Compliqué, si compliqué…

Récemment, est sortie une infâme bouse sur un infâme site de merdeux habitués à répandre leurs étrons textuels sur le pauvre internet. Rien de nouveau donc. Ce qui est étrange, c’est que cet article en particulier a choqué, alors que le contenu de jook.fr oscille habituellement entre le merdique et le catastrophiquement merdique. On y apprend, dans le désordre: que les femmes qui n’aiment pas les claques sur les fesses sont des emmerdeuses frigides, qu’il ne faut jamais faire l’amour à 3 avec un autre mec et une fille (quand on est un mec, mais tous les articles partent du principe que le lecteur est un mec, no girls on ze internet comme disent les abrutis), qu’on peut tout se permettre sexuellement avec une fille qui a fait du porno, que les « renois » ont tous un look d’enfer (ils ont aussi le sens du rythme et sont de grands enfants je parie?), et que c’est pas la peine de soigner ses fringues pour aller se taper des putes en Thaïlande.

Et donc au milieu de tout ça, l’article qui nous expliquait le point de vue de l’auteur sur « les grosses », ces sous-humaines, ne faisait pas tache dans le décor. J’ai lu cet article parce qu’il a beaucoup été partagé, mais j’ai été surprise qu’il disparaisse le lendemain (j’ai (mal)heureusement pu retrouver une copie). Enfin, je l’ai lu… Je l’ai survolé, disons, ce qui est déjà pas mal. Quand vous survolez un merdier vous êtes toujours trop près du sol. Et sans exagérer, je crois que chaque phrase de cet article vaut un double facepalm. Au moins. Chaque phrase de cet article est un étron puant posé sur votre pauvre cerveau.

Pourquoi j’en parle alors?

C’est juste que… Je sais pas, j’avais envie de remettre cet étron en perspective. De me demander: pourquoi, comment, qu’est ce que ça veut dire au fond?

D’abord de quoi parle l’article? Un sujet déchire l’auteur, l’empêche de dormir la nuit. Il s’agit d’une catégorie d’êtres hybrides totalement à part: les « grosses qui ont un beau visage ». Le tournoi de facepalm commence dès le titre: « compliqué, ces grosses qui ont un beau visage« . Oui, compliqué. L’auteur en voit surchauffer son neurone. Il y a « grosse » et « beau » dans la même phrase. Or, comme il n’aura de cesse de le rappeler tout au long de l’article, une grosse, c’est laid, moche, difforme, immonde, ça encombre votre champ de vision d’esthète, et ça ne mérite pas qu’on lui adresse la parole. En vertu de deux principes simples: on adresse la parole à une femelle que pour la sauter, et sauter une grosse, c’est mal. Sauf quand on est « affamé », c’est à dire trop naze pour avoir une mince, ce à quoi tout homme est censé aspirer, et qu’on s’éloigne alors du « chemin initialement tracé » (sic). Ou alors, deuxième option, quand on se sent d’une générosité sans limites, quitte à mettre sa bite dans une pauvre fille qui ne le mérite pas vraiment et qui donc décuplera d’efforts et de soumission pour vous remercier de l’illustre honneur que vous lui faites de la sauter.

L’auteur essaie maladroitement de rendre son propos moins choquant en précisant au sujet des gros: « Les gens gros ne sont ni des parias, ni des gens à part. Ce sont juste des gens qui ont trop mangé« . Non seulement il se contredit ensuite dans tout le reste de l’article (les gros sont tellement pas des parias qu’il faut une solide raison de leur adresser la parole), mais il ne fait qu’enfoncer le clou en énonçant le cliché selon lequel les gros sont gros parce qu’ils s’empiffrent. Autrement dit, cette pauvre femelle au corps surdimensionné (« elle pèse très probablement plus lourd que vous« , mon dieu, quelle horreur, une femelle qui pèse plus lourd qu’un mâle !) ne peut que s’en prendre à elle-même. Heureusement, elle aura le bon goût de « compenser ce mauvais corps par une activité charnelle décuplée« . En français ça ne veut rien dire, mais on peut le traduire par: elle fera tout ce que vous voudrez au pieu et se mettra en 4 pour votre bon plaisir, contrairement à « la dernière graphiste anorexique et névrosée que vous avez tringlé« . (notons que cet acte-de générosité-désintéressé-qui-attend-une-récompense ne peut s’offrir qu’à une grosse qui a un beau visage, les autres peuvent toujours crever, elles n’obtiendront pas votre Saint Pénis).

Enfin, bref, je ne vais pas faire une liste exhaustive de tout ce qui donne envie de se pendre dans cet article. En résumé, l’auteur gamberge devant l’atroce dilemne que constitue une « grosse avec un beau visage« , puis finit par conseiller d' »attaquer » (sic) à la fois par charité et dans l’espoir d’obtenir des faveurs sexuelles particulières en récompense à cet acte de générosité désintéressé (c’est tellement logique, tiens d’ailleurs, ça ne vous rappelle rien ?).

Si cette bouse n’était pas agrémentée de quelques tentatives minables de rendre le texte moins choquant à base de « les gros sont des gens comme les autres, en plus dégueulasses cependant » et « la pauvre fille, baisez-là par pitié, elle vous dira merci »… Je serais alors tentée de dire qu’au-delà du mépris évident que soulèvent de tels propos, j’ai une certaine admiration pour les gens qui n’hésitent pas à formuler clairement leur idéologie parfaitement dégueulasse. Car, et c’est pour ça que j’en parle, cette idéologie, elle n’est pas spécialement celle de ce pauvre mec. Le succès d’un site aussi lamentable ne s’explique que par l’adhésion massive aux idées de merde qu’il colporte; et d’ailleurs, si vous n’avez pas passé l’essentiel de votre existence dans une grotte sous-marine très profonde, vous savez que c’est comme ça que beaucoup de gens pensent. Seulement, la plupart savent parfaitement que cette façon de penser est infâme et du coup ils évitent de l’expliciter, de mettre des mots dessus. Elle est toujours en filigrane, toujours sous-entendue. Il y a dans cet article pourri (et dans d’autres) une tentative d’expression de ces valeurs de merde, valeurs qui sous-tendent à peu près l’essentiel du site. Mais c’est finalement une tentative plutôt lâche, qui se cache derrière des édulcorations minables, des faux-semblants dont ne sont dupes que ceux qui le veulent vraiment. Une tentative avortée d’être franc sur ce que pense (ou croit penser) cet abruti et les abrutis qui aiment ses articles.

On peut citer rapidement quelques bases idéologiques sur lesquels cet article repose: les hommes pensent avec leur bite, ce sont tous des queutards, les femmes ont besoin d’attirer l’attention des mâles pour exister, et de se faire baiser. Les hommes baisent les femmes: pas de partage ni d’échange, le sexe est quelque chose que l’homme fait à la femme, comme la drague. Les hommes cherchent tous à baiser la fille la plus jeune et mince possible. S’ils n’y arrivent pas, ils baisent n’importe quoi. Le monde est fait de winners qui baisent des jeunes et minces, et de losers qui baisent des grosses et vieilles, et se font passer pour des gens « ouverts d’esprit » alors que tout le monde sait que s’ils baisent des « thons » c’est qu’ils n’arrivent pas à « obtenir » mieux.

Tout est bien rangé dans ce monde, bien ordonné, tout le monde peut se situer de bas en haut sur une échelle. Y a l’échelle des hommes: en haut les winners qui arrivent à baiser des filles qui ressemblent à la couv’ de FHM, en bas les losers qui se tapent des déchets (et peut-être encore plus en bas ceux qui baisent pas), et tous aspirent à grimper les échelons. Y a l’échelle des femmes: en haut les jeunes et minces qui se permettent d’être chiantes et névrosées, et en bas les grosses et vieilles qui mendient un peu d’attention de la part des hommes, et toutes sont des morceaux de viande de plus ou moins bonne qualité.

Voilà ce que donne cette idéologie quand on l’explique. Mais qui osera dire « je ne suis pas d’accord »? Et d’ailleurs, comment peut-on le dire? Pour ne pas être d’accord avec quelque chose, il faut encore que l’existence de ce quelque chose soit admise. Vous ne pouvez pas discuter avec les gens qui colportent cette façon dégueulasse de penser le monde parce qu’ils se défendront de penser ainsi, et parce que de toutes façons, ils ne voient pas que cette façon de penser n’est pas universelle, qu’il en existe d’autres. Ils ne verront même pas que leur idéologie est dégueulasse parce qu’ils ne voient pas que c’est une idéologie, mais croient au contraire que c’est simplement « la Vérité », la façon dont le monde est. Pour eux, toute tentative de remettre en question cette explication du monde qui est la leur (celle qu’ils ont apprise) est soit une forme de déni naïve, soit un mensonge.

Je les plains. Je les plains vraiment, à commencer par l’auteur de cette merde. Certes, on pourra trouver un peu étrange de plaindre un mec pareil. Et c’est même un peu déplacé de ma part, parce que dans l’histoire, c’est lui le dominant; c’est lui qui se permet de dire qui est baisable et qui ne l’est pas. C’est lui qui hurle avec la meute en décrétant qu’une femme est baisable ou n’est rien. C’est lui qui crache son venin, bien à l’abri dans son statut de mec-blanc-cis-hétéro que la société place à son sommet, une place bien confortable pour cracher à loisir sur tous les autres. Et ces autres, les femmes, les trans, les « grosses », les « pédés », ce sont eux qui souffrent, en bas sur la grande échelle absurde qui régit nos existences. C’est pas lui qui peut pas sortir dans la rue sans craindre de se faire insulter ou agresser. C’est pas lui qui souffre, qui s’affame, qui hait son corps, qui se hait, et pour qui le regard de l’autre est une torture, c’est pas lui à qui on a appris depuis toujours qu’il est moche et que donc il ne vaut rien, et à qui on le répète encore et encore…

Et pourtant. Pourtant je persiste, je le plains, ce mec. Parce que finalement, c’est vrai, on vit dans une société de domination, et on n’a pas tous les mêmes droits, et c’est injuste. Et l’injustice, ça nous fait souffrir, ça nous révolte. Mais dans cette révolte, il y a quelque chose de beau, quelque chose d’infiniment enviable. Il y a une colère qui traduit un désir de vivre, un élan vers la liberté; il y a un questionnement, une espérance d’autre chose. Autre chose que les valeurs pourries que j’ai à peu près listées et qui sont censées nous gouverner. Autre chose que la soumission des faibles aux forts, autre chose qu’une échelle de « mauvaise viande » à « bonne viande » sur laquelle on colle des êtres humains. Autre chose que ce qu’on nous répète, autre chose que ce pourquoi nous avons toutes et tous été dressé-e-s et conditionné-e-s.

Ce désir, là est la toute première liberté. Quand nous refusons d’accepter ce foutu monde bien rangé avec ses échelles à la con, et que nous cherchons autre chose, nous apprenons, nous évoluons. Nous savons voir les choses autrement. Nous apprenons la vraie beauté, celle qui mérite vraiment d’être appelé beauté, bien loin, tellement loin des liftings et des régimes de star à base de coke. Nous pouvons voir ce qui est beau, parce que la beauté est dans l’œil de celui qui regarde, et parce que loin des convenances, des dressages et des apprentissages stériles, nous voyons les choses comme elles sont. Parce qu’une personne est une personne, et pas un tas de viande, elle est unique au monde et n’existe plus sur aucune échelle que pour en être au sommet, car c’est son échelle. Nous pouvons alors être émus par un geste, une courbe, un regard, un son. Nous pouvons être touchés par une personne unique au monde, d’une façon unique au monde. Nous ne demandons plus à personne comment nous devons nous comporter, désirer, séduire ou faire l’amour. Nous savons, nous inventons, nous cherchons. Loin des étalons priapiques au QI de moule surmontant des tas de viande, nous redevenons des humains; le désir n’est plus une pulsion vaguement sale à assouvir dans un quelconque trou masturbatoire, mais une émotion dans notre corps, comme un appel vers celle ou celui qui éveille nos sens. L’amour, même si c’est juste pour une nuit, une heure ou cinq minutes, c’est quelque chose qui se partage et qui ne saurait s’échanger contre « mieux », se noter de 1 à 10, ou monter ou descendre sur une échelle sociale. On ne trouve jamais mieux que ce qui nous rend vivants, que ce qui nous fait vibrer ici et maintenant. On ne trouve jamais mieux qu’être touché, bouleversé au fond de soi quand on ignore ce que sera le désir parce que personne ne peut nous l’avoir expliqué avant, parce que c’est une découverte dont on fait l’expérience, à chaque instant, avec son propre corps. Alors peu importe que celui ou celle dont la beauté nous touche, et qui est prêt-e à partager cette infinité avec nous, soit jeune, vieux, grosse, rasée, fripée, poilu, qu’il ou elle ressemble à ces modèles abstraits que la télé et les magazines nous ordonnent de vouloir…
Ceux pour qui la « beauté » consiste en un ensemble de critères pré-établis avec une grille de mensurations précises, et le sexe en une performance basée sur un index calculé en fonction d’un nombre précis de centimètres, de minutes, et d’indices de conformité au porno mainstream, ceux-là ne verront, dans la façon dont je parle de désir, qu’un verbiage inutile destiné à surmonter mon incapacité à atteindre leur « niveau » dans cette compétition sans pitié qu’est pour eux le sexe (probablement à cause de toutes les tares qui me sont attribuées comme à n’importe quelle féministe qui se respecte: mal baisée, frustrée, violée, traumatisée, gouine, moche, hystérique et j’en passe). Que les autres, ceux qui voient à peu près de quoi je veux parler, constatent à quel point ils seraient malheureux s’ils en étaient là. Rien que si vous êtes capables de parler à une personne pour autre chose que la baiser, ou de baiser avec quelqu’un pour autre chose que sa conformité aux normes qui fera mousser votre petit égo et grimper sur votre petite échelle, j’aimerais juste que vous réalisiez à quel point ce que vous trouvez en parlant, en regardant ou en faisant l’amour, est infiniment plus précieux et plus beau.

Alors, les échelles sociales à la con du haut desquelles se pavane notre pauvre petit coq, nous ne sommes pas bien au-dessus de ça? Est-ce que nous n’avons pas de la chance?

55 réflexions au sujet de « Compliqué, si compliqué… »

  1. L’autre jour, je discutais avec une jeune femme dans la trentaine des discriminations basées sur le physique que pouvait subir une femme en milieu professionnel. Mon interlocutrice défendait principalement la position des filles au physique avantageux ; D’après elle, une fille canon pouvait se voir refuser un emploi ou être dans le collimateur de ses collègues et subir des railleries tout ça à cause de son physique (trop) attractif. Personnellement, je lui soutenais qu’une femme (très) grosse et de surcroît au visage peu gracieux devait certainement plus en pâtir pour se sentir à l’aise et être acceptée.
    Ce qui est « drôle » c’est que mon interlocutrice, bien qu’aujourd’hui en parfaite adéquation avec les critères de beauté apparente en vigueur (mince, belle ou mignonne, glamour, victime de la mode), était il y a encore peu, « juste » une fille grosse à belle gueule très mal dans sa peau… Visiblement son allure transformée ne l’a pas vraiment aidée à se libérer de son mal-être.

    • En même temps elle a pas entièrement tort. C’est triste à dire mais pour éviter ce genre de désagrément vaut mieux être un homme. Etre considérée comme un objet sexuel n’aide pas à se sentir à l’aise et acceptée, d’autant plus que si tu oses te plaindre du es taxée de frigide/emmerdeuse/sans humour etc…

    • Là c’est faire le jeu du patriarcat ^^
      je plussoie à la réponse d’elfe.

      En ce qui concerne l’article, j’aime beaucoup la dernière partie où on a l’impression d’être sur un nuage. ça fait du bien à lire ;)

      • Oui, j’ai été très touchée par la fin de ton article. J’ai malheureusement souvent du mal à voir les choses du coté optimiste!

      • Oui j’ai compris, belle, moche, jeune, vieille etc. c’est toujours le même cirque, à bas les sexes! Je vais me faire appeler Herma dorénavant…
        L’Elfe j’ai relu ton texte et ta seconde partie est vraiment un très belle appel à l’Amour je trouve. :-)

    • IL n’y a pas de plus/ moins selon moi , ce n’est pas un concours .
      Je suis « jolie » , désolée (vous voyez je ressens le besoin de m’en excuser , et surtout de m’excuser de le savoir, en même temps depuis trente ans , je serais un peu neuneu, et je ne comprendrais pas grand chose à ma propre vie, si je ne l’avais pas admis) – une de mes collègues de travail que je trouve belle, ne répond pas de la même manière que moi aux exigences sociétales , elle pèse un poids non-conforme . Elle souffre, elle entend des reflexions dégueulasse, j’ai entendu des reflexions dégueulasses sur elle, les mecs ne la regardent pas quand elle parle …. / de mon côté on m’a déjà traité 2 fois de pouf dans le milieu professionnel (les mêmes collègues c’est étrange, qui ne nous ont d’ailleurs jamais adressé la parole) , de poufiasse, de « blondaugrossin » , on m’a accusé de sucer pour mon poste, des paires m’ont fait de gentilles allusions quand j’étais en stage pour m’indiquer que si on m’avait recrutée , ce n’était « pas vraiment pour mes compétence universitaires, hein ?(sourir clin d’oeuil ) « , je me suis quand même fatiguée à obtenir un bac plus 5 mention très bien , mais bon… il arrive que des personnes ne m’adressent pas la parole, m’insultent, me répondent « pouffiasse » quand je leur dit bonjour.
      Alors , concours de souffrance? non. MOn amie et moi , on est des femmes, donc on est de la viande, de la viande trop grosse qu’on snobe, ou de la viande bien rose qu’on baffre . Viande pareil. Est ce qu’on souffre? Elle comme moi , de moins en moins, parcequ’on est fortes et intelligentes , et aussi parcequ’on se comprend, qu’on est solidaire, parceque je suis capable de l’entendre, et qu’elle aussi est capable de m’entendre . Parcequ’elle ne m’a pas traitée de pouff sous pretexte qu’on l’avait toujours emmerdée avec son poids , et parcequ’on s’est toutes les deux trouvées féministes et femmes humiliées dans leur corps. Je conseillerai dans tous les cas de faire preuve de solidarité, tolérance, et de compréhension. Non vous ne savez pas tout, ce n’est pas plus confortable d’être « jolie, conforme, sexy » , ça vient avec d’autres problèmes, des problèmes qui peuvent être extremement violents.

  2. Juste un mot: Merci!

    Et puis d’autres: ce billet est épique et redonne foi en la lutte pour renverser ces normes qui étouffent et oppriment celles et ceux qui se refusent à rejoindre le troupeau.

    J’aime, tout simplement :)

  3. Chouette mise en perspective…

    Avec ce genre de propos nauséabonds (je parle de l’article cité…), ce qui est pernicieux est qu’il est toujours placé sous le signe d’une certaine forme d’humour et de second degré, certes affligeant mais rarement absent.
    S’il est attaqué pour ses propos, cela permet à l’auteur de se défendre et de se dédouaner en disant « mais c’était de l’humour, tu peux pas comprendre… », ce qui rajoute une vexation supplémentaire si l’interlocuteur est une interlocutrice (car, c’est bien connu, les filles ne comprennent pas l’humour, qui demande un esprit raffiné et subtil).

    Mais c’est encore plus pernicieux car cela permet surtout de véhiculer et d’inoculer en douce des « valeurs » qui seraient inacceptables pour la plupart si elles étaient livrées sans fard mais qui deviennent acceptables puisque c’est de l’humour. Mais avec la nuance que cela participe à la banalisation de ces idées et qu’à la différence des « blagues de Toto », il y a quand même des idées qui finissent l’air de rien par percoler à la longue. C’est comme la pub, à force d’entendre et de voir telle marque, elle finit par s’installer dans notre paysage mental et par faire partie de la normalité.

    Cela dit, je ne suis pas convaincu que l’auteur de l’article corresponde lui-même tant que ça aux canons de beauté masculine en vigueur car il me semble qu’il faut ressentir une certaine dose de frustration pour écrire ce genre de truc…

    Je suis de plus en plus convaincu qu’il faudrait rajouter un cours aux programmes scolaires : l’apprentissage de la relation affective et sexuelle. Rien à voir avec un simple cours de biologie, c’est vraiment le relationnel, qu’il faudrait enseigner : apprendre à développer des relations saines, épanouies et respectueuses à l’autre sexe. Même si ça a peu de chances d’entrer dans les manuels, je m’inspirerais du tantra, qui enseigne que ce qui est important dans la relation sexuelle, ce n’est ni l’acte gymnasticatoire en lui-même, ni l’assouvissement d’une pulsion, ni l’accomplissement d’une quelconque performance technique ou physique, mais la connexion entre les deux partenaires, la capacité à s’ouvrir l’un pour l’autre, le degré de complicité et d’intimité émotionnelle, de cœur et d’âme, que les deux amants arrivent à créer. Et là, les canons de beauté deviennent nettement plus accessoires…

    • Mais ça existe déjà, l’éducation à la vie sexuelle et affective! C’ets bligatoire au collège!
      Après, ect-ce que c’est mis en place pour de vrai…
      Dans mon bahut, deux heures (super bien) animées par l’infirmière et l’assistante sociale, seulement en 4ème…

      • Je pense que c’est bien qu’il y ait des cours d’éducation sexuelle mais ça ne remplace pas la découverte, l’expérience du désir, etc. Le but serait plutôt d’informer sur les MST, la grossesse, etc… Du coup les cours d’éducation sexuelle c’est le truc vraiment pas sexy

  4. Ce qui me le plus gerber dans cette histoire, c’est le côté « ha mais c’est de l’humour ! Second degré ! » de l’article de cette bouse de jocks. Avec cet ignoble sous-entendu que puisque c’est de l’humour c’est qu’il y a une part de vérité.

    • Oui, j’attends d’ailleurs qu’on vienne me dire que je n’ai rien compris à cet humour tellement subtil et que tout ça c’est pour rire et qu’on ne le pense pas du tout en vrai…

      • En fait, en parcourant leur site, j’ai pensé un instant qu’effectivement, tout ça n’était pas sérieux, que c’était un site parodique d’humour (très) noir…

        Puis après, je me suis dit que de tels sites devaient faire partie d’un complot pour organiser une censure d’Internet.

        • Y a humour noir et humour noir. L’humour noir peut être un outil pour dédramatiser, pour rire de choses qui nous touchent. Mais ça peut aussi être une arme d’exclusion, de domination. Je ne les trouve absolument pas drôles, ils ne font qu’énoncer les valeurs qui font notre société (de merde), sans avoir le moindre recul par rapport à ces valeurs, sans les remettre en question ni les tourner en ridicule d’une quelconque manière. On est censé rire parce que « c’est vrai », il n’y a pas de second degré en fait.

          • Oui, le doute n’a duré qu’une fraction de seconde. On va dire que c’est l’énormité des conneries du site qui m’a un peu secoué.

            Je trouve ça déprimant de tomber sur ce genre de site, de le parcourir et d’en parler. Enfin, tu as réussi à transformer cette expérience en quelque chose de positif. C’est bien. J’aimerais avoir ton optimisme.

  5. Malgré ma rage de dents qui me fait horriblement souffrir, j’ai pris mon pied à lire ton article, limite si j’ai pas eu des ptits frissons ^^

  6. Ce qui est encore une fois criant de sexisme c’est de voir que les grosses sont toujours attaquées, pointées du doigt, quand bien même elle seront coquettes, répondront à d’autres critères/normes de la société, alors que les gros, eux, ce sont juste des « bon vivants ».
    Les femmes se doivent d’être minces, les hommes eux, c’est pas grave. Ils ont un bon coup de fourchette. Cette différence de perception m’a toujours effaré.

    • Un peu datée cette comparaison ; les canons de beauté s’appliquent tout aussi bien aux hommes qu’aux femmes aujourd’hui. Quand tu regardes une pub pour un produit destiné a priori aux hommes (costard, boxers et j’en passe), c’est pas vraiment le modèle Édouard Balladur qui est choisi mais plutôt Mickaël Vendetta (je n’aurai jamais pensé écrire une phrase un jour avec ces deux personnage dedans).
      Les gros (hommes comme femmes) sont aujourd’hui considérés comme des gens qui se laissent aller, qui ne sont pas capables de coller à la norme. Ce qui est paradoxal vu la part croissante de personnes présentées comme ayant du surpoids et qui donc devraient devenir la norme.
      Paraît même qu’il y a une corrélation entre « beauté » et salaire…

        • ?
          Jamais dit ça, juste que les canons de beauté discriminatoires n’affectent pas que les femmes.

          • Je pense que tu n’as pas conscience de tes privilèges masculins et du fait que tu n’es pas perpétuellement jugé sur ton apparence. Y a deux sortes de femmes: les belles et les moches. Ca ne veut pas dire qu’il n’y a pas de normes de beauté débiles pour les hommes, mais ça n’a rien à voir. Un homme est un individu qui n’est pas considéré comme existant pour plaire aux autres.

          • Heu .. il n’est pas aussi limité dans sa façon de « devoir plaire aux autres », mais les hommes peuvent tout à fait déplaire et être discriminés. Le truc c’est que s’il se donne la peine de « plaire à la société », c’est tout à son avantage. Lafâme, qu’elle cherche à plaire ou non, elle peut au mieux récupérer les avantages des màles autour d’elle. Si elle bosse ou qu’elle agit dans son intérêt personnel … Bah non, ça n’a pas de sens en fait, pourquoi elle ferait un truc pareil ? Seulement pour elle-même ? Absurde.

          • « Je pense que tu n’as pas conscience de tes privilèges masculins et du fait que tu n’es pas perpétuellement jugé sur ton apparence. »

            je pense qu’ils jouent le jeu qui les arrange, et que c’est pour ça qu’on voit pas plus de types attifés comme ça :
            http://213.56.137.166/pod3/pod/imageproxy.asp?filename=//serv-icono/ICONOTHEQUE/JACOULET/PP0206295.jpg&server=192.168.5.21&port=22960&width=712&height=545&zoom=1.0003311167415185&x=0&y=0

            Suffit de voir comme ça les hante d’avoir l’air féminin, ou de savoir si un doigt ici ou un col comme ça ça fait pas gay.

            Perpétuellement jugés sur leurs apparences aussi, la différence c’est qu’eux sont conformes par choix, en bons opportunistes égocentriques.

            Ils existent pour plaire aux autres, et ils le font parce que c’est essentiellement un privilège et pas tellement une oppression.

          • .. pour eux, un privilège, pour lafâme c’est différent, donc.

            Ouais, à la réflexion, disons que l’homme peut se débarasser de tous ses « stigmates sociaux » (bien rasé, pas trop de cheveux, rajouter du froid dans les yeux) , et être Parfaitement conforme. La femme, il lui reste un stigmate qui colle à la peau, à savoir : d’être une femme.

        • « Un homme est un individu qui n’est pas considéré comme existant pour plaire aux autres »

          Certes,mais nous aussi les mecs nous sommes soumis a un modèle normatif bien pourri,a savoir le mâle alpha-dominant-blindé-conquérant sexuel et j’en passe…..on a intérêt a viser une haute position sociale pour être considérer par la société.
          Les réfractaires a cette idéologie merdique seront accusés de ne pas être de « vrais » mecs,d’être des pauvres types,des sans couilles….

          • Je ne remet pas ça en question, au contraire puisque j’en ai déjà parlé notamment dans Le Manuel Du Vrai Mec.
            Cette oppression est terrible, néanmoins je pense que les hommes doivent être conscients 1) de l’oppression dans laquelle ils sont maintenus (ce qui peut à long terme leur permettre de prendre du recul c’est à dire de ne plus subir cette pression psychologique insoutenable qui te fait sentir comme une merde parce que tu n’es jamais assez viril) et 2) que c’est malgré tout une oppression qui paradoxalement leur donne le statut de dominants, c’est à dire des privilèges par rapport aux femmes. Après tout ce que les hommes pas virils ont à craindre est d’être assimilés au sexe faible, donc aux femmes… Les femmes, dans ce modèle, sont encore en-dessous.
            J’ai parlé dans cet article de la façon dont la dévalorisation des hommes leur donne des privilèges tandis que celle des femmes les maintient dans la soumission. Ce qui n’empêche pas que ce conditionnement soit une source de souffrances au final.

    • « Après tout ce que les hommes pas virils ont à craindre est d’être assimilés au sexe faible, donc aux femmes »

      Hmm je dirai que si cette crainte existe,c’est que implicitement tu es d’accord avec l’idéologie patriarcale.J’ai pris le plis de considérer les gens comme des individus avant d’être des etres sexués,donc je me fous d’être assimilé a une femme ou a n’importe quelle autre image générique dévalorisante (looseur,pauvre type,ect…)

      Et d’ailleurs c’est plutôt assimilé a homosexuel que j’entends souvent.Parce que tu ne chasses pas la gueuse avec frénésie, c’est qu’au fond tu dois etre un peu pd.Ce qui est « amusant » c’est que de nombreuses femmes n’hésitent pas a perpétuer le modèle du « mâle conquérant » et pensent exactement pareil :parce que tu ne les regarde pas,n’essaie pas de les séduire elles te taxent de tapette….
      C’est dans toutes les têtes que la réflexion sur nos conditionnements est a opérer.

      • Je pense que tu n’as pas compris ce que je voulais dire. L’idée est que, dans le patriarcat, la pire chose qui puisse arriver à un mec est d’être assimilé aux femmes. Donc toutes oppressives que soient les normes masculines, les hommes seront toujours socialement supérieurs aux femmes, toujours dominants. Autrement dit le bas de l’échelle masculine, c’est le niveau féminin, et même si les privilèges masculins sont inégalement répartis, tous les hommes en jouissent. C’est important d’avoir conscience de ça quand on est un homme et qu’on souffre de cette forme d’oppression dont les hommes sont victimes.

  7. Bonjour,

    J’ai une petite question : dans « mec-blanc-cis-hétéro », ça veut dire quoi « cis » ?

    Merci d’avance !

    • Cisgenre, en opposition à transgenre, est un qualificatif utilisé pour décrire une personne dont la perception du genre est en adéquation avec le genre généralement associé à son sexe (Wikipedia, avant suppression de l’article).

    • J’ai toujours eu du mal avec certaines distinctions. Et là, ça ne rate pas. Je ne comprend pas la différence entre la qualification ‘hétérosexuel(le)’ et ‘cisgenre’. Quelqu’un peut m’expliquer ?

      • ça n’a rien à voir en fait. Hétérosexuel c’est une orientation sexuelle. Cisgenre c’est quelqu’un qui se définit comme appartenant au genre qu’on lui a attribué dans son éducation. Un-e cisgenre peut être hétéro ou homo, un-e trans aussi.

  8. Justement hier, après être tombée sur ce torchon, je me disais que c’était étrange que personne n’ai encore écrit une véritable critique de cette poubelle qu’est Jook. Alors merci !

  9. loule ta ri1 compri lelfe tes nulle mdr trololol lé grosse son moche et inbaizable mdrr.

    Voila, j’écris d’avance les arguments des cas qui vont venir commenter, comme ça on aura leur point de vue :)

  10. Ping : Grossophobie ordinaire | Pearltrees

  11. Un gros +1 pour ce pseudo humour ironique qui n’en est pas du tout un en fait. C’est dans la même catégorie que Mamadou à un gros nez ou que Simon Cohen te vole ta thune. Ce n’est pas marrant du tout, c’est juste moqueur et blessant.

    La France bien pensante…

  12. Merci pour ce article !
    C’est marrant, je pensais pas que tu en écrirais un comme ca, je crois que je me suis trompée sur certains points te concernant.
    Mais le mec il a quand même du zapper un truc dans sa logique qui pense avec sa bite : Il y a plein de pornos avec des BBW voir des SBBW donc euh, fantaisie sexuelle comme une autre hein. Je dis pas que c’est un exemple a suivre de penser au porn de suite MAIS BON.

    Bref, je m’incline! Merci encore :)

    • Tu as excité ma curiosité ^^ je me demande pourquoi tu pensais que je n’écrirais pas ça
      En fait je crois que le mec parle aussi des gars qui aiment les grosses mais justement en en parlant comme d’une fantaisie, un fantasme qui concerne quelques hommes. Or, c’est une forme de fétichisme qui considère toujours les femmes comme des objets devant correspondre à certains critères.

      • Je ne sais pas, on a eu des conflits, j’avais des aprioris mais j’ai eu tort je pense. On a peut être pas les mêmes points de vu sur tout (et heureusement!) mais c’pas une raison pour se fighter bêtement comme on l’a fait.

        Ah oui oui je sais que ca considère les femmes comme devant être comme ca et comme ca. Je ne suis pas pour, on peut avoir des préférences mais en théorie t’aimes pas les personnes que pour un critère mais pour un tout, une sensation que tu as sur la personne. M’enfin pour moi on aime par exemple pas un sexe (critère la aussi) mais une personne dans son ensemble, homme ou femme, arbre ou micro onde.

        :)

  13. Un très beau billet, et qui parle d’un sujet effectivement « très compliqué ». J’ai vraiment l’impression que ces blogs ou bien des sites de ce genre sont très nombreux sur la toile, à répandre un idéal des plus insatisfaisant, mine de rien.

  14. « Merde quelqu’un n’est pas d’accord avec moi sur internet, et essaye de lancer un débat constructif avec moi, vite vite supprimons son commentaire ! »

    Vous perdez un lecteur,
    cordialement

  15. Ce qui est dingue, c’est que l’auteur de l’article nauséabond dont tu parles (je ne l’ai pas lu, hein, assez de vomi pour la soirée ^^ » ) ne se rend absolument pas compte qu’il y a à peine cinquante ans ou au plus, un siècle, c’était les femmes les plus enrobées qui avaient le plus de succès ! Il s’agissait d’un signe de vigueur, de bonne santé, de fertilité. Je me souviens de passages de Maupassant ou même de Nerval où ils parlent de femmes « belles, grasses, appétissantes… » Certes, nous sommes encore dans la réification du corps féminin mais comme cela date du XIXème siècle, soyons indulgents. Cette crapule n’a lui, en revanche, aucune excuse.

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