est une sorte de hobby pour certains. J’ai déjà écrit des articles sur le harcèlement de rue, mais y a pas que ça. Y a aussi la tendance de certains à vouloir faire la police de comment t’es habillée. Y a la façon dégueulasse dont ils ramènent toujours la conversation sur eux (tu parles de viol et ils vont te parler de leur frustration sexuelle, etc). Y a leur façon de se croire indispensables parce qu’un jour ils ont aidé à porter un sac de courses, leur façon de demander du « care » comme si ça leur était dû juste parce qu’on est une femme. Bref je vais pas faire la liste exhaustive de pourquoi en tant que femme des fois on en a juste marre des mecs. Des fois on se sent misandre, c’est comme ça. Et on aime être autorisées à l’exprimer, parce que c’est libérateur; parce que c’est très tabou dans notre société de pas aimer les hommes. On devrait être tolérantes avec la moindre de leurs conneries, excuser même les pires trucs (on le voit au vocabulaire utilisé dans la presse, un viol par exemple c’est trop souvent « un dérapage », genre oups j’ai glissé, ou alors un meurtre c’est « oh le pauvre il était trop amoureux », bref). La société est très dure avec les femmes. Peut-être avec les hommes aussi, d’une certaine façon. Mais surtout avec les femmes. Et puis, on s’en fout, on doit s’occuper de notre cas. Des fois on a juste envie de se regarder le nombril et de mépriser tous les mecs qui nous sifflent dans la rue, nous font des remarque sur la forme de notre poitrine, la taille de nos jupes, ou nous imposent sans arrêt leurs opinions qu’on a pas demandées. Des fois on a envie de leur dire merde, surtout qu’ils sont tellement élevés avec l’idée que leurs avis sont intelligents et importants, que quand c’est pas le cas, c’est juste insupportable.

Mais qu’en est-il de cette critique à propos de la misandrie, qui serait forcément transphobe?

Hé bien dans tout ce que j’ai décrit ci-dessus, la misandrie ne vise pas les hommes pour « être » des hommes, mais pour se comporter d’une manière typiquement masculine et casse-bonbon. Et quand je dis « typiquement masculine » je veux dire qu’il s’agit d’une certaine forme de masculinité. Je veux pas parler du fait de, je sais pas moi, mettre de l’après-rasage, jouer au foot ou porter des shorts de bain. Je veux dire typiquement masculine dans le sens de la masculinité toxique, construite sur l’oppression des femmes. Je m’en branle qu’ils aiment les voitures (tant qu’ils roulent pas de façon à mettre des vies en danger), qu’ils aiment le foot ou je sais pas quoi d’autre qui est considéré comme « masculin ». De la même façon qu’on s’en fout que les femmes aiment le vernis ou le rouge à lèvres, ça ne fait de mal à personne.

Tout ce que j’ai décrit comme comportements à l’origine de la misandrie: siffler dans la rue, faire la police des vêtements, demander du care, donner des avis non demandés, etc etc… Tout ça c’est parfaitement résumable en trois mots: comportements de patron. C’est ça qui est gênant, et même oppressif et qui mérite une attitude telle que la misandrie. Parce que le reste, on s’en fout. Et d’ailleurs, aussi bien humainement que politiquement, j’ai vraiment un problème avec certaines expressions de la misandrie. Tu peux reprocher à quelqu’un de se comporter de telle ou telle manière gênante pour toi. Mais jamais tu reproches à quelqu’un ce qu’il est. Les hommes ont pas demandé à être des hommes, qu’ils soient trans ou cis. C’est ce qu’ils sont, c’est tout. Et en quoi c’est intéressant politiquement de leur reprocher ça? Je trouve ça nul et stérile. Et même dangereux.

Alors on pourra me dire que la masculinité c’est forcément toxique blablabla. Ben, non. De la même manière que la féminité c’est pas uniquement être douce, serviable et soumise, féminité et masculinité peuvent prendre plein de formes. Chacun invente son genre, l’exprime à sa façon; le genre c’est quelque chose de très personnel, qui prend plein de formes différentes selon les personnes. Et les personnes sont très différentes les unes des autres, on est loin d’être que ce que la société attend de nous. Sinon on serait même pas des humains.

En fait, affirmer que la masculinité est en soi toxique, et qu’en somme un homme ne peut que se comporter en oppresseur, c’est très essentialiste. Certes, les privilèges, les hommes n’y peuvent pas grand chose (et d’ailleurs ils ne concernent pas tous les hommes de la même façon, surtout les mecs trans, bon…). Si je suis féministe, c’est parce que j’ai quand même une plus haute estime des hommes que ce qu’on essaie de me faire gober. Si je me met en colère quand un homme me siffle dans la rue par exemple, c’est parce que je sais très bien qu’il a le choix de le faire ou de ne pas le faire. Le fait qu’il soit un homme n’implique pas automatiquement qu’il se comporte comme un trouduc irrespectueux. Si c’était le cas, me mettre en colère contre le harcèlement de rue serait aussi vain que de me mettre en colère contre la pluie quand j’ai oublié mon parapluie, ou contre le vent quand il fait s’envoler ma serviette de plage. La masculinité toxique c’est non seulement quelque chose de construit (donc on peut tenter de déconstruire ou de construire autrement, et des gens le font) mais aussi ce n’est pas quelque chose d’absolu et d’irrémédiable. Les hommes ne sont pas juste « des hommes », ils sont des êtres humains, ils font des choix. Et d’ailleurs, je sais qu’il existe plusieur formes de féminisme, mais le féminisme tel que je le conçois n’a aucun sens si l’on considère que les hommes sont tous des violeurs et des enflures et qu’ils le seront toujours, et qu’on n’y peut rien changer.

« Mais tu nous fais du #NotAllMen! »

Non. Enfin, oui. Enfin, pas vraiment.
En fait ce qui est très énervant avec les « not all men » (c’est à dire quand on dénonce un comportement et que des hommes viennent nous dire MAIS ON N’EST PAS TOUS COMME CA), ce n’est pas que ce soit faux. C’est que c’est presque toujours hors de propos. Je veux dire, pour reprendre l’exemple du harcèlement de rue, quand on dénonce le fait qu’on peut pas faire trois pas sans se faire emmerder, ça nous fait une belle jambe de savoir que « tous les hommes ne sont pas comme ça ». Et bien sur c’est encore pire quand on dénonce des choses graves, comme le viol ou les violences conjugales. Ce qui est énervant c’est qu’on s’en fout complètement que tous les hommes ne soient pas des violeurs, on aimerait juste que personne ne le soit. De plus, les hommes disent ça pour tirer la couverture à eux et attirer l’attention sur le fait qu’eux, ils sont « des mecs bien », contrairement aux violeurs ou aux harceleurs, et donc tirer profit du féminisme pour se faire bien voir ou brosser leur égo, pendant que nous on essaie de vivre nos vies sans êtres agressées. (Accessoirement, quand un mec se ramène pour dire « moi je suis pas comme ça » alors qu’on parle pas de lui, c’est vraiment pas rassurant sur le fait qu’il soit « safe », j’ai plutôt tendance à m’en méfier davantage).

Donc voilà, c’est énervant les « not all men » mais ça veut pas dire que c’est faux en soi. En fait c’est d’autant plus énervant qu’on le sait très bien que tous les mecs ne sont pas des violeurs, c’est justement parce que c’est possible d’être un homme et de ne pas commettre de viols qu’on dénonce. Mais sauf qu’on n’a pas que ça à faire de s’occuper de qui est « un mec bien » et qui est « pas un mec bien ». On s’en fout un peu, en fait. N’empêche que ça revient à ce que je disais, la masculinité n’est pas nécessairement toxique en elle-même, et on n’a pas à reprocher à quelqu’un d’être un mec tant qu’il vient pas nous faire chier, et ce, quel que soit son caryotype ou le contenu de son slip.

Aprè je connais pas tous les mecs de la terre, mais force et de constater que les mecs trans font globalement chier personne. Je dis pas ça pour prendre la défense de qui que ce soit, mais y a l’idée que faire une différence entre les mecs cis et trans ce serait transphobe. Alors ok, c’est pas à moi de dire ce qui est transphobe ou non (n’hésitez pas à vous exprimer dans les commentaires si vous êtes concernés). MAIS c’est pas parce qu’on prend en compte les différences et les vécus des gens qu’on considère pour autant que les mecs trans seraient pas des « vrais mecs », ça c’est complètement faux. Etre un homme c’est pas forcément être un chieur et un agresseur. En fait, personnellement, ce que je déteste chez beaucoup de mecs c’est leur incapacité à se mettre à la place des femmes et à s’interroger deux minutes sur ce qui se passerait pour eux s’ils étaient « de l’autre côté » et s’ils vivaient cette oppression, et à jamais remettre en question tout ce qu’on leur a implicitement appris sur eux-même, comme quoi ils seraient plus intelligents, plus importants, plus capables, moins redevables envers les autres, etc… Donc forcément, subir une assignation au genre féminin, ça change beaucoup de choses de ce côté-là. Après je sais pas, peut-être que des hommes trans peuvent aussi se comporter comme ça, j’en sais rien et c’est pas le sujet. Au fond, je m’en fous, parce que ce que reproche aux hommes c’est pas d’être des hommes mais de se comporter comme des patrons, après qu’ils soient cis ou trans n’y change rien. Pour moi la misandrie c’est ça. Quel intérêt de reprocher à un homme d’être un hommes? Il n’y peut rien.

D’ailleurs c’est tout comme les « male tears », ça ne veut pas dire que toute expression de la douleur chez les hommes est risible. Ce serait totalement débile et inhumain. Les « male tears » ça dénonce certaines expression de la souffrance qui sont en fait des outils d’oppression. Comme par exemple « ouin ouin elle a pas voulu faire de sexe avec moi alors que j’ai été gentil, je suis trop malheureux ». Quelle que soit la réalité de la souffrance subie, c’est un outil pour faire culpabiliser les femmes, faire pression, dominer. Si un homme subit une agression sexuelle on va pas parler de « male tears », soyez pas cons non plus. Donc c’est pareil pour la misandrie, y a un contexte patriarcal autour. C’est pas juste « haïr les hommes inconditionnellement ».

Bon après je comprend que certaines soient rageuses et c’est leur problème, je veu pas ici faire la morale. Mais faudrait peut-être tâcher de se remettre un peu en question quand on fait du mal aux gens autour de soi. Le problème c’est qu’on créé des « milieux militants » complètement toxiques sous prétexte de « misandrie ». C’est un peu comme ce que je dénonçais dans de précédents articles quand je parlais du fait que les milieux militants sont violents. Ok vous en avez marre des mecs et vous êtes misandres, mais ça vous autorise pas à tout non plus. Quant à l’idée que les mecs trans sont « des dominants », d’une part je rigole bien, je vois vraiment pas en quoi un mec trans est « dominant » par rapport à une femme cis? Et quand bien même, j’en ai déjà parlé dans un autre article, mais s’en prendre violemment à une personne sans se poser aucune limite sous prétexte qu’elle serait « un dominant » c’est nul, nul, et archi nul. Qu’une personne soit « dominante » ou non, ça excuse pas la violence, parce qu’à force de s’en prendre rageusement à n’importe qui, ben ça éclabousse, et puis on sait jamais vraiment à qui on s’adresse sur internet, et puis on fait que créer des milieux toxiques où les plus faibles n’osent pas dire un mot de peur de s’en prendre une.

Bon, voilà, j’espère que j’ai pas dit de conneries concernant la transphobie, même si c’était pas en soi le sujet de cet article, n’hésitez pas à rectifier si j’ai dit quelque chose de maladroit.

C’est quoi ce langage?

J’ai écrit cet article pour résumer mon opinion par rapport au « langage non oppressif » en ce qui concerne les insultes et les jurons, car la question m’est souvent posée (quand je ne me fais pas carrément sermonner pour mon langage de charretier). [Attention] : cet article est tout plein de vilains mots pas jolis, donc si ça vous gêne, ne le lisez pas.

Gardez aussi à l’esprit que vous n’avez pas besoin d’être d’accord avec tout ou même une partie de ce que je dis ici, j’aurais peut-être changé d’avis dans 3 jours, l’important n’est pas ce que je dis mais la façon dont je le dis, c’est à dire d’avoir une réflexion sur le sujet, et non pas d’appliquer bêtement des normes pour être accepté dans tel ou tel milieu.

Je vais exprimer dans cet article quelques propos un polémiques (je risque de me faire allumer) donc je vais commencer par préciser quelque chose d’important: je pense que modifier le langage est important et utile. Les insultes utilisées dans le langage courant sont souvent sexistes, validistes (oppressives envers les personnes handicapées), racistes, etc… Cependant, on l’a vu, je ne suis pas forcément le courant général dans ce sens. Si on s’abtient de toute réflexion personnelle sur le sujet (oui déso mais parmi mes haters y en a un paquet qui sont doués pour ça), on se contente de connaître une liste de mots déclarés « oppressifs (par qui? je ne sais pas. Des gens.). Parmi tous ces mots « interdits », il y en a différents qui ont différents sens, différentes connotations et différentes conséquences, et moi je vais pas forcément avoir le même avis que la majorité sur le sujet. Par exemple on me parle souvent du terme « putain » et on me reprend souvent sur mes utilisations de mots comme « con » et « connasse ».

Putain de bordel de merde

Alors, commençons par la base: Putain. J’essaie de moins utiliser « putain » ; même si c’est une insulte et pas un juron, et que je trouve que son sens est totalement différent de son sens originel quand on l’utilise comme juron (et pas comme insulte), je reconnais que c’est pas génial, ça renvoie quand même à une insulte sexiste et putophobe. A propos des alternatives, il y en a un certain nombre qui circulent et franchement la plupart ne sont pas du tout satisfaisantes à mes yeux. « Purée » ou « pétard » ne sont pas trop mal. Je trouve « purin » aussi percutant que « zut », « flûte » ou « crotte de bique », donc je trouve que ça fait pas le deal parce que « putain » est un terme qu’on utilise justement parce qu’il est vulgaire, choquant et donc percutant. Même si je prends sur moi pour ne presque plus utiliser ce mot, j’avoue que dans certains contextes, ça sort un peu tout seul. Et oui, modifier ses habitudes de langage ça ne se fait pas en un jour.
Certaines personnes se sont mises en tête de remplacer « putain » par « pétain ». Alors, comment dire posément mon avis là-dessus… Non. Non, non non non et non. Je sais que l’intention est excellente, mais ça me gène vraiment. Je préfèrerais franchement utiliser « putain », même si l’origine du terme est sexiste, que « pétain ». ça me met hyper mal à l’aise. Au moins « putain » c’est un mot joyeux. Vous vous rendez compte de ce à quoi le mot « Pétain » peut renvoyer (en particulier pour les juifs) ? Je trouve ça super violent. Tant qu’à faire, pourquoi ne pas remplacer d’autres insulte sou jurons par des noms de dictateurs célèbres, d’auteurs de génocide, de tortionnaires ou de tueurs en série ? Ça va être chouette, le langage. Je sais pas si c’est vraiment mieux que le sexisme.

Connasse (le Mot Interdit)

En revanche je ne considère pas que « connasse » ou « con » soit un terme sexiste (je me fais reprendre régulièrement et des gens m’ont même bloquée sur twitter pour avoir utilisé ce mot). Je sais que beaucoup ne sont pas d’accord avec moi, mais je ne pense pas que l’étymologie soit un argument convaincant pour justifier qu’un mot soit sexiste. Le langage évolue, pour moi il y a une distinction nette entre l’étymologie des mots et leur sens actuel. Quand on dit « con », « connard » ou « connasse », personne ne pense ce qu’ils désignaient à l’origine (c’est à dire la vulve ou le vagin), ce sont des injures couramment utilisées qui, en outre, ne renvoient pas à des normes de genre (contrairement à « salope » ou « pute » par exemple) mais au contraire sont à peu près équivalentes dans leurs variantes féminines ou masculine.

Après je comprends qu’on puisse ne pas être d’accord. Seulement, je ne pense pas qu’être féministe soit une performance ou une question de pureté personnelle. Et je pense que, même si le langage doit évoluer, et que oui, on doit faire attention quand même à certaines choses, il y a quand même une dose d’efforts juste à mettre là-dedans.

On pourrait en dire presque autant de « putain » utilisé comme juron et pas comme insulte, dans la mesure où quand on s’exclame « putain ! » ça n’a pas un sens d’insulte et les gens ne vont pas automatiquement se mettre à penser à ce sens-là. Mais il y a une différence nette à mes yeux, c’est que « putain » tout le monde sait ce que ça veut dire, à quoi ça renvoie. C’est un mot qui peut encore être utilisé comme insulte, même s’il est un peu vieilli, donc je comprend que son utilisation puisse choquer. En revanche plein ne gens ne connaissent pas l’origine du mot « con » et presque plus personne n’utilise ce mot pour désigner la vulve ou le vagin. Donc il y a quand même une différence importante.

Salope, Pute, Enculé et autres trucs dans le même genre

Il en va tout autrement d’un terme comme « salope ». Ethymologiquement, « salope » n’est pas spécialement sexiste, il me semble. En revanche c’est une insulte qui a un sens très sexiste car elle renvoie généralement aux mœurs, au comportement sexuel, et dont il n’y pas d’équivalent masculin (le terme « salaud » a un sens différent). Donc c’est typiquement une insulte sexiste qu’il faut éviter d’utiliser.

Il y a quand même des insultes que je pense qu’il ne faut pas utiliser, du genre « enculé », « pédé » ou « fils de pute », ces insultes sont juste ouvertement sexistes et/ou homophobes (c’est hallucinant que pour insulter un gars on insulte sa mère genre c’est toujours les femmes qui prennent). D’une manière générale, si on réfléchit 2 minutes à ce qu’on dit on ne va pas traiter quelqu’un d’ « enculé » ou de « pute », ça fait quand même appel à des valeurs très oppressives (et à mon avis complètement d’un autre âge, même si malheureusement beaucoup de jeunes les adoptent encore, mais que voulez-vous ma bonne dame on vit une pauvre époque).

Mais il y a quand même de la marge entre utiliser «pute » ou « fils de pute » comme insulte et n’utiliser jamais aucune insulte renvoyant à une oppression quelconque. J’insiste sur le fait qu’être féministe n’est pas une performance ou un concours, et que ce à quoi l’on fait attention ou pas peut varier en fonction des contextes. Et j’avoue que ça me gonfle qu’à chaque écart de langage ce soit toujours systématiquement des hommes qui viennent me reprendre sur mon vocabulaire. Faites aussi un peu attention à ça, ça peut vite être lourd. Et même si vous reprenez des gens sur des insultes vraiment sexistes ou homophobes (enculé, fils de pute, etc…), et que donc vous vous sentez parfaitement légitimes là-dessus, je vous conseille tout de même de garder à l’esprit que les gens sont habitués à utiliser ce vocabulaire, qu’ils peuvent le faire sans penser à mal. On est d’accord que c’est pourri ; seulement, si vous vous montrez hautain, agressif ou donneur de leçons, les gens ne changeront certainement pas leur manière de parler pour vous faire plaisir. Parfois, bousculer un peu les gens peut provoquer en eux une réflexion, je dis pas non plus qu’il faut être doux et gentil en toutes circonstances, surtout si on se sent soi-même agressé par le vocabulaire utilisé. Mais bon si on veut le changement alors il faut aller dans le sens du changement. Et pour ça il faut faire un minimum d’effort de communication.

Les mots et le sens qu’on leur donne : public vs privé

Une petite parenthèse sur le contexte: Quels que soient les mots qu’on utilise, il y a une distinction qui est à faire entre le public et le privé: selon le contexte dans lequel on dit un mot, ce mot n’a pas la même portée. C’est exactement comme l’humour : certaines blagues peuvent être très choquantes quand elles sont faites en public, mais acceptées en privé dans des cercles restreints où les uns savent ce que les autres ont en tête, ce qu’ils pensent vraiment, comment prendre ces blagues, ce qu’elles veulent réellement dire. L’humour est souvent ambigu, par exemple une même blague peut par exemple dénoncer l’antisémitisme ou être antisémite. Si vous savez que vos amis ne sont pas antisémites, vous pouvez accepter (ou pas, ça dépend des sensibilités de chacun) certaines blagues sur le sujet et pas d’autres. J’insiste lourdement sur le fait que personne ne devrait faire pression pour que vous acceptiez telle ou telle sorte de blague. Des blagues ambigües ou de mauvais goût peuvent, dans certaines circonstances particulières, avec des amis proches en qui vous vous sentez en confiance, vous rapprocher de vos amis (ne serait-ce justement que parce que vous les autorisez à faire ces blagues alors que si le reste du monde le fait vous seriez blessé, en colère ou mal à l’aise). Mais pour le reste du monde elles restent des blagues ambigües et de mauvais goût et quel que soit le contexte, personne ne peut vous forcer à les accepter, vous faire passer pour un.e rabat-joie si vous ne les acceptez pas, etc.

Il en va de même des insultes. Si par exemple vous êtes quelqu’un qui n’a pas du tout des valeurs sexistes et que vous dites en parlant d’une quidam quelconque « cette meuf c’est vraiment la reine des salopes », vos amis proches comprendront aisément que vous voulez signifier que cette personne, par exemple, noie des bébé chatons pour le plaisir, arnaque des personnes âgées ou vole la sucette des enfants quand personne ne regarde. Et non pas qu’elle a un comportement sexuel déviant par rapport à une norme, qu’elle couche avec des hommes ou je sais pas quoi. Je sais que la nuance peut paraître ténue mais à mes yeux elle est d’une grande importance : je pense que le sexisme n’est pas tant dans les mots qu’on utilise (même s’il l’est aussi !) que dans le sens qu’on leur donne. Si je dis qu’une personne est « une salope » de la même façon que je dirais qu’un homme est « un salaud » c’est à dire que je me réfère à son éthique en tant qu’être humain, et non pas à son comportement en tant que femme et à sa soumission aux normes qui régissent le genre féminin, ce n’est pas spécialement sexiste. Mais attention ça ne veut pas dire que c’est super d’utiliser ce mot et que youpi tralala traitons-nous de salopes. Il faut aussi garder à l’esprit que le terme « salope » est lui-même sexiste. Je pense qu’il vaut mieux éviter d’utiliser ce mot en privé mais surtout en public, et peu importe dans ce cas ce qu’on a réellement en tête. Le problème si j’utilise le mot « salope » en parlant d’une femme, même si je sais que je me réfère à son attitude en tant qu’être humain et pas à son sexe, son genre, ses mœurs, etc… ce qui va être entendu par les gens peut être différent du sens que je lui donne, et je ne pourrai pas me plaindre qu’on a mal interprété mes propos, puisque je sais très bien que ce mot est connoté généralement (presque toujours, en fait) de cette façon (tandis que le terme « connasse » est davantage proche du terme « connard »). Donc je pense qu’il faut faire attention à ce genre de choses. Les mots ont un sens, on peut les utiliser différemment, mais comme dans toute forme de communication, on ne peut pas utiliser un mot sans se soucier du sens que les gens peuvent lui donner.

Donc entre amies proches vous pouvez vous traiter de salope, de­ morue ou de ce que vous voulez, tant que c’est vraiment ok pour vous, pourquoi pas. Et ça marche aussi dans l’autre sens, si on traite une femme de quoi que ce soit pour des raisons sexistes, ben c’est sexiste, même si on utilise une insulte non sexiste.

Les insultes non oppressives : le concept d’insulte est-il safe ?

Quelle que soit la réflexion qu’on puisse avoir sur les insultes non oppressives, il y a toujours une limite à ce concept, c’est pourquoi je pense qu’il ne faut pas être dans une optique de pureté vis-à-vis de ça. D’ailleurs, je pense qu’il ne faut être dans une optique de pureté vis-à-vis de rien, la pureté est un concept extrêmement piégeant, politiquement très mauvais, et à éviter d’une manière générale ; mais je pense qu’en particulier vis-à-vis de ce sujet, toute notion de pureté est vouée à l’échec. C’est pourquoi j’ai toujours été assez critique vis à vis des tentatives collectives de créer des insultes « safe » (je préviens d’avance les gens qui participent à ce genre de groupe : je vais être un peu dure avec vous et je m’en excuse, les critiques que je vais formuler ne visent pas à rabaisser ce que vous faites mais ont pour but d’être constructives).

L’intention de départ est excellente, mais on tourne vite en rond parce que les insultes que nous utilisons dans le langage courant sont presque toujours basées sur des systèmes oppressifs. Quand elles ne sont pas sexistes ou racistes, elles sont validistes (je trouve que « con » est plus validiste que sexiste puisque souvent il renvoie souvent au manque d’intelligence, cela dit son sens varie beaucoup selon le contexte et on y met un peu ce qu’on veut, c’est pour ça que j’aime bien ce mot, c’est un peu l’insulte générique). Au final, les insultes « safe » générées par ces groupes finissent toutes par tourner autour des excréments (caca, pipi et j’en passe). Et je ne sais pas si c’est une très bonne chose. D’une part, c’est pauvre. Et oui, je pense que c’est un problème, mais j’y reviendrai. D’autre part, est-ce vraiment safe ? Associer une personne aux excréments, ce n’est pas vraiment ce que j’appellerais « safe ». ça peut avoir l’air safe parce que le rejet des excréments et de la saleté c’est un truc partagé assez universellement, qui n’est pas en relation nette avec telle ou telle oppression. Mais si on part sur l’hygiène, oui y a des gens plus propres que d’autres et qui sentent meilleur, c’est bien sur en lien avec des choses comme les handicaps, la pauvreté, etc… Certains trouveront que je pinaille. Je dis pas qu’il faut pas utiliser ces insultes, je nuance simplement le fait que les insultes sont « safe » quand elles parlent de caca.

D’ailleurs j’en viens au point qui fait à mon avis qu’on tourne en rond : le concept même d’insulte est-il safe ? A mon avis, non seulement les insultes ne sont pas safe, mais elles sont justement faites pour ne pas l’être. C’est super qu’on puisse traiter quelqu’un d’excrément ou d’ordure, donc de l’insulter sans se référer à un système d’oppression particulier. Mais le propre d’une insulte c’est de rabaisser, c’est donc de faire référence à un système de valeur dans lequel il y a une supériorité (moi/mes amis) et une infériorité (où se trouve l’autre). C’est pourquoi les insultes renvoient très souvent à des systèmes d’oppression : on traite les gens d’animaux (donc d’être inférieurs), on peut aussi les renvoyer à leur « race » (sauf s’ils sont blancs…), à leur non-conformité aux normes de genre (« pédé », etc…), ou aux normes qui sévissent à l’intérieur de leur genre (salope, pute…). Les insultes renvoient aussi souvent à l’intelligence, à la culture dominante, et à des normes intellectuelles (idiot, débile), psychiatriques (fou, cinglé), médicales (taré), etc… donnant un aperçu de toutes les formes que peut prendre le validisme. Elles peuvent aussi renvoyer à l’hygiène corporelle, ou à la pauvreté. Enfin, les plus prisées par les groupes d’insulte non oppressive sont pour ainsi dire les insultes les plus primaires, au sens qu’elles font appel à une distinction entre le « bon » et le « mauvais » au sens les plus basiques du terme : le « mauvais » désignant tout ce dont l’on doit se débarrasser, à savoir les ordures et les excréments. Et je trouve intéressant de constater qu’il ne reste plus que ces insultes, à savoir que toutes les autres font plus ou moins appel à des systèmes d’oppression.

Alors quelque part, oui, je veux bien reconnaître que c’est un progrès d’utiliser des insultes comme « fumier » ou « ordure » plutôt que débile, imbécile, taré, salope, etc… Mais c’est quand même des insultes, elles visent quand même à rabaisser autrui. Je suis pas en train de dire qu’il faut jamais insulter les gens, mais si vraiment on veut aller jusqu’au bout d’une logique de pureté comme ça se fait dans ce genre de groupes, on peut s’interroger sur le fait même d’insulter. Et ce n’est pas idiot comme questionnement : au fond, pourquoi insulter ? Dans quel but ? Je fais remarquer un truc tout bête, c’est qu’insulter les gens, on peut très bien s’en passer, rien ne nous y oblige.

En fait, la logique jusqu’auboutiste des discussions ou des groupes « insultes non oppressives » m’a souvent beaucoup étonnée, mais d’autant plus que je n’ai jamais vu qu’on y remette en question le concept d’insulte. Pourtant, certaines insultes étaient refusées parce que « trop insultantes », ce qui est tout de même paradoxal. Par exemple « mange tes morts » avait été refusé d’un de ces groupes parce que « insultant envers les morts » (tu m’étonnes). Comme si le but d’une insulte était d’être respectueux. Au fond, je me demande s’ils ont pris la peine de se demander ce qu’est une insulte et pourquoi on l’utilise.

Je reviens sur la pauvreté des insultes dont je parlais plus haut, et pourquoi je pense que c’est un problème (alors que je viens de dire qu’on était pas obligé, dans l’absolu, d’utiliser des insultes). J’avoue être restée longtemps dans un de ces ateliers de production d’insultes non oppressives parce qu’il me fascinait. J’y avais donc un jour proposé l’insulte « surimi » et on me répliqua que ce n’était pas safe car spéciste envers les poissons. (à qui ça fait une belle jambe, et c’est beaucoup dire). Au final, chaque discussion ouverte produisait immanquablement des insultes toute gentillettes comme  « espèce de tofu pourri ». On y proposait régulièrement des insultes comme « t’es aussi paradoxal qu’un vegan qui mange de la viande ». Je n’ai rien contre cette insulte, si ce n’est le fait que ça n’en est pas une. Il n’est pas insultant de dire à une personne qu’elle est paradoxale, cela peut être tout à fait bienveillant. Je me souviens d’ailleurs qu’en réponse à mon « surimi », on m’avait proposé « tofu ». Je trouvais « surimi » déjà plutôt gentillet, mais j’ai du mal à voir en quoi « tofu » est une insulte.

Au final, toutes ces insultes sont bien gentilles et mignonnes. L’ennui c’est qu’elles ne servent à rien. Alors oui, je disais plus haut qu’on peut très bien ne pas insulter autrui. Sur le papier. Dans la vraie vie, cela peut demander des compétences sociales extrêmement élevées. Je prends l’exemple du harcèlement de rue. Si je me fais agresser dans la rue, de quoi j’ai l’air si je traite le mec de tofu, ou si je lui dis qu’il est aussi paradoxal que machintruc ? Malheureusement, je n’en suis pas fière mais ce qui sort dans ces cas-là peut se trouver dans le genre vraiment pas cool, parfois à base de « va te faire foutre » et compagnie. Instinct de survie oblige. Je pense que toutes les personnes se faisant parfois harceler ou agresser comprendront qu’on dispose pas forcément de toutes les ressources et de la minute de réflexion nécessaire.

D’ailleurs, ça pose une question intéressant c’est de savoir qui s’adresse à qui quand on parle d’insultes non oppressives. c’est vrai que c’est pas bien de dire « va te faire foutre », on devrait pas le dire, mais bon, c’est facile aussi de faire la morale quand on dispose du temps de réflexion et de recul nécessaire à ne pas dire n’importe quoi, et c’est quelque chose qui est inégalement partagé. Selon votre apparence, votre genre etc…, vous aurez à subir plus ou moins d’agressions, et c’est un des facteurs qui feront que ce sera plus ou moins facile pour vous de communiquer de façon bienveillante ou du moins non oppressive.

Bien sur il y a une différence entre une agression dans la rue et, par exemple, une discussion qui s’envenime sur internet. Sur internet je n’utiliserais pas « va te faire foutre » parce que je peux quand même prendre ne serait-ce que 10 seconde pour réfléchir à ce que je vais dire, et qu’y a pas besoin de plus pour se rendre compte de ce que veut dire cette insulte et pourquoi il ne faut pas l’utiliser. D’ailleurs sur internet on peut aussi prendre une grande inspiration et n’insulter personne. On peut pas toujours, bien sur, mais c’est une idée à ne pas négliger.

Mais tout de même, même si l’exemple de l’agression dans la rue est un peu extrême, ça illustre bien le problème que j’ai avec les insultes non oppressives. Elles sont mignonnes, mais face à la réalité concrète et brutale, elles ne tiennent pas longtemps la route, surtout si on ne questionne pas du tout les formes de communication qu’on utilise. La réalité de la vie est différente de la théorie, et entre une situation dans laquelle je vais traiter quelqu’un de vilain tofu pourri, et une situation dans laquelle je vais dire « va te faire foutre » parce que c’est ce qui me vient immédiatement à l’esprit, il y a tout un éventail de possibilités. En règle générale, il est bien de réfléchir à ce que l’on dit et d’éviter de sortir des trucs comme « enculé » ou « débile », même si c’est ce qui nous vient à l’esprit. (alors oui on pourrait me répliquer qu’il m’arrive parfois d’utiliser des insultes validistes comme « débile » etc, mais je pense que le sujet n’est pas ce que je fais moi et si je suis ou non une personne absolument parfaite, je pense qu’il vaut mieux ne pas utiliser d’insultes validistes, et pour certaines le validisme est plus violent et évident que pour d’autres). En règle générale, c’est pas mal de faire attention à ce qu’on dit, et ce sont des précautions qui peuvent varier en fonction du contexte, de qui va entendre tel terme, etc…

Pour finir, ce n’est pas un hasard si j’ai fait un parallèle entre l’humour et les insultes. Si j’utilise des insultes c’est que je trouve qu’elles ont souvent une portée humoristique. Finalement, sans aller jusqu’à en tirer des règles explicites et préconiser tel ou tel truc, est-ce qu’insulter a vraiment tellement d’intérêt en soi ? Je crois que si on se creuse autant la tête sur les insultes, c’est que parfois, la vie fait qu’on en vient à insulter, et il faut le prendre en compte. Mais ça ne veut pas dire que c’est quelque chose qui ne doit pas être remis en question du tout. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas aussi essayer de trouver des façons de communiquer qui excluent plus ou moins les insultes. Et ça c’est vraiment quelque chose qui manque, je trouve, dans les réflexion SJW, qui tournent beaucoup autour du fait d’extérioriser la colère, mais très peu sur des formes de communication moins violentes, alors que, finalement, ce n’est pas aussi incompatible qu’on pourrait le croire, ça peut même aller de pair. C’est aussi des choses pour lesquells c’est totalement pas intéressant d’être dans la pureté (« bouh t’as insulté, c’est mal bouh bouh » ou « bouh, t’es pas bienveillant espèce de gros naze» ) mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas prendre ça en compte. En revanche, j’ai un peu plus de mal à l’idée de me passer totalement des insultes pour leur aspect humoristique, ou en général pour leur portée percutante mais sans qu’il soit question d’insulter une personne en particulier (par exemple quand je disais « teaser comme une connasse » dans l’article tant attendu sur les sachets cuisson). Au final dans ce contexte, je trouve que la portée oppressive est moindre, mais c’est un avis personnel. Dans l’idéal, je trouve que ce serait bien que chaque personne réfléchisse aux limites qu’elle se pose en terme de vocabulaire, bien sur cela doit se faire en fonction du ressenti global des autres à ce sujet, puisque c’est une question de respect envers les autres et pas seulement envers soi-même. Mais la vocabulaire c’est quand même quelque chose de très personnel, je ne pense pas qu’on puisse non plus trop imposer et être dogmatique. Et reprendre les gens, ça peut être bien, mais il faut pas non plus oublier que les gens peuvent soit ne pas avoir réfléchi du tout à la question, soit faire ce qu’ils peuvent et ce qui leur semble juste, soit n’être pas d’accord avec vous, ou un mélange de tout cela.

En conclusion, évitez de vous comporter comme des gros cons, au sens le plus général du terme évidemment, et tout ira bien.

Halte aux sachets cuisson

Je ne sais plus très bien comment c’est arrivé sur Twitter, mais j’ai promis d’écrire un article sur les sachets cuissons. Et je sais pas très bien comment ça s’est goupillé non plus mais je tease depuis des mois ce foutu article sur les sachets cuissons en sous-entendant que ce sera un monument de journalisme ou je ne sais quoi.

J’ai bien essayé de créer une machine à remonter le temps et d’aller voir mon moi du passé en lui disant un truc comme « je n’ai que quelques minutes, il faut que je t’avertisse : ne promet surtout pas un article sur les sachets cuisson, et surtout ne tease pas comme une connasse en disant qu’il sera vachement bien ». Mais d’une part, mes compétences en bricolage ne dépassent l’installation d’une lunette de toilettes et la fabrication de boîtes artisanales à l’odeur de chicorée.

As-tu vu mes boîtes

Elles sont belles, mes boîtes.

Donc c’est raté pour la machine à voyager dans le temps (en plus, ça coûterait probablement un bras, et j’ai déjà vendu mon âme contre une recette de cookies à la patate douce, et puis j’ai besoin de mes deux bras). Pire, si je me trompe je risque d’arriver dans les années 80, et merci mais non merci. D’autre part, je trouve complètement con de déranger mon moi du futur pour si peu alors que si mon moi du passé avait pris la peine de réfléchir deux minutes, elle aurais su que c’était une mauvaise idée de promettre un article sur des sachets cuissons et de teaser comme une connasse.

Mais qu’importe. Après tout, c’est vrai que je n’ai jamais réglé mes comptes avec les sachets cuissons. ILS ME METTENT EN COLERE. Donc c’est une très bonne occasion de le faire. Sachez-le, les sachets cuisson sont maléfiques. Je pèse mes mots.

Voici le résumé de mon réquisitoire contre le sachets cuissons :

  1. Les sachets cuisson vous arnaquent

  2. Ils sont probablement mauvais pour la santé

  3. Ils sont pas écolo

  4. Ils servent à rien

1- Commençons par le commencement: l’achat d’un paquet de riz.

Cas d’école : mettons que vous envoyiez votre conjoint.e faire les courses. Et que, pour une raison totalement déraisonnable, votre cœur soit épris d’une personne qui n’y connait rien en riz (non mais franchement, je vous jure). (Non mais il doit y avoir des raisons, genre il ou elle est super doué.e au pieu, mais bon quand même).
La personne n’y connaissant rien en riz choisit un paquet de riz de belle taille et vous le ramène fièrement à la maisn. Bon faites gaffe parce que dans ce cas de figure vous avez quelqu’un d’autre à blâmer mais ça peut vous arriver aussi si vous ne faites pas attention. Bref, vous avez un beau paquet de riz. Il ressemble à n’importe quel autre paquet de riz qui se respecte.

Vous ouvrez votre paquet de riz, et là, enfer et damnation : c’est un paquet avec des sachets cuisson.

Pourquoi le sort s’acharne-t-il ainsi sur vous? Vous pensiez enfin être heureuxse, et voilà que la cruauté du destin vous frappe à nouveau.

Pourquoi est-ce une arnaque?

Hé bien, un paquet de riz contient normalement environ : du riz.

Un paquet de sachets cuissons de la même taille contient à peu près 30% de riz, 10% de plastique et 60% de rien du tout. C’est à dire que les sachets sont tout petits, qu’y en a 3 ou 4 qui se courent après et qu’y a à peine de quoi remplir un bol. Mais comme personne n’est prêt à payer un tout petit paquet de riz pour le même prix qu’un paquet de riz 3 fois plus gros, la lie de l’humanité que constituent les gens du marketing vend les sachets de riz dans un paquet de la même taille qu’un paquet ordinaire contenant beaucoup de riz. Donc pour à peu près le même prix vous avez trois fois moins de riz et du plastique.

2- Cuire sa bouffe dans du plastique non mais est-ce que vous êtes sérieux

Parlons un peu de ce plastique. Est-il sûr d’un point de vue santé ? Franchement, j’en doute. D’autant plus qu’en menant l’enquête sur les sachets cuisson, j’ai découvert que ces objets du démon ne se limitent pas au riz. Ils existent pour d’autres aliments et on peut même acheter des sacs plastiques dans lesquels cuire un poulet. Outre que l’idée me paraisse étrange, pour ne pas dire dégueulasse, je me suis demandée ce qu’il en était des conséquences sur la santé de cuire de la nourriture dans du plastique (l’article de vegactu ci-dessus linké répond plus ou moins à la question, ces sachets cuissons délivrent des substances cancérigènes dans la nourriture, je suppose que si on en mange rarement ça va encore, mais de façon régulière ça me paraît bien craignos). En plus, je trouve déjà pas terrible de faire bouillir du plastique, mais au four c’est encore pire étant donné que les températures sont bien plus élevées que les 100 degrés celsius nécessaires à la cuisson du riz, et beaucoup plus longues pour un poulet que pour du riz, donc on peut supposer que davantage de substances potentiellement mauvaises pour la santé sont libérées. Mais bon, même à faire bouillir quelques minutes dans une casserole, je me méfie du plastique. Je suis pas une paranoïaque de la santé, je mange pas bio ni rien et je n’ai rien contre l’utilisation du four à micro-ondes ; mais j’estime que c’est quand même une règle de base de ne pas chauffer du plastique. Si vous vous servez d’un micro-ondes, je vous suggère fortement de ne rien y chauffer dans du plastique. Il existe beaucoup de sortes de plastique, j’ai totalement la flemme de me renseigner sur lesquels contiennent des substances cancérigènes ou des perturbateurs endocriniens, alors que transvaser les machins à chauffer dans un récipient en céramique ou en verre, c’est une précaution qui ne coûte pas grand chose. Et même sans se servir d’un micro-ondes, il est préférable de réserver les bols en plastique pour la nourriture froide. Bon après c’est pas la mort si une fois de temps en temps vous mangez votre soupe chaude dans un bol en plastique, et même ces saloperies de sachets cuissons ne vont probablement pas vous tuer à la première utilisation ; mais c’est quand même pas génial.

3- Les sachets cuisson sont mauvais pour la planète

Pas besoin d’en dire beaucoup : la fabrication du plastique est polluante et en plus le plastique se retrouve ensuite dans la nature où il forme des continents entiers de merde.

As-tu vu mon plastique

Vos prochaines vacances

Bien sur il faudrait trouver des solutions pour remplacer les très nombreux objets du quotidien faits en plastique que nous utilisons, mais ce n’est pas forcément évident de trouver des alternatives pour tout. En ce qui concerne les sachets cuisson, franchement ils ne servent à rien et c’est dommage de polluer pour ça. Ce qui nous amène au point 4.

4- Les sachets cuisson sont inutiles, si si

J’en tombe de ma chaise, mais il est possible que des gens achètent volontairement des sachets cuissons, et ce malgré l’arnaque qu’ils représentent, étant 3 fois plus chers que du riz normal. « Je ne sais pas cuisiner » est l’excuse principale de ces énergumènes, rapidement suivie par « les grains de riz ils se coincent dans la passoire et c’est chiant à laver ».

Alors d’accord, tout le monde n’aime pas cuisiner et y a plein de gens que ça gonfle, ça je peux aisément le comprendre. En revanche, aller jusqu’à acheter des sachets cuisson, y a de la marge. Je pense que tout le monde devrait apprendre à cuire du riz, surtout les gens qui ne savent pas cuisiner, puisque quand on sait pas cuisiner on mange du riz, et autant qu’il soit bon. Apprenez à cuire du riz, vraiment. Vous ne dépendrez plus de ces saloperies de sachets cuisson, donc vous ferez des économies, vous épargnerez votre santé et grâce à vous il y aura quelques sachets de moins sur le continent de merdes en plastique. Et ne vous souciez plus des grains qui se coincent dans les passoires, ils sont un faux problème car il n’y a pas besoin de passoire pour cuire du riz. Je vais vous démontrer que les sachets cuissons ne servent à rien en vous apprenant immédiatement comment cuire du riz délicieux sans se fatiguer. Le résultat est un peu comme avec un cuiseur de riz, mais tout ce dont vous avez besoin est d’un verre ou d’une tasse, d’une casserole avec un couvercle et d’un torchon.

  1. Mettez 1 tasse de riz pour 2 tasses et demi d’eau froide dans votre casserole (avec un peu de sel de préférence)

  2. Faites bouillir. A un moment l’eau va baisser et faire des trous dans le riz. Alors oui je vais préciser car plein de gens m’ont demandé MAIS C’EST QUOI LES TROUS DANS LE RIZ ?? Soyez pas cons, c’est pas les grains de riz qui se trouent. Vous voyez l’eau qui bout, ça fait des genres de bulles. Ben quand l’eau a suffisamment baissé, les bulles font des genres de trous dans le riz qui repose sagement au fond de la casserole. Je peux pas vous dire quand, car ça dépend entre autres de la quantité d’eau et de riz. Mais en général je compte entre 5 et 10 minutes.

  1. Quand vous avez vos trous de riz, vous couvrez votre riz d’un couvercle enveloppé dans un torchon et vous éteignez le feu, mais sans bouger la casserole.

  2. Vous laissez reposer environ 10 minutes. Le riz va finir d’absorber l’eau, puis refroidir tranquillement pour être pile mangeable et délicieux quand vous soulèverez le couvercle.

Ce qui est bien avec cette technique c’est que non seulement vous vous passez de ces SALOPERIES DE SACHETS DE PLASTIQUE DE MERDE mais surtout, quand vous enlevez le couvercle au bout de 10 minutes, le riz est cuit à point et légèrement refroidi. Donc non seulement le riz est bon mais il est totalement prêt à être consommé et vous n’allez pas vous brûler avec des sacs plastiques bouillants. Et si vous préférez le riz moins cuit, vous pouvez mettre seulement 2 verres d’eau par verre de riz.

ATUVU MON RIZ

je cuis toujours mon riz comme ça et franchement c’est bon

Si vous êtes foufou, vous pouvez ajouter au moment où vous mettez le riz dans la casserole : de l’ail, des échalotes, des épices (le curcuma c’est cool ça fait du riz tout jaune), des petits pois ou tout ce que vous voulez.