C’est quoi ce langage?

J’ai écrit cet article pour résumer mon opinion par rapport au « langage non oppressif » en ce qui concerne les insultes et les jurons, car la question m’est souvent posée (quand je ne me fais pas carrément sermonner pour mon langage de charretier). [Attention] : cet article est tout plein de vilains mots pas jolis, donc si ça vous gêne, ne le lisez pas.

Gardez aussi à l’esprit que vous n’avez pas besoin d’être d’accord avec tout ou même une partie de ce que je dis ici, j’aurais peut-être changé d’avis dans 3 jours, l’important n’est pas ce que je dis mais la façon dont je le dis, c’est à dire d’avoir une réflexion sur le sujet, et non pas d’appliquer bêtement des normes pour être accepté dans tel ou tel milieu.

Je vais exprimer dans cet article quelques propos un polémiques (je risque de me faire allumer) donc je vais commencer par préciser quelque chose d’important: je pense que modifier le langage est important et utile. Les insultes utilisées dans le langage courant sont souvent sexistes, validistes (oppressives envers les personnes handicapées), racistes, etc… Cependant, on l’a vu, je ne suis pas forcément le courant général dans ce sens. Si on s’abtient de toute réflexion personnelle sur le sujet (oui déso mais parmi mes haters y en a un paquet qui sont doués pour ça), on se contente de connaître une liste de mots déclarés « oppressifs (par qui? je ne sais pas. Des gens.). Parmi tous ces mots « interdits », il y en a différents qui ont différents sens, différentes connotations et différentes conséquences, et moi je vais pas forcément avoir le même avis que la majorité sur le sujet. Par exemple on me parle souvent du terme « putain » et on me reprend souvent sur mes utilisations de mots comme « con » et « connasse ».

Putain de bordel de merde

Alors, commençons par la base: Putain. J’essaie de moins utiliser « putain » ; même si c’est une insulte et pas un juron, et que je trouve que son sens est totalement différent de son sens originel quand on l’utilise comme juron (et pas comme insulte), je reconnais que c’est pas génial, ça renvoie quand même à une insulte sexiste et putophobe. A propos des alternatives, il y en a un certain nombre qui circulent et franchement la plupart ne sont pas du tout satisfaisantes à mes yeux. « Purée » ou « pétard » ne sont pas trop mal. Je trouve « purin » aussi percutant que « zut », « flûte » ou « crotte de bique », donc je trouve que ça fait pas le deal parce que « putain » est un terme qu’on utilise justement parce qu’il est vulgaire, choquant et donc percutant. Même si je prends sur moi pour ne presque plus utiliser ce mot, j’avoue que dans certains contextes, ça sort un peu tout seul. Et oui, modifier ses habitudes de langage ça ne se fait pas en un jour.
Certaines personnes se sont mises en tête de remplacer « putain » par « pétain ». Alors, comment dire posément mon avis là-dessus… Non. Non, non non non et non. Je sais que l’intention est excellente, mais ça me gène vraiment. Je préfèrerais franchement utiliser « putain », même si l’origine du terme est sexiste, que « pétain ». ça me met hyper mal à l’aise. Au moins « putain » c’est un mot joyeux. Vous vous rendez compte de ce à quoi le mot « Pétain » peut renvoyer (en particulier pour les juifs) ? Je trouve ça super violent. Tant qu’à faire, pourquoi ne pas remplacer d’autres insulte sou jurons par des noms de dictateurs célèbres, d’auteurs de génocide, de tortionnaires ou de tueurs en série ? Ça va être chouette, le langage. Je sais pas si c’est vraiment mieux que le sexisme.

Connasse (le Mot Interdit)

En revanche je ne considère pas que « connasse » ou « con » soit un terme sexiste (je me fais reprendre régulièrement et des gens m’ont même bloquée sur twitter pour avoir utilisé ce mot). Je sais que beaucoup ne sont pas d’accord avec moi, mais je ne pense pas que l’étymologie soit un argument convaincant pour justifier qu’un mot soit sexiste. Le langage évolue, pour moi il y a une distinction nette entre l’étymologie des mots et leur sens actuel. Quand on dit « con », « connard » ou « connasse », personne ne pense ce qu’ils désignaient à l’origine (c’est à dire la vulve ou le vagin), ce sont des injures couramment utilisées qui, en outre, ne renvoient pas à des normes de genre (contrairement à « salope » ou « pute » par exemple) mais au contraire sont à peu près équivalentes dans leurs variantes féminines ou masculine.

Après je comprends qu’on puisse ne pas être d’accord. Seulement, je ne pense pas qu’être féministe soit une performance ou une question de pureté personnelle. Et je pense que, même si le langage doit évoluer, et que oui, on doit faire attention quand même à certaines choses, il y a quand même une dose d’efforts juste à mettre là-dedans.

On pourrait en dire presque autant de « putain » utilisé comme juron et pas comme insulte, dans la mesure où quand on s’exclame « putain ! » ça n’a pas un sens d’insulte et les gens ne vont pas automatiquement se mettre à penser à ce sens-là. Mais il y a une différence nette à mes yeux, c’est que « putain » tout le monde sait ce que ça veut dire, à quoi ça renvoie. C’est un mot qui peut encore être utilisé comme insulte, même s’il est un peu vieilli, donc je comprend que son utilisation puisse choquer. En revanche plein ne gens ne connaissent pas l’origine du mot « con » et presque plus personne n’utilise ce mot pour désigner la vulve ou le vagin. Donc il y a quand même une différence importante.

Salope, Pute, Enculé et autres trucs dans le même genre

Il en va tout autrement d’un terme comme « salope ». Ethymologiquement, « salope » n’est pas spécialement sexiste, il me semble. En revanche c’est une insulte qui a un sens très sexiste car elle renvoie généralement aux mœurs, au comportement sexuel, et dont il n’y pas d’équivalent masculin (le terme « salaud » a un sens différent). Donc c’est typiquement une insulte sexiste qu’il faut éviter d’utiliser.

Il y a quand même des insultes que je pense qu’il ne faut pas utiliser, du genre « enculé », « pédé » ou « fils de pute », ces insultes sont juste ouvertement sexistes et/ou homophobes (c’est hallucinant que pour insulter un gars on insulte sa mère genre c’est toujours les femmes qui prennent). D’une manière générale, si on réfléchit 2 minutes à ce qu’on dit on ne va pas traiter quelqu’un d’ « enculé » ou de « pute », ça fait quand même appel à des valeurs très oppressives (et à mon avis complètement d’un autre âge, même si malheureusement beaucoup de jeunes les adoptent encore, mais que voulez-vous ma bonne dame on vit une pauvre époque).

Mais il y a quand même de la marge entre utiliser «pute » ou « fils de pute » comme insulte et n’utiliser jamais aucune insulte renvoyant à une oppression quelconque. J’insiste sur le fait qu’être féministe n’est pas une performance ou un concours, et que ce à quoi l’on fait attention ou pas peut varier en fonction des contextes. Et j’avoue que ça me gonfle qu’à chaque écart de langage ce soit toujours systématiquement des hommes qui viennent me reprendre sur mon vocabulaire. Faites aussi un peu attention à ça, ça peut vite être lourd. Et même si vous reprenez des gens sur des insultes vraiment sexistes ou homophobes (enculé, fils de pute, etc…), et que donc vous vous sentez parfaitement légitimes là-dessus, je vous conseille tout de même de garder à l’esprit que les gens sont habitués à utiliser ce vocabulaire, qu’ils peuvent le faire sans penser à mal. On est d’accord que c’est pourri ; seulement, si vous vous montrez hautain, agressif ou donneur de leçons, les gens ne changeront certainement pas leur manière de parler pour vous faire plaisir. Parfois, bousculer un peu les gens peut provoquer en eux une réflexion, je dis pas non plus qu’il faut être doux et gentil en toutes circonstances, surtout si on se sent soi-même agressé par le vocabulaire utilisé. Mais bon si on veut le changement alors il faut aller dans le sens du changement. Et pour ça il faut faire un minimum d’effort de communication.

Les mots et le sens qu’on leur donne : public vs privé

Une petite parenthèse sur le contexte: Quels que soient les mots qu’on utilise, il y a une distinction qui est à faire entre le public et le privé: selon le contexte dans lequel on dit un mot, ce mot n’a pas la même portée. C’est exactement comme l’humour : certaines blagues peuvent être très choquantes quand elles sont faites en public, mais acceptées en privé dans des cercles restreints où les uns savent ce que les autres ont en tête, ce qu’ils pensent vraiment, comment prendre ces blagues, ce qu’elles veulent réellement dire. L’humour est souvent ambigu, par exemple une même blague peut par exemple dénoncer l’antisémitisme ou être antisémite. Si vous savez que vos amis ne sont pas antisémites, vous pouvez accepter (ou pas, ça dépend des sensibilités de chacun) certaines blagues sur le sujet et pas d’autres. J’insiste lourdement sur le fait que personne ne devrait faire pression pour que vous acceptiez telle ou telle sorte de blague. Des blagues ambigües ou de mauvais goût peuvent, dans certaines circonstances particulières, avec des amis proches en qui vous vous sentez en confiance, vous rapprocher de vos amis (ne serait-ce justement que parce que vous les autorisez à faire ces blagues alors que si le reste du monde le fait vous seriez blessé, en colère ou mal à l’aise). Mais pour le reste du monde elles restent des blagues ambigües et de mauvais goût et quel que soit le contexte, personne ne peut vous forcer à les accepter, vous faire passer pour un.e rabat-joie si vous ne les acceptez pas, etc.

Il en va de même des insultes. Si par exemple vous êtes quelqu’un qui n’a pas du tout des valeurs sexistes et que vous dites en parlant d’une quidam quelconque « cette meuf c’est vraiment la reine des salopes », vos amis proches comprendront aisément que vous voulez signifier que cette personne, par exemple, noie des bébé chatons pour le plaisir, arnaque des personnes âgées ou vole la sucette des enfants quand personne ne regarde. Et non pas qu’elle a un comportement sexuel déviant par rapport à une norme, qu’elle couche avec des hommes ou je sais pas quoi. Je sais que la nuance peut paraître ténue mais à mes yeux elle est d’une grande importance : je pense que le sexisme n’est pas tant dans les mots qu’on utilise (même s’il l’est aussi !) que dans le sens qu’on leur donne. Si je dis qu’une personne est « une salope » de la même façon que je dirais qu’un homme est « un salaud » c’est à dire que je me réfère à son éthique en tant qu’être humain, et non pas à son comportement en tant que femme et à sa soumission aux normes qui régissent le genre féminin, ce n’est pas spécialement sexiste. Mais attention ça ne veut pas dire que c’est super d’utiliser ce mot et que youpi tralala traitons-nous de salopes. Il faut aussi garder à l’esprit que le terme « salope » est lui-même sexiste. Je pense qu’il vaut mieux éviter d’utiliser ce mot en privé mais surtout en public, et peu importe dans ce cas ce qu’on a réellement en tête. Le problème si j’utilise le mot « salope » en parlant d’une femme, même si je sais que je me réfère à son attitude en tant qu’être humain et pas à son sexe, son genre, ses mœurs, etc… ce qui va être entendu par les gens peut être différent du sens que je lui donne, et je ne pourrai pas me plaindre qu’on a mal interprété mes propos, puisque je sais très bien que ce mot est connoté généralement (presque toujours, en fait) de cette façon (tandis que le terme « connasse » est davantage proche du terme « connard »). Donc je pense qu’il faut faire attention à ce genre de choses. Les mots ont un sens, on peut les utiliser différemment, mais comme dans toute forme de communication, on ne peut pas utiliser un mot sans se soucier du sens que les gens peuvent lui donner.

Donc entre amies proches vous pouvez vous traiter de salope, de­ morue ou de ce que vous voulez, tant que c’est vraiment ok pour vous, pourquoi pas. Et ça marche aussi dans l’autre sens, si on traite une femme de quoi que ce soit pour des raisons sexistes, ben c’est sexiste, même si on utilise une insulte non sexiste.

Les insultes non oppressives : le concept d’insulte est-il safe ?

Quelle que soit la réflexion qu’on puisse avoir sur les insultes non oppressives, il y a toujours une limite à ce concept, c’est pourquoi je pense qu’il ne faut pas être dans une optique de pureté vis-à-vis de ça. D’ailleurs, je pense qu’il ne faut être dans une optique de pureté vis-à-vis de rien, la pureté est un concept extrêmement piégeant, politiquement très mauvais, et à éviter d’une manière générale ; mais je pense qu’en particulier vis-à-vis de ce sujet, toute notion de pureté est vouée à l’échec. C’est pourquoi j’ai toujours été assez critique vis à vis des tentatives collectives de créer des insultes « safe » (je préviens d’avance les gens qui participent à ce genre de groupe : je vais être un peu dure avec vous et je m’en excuse, les critiques que je vais formuler ne visent pas à rabaisser ce que vous faites mais ont pour but d’être constructives).

L’intention de départ est excellente, mais on tourne vite en rond parce que les insultes que nous utilisons dans le langage courant sont presque toujours basées sur des systèmes oppressifs. Quand elles ne sont pas sexistes ou racistes, elles sont validistes (je trouve que « con » est plus validiste que sexiste puisque souvent il renvoie souvent au manque d’intelligence, cela dit son sens varie beaucoup selon le contexte et on y met un peu ce qu’on veut, c’est pour ça que j’aime bien ce mot, c’est un peu l’insulte générique). Au final, les insultes « safe » générées par ces groupes finissent toutes par tourner autour des excréments (caca, pipi et j’en passe). Et je ne sais pas si c’est une très bonne chose. D’une part, c’est pauvre. Et oui, je pense que c’est un problème, mais j’y reviendrai. D’autre part, est-ce vraiment safe ? Associer une personne aux excréments, ce n’est pas vraiment ce que j’appellerais « safe ». ça peut avoir l’air safe parce que le rejet des excréments et de la saleté c’est un truc partagé assez universellement, qui n’est pas en relation nette avec telle ou telle oppression. Mais si on part sur l’hygiène, oui y a des gens plus propres que d’autres et qui sentent meilleur, c’est bien sur en lien avec des choses comme les handicaps, la pauvreté, etc… Certains trouveront que je pinaille. Je dis pas qu’il faut pas utiliser ces insultes, je nuance simplement le fait que les insultes sont « safe » quand elles parlent de caca.

D’ailleurs j’en viens au point qui fait à mon avis qu’on tourne en rond : le concept même d’insulte est-il safe ? A mon avis, non seulement les insultes ne sont pas safe, mais elles sont justement faites pour ne pas l’être. C’est super qu’on puisse traiter quelqu’un d’excrément ou d’ordure, donc de l’insulter sans se référer à un système d’oppression particulier. Mais le propre d’une insulte c’est de rabaisser, c’est donc de faire référence à un système de valeur dans lequel il y a une supériorité (moi/mes amis) et une infériorité (où se trouve l’autre). C’est pourquoi les insultes renvoient très souvent à des systèmes d’oppression : on traite les gens d’animaux (donc d’être inférieurs), on peut aussi les renvoyer à leur « race » (sauf s’ils sont blancs…), à leur non-conformité aux normes de genre (« pédé », etc…), ou aux normes qui sévissent à l’intérieur de leur genre (salope, pute…). Les insultes renvoient aussi souvent à l’intelligence, à la culture dominante, et à des normes intellectuelles (idiot, débile), psychiatriques (fou, cinglé), médicales (taré), etc… donnant un aperçu de toutes les formes que peut prendre le validisme. Elles peuvent aussi renvoyer à l’hygiène corporelle, ou à la pauvreté. Enfin, les plus prisées par les groupes d’insulte non oppressive sont pour ainsi dire les insultes les plus primaires, au sens qu’elles font appel à une distinction entre le « bon » et le « mauvais » au sens les plus basiques du terme : le « mauvais » désignant tout ce dont l’on doit se débarrasser, à savoir les ordures et les excréments. Et je trouve intéressant de constater qu’il ne reste plus que ces insultes, à savoir que toutes les autres font plus ou moins appel à des systèmes d’oppression.

Alors quelque part, oui, je veux bien reconnaître que c’est un progrès d’utiliser des insultes comme « fumier » ou « ordure » plutôt que débile, imbécile, taré, salope, etc… Mais c’est quand même des insultes, elles visent quand même à rabaisser autrui. Je suis pas en train de dire qu’il faut jamais insulter les gens, mais si vraiment on veut aller jusqu’au bout d’une logique de pureté comme ça se fait dans ce genre de groupes, on peut s’interroger sur le fait même d’insulter. Et ce n’est pas idiot comme questionnement : au fond, pourquoi insulter ? Dans quel but ? Je fais remarquer un truc tout bête, c’est qu’insulter les gens, on peut très bien s’en passer, rien ne nous y oblige.

En fait, la logique jusqu’auboutiste des discussions ou des groupes « insultes non oppressives » m’a souvent beaucoup étonnée, mais d’autant plus que je n’ai jamais vu qu’on y remette en question le concept d’insulte. Pourtant, certaines insultes étaient refusées parce que « trop insultantes », ce qui est tout de même paradoxal. Par exemple « mange tes morts » avait été refusé d’un de ces groupes parce que « insultant envers les morts » (tu m’étonnes). Comme si le but d’une insulte était d’être respectueux. Au fond, je me demande s’ils ont pris la peine de se demander ce qu’est une insulte et pourquoi on l’utilise.

Je reviens sur la pauvreté des insultes dont je parlais plus haut, et pourquoi je pense que c’est un problème (alors que je viens de dire qu’on était pas obligé, dans l’absolu, d’utiliser des insultes). J’avoue être restée longtemps dans un de ces ateliers de production d’insultes non oppressives parce qu’il me fascinait. J’y avais donc un jour proposé l’insulte « surimi » et on me répliqua que ce n’était pas safe car spéciste envers les poissons. (à qui ça fait une belle jambe, et c’est beaucoup dire). Au final, chaque discussion ouverte produisait immanquablement des insultes toute gentillettes comme  « espèce de tofu pourri ». On y proposait régulièrement des insultes comme « t’es aussi paradoxal qu’un vegan qui mange de la viande ». Je n’ai rien contre cette insulte, si ce n’est le fait que ça n’en est pas une. Il n’est pas insultant de dire à une personne qu’elle est paradoxale, cela peut être tout à fait bienveillant. Je me souviens d’ailleurs qu’en réponse à mon « surimi », on m’avait proposé « tofu ». Je trouvais « surimi » déjà plutôt gentillet, mais j’ai du mal à voir en quoi « tofu » est une insulte.

Au final, toutes ces insultes sont bien gentilles et mignonnes. L’ennui c’est qu’elles ne servent à rien. Alors oui, je disais plus haut qu’on peut très bien ne pas insulter autrui. Sur le papier. Dans la vraie vie, cela peut demander des compétences sociales extrêmement élevées. Je prends l’exemple du harcèlement de rue. Si je me fais agresser dans la rue, de quoi j’ai l’air si je traite le mec de tofu, ou si je lui dis qu’il est aussi paradoxal que machintruc ? Malheureusement, je n’en suis pas fière mais ce qui sort dans ces cas-là peut se trouver dans le genre vraiment pas cool, parfois à base de « va te faire foutre » et compagnie. Instinct de survie oblige. Je pense que toutes les personnes se faisant parfois harceler ou agresser comprendront qu’on dispose pas forcément de toutes les ressources et de la minute de réflexion nécessaire.

D’ailleurs, ça pose une question intéressant c’est de savoir qui s’adresse à qui quand on parle d’insultes non oppressives. c’est vrai que c’est pas bien de dire « va te faire foutre », on devrait pas le dire, mais bon, c’est facile aussi de faire la morale quand on dispose du temps de réflexion et de recul nécessaire à ne pas dire n’importe quoi, et c’est quelque chose qui est inégalement partagé. Selon votre apparence, votre genre etc…, vous aurez à subir plus ou moins d’agressions, et c’est un des facteurs qui feront que ce sera plus ou moins facile pour vous de communiquer de façon bienveillante ou du moins non oppressive.

Bien sur il y a une différence entre une agression dans la rue et, par exemple, une discussion qui s’envenime sur internet. Sur internet je n’utiliserais pas « va te faire foutre » parce que je peux quand même prendre ne serait-ce que 10 seconde pour réfléchir à ce que je vais dire, et qu’y a pas besoin de plus pour se rendre compte de ce que veut dire cette insulte et pourquoi il ne faut pas l’utiliser. D’ailleurs sur internet on peut aussi prendre une grande inspiration et n’insulter personne. On peut pas toujours, bien sur, mais c’est une idée à ne pas négliger.

Mais tout de même, même si l’exemple de l’agression dans la rue est un peu extrême, ça illustre bien le problème que j’ai avec les insultes non oppressives. Elles sont mignonnes, mais face à la réalité concrète et brutale, elles ne tiennent pas longtemps la route, surtout si on ne questionne pas du tout les formes de communication qu’on utilise. La réalité de la vie est différente de la théorie, et entre une situation dans laquelle je vais traiter quelqu’un de vilain tofu pourri, et une situation dans laquelle je vais dire « va te faire foutre » parce que c’est ce qui me vient immédiatement à l’esprit, il y a tout un éventail de possibilités. En règle générale, il est bien de réfléchir à ce que l’on dit et d’éviter de sortir des trucs comme « enculé » ou « débile », même si c’est ce qui nous vient à l’esprit. (alors oui on pourrait me répliquer qu’il m’arrive parfois d’utiliser des insultes validistes comme « débile » etc, mais je pense que le sujet n’est pas ce que je fais moi et si je suis ou non une personne absolument parfaite, je pense qu’il vaut mieux ne pas utiliser d’insultes validistes, et pour certaines le validisme est plus violent et évident que pour d’autres). En règle générale, c’est pas mal de faire attention à ce qu’on dit, et ce sont des précautions qui peuvent varier en fonction du contexte, de qui va entendre tel terme, etc…

Pour finir, ce n’est pas un hasard si j’ai fait un parallèle entre l’humour et les insultes. Si j’utilise des insultes c’est que je trouve qu’elles ont souvent une portée humoristique. Finalement, sans aller jusqu’à en tirer des règles explicites et préconiser tel ou tel truc, est-ce qu’insulter a vraiment tellement d’intérêt en soi ? Je crois que si on se creuse autant la tête sur les insultes, c’est que parfois, la vie fait qu’on en vient à insulter, et il faut le prendre en compte. Mais ça ne veut pas dire que c’est quelque chose qui ne doit pas être remis en question du tout. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas aussi essayer de trouver des façons de communiquer qui excluent plus ou moins les insultes. Et ça c’est vraiment quelque chose qui manque, je trouve, dans les réflexion SJW, qui tournent beaucoup autour du fait d’extérioriser la colère, mais très peu sur des formes de communication moins violentes, alors que, finalement, ce n’est pas aussi incompatible qu’on pourrait le croire, ça peut même aller de pair. C’est aussi des choses pour lesquells c’est totalement pas intéressant d’être dans la pureté (« bouh t’as insulté, c’est mal bouh bouh » ou « bouh, t’es pas bienveillant espèce de gros naze» ) mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas prendre ça en compte. En revanche, j’ai un peu plus de mal à l’idée de me passer totalement des insultes pour leur aspect humoristique, ou en général pour leur portée percutante mais sans qu’il soit question d’insulter une personne en particulier (par exemple quand je disais « teaser comme une connasse » dans l’article tant attendu sur les sachets cuisson). Au final dans ce contexte, je trouve que la portée oppressive est moindre, mais c’est un avis personnel. Dans l’idéal, je trouve que ce serait bien que chaque personne réfléchisse aux limites qu’elle se pose en terme de vocabulaire, bien sur cela doit se faire en fonction du ressenti global des autres à ce sujet, puisque c’est une question de respect envers les autres et pas seulement envers soi-même. Mais la vocabulaire c’est quand même quelque chose de très personnel, je ne pense pas qu’on puisse non plus trop imposer et être dogmatique. Et reprendre les gens, ça peut être bien, mais il faut pas non plus oublier que les gens peuvent soit ne pas avoir réfléchi du tout à la question, soit faire ce qu’ils peuvent et ce qui leur semble juste, soit n’être pas d’accord avec vous, ou un mélange de tout cela.

En conclusion, évitez de vous comporter comme des gros cons, au sens le plus général du terme évidemment, et tout ira bien.

Vivre plusieurs relations

Mine de rien, très lentement et avec beaucoup de résistance, les mœurs évoluent. En tous cas, on me pose de plus en plus de questions sur le « polyamour » (berk, que j’aime pas ce mot) ou plus généralement sur le fait de vivre plusieurs relations amoureuses et/ou sexuelles avec le consentement de toutes les personnes impliquées. Je vais tenter de répondre à au moins une partie d’entre elles.

A propos de la notion de consentement libre

La notion de consentement est complexe: la vie est faite de choix, mais aussi de contraintes qui influent sur ces choix. En terme de relations multiples, il n’y a pas d’un côté la pure et simple trahison et de l’autre le fait de multiplier les relations avec la bénédiction enthousiaste de tous ses partenaires. Parfois (souvent) c’est plus compliqué, il y a des tas de façons de vivre le fait qu’un.e de ses partenaires ait d’autres relations. Cependant, je pense qu’on peut s’accorder à dire que le consentement libre et éclairé est un objectif. Mais je constate, quand j’en discute avec des vrais gens, que la vie est décidément parfois plus compliquée que la théorie.

Attention, je ne suis pas en train de dire que vivre le polyamour est nécessairement compliqué et/ou nécessairement douloureux. Je pense que l’objectif de tout un chacun est de vivre ses relations dans le bonheur et une certaine légèreté. Personne n’a réellement envie de se prendre la tête, enfin je pars de ce principe en tous cas. Mais il existe de nombreuses barrières qui peuvent empêcher de vivre plusieurs relations de façon simple et satisfaisante pour tout le monde. Ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas possible.

Le polyamour, ok mais pour qui?

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Je finirai par ouvrir une coopérative fruitière

Ça fait 3 ans et demi maintenant que j’ai écrit « toutes des salopes, ou le mythe du mec trop gentil ». Si vous pouviez d’ailleurs arrêter de le commenter, ça m’arrangerait. Je supprime de toutes façons tous les nouveaux commentaires. Le débat est clos. Cela m’agace prodigieusement de devoir débattre et débattre encore sur un article si vieux et que je n’écrirai certainement plus de la même façon aujourd’hui. Peut-être certaines choses n’étaient-elles pas assez claires, bien que les femmes semblent parfaitement comprendre le propos dans l’ensemble, contrairement aux hommes (l’élite intellectuelle de notre nation, vous savez, ceux qui possèdent quasiment tout le pouvoir politique mais sont supposément trop stupides pour savoir se servir d’un lave-linge).

Quand même, il y a quelque chose qui revient en permanence dans les réactions, pas seulement à cet article mais en général; c’est ce besoin irrépressible de critiquer les choix amoureux des femmes.

Donc on va revenir sur notre triangle amoureux fruitier. Poire aime Cerise. Cerise aime Melon. Poire pense que Melon est un connard. C’est l’éternelle histoire, le grand cycle de la vie qui recommence. Dans les films, Poire finit par évincer Melon et chopper Cerise à la fin. Pourquoi? Parce que c’est Poire qui écrit les scénarios des films.

Si je devais résumer les commentaires pleurnichards que j’ai reçus, en synthétisant un maximum (oui d’ailleurs si vous pouviez éviter de m’envoyer des romans et de me raconter toute votre vie en long, en large et en travers, alors que je ne vous connais même pas, je trouve que c’est tout simplement un manque de considération de votre part de faire ça, bref) ça donnerait un peu ça: « Ouin, tu parles que de Poire, et pas de Melon qui est un méchant, ni de Cerise qui blablablabla ». Ce à quoi j’ai répondu au début: non, il n’y a rien à dire, ils sont là pour peupler l’univers de Poire, le sujet c’est Poire et personne d’autre, l’article parle de Poire, seulement il fallait bien une meuf et un gars. Ce sont des figurants, si vous voulez.

Melon ou le mauvais garçon

Depuis j’ai quand même un peu réfléchi à la question, donc je vais reformuler cette réponse. Et finalement c’est important de le préciser. On va commencer par Melon. Pourquoi ne pas critiquer le comportement de Melon? Hé bien c’est simple: Melon n’existe pas. Il n’existe tout simplement pas. Je disais plus haut que dans les films, la meuf finit toujours avec Poire, parce que Poire écrit les histoires. Pourquoi c’est Poire qui écrit les histoires, et pas Melon? Hé bien parce que quasiment tous les hommes sont au moins un peu « Poire ». Le « gentil garçon » est un mythe d’identification, c’est ce que pensent les hommes à propos d’eux-même. C’est un personnage construit à partir du regard des hommes sur eux-même. Ils sont toujours « le gentil garçon qui aime la fille et si seulement elle pouvait se rendre compte à quel point je suis un mec génial ». Et Melon est aussi un mythe masculin, mais construit en miroir de Poire, à son opposé, un personnage construit à partir du regard des hommes pour les autres hommes. Melon c’est l’Autre, le « mec pas assez bien pour elle ». C’est pour ça que ça n’a aucun intérêt de parler de Melon. Lire la suite

Tout ça pour ça.

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Il n’est pas mon habitude de mettre des selfies ici. Encore moins d’une autre partie du corps que le visage. C’est un peu intime, quoi. Et je parle très peu de moi sur ce blog, d’habitude. Mais ce matin, j’ai pensé que je pouvais faire exception à ma réserve habituelle. Car ce matin je me suis regardée dans la glace et j’ai vu ça.

Oui, regardez bien. A droite. Cette chose inconnue. Regardez mieux. On voit trois poils et demi qui se battent en duel. Vous les voyez? Ah mais je vous entends d’ici demander « d’habitude, elle parle de sujets de société, de militantisme, de lutte, de changer le monde, et tout ça, enfin de trucs importants quoi, et voilà qu’elle vient nous rebattre les oreilles avec ses 3 poils d’aisselle, ça y est on a perdu l’elfe ».

Bon, je vous remet le contexte. Lire la suite