C’est quoi ce langage?

J’ai écrit cet article pour résumer mon opinion par rapport au « langage non oppressif » en ce qui concerne les insultes et les jurons, car la question m’est souvent posée (quand je ne me fais pas carrément sermonner pour mon langage de charretier). [Attention] : cet article est tout plein de vilains mots pas jolis, donc si ça vous gêne, ne le lisez pas.

Gardez aussi à l’esprit que vous n’avez pas besoin d’être d’accord avec tout ou même une partie de ce que je dis ici, j’aurais peut-être changé d’avis dans 3 jours, l’important n’est pas ce que je dis mais la façon dont je le dis, c’est à dire d’avoir une réflexion sur le sujet, et non pas d’appliquer bêtement des normes pour être accepté dans tel ou tel milieu.

Je vais exprimer dans cet article quelques propos un polémiques (je risque de me faire allumer) donc je vais commencer par préciser quelque chose d’important: je pense que modifier le langage est important et utile. Les insultes utilisées dans le langage courant sont souvent sexistes, validistes (oppressives envers les personnes handicapées), racistes, etc… Cependant, on l’a vu, je ne suis pas forcément le courant général dans ce sens. Si on s’abtient de toute réflexion personnelle sur le sujet (oui déso mais parmi mes haters y en a un paquet qui sont doués pour ça), on se contente de connaître une liste de mots déclarés « oppressifs (par qui? je ne sais pas. Des gens.). Parmi tous ces mots « interdits », il y en a différents qui ont différents sens, différentes connotations et différentes conséquences, et moi je vais pas forcément avoir le même avis que la majorité sur le sujet. Par exemple on me parle souvent du terme « putain » et on me reprend souvent sur mes utilisations de mots comme « con » et « connasse ».

Putain de bordel de merde

Alors, commençons par la base: Putain. J’essaie de moins utiliser « putain » ; même si c’est une insulte et pas un juron, et que je trouve que son sens est totalement différent de son sens originel quand on l’utilise comme juron (et pas comme insulte), je reconnais que c’est pas génial, ça renvoie quand même à une insulte sexiste et putophobe. A propos des alternatives, il y en a un certain nombre qui circulent et franchement la plupart ne sont pas du tout satisfaisantes à mes yeux. « Purée » ou « pétard » ne sont pas trop mal. Je trouve « purin » aussi percutant que « zut », « flûte » ou « crotte de bique », donc je trouve que ça fait pas le deal parce que « putain » est un terme qu’on utilise justement parce qu’il est vulgaire, choquant et donc percutant. Même si je prends sur moi pour ne presque plus utiliser ce mot, j’avoue que dans certains contextes, ça sort un peu tout seul. Et oui, modifier ses habitudes de langage ça ne se fait pas en un jour.
Certaines personnes se sont mises en tête de remplacer « putain » par « pétain ». Alors, comment dire posément mon avis là-dessus… Non. Non, non non non et non. Je sais que l’intention est excellente, mais ça me gène vraiment. Je préfèrerais franchement utiliser « putain », même si l’origine du terme est sexiste, que « pétain ». ça me met hyper mal à l’aise. Au moins « putain » c’est un mot joyeux. Vous vous rendez compte de ce à quoi le mot « Pétain » peut renvoyer (en particulier pour les juifs) ? Je trouve ça super violent. Tant qu’à faire, pourquoi ne pas remplacer d’autres insulte sou jurons par des noms de dictateurs célèbres, d’auteurs de génocide, de tortionnaires ou de tueurs en série ? Ça va être chouette, le langage. Je sais pas si c’est vraiment mieux que le sexisme.

Connasse (le Mot Interdit)

En revanche je ne considère pas que « connasse » ou « con » soit un terme sexiste (je me fais reprendre régulièrement et des gens m’ont même bloquée sur twitter pour avoir utilisé ce mot). Je sais que beaucoup ne sont pas d’accord avec moi, mais je ne pense pas que l’étymologie soit un argument convaincant pour justifier qu’un mot soit sexiste. Le langage évolue, pour moi il y a une distinction nette entre l’étymologie des mots et leur sens actuel. Quand on dit « con », « connard » ou « connasse », personne ne pense ce qu’ils désignaient à l’origine (c’est à dire la vulve ou le vagin), ce sont des injures couramment utilisées qui, en outre, ne renvoient pas à des normes de genre (contrairement à « salope » ou « pute » par exemple) mais au contraire sont à peu près équivalentes dans leurs variantes féminines ou masculine.

Après je comprends qu’on puisse ne pas être d’accord. Seulement, je ne pense pas qu’être féministe soit une performance ou une question de pureté personnelle. Et je pense que, même si le langage doit évoluer, et que oui, on doit faire attention quand même à certaines choses, il y a quand même une dose d’efforts juste à mettre là-dedans.

On pourrait en dire presque autant de « putain » utilisé comme juron et pas comme insulte, dans la mesure où quand on s’exclame « putain ! » ça n’a pas un sens d’insulte et les gens ne vont pas automatiquement se mettre à penser à ce sens-là. Mais il y a une différence nette à mes yeux, c’est que « putain » tout le monde sait ce que ça veut dire, à quoi ça renvoie. C’est un mot qui peut encore être utilisé comme insulte, même s’il est un peu vieilli, donc je comprend que son utilisation puisse choquer. En revanche plein ne gens ne connaissent pas l’origine du mot « con » et presque plus personne n’utilise ce mot pour désigner la vulve ou le vagin. Donc il y a quand même une différence importante.

Salope, Pute, Enculé et autres trucs dans le même genre

Il en va tout autrement d’un terme comme « salope ». Ethymologiquement, « salope » n’est pas spécialement sexiste, il me semble. En revanche c’est une insulte qui a un sens très sexiste car elle renvoie généralement aux mœurs, au comportement sexuel, et dont il n’y pas d’équivalent masculin (le terme « salaud » a un sens différent). Donc c’est typiquement une insulte sexiste qu’il faut éviter d’utiliser.

Il y a quand même des insultes que je pense qu’il ne faut pas utiliser, du genre « enculé », « pédé » ou « fils de pute », ces insultes sont juste ouvertement sexistes et/ou homophobes (c’est hallucinant que pour insulter un gars on insulte sa mère genre c’est toujours les femmes qui prennent). D’une manière générale, si on réfléchit 2 minutes à ce qu’on dit on ne va pas traiter quelqu’un d’ « enculé » ou de « pute », ça fait quand même appel à des valeurs très oppressives (et à mon avis complètement d’un autre âge, même si malheureusement beaucoup de jeunes les adoptent encore, mais que voulez-vous ma bonne dame on vit une pauvre époque).

Mais il y a quand même de la marge entre utiliser «pute » ou « fils de pute » comme insulte et n’utiliser jamais aucune insulte renvoyant à une oppression quelconque. J’insiste sur le fait qu’être féministe n’est pas une performance ou un concours, et que ce à quoi l’on fait attention ou pas peut varier en fonction des contextes. Et j’avoue que ça me gonfle qu’à chaque écart de langage ce soit toujours systématiquement des hommes qui viennent me reprendre sur mon vocabulaire. Faites aussi un peu attention à ça, ça peut vite être lourd. Et même si vous reprenez des gens sur des insultes vraiment sexistes ou homophobes (enculé, fils de pute, etc…), et que donc vous vous sentez parfaitement légitimes là-dessus, je vous conseille tout de même de garder à l’esprit que les gens sont habitués à utiliser ce vocabulaire, qu’ils peuvent le faire sans penser à mal. On est d’accord que c’est pourri ; seulement, si vous vous montrez hautain, agressif ou donneur de leçons, les gens ne changeront certainement pas leur manière de parler pour vous faire plaisir. Parfois, bousculer un peu les gens peut provoquer en eux une réflexion, je dis pas non plus qu’il faut être doux et gentil en toutes circonstances, surtout si on se sent soi-même agressé par le vocabulaire utilisé. Mais bon si on veut le changement alors il faut aller dans le sens du changement. Et pour ça il faut faire un minimum d’effort de communication.

Les mots et le sens qu’on leur donne : public vs privé

Une petite parenthèse sur le contexte: Quels que soient les mots qu’on utilise, il y a une distinction qui est à faire entre le public et le privé: selon le contexte dans lequel on dit un mot, ce mot n’a pas la même portée. C’est exactement comme l’humour : certaines blagues peuvent être très choquantes quand elles sont faites en public, mais acceptées en privé dans des cercles restreints où les uns savent ce que les autres ont en tête, ce qu’ils pensent vraiment, comment prendre ces blagues, ce qu’elles veulent réellement dire. L’humour est souvent ambigu, par exemple une même blague peut par exemple dénoncer l’antisémitisme ou être antisémite. Si vous savez que vos amis ne sont pas antisémites, vous pouvez accepter (ou pas, ça dépend des sensibilités de chacun) certaines blagues sur le sujet et pas d’autres. J’insiste lourdement sur le fait que personne ne devrait faire pression pour que vous acceptiez telle ou telle sorte de blague. Des blagues ambigües ou de mauvais goût peuvent, dans certaines circonstances particulières, avec des amis proches en qui vous vous sentez en confiance, vous rapprocher de vos amis (ne serait-ce justement que parce que vous les autorisez à faire ces blagues alors que si le reste du monde le fait vous seriez blessé, en colère ou mal à l’aise). Mais pour le reste du monde elles restent des blagues ambigües et de mauvais goût et quel que soit le contexte, personne ne peut vous forcer à les accepter, vous faire passer pour un.e rabat-joie si vous ne les acceptez pas, etc.

Il en va de même des insultes. Si par exemple vous êtes quelqu’un qui n’a pas du tout des valeurs sexistes et que vous dites en parlant d’une quidam quelconque « cette meuf c’est vraiment la reine des salopes », vos amis proches comprendront aisément que vous voulez signifier que cette personne, par exemple, noie des bébé chatons pour le plaisir, arnaque des personnes âgées ou vole la sucette des enfants quand personne ne regarde. Et non pas qu’elle a un comportement sexuel déviant par rapport à une norme, qu’elle couche avec des hommes ou je sais pas quoi. Je sais que la nuance peut paraître ténue mais à mes yeux elle est d’une grande importance : je pense que le sexisme n’est pas tant dans les mots qu’on utilise (même s’il l’est aussi !) que dans le sens qu’on leur donne. Si je dis qu’une personne est « une salope » de la même façon que je dirais qu’un homme est « un salaud » c’est à dire que je me réfère à son éthique en tant qu’être humain, et non pas à son comportement en tant que femme et à sa soumission aux normes qui régissent le genre féminin, ce n’est pas spécialement sexiste. Mais attention ça ne veut pas dire que c’est super d’utiliser ce mot et que youpi tralala traitons-nous de salopes. Il faut aussi garder à l’esprit que le terme « salope » est lui-même sexiste. Je pense qu’il vaut mieux éviter d’utiliser ce mot en privé mais surtout en public, et peu importe dans ce cas ce qu’on a réellement en tête. Le problème si j’utilise le mot « salope » en parlant d’une femme, même si je sais que je me réfère à son attitude en tant qu’être humain et pas à son sexe, son genre, ses mœurs, etc… ce qui va être entendu par les gens peut être différent du sens que je lui donne, et je ne pourrai pas me plaindre qu’on a mal interprété mes propos, puisque je sais très bien que ce mot est connoté généralement (presque toujours, en fait) de cette façon (tandis que le terme « connasse » est davantage proche du terme « connard »). Donc je pense qu’il faut faire attention à ce genre de choses. Les mots ont un sens, on peut les utiliser différemment, mais comme dans toute forme de communication, on ne peut pas utiliser un mot sans se soucier du sens que les gens peuvent lui donner.

Donc entre amies proches vous pouvez vous traiter de salope, de­ morue ou de ce que vous voulez, tant que c’est vraiment ok pour vous, pourquoi pas. Et ça marche aussi dans l’autre sens, si on traite une femme de quoi que ce soit pour des raisons sexistes, ben c’est sexiste, même si on utilise une insulte non sexiste.

Les insultes non oppressives : le concept d’insulte est-il safe ?

Quelle que soit la réflexion qu’on puisse avoir sur les insultes non oppressives, il y a toujours une limite à ce concept, c’est pourquoi je pense qu’il ne faut pas être dans une optique de pureté vis-à-vis de ça. D’ailleurs, je pense qu’il ne faut être dans une optique de pureté vis-à-vis de rien, la pureté est un concept extrêmement piégeant, politiquement très mauvais, et à éviter d’une manière générale ; mais je pense qu’en particulier vis-à-vis de ce sujet, toute notion de pureté est vouée à l’échec. C’est pourquoi j’ai toujours été assez critique vis à vis des tentatives collectives de créer des insultes « safe » (je préviens d’avance les gens qui participent à ce genre de groupe : je vais être un peu dure avec vous et je m’en excuse, les critiques que je vais formuler ne visent pas à rabaisser ce que vous faites mais ont pour but d’être constructives).

L’intention de départ est excellente, mais on tourne vite en rond parce que les insultes que nous utilisons dans le langage courant sont presque toujours basées sur des systèmes oppressifs. Quand elles ne sont pas sexistes ou racistes, elles sont validistes (je trouve que « con » est plus validiste que sexiste puisque souvent il renvoie souvent au manque d’intelligence, cela dit son sens varie beaucoup selon le contexte et on y met un peu ce qu’on veut, c’est pour ça que j’aime bien ce mot, c’est un peu l’insulte générique). Au final, les insultes « safe » générées par ces groupes finissent toutes par tourner autour des excréments (caca, pipi et j’en passe). Et je ne sais pas si c’est une très bonne chose. D’une part, c’est pauvre. Et oui, je pense que c’est un problème, mais j’y reviendrai. D’autre part, est-ce vraiment safe ? Associer une personne aux excréments, ce n’est pas vraiment ce que j’appellerais « safe ». ça peut avoir l’air safe parce que le rejet des excréments et de la saleté c’est un truc partagé assez universellement, qui n’est pas en relation nette avec telle ou telle oppression. Mais si on part sur l’hygiène, oui y a des gens plus propres que d’autres et qui sentent meilleur, c’est bien sur en lien avec des choses comme les handicaps, la pauvreté, etc… Certains trouveront que je pinaille. Je dis pas qu’il faut pas utiliser ces insultes, je nuance simplement le fait que les insultes sont « safe » quand elles parlent de caca.

D’ailleurs j’en viens au point qui fait à mon avis qu’on tourne en rond : le concept même d’insulte est-il safe ? A mon avis, non seulement les insultes ne sont pas safe, mais elles sont justement faites pour ne pas l’être. C’est super qu’on puisse traiter quelqu’un d’excrément ou d’ordure, donc de l’insulter sans se référer à un système d’oppression particulier. Mais le propre d’une insulte c’est de rabaisser, c’est donc de faire référence à un système de valeur dans lequel il y a une supériorité (moi/mes amis) et une infériorité (où se trouve l’autre). C’est pourquoi les insultes renvoient très souvent à des systèmes d’oppression : on traite les gens d’animaux (donc d’être inférieurs), on peut aussi les renvoyer à leur « race » (sauf s’ils sont blancs…), à leur non-conformité aux normes de genre (« pédé », etc…), ou aux normes qui sévissent à l’intérieur de leur genre (salope, pute…). Les insultes renvoient aussi souvent à l’intelligence, à la culture dominante, et à des normes intellectuelles (idiot, débile), psychiatriques (fou, cinglé), médicales (taré), etc… donnant un aperçu de toutes les formes que peut prendre le validisme. Elles peuvent aussi renvoyer à l’hygiène corporelle, ou à la pauvreté. Enfin, les plus prisées par les groupes d’insulte non oppressive sont pour ainsi dire les insultes les plus primaires, au sens qu’elles font appel à une distinction entre le « bon » et le « mauvais » au sens les plus basiques du terme : le « mauvais » désignant tout ce dont l’on doit se débarrasser, à savoir les ordures et les excréments. Et je trouve intéressant de constater qu’il ne reste plus que ces insultes, à savoir que toutes les autres font plus ou moins appel à des systèmes d’oppression.

Alors quelque part, oui, je veux bien reconnaître que c’est un progrès d’utiliser des insultes comme « fumier » ou « ordure » plutôt que débile, imbécile, taré, salope, etc… Mais c’est quand même des insultes, elles visent quand même à rabaisser autrui. Je suis pas en train de dire qu’il faut jamais insulter les gens, mais si vraiment on veut aller jusqu’au bout d’une logique de pureté comme ça se fait dans ce genre de groupes, on peut s’interroger sur le fait même d’insulter. Et ce n’est pas idiot comme questionnement : au fond, pourquoi insulter ? Dans quel but ? Je fais remarquer un truc tout bête, c’est qu’insulter les gens, on peut très bien s’en passer, rien ne nous y oblige.

En fait, la logique jusqu’auboutiste des discussions ou des groupes « insultes non oppressives » m’a souvent beaucoup étonnée, mais d’autant plus que je n’ai jamais vu qu’on y remette en question le concept d’insulte. Pourtant, certaines insultes étaient refusées parce que « trop insultantes », ce qui est tout de même paradoxal. Par exemple « mange tes morts » avait été refusé d’un de ces groupes parce que « insultant envers les morts » (tu m’étonnes). Comme si le but d’une insulte était d’être respectueux. Au fond, je me demande s’ils ont pris la peine de se demander ce qu’est une insulte et pourquoi on l’utilise.

Je reviens sur la pauvreté des insultes dont je parlais plus haut, et pourquoi je pense que c’est un problème (alors que je viens de dire qu’on était pas obligé, dans l’absolu, d’utiliser des insultes). J’avoue être restée longtemps dans un de ces ateliers de production d’insultes non oppressives parce qu’il me fascinait. J’y avais donc un jour proposé l’insulte « surimi » et on me répliqua que ce n’était pas safe car spéciste envers les poissons. (à qui ça fait une belle jambe, et c’est beaucoup dire). Au final, chaque discussion ouverte produisait immanquablement des insultes toute gentillettes comme  « espèce de tofu pourri ». On y proposait régulièrement des insultes comme « t’es aussi paradoxal qu’un vegan qui mange de la viande ». Je n’ai rien contre cette insulte, si ce n’est le fait que ça n’en est pas une. Il n’est pas insultant de dire à une personne qu’elle est paradoxale, cela peut être tout à fait bienveillant. Je me souviens d’ailleurs qu’en réponse à mon « surimi », on m’avait proposé « tofu ». Je trouvais « surimi » déjà plutôt gentillet, mais j’ai du mal à voir en quoi « tofu » est une insulte.

Au final, toutes ces insultes sont bien gentilles et mignonnes. L’ennui c’est qu’elles ne servent à rien. Alors oui, je disais plus haut qu’on peut très bien ne pas insulter autrui. Sur le papier. Dans la vraie vie, cela peut demander des compétences sociales extrêmement élevées. Je prends l’exemple du harcèlement de rue. Si je me fais agresser dans la rue, de quoi j’ai l’air si je traite le mec de tofu, ou si je lui dis qu’il est aussi paradoxal que machintruc ? Malheureusement, je n’en suis pas fière mais ce qui sort dans ces cas-là peut se trouver dans le genre vraiment pas cool, parfois à base de « va te faire foutre » et compagnie. Instinct de survie oblige. Je pense que toutes les personnes se faisant parfois harceler ou agresser comprendront qu’on dispose pas forcément de toutes les ressources et de la minute de réflexion nécessaire.

D’ailleurs, ça pose une question intéressant c’est de savoir qui s’adresse à qui quand on parle d’insultes non oppressives. c’est vrai que c’est pas bien de dire « va te faire foutre », on devrait pas le dire, mais bon, c’est facile aussi de faire la morale quand on dispose du temps de réflexion et de recul nécessaire à ne pas dire n’importe quoi, et c’est quelque chose qui est inégalement partagé. Selon votre apparence, votre genre etc…, vous aurez à subir plus ou moins d’agressions, et c’est un des facteurs qui feront que ce sera plus ou moins facile pour vous de communiquer de façon bienveillante ou du moins non oppressive.

Bien sur il y a une différence entre une agression dans la rue et, par exemple, une discussion qui s’envenime sur internet. Sur internet je n’utiliserais pas « va te faire foutre » parce que je peux quand même prendre ne serait-ce que 10 seconde pour réfléchir à ce que je vais dire, et qu’y a pas besoin de plus pour se rendre compte de ce que veut dire cette insulte et pourquoi il ne faut pas l’utiliser. D’ailleurs sur internet on peut aussi prendre une grande inspiration et n’insulter personne. On peut pas toujours, bien sur, mais c’est une idée à ne pas négliger.

Mais tout de même, même si l’exemple de l’agression dans la rue est un peu extrême, ça illustre bien le problème que j’ai avec les insultes non oppressives. Elles sont mignonnes, mais face à la réalité concrète et brutale, elles ne tiennent pas longtemps la route, surtout si on ne questionne pas du tout les formes de communication qu’on utilise. La réalité de la vie est différente de la théorie, et entre une situation dans laquelle je vais traiter quelqu’un de vilain tofu pourri, et une situation dans laquelle je vais dire « va te faire foutre » parce que c’est ce qui me vient immédiatement à l’esprit, il y a tout un éventail de possibilités. En règle générale, il est bien de réfléchir à ce que l’on dit et d’éviter de sortir des trucs comme « enculé » ou « débile », même si c’est ce qui nous vient à l’esprit. (alors oui on pourrait me répliquer qu’il m’arrive parfois d’utiliser des insultes validistes comme « débile » etc, mais je pense que le sujet n’est pas ce que je fais moi et si je suis ou non une personne absolument parfaite, je pense qu’il vaut mieux ne pas utiliser d’insultes validistes, et pour certaines le validisme est plus violent et évident que pour d’autres). En règle générale, c’est pas mal de faire attention à ce qu’on dit, et ce sont des précautions qui peuvent varier en fonction du contexte, de qui va entendre tel terme, etc…

Pour finir, ce n’est pas un hasard si j’ai fait un parallèle entre l’humour et les insultes. Si j’utilise des insultes c’est que je trouve qu’elles ont souvent une portée humoristique. Finalement, sans aller jusqu’à en tirer des règles explicites et préconiser tel ou tel truc, est-ce qu’insulter a vraiment tellement d’intérêt en soi ? Je crois que si on se creuse autant la tête sur les insultes, c’est que parfois, la vie fait qu’on en vient à insulter, et il faut le prendre en compte. Mais ça ne veut pas dire que c’est quelque chose qui ne doit pas être remis en question du tout. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas aussi essayer de trouver des façons de communiquer qui excluent plus ou moins les insultes. Et ça c’est vraiment quelque chose qui manque, je trouve, dans les réflexion SJW, qui tournent beaucoup autour du fait d’extérioriser la colère, mais très peu sur des formes de communication moins violentes, alors que, finalement, ce n’est pas aussi incompatible qu’on pourrait le croire, ça peut même aller de pair. C’est aussi des choses pour lesquells c’est totalement pas intéressant d’être dans la pureté (« bouh t’as insulté, c’est mal bouh bouh » ou « bouh, t’es pas bienveillant espèce de gros naze» ) mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas prendre ça en compte. En revanche, j’ai un peu plus de mal à l’idée de me passer totalement des insultes pour leur aspect humoristique, ou en général pour leur portée percutante mais sans qu’il soit question d’insulter une personne en particulier (par exemple quand je disais « teaser comme une connasse » dans l’article tant attendu sur les sachets cuisson). Au final dans ce contexte, je trouve que la portée oppressive est moindre, mais c’est un avis personnel. Dans l’idéal, je trouve que ce serait bien que chaque personne réfléchisse aux limites qu’elle se pose en terme de vocabulaire, bien sur cela doit se faire en fonction du ressenti global des autres à ce sujet, puisque c’est une question de respect envers les autres et pas seulement envers soi-même. Mais la vocabulaire c’est quand même quelque chose de très personnel, je ne pense pas qu’on puisse non plus trop imposer et être dogmatique. Et reprendre les gens, ça peut être bien, mais il faut pas non plus oublier que les gens peuvent soit ne pas avoir réfléchi du tout à la question, soit faire ce qu’ils peuvent et ce qui leur semble juste, soit n’être pas d’accord avec vous, ou un mélange de tout cela.

En conclusion, évitez de vous comporter comme des gros cons, au sens le plus général du terme évidemment, et tout ira bien.

36 réflexions au sujet de « C’est quoi ce langage? »

  1. Article et reflexion interessante comme toujours.
    Un point de vue interessant que je vois emmerger depuis quelques annees est le fait que policer le language et ce que l’on a le droit de dire est souvent un moyen d’exercer un pouvoir par ceux qui en on assez peu.
    C’est assez courant chez les SJW, chez les Health at every size mais aussi chez les religieux extremes (genre les pasteurs americains qui banissent « fuck » mais laissent la violence).
    D’apres moi les gens qui cherchent a t’empecher de dire un gros mot parcequ’il est « interdit » par leur ideologie sont plus interesses par le fait d’avoir reussi a t’inderdire quelque chose plutot que banir le mot en question.
    Dans la meme veine il y a aussi le courant qui met la violence des mots au meme niveau que la violence physique, ce qui d’apres moi est juste un moyen de justifier de la violence physique en repercution d’un mot violent…

  2. Les insultes sont par essence une agression, et on ne les fera jamais entièrement disparaître, tout à fait d’accord ! Mais le langage a plein de délicieuses insultes surannées qui remplacent avantageusement le triste et banal « fils de pute ». À la maison on utilise couramment « fils de photographe de mode ». Peut-être qu’il faudrait aussi essayer d’introduire, dans le langage courant : « espèce de sachet cuisson »…

    • Je suis pour le sachet cuisson. Par contre on est pas responsable de la carrière de ses parents!
      Dans « reflets d’acide » comme insulte y a: colombophile. Je comprends pas mais j’aime bien.

  3. merci pour ce texte très chouette!!

    je reprends pas trop les gens, même sur des mots très nuls comme « enculé » ou « pédé » qui me concernent, parce que timidité, phobie sociale truc comme ça.

    quand quelqu’un·e sort un « pédé » ou « enculé », si je me sens à l’aise et en contexte amical, j’essaie parfois de me l’approprier en mode fausse naïveté. « ha oui oui en effet je me fais parfois sodomiser (ou encore) c’est vrai que ça m’arrive de coucher avec des hommes; mais pourquoi tu sors ça maintenant c’est hors-sujet non? »

    là en général l’autre percute direct que je le reprends sur l’homophobie sous-jacente de son langage et s’excuse ou au moins se montre un peu confus·e ce qui est déjà satisfaisant :) et peut-être que hop iel a réfléchi un ptit coup. à l’inverse quand on est pointé·e du doigt publiquement c’est souvent très mal vécu et provoque plutôt des réflexes de défense que de la remise en question (mais parfois on en a rien à cirer que l’autre en face vive mal d’être pointé·e du doigt, hein. question de contexte en fait)

    pour rebondir sur ce que tu écris, c’est intéressant que par exemple cette possibilité de se montrer directement touché·e par une insulte n’existe pas avec « con/conne/connasse »: là t’es obligé·e de faire un détour didactico-militant par l’étymologie, tu peux pas te contenter de dire « ha tiens tu parles de mes organes génitaux? » puisque personne ne fait le lien spontanément.

  4. Je suis pour les espaces safe, je suis pour une évolution de la langue, mais pas au prix de l’empathie et de la décence la plus élémentaire. J’ai souvent vu dans des groupes Facebook « safe » des femmes, parfois très jeunes, décrire avec force détails les agressions qu’elles venaient tout juste de subir, puis se faire recadrer sans même un « courage, soutien » parce qu’elles utilisaient des termes jugés oppressifs type « quel taré ». Je trouve ça d’une violence incroyable. Imaginer ces femmes qui viennent de subir un truc très dur, parfois même grave, arriver ici en espérant trouver du réconfort et du soutien pour se retrouver finalement accusées d’être oppressives, c’est hard. Franchement je trouve ça d’un manque d’empathie incroyable, elles sont dans l’émotionnel et c’est bien normal, elles sont fragiles, souvent elles culpabilisent, c’est humain de ne pas réfléchir à tout ça sur l’instant. Bah non faut qu’elles se prennent encore une bonne grosse tranche de culpabilité dans la tronche. Le pire c’est que j’imagine ne pas être la seule à trouver ça violent, bah n’empêche que personne ne l’ouvre. Moi la première. Personne n’ose dire que c’est violent, que ça met mal à l’aise, c’est quand même un comble pour un endroit safe. Et pourtant je suis bipolaire, alors en ce qui concerne les termes « taré », « fou », « cinglé », je serai quand même bien placée pour l’ouvrir. Bah non j’ai jamais osé, ma peur du rejet est trop forte. J’ai quitté les réseaux sociaux en partie à cause de ça, et c’est triste.

  5. Petite note : surimi, c’est pas vraiment spéciste envers les poissons. Éventuellement, c’est oppressif envers le plastique.

    Sinon, j’ai ri, j’ai ri. Et ça fait plaisir de te voir réécrire :)

  6. Merci pour ton article, très intéressant !
    J’étais admin du groupe fb dont tu parles. Et puis j’ai arrêté, et ce serait sans doute douloureux maintenant de me relire!
    Je suis à peu près d’accord avec tes conclusions, mais comme tu le dis au début, c’est plus le chemin qui compte qu’une conclusion militante arrêtée à un instant T, et pê la leçon intéressante de ces groupes, c’est de mettre en évidence à quel point il n’y a pas d’insulte qui ne soit oppressive. Tu en parles à un moment dans ton article, et c’était sans doute évident avant le groupe, mais quand même. Maintenant on peut dire « il y a eu un groupe avec des milliers de personnes qui ont réfléchi à comment insulter sans être raciste ou homophobe, et la conclusion, c’est qu’on a fait choux blanc ». Ça illustre quelque chose de fort, même si c’était prévisible. C’est pas toute l’histoire non plus, et c’est cool que tu aies écrit sur « pourquoi, comment, quand on insulte tout court » !

    • Y avait aussi quelque chose de très intéressant dans ces groups, dont j’ai pas parlé ici. Je pense que la conclusion selon laquelle toutes les insultes sont oppressives est discutable, ce n’est pas une vérité absolue, d’ailleurs j’apporte pas de réponse définitive ici, je pense qu’il y a différentes façons d’y réfléchir; mais toute insulte proposée sur ces groupes était systématiquement déclarée oppressive. J’ai remarqué que c’est très difficile sur ce genre de groupes, une fois que quelqu’un a déclaré que tel ou tel terme est oppressif, de revenir là-dessus, et ce même si l’argumentation est boîteuse ou même s’il n’y a presque aucun argument. Il y a une dynamique de groupe un peu bizarre chez les SJW qui fait qu’on peut affirmer un peu tout et n’importe quoi dans le sens « tel truc est oppressif » ou « tel truc mérite des TW systématiques » mais où il est extrêmement délicat de contredire une telle affirmation et très peu de personnes s’y risquent. Les débats sont très codifiés, avec les mêmes logiques et les mêmes ressorts argumentaires qui reviennent systématiquement; et ça fait un peu flipper mais je pense qu’il n’est pas complètement faux d’affirmer que même les façons de penser des gens sont également un peu formatées et que dans le meilleur des cas ils n’osent pas sortir des rails publiquement. D’ailleurs il y a une forme de censure que les gens s’imposent, ce serait extrêmement malvenu dans un de ces groupes par exemple de dire que « le mot con n’est pas oppressif » et franchement moi je ne m’y suis jamais risquée (je crois que n’ai même pas osé contredire l’affirmation selon laquelle surimi est une insulte oppressive). Le problème c’est qu’il n’y a pas vraiment de débat puisque la contradiction est, je dirais pas inexistante il faut pas exagérer, mais très très limitée.
      Il y a d’ailleurs une façon dont les débats sont orientés qui est finalement je trouve assez binaire et un peu bête. Discuter de « ce mot est-il oppressif oui ou non » n’est pourtant pas la seule façon de réfléchir à l’évolution du langage et même des insultes en particulier (j’en montre quelques exemples dans cet article mais il y aurait sans doute encore plein de façons d’aborder le sujet, plein d’angles de réflexion auxquels je n’ai pas pensés). Des questions comme celles du sens, du contexte, de l’importance de l’étymologie etc… N’y sont jamais abordés à ma connaissance, du coup forcément, on tourne assez vite en rond.

      • J’ose espérer que, au moins dans une certaine proportion, ces groupes se répètent beaucoup sans évoluer, non pas parce que les militants n’évoluent pas, mais parce qu’il y a un roulement, et que c’est une phase assez classique du « jeune militant » que d’avoir ce genre de défauts. La plupart des gens autour de moi et moi y compris sont passés par là et en sont sortis.

        Et oui totalement d’accord à propos d’une dynamique où ce qui est « oppressif » dessine complètement un camp du bien et un camp du mal, et dès que tu critiques ce qui se présente comme « anti-oppression », tu es automatiquement dans le mauvais camp. Mais ça c’est un classique des idéologies, quelles qu’elles soient, où l’importance symbolique des choses dépasse, voire écrase complètement, leur importance concrète, et où on tombe dans des postures qui n’ont plus grand-chose à voir avec la réalité.

  7. Bonjour, et ravi de vous voir reprendre du service :) Ce thème des insultes « soft », me rappelle une histoire déjà ancienne, celle des jurons du capitaine Haddock. Vu la censure de l’époque, surtout dans « les publications à l’attention de la jeunesse », comme on les appelait à l’époque, Hergé ne pouvait évidemment pas mettre de vrais jurons. Les remplacer par un langage à l’apparence « fleurie », mais irréprochable, fut une bonne trouvaille. Un ouvrage en fit la compilation il y a quelques années, http://livre.fnac.com/a1558800/Albert-Algoud-L-integral-des-jurons-du-capitaine-Haddock-le-Haddock-illustre l’incontournable Wikipédia s’y est mis aussi : https://fr.wikipedia.org/wiki/Vocabulaire_du_capitaine_Haddock

  8. Excellent papier virtuel ! Je suis d’accord avec tout.

    Mais il serait en effet pertinent de remonter à la source et de questionner la volonté même d’insulter, tout simplement. Pourquoi le fait-on? Est-ce que ça apporte quelque chose? Les conséquences sont-elles positives? Je comprends cependant et pense moi-même qu’il est très cool de sortir des insultes dans un contexte comique, voire même en cas de collision du petit orteil versus un objet inanimé. Et, oui, je pense aussi qu’il est très difficile de se contrôler lors d’agressions, comme quand, par exemple, on se fait encercler par un gang de grotesques personnages, lançant des cacahuètes en guise de projectiles, dans un quartier peu fréquenté passé minuit – c’est arrivé à une de mes amies. Des ces cas-là, quand il est presque question de vie ou de mort, on s’en balance à 100% de l’éthique. Comme le mentionnait Audrène, à un moment donné, faudrait peut-être juste être empathique et laisser tomber les protocoles à la con. Mais bon, à mon avis, y a assez de jolis mots très littéraires, qui ont une bonne sonorité et qui sont sans mauvaise connotation, qui traînent dans les dictionnaires et qui ne demandent qu’à se faire dépoussiérer… pfff..

  9. Sauf erreur de ma part, connard et connasse viennent non pas de con, mais de cornard qui en vieux français signifie cocu, je crois.
    Bon cela dit en fait c’est guère mieux, parce qu’être cocu, c’est pas un défaut en soi, c’est même parfois être une « victime » (bon là j’emploie des termes généraux, ça mériterait un développement plus long mais c’est pas vraiment le propos), donc ça peut reste oppressif.

    • Je crois que le Cornard c’était un oiseau (comme dans l’étymologie de « salope » qui renvoie aussi à un nom d’oiseau je crois). Mais de toutes façons, l’étymologie des mots n’est pas toujours claire…

  10. Dans mon groupe d’amis le fait de reprocher l’utilisation de certaines insultes de manière constructive en se demandant par quoi on pouvait les remplacer, même si ça n’a pas donné grand chose, à eu au moins l’interêt de les faire refléchir la dessus, alors qu’ils n’étaient pas très receptif sur le principe au début.

    Par exemple quand on joue sur jeux-vidéo, c’est même desfois moi qui me fait reprendre par eux maintenant (c’est un contexte ou avec la concentration et l’intensité d’une partie, y’en a certaines qui m’échappent encore).

    genre : « han le pédé il est parti se cacher dans les bois plutôt que de combattre ! »
    « le QUOII ??? »
    « oops le sale homophobe il est parti dans les bois… »
    « oué jpréfère ! »

    Du coup même si ça va pas chercher vachement loin, ça fait prendre conscience qu’on peut en utiliser d’autres et varier plutôt que celles qui mettraient mal à l’aise quelqu’un qui serait homosexuel par exemple. (ou au minimum d’en exclure certaines)
    Donc même si y’a pas vraiment de solution miracle et tout trouvée, je trouve ça plutôt cool de sensibiliser sur le sujet, et chercher des insultes différentes permet de le faire de manière plus positive, constructive, voir ludique.

    Après je sais forcément pas trop les insultes qui pourrait gagner le tampon « féministe facebook approved », mais si quelqu’un d’une minorité est présent dans un groupe, j’aurais tendance à supposer qu’il serait plus à l’aise avec des gens qui s’insulte du style « enfoiré de pétainiste tu vote houellebecq ou quoi ! » plutôt que « enculé, nique ta mère sale tryso ».

    • J’dis pas le contraire (et oui c’est constructif et tout) mais moi perso voir des gens mettre « pétain » en début de phrase ben euh ça me met juste hyper mal à l’aise. Je dis pas que ça me trigger hein, je vais pas faire une crise d’angoisse pour ça heureusement, mais ça me fout quand même mal. J’ai l’impression qu’ils ont pas forcément conscience de ce qu’ils disent et surtout d’à quoi ça renvoie. Les gens que j’ai vus utiliser ce mot en général ne sont pas juifs et je pense pas aussi traumatisés que d’autres par la deuxième guerre mondiale (pour moi c’est un sujet assez à fleur de peau). Après je suis assez d’accord avec ce que tu dis, c’est cool de faire évoluer le langage de toutes façons, rien que le fait de faire un effort dans ce sens, surtout entre potes, c’est déjà super positif.

  11. D’accord sur tout. Mais il y a un truc vraiment difficile pour moi à m’ôter de la bouche, c’est le juron-virgule. Dans le Sud-Ouest, le « putain » est plus souvent un « ‘tain » qu’un réel « putain-salope » pleinement signifiant.
    J’essaye de soigner mon langage en préférant le « boudu » — diminution de « bouducon ». C’est une alternative élégante bien que prononcer à Paris, dans une rame de métro bien pleine, ça te fait passer pour un paysan du terroir, mais peu importe.
    Je me souviens d’un séjour scolaire en Bretagne où les locaux utilisaient plutôt « Dam' ». Je pense que chaque région a sa virgule. Il y va aussi de l’affirmation d’une identité à travers le langage.

  12. Chère Lauren,
    Vous n’avez pas répondu à mon email, et une non réponse est une réponse possible, mais au cas où mon email se serait perdu dans votre boîte spams, je réitère une deuxième et dernière fois :
    j’aurais aimé vous envoyer un livre dans lequel je vous cite, et pour cela j’aurais besoin d’une adresse, si cela vous dit.
    Cordialement,
    Martin Page

  13. Décidément j’aime toujours autant tes articles !
    De manière générale, je trouve qu’il y a une obsession dans les milieux militants (en particulier sur internet et mais aussi IRL) pour le vocabulaire.
    Alors bien sûr il faut éviter les trucs vraiment oppressifs, je suis d’accord, mais parfois je crois que les gens sont plus intéressés par leur statut, leur acceptation dans le groupe, que dans le fait de FAIRE un truc utile, donc on se rabat sur le langage parce que ça coûte pas cher et tu gagnes des points de militantisme en disant des évidences sur l’origine de certains mots/ insultes.

  14. Article extrêmement juste et nuancé.

    Je crois aussi qu’une insulte ne peut par définition pas être safe sans lui ôter tout son pouvoir : si on l’utilise au premier degré, alors elle est là pour faire mal, pour toucher à ce qui est vulnérable.

    Par contre, si on utilise une insulte que l’autre ne comprend pas, ou dont il ou elle ne voit pas l’implication, alors c’est celui/celle qui la sort qui apparaît ridicule, perdant la joute verbale parce qu’il ou elle est incapable d’appuyer là où ça fait mal. C’est vu comme une faiblesse. J’ai souvent vu les insultes fétiches (« shitlord », surtout) des soi-disant « SJWs » anglophones tournées en dérision, mais ça marche aussi dans l’autre sens : la frange internet de l’extrême-droite américaine adore traiter tout le monde de cocus, mais parce que la logique qu’ils attachent derrière (« tout ceux qui ne sont pas violemment racistes sont cocus parce qu’ils veulent que les arabes et les noirs viennent leur piquer leur femmes ») est tellement capillotractée, l’insulte fait plus bizarre qu’autre chose pour toute personne qui n’est pas elle-même membre de ces cercles-là et familière avec leurs idées. Moralité : une insulte fait beaucoup plus mal quand elle renvoie à un cliché oppressif qui est compris par la majorité de la population, sans quoi c’est la personne insultant qui risque de se retrouver ridicule, parce qu’elle n’a pas su utilisé le préjudice collectif contre l’autre.

  15. Personnellement, cette idée d’insultes on oppressive me fait assez penser à l’histoire de Toto qui va au zoo avec sa grand-mère:
    « Oh regarde, mamie, t’as vu comme il te ressemble le chimpanzé !
    -Toto, c’est très méchant ce que tu viens de dire. Excuse toi immédiatement !
    Alors Toto s’approche de la cage du chimpanzé et déclare :
    « Cher Monsieur, je vous présente mes plus plates excuses pour mes propos déplacés. »
    L’idée d’une insulte « non oppressive » n’aurait-elle pas pour but, comme les excuses de Toto, d’éviter à notre colère de faire des victimes collatérale, comme ce pauvre singe nullement coupable de la laideur de la vieille dame?
    Pour moi, le but d’une insulte est d’embêter la personne visée en lui renvoyant une image négative d’elle-même qui contredit celle qu’elle pense avoir, en somme une bonne claque à l’amour propre. C’est donc un moyen (violent) de provoquer une remise en question, un état d’hébétude passager et/ou une blessure psychologique plus ou moins sévère. Cela repose souvent sur une comparaison peu flatteuse.
    Mais la comparaison fonctionne aussi dans l’autre sens, puisqu’on peut sous-entendre que l’objet désigné par l’insulte est un exemple à fuir.
    De ce point de vue, une insulte non oppressive serait une insulte qui ne peut vexer personne d’autre que l’insulté.
    On peut peut-être utiliser des personnages de fiction connu, Kuzco du film de Disney, ou un des Malefoy par exemple.
    Toutefois comme tu le souligne dans ton article, le contexte est super important.
    Désolé pour ce pavé (et pour l’âgisme et le spécisme de Toto). Et merci pour ton article !

  16. Quelle saloperie cet article. Elle est ou notre putain de liberté d’expression ? Merde à chiotte ! Balai brosse ! Prestidigitateur de pacotille. Tu fais offense à ton intelligence avec tes théories loufoques biaisées, non-fondées et ultra superficielles. C’est mou du genou tout ça ! Il faut dynamiser ton texte !

    Bref, non, c’était juste de la provocation. J’ai bien aimé :)

Répondre à milu Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *