FAQ tour du monde – 2/ le départ

Après nous être débarrassés de la question du budget… Alors voilà, le 24 février 2011, je suis partie faire le tour du monde. Mais pourquoicommentdonc ?

1) Comment as-tu décidé de faire le tour du monde?

En fait je ne voulais pas faire le tour du monde, je voulais juste voyager. C’est Alderanan qui parlait parfois, à l’époque, de faire le tour du monde; il y pensait depuis très longtemps. Moi j’aimais bien l’idée, mais ça me faisait un peu peur. Je pense que ça lui faisait peur à lui aussi, en tous cas il ne se décidait pas à le faire.

A l’époque il n’était pas question pour moi de voyager sur le long cours, car une fois que mon master serait fini, j’avais prévu d’enchaîner sur une thèse. Je n’avais aucun doute sur le fait que je trouverais une bourse de thèse rapidement. Ce qui m’ennuyait c’est que je travaillais dans la recherche en productions animales, et que je n’étais pas à l’aise avec ce que l’on faisait aux animaux. J’étais déjà végétarienne, et pas loin d’être végétalienne. Je pouvais bien sur bosser dans le bien-être animal, mais… Bref. Il y avait aussi le fait qu’une thèse repousserait mon départ autour du monde d’au moins 3 ans. En fait beaucoup plus, puisque partir entre la thèse et le post-doc, c’est plutôt une mauvaise idée professionnellement. Donc sur le papier, ça repoussait mon départ de 3 ans, mais en pratique ça avait de grandes chances de l’annuler.

Dit comme ça, tout ça parait assez simple, mais en fait c’était très très compliqué: il y avait ce travail qui me plaisait mais qui me posait des problèmes d’éthique. Il y avait la thèse que je m’étais promis de faire plusieurs années avant, et j’y étais presque, moi qui avais toujours rêvé d’être chercheuse. Il y avait l’espoir, grâce au réseau que je commençais à me faire, de trouver éventuellement une thèse sans avoir à exploiter d’animaux. Enfin il y avait l’idée complètement effrayante, folle et dangereuse, d’utiliser tout l’argent que je possédais pour partir un an dans des pays inconnus, moi qui avais très peu voyagé dans ma vie, pour revenir un jour fauchée et sans travail. J’y pensais vaguement, mais pas sérieusement, c’était bien trop terrifiant. Ajoutez à cela que mon boulot me laissait assez peu de temps pour penser, et que mes périodes d’examen avaient été si éprouvantes pour moi que j’étais encore sous anti-dépresseurs.

Les choses se sont dégradées lorsque j’ai été confrontée à la détresse toujours croissante des animaux à mon travail. C’était d’autant plus invivable que je me sentais responsable – j’avais beau me dire qu’un autre stagiaire l’aurait fait à ma place si j’avais laissé tomber (c’était le genre de stage pour lequel les étudiants se bousculent), je ne pouvais pas être à l’aise avec ce que je faisais. Sans compter les frictions que cela a provoqué avec les bergers et l’ingénieur sous les ordres duquel je travaillais. Ces baisses de moral ne m’aidaient pas à affronter mes peurs. Je me faisais bouffer par l’angoisse.

Bref, ma situation devenait impossible.

2) Alors, t’as fait quoi?

J’ai pris des champignons.

Je sais que ça fera marrer des gens, et j’aurais beaucoup à dire sur le mépris injustifié de telles expériences (mépris qui ressemble fort à la peur de l’inconnu).

J’ai enfin vu les choses clairement, sous un jour nouveau. J’ai compris que si je ne partais pas, je ne partirais jamais. J’ai surtout compris que mes inquiétudes à propos de diverses choses (ma peur de l’inconnu, du danger, comment faire pour l’argent, le risque que cela représentait de partir si longtemps et de revenir fauchée et sans travail)… Tout ça n’avait aucun sens, et d’ailleurs, ce qui était le plus dangereux était d’avoir peur de ces choses. Je compris enfin que si les gens sont malheureux, c’est parce qu’ils laissent la peur diriger leurs vies, et qu’ils ont peur de problèmes qui n’existent même pas en réalité. Et surtout, je fus remplie d’une joie sans limite à l’idée que j’avais la possibilité de faire le tour du monde. Je compris que, puisque j’en avais la possibilité, alors je devais le faire. Ne pas saisir cette chance extraordinaire aurait été stupide. Jai dit à Alderanan: « je finis mon stage et on va faire le tour du monde ».

Maintenant, les gens me traitent de droguée quand je dis que certaines substances peuvent aider à améliorer sa perception du monde. Jugez vous-même. Je tiens tout de même à dire que je n’encourage personne à prendre des drogues, ça peut être dangereux. Tout dépend de la personnalité de chacun, de l’état dans lequel les drogues sont prises, de quelles drogues on parle, mais aussi beaucoup de pourquoi on les prend, et ça peu de gens en sont conscients. Pour moi tout s’est toujours bien passé, parce que je n’ai jamais cherché à me « défoncer », ça n’a jamais été mon approche. Je me suis toujours servi des drogues en toute conscience, en prenant mes responsabilités. Et à mon avis, on devrait en faire de même à chaque fois qu’on avale quelque chose, qu’on met quelque chose dans son corps, que ce soit de la drogue, des médicaments, de la nourriture ou n’importe quoi.

3) Ok, alors tu as pris des champis, tu as eu une révélation mystique de la mort qui tue, tu as tout plaqué et tu es partie, go !

Holà, doucement. Non, je n’ai pas tout plaqué: j’ai fini mon stage et j’ai soutenu mon mémoire de fin d’études. Je ne suis partie que 5 mois après la fin de mon master.

Pourquoi ne suis-je pas partie tout de suite, ou même juste après mon mémoire? Pour plusieurs raisons. D’abord je sentais que ce n’était pas la chose à faire que de plaquer mes études. J’ai continué à aller travailler; ça a été plus facile à partir de ce moment: la pensée du voyage qui m’attendait me donnait des forces.

Ensuite, il y avait Alderanan qui devait finir son travail avant de partir, il avait des projets professionnels à mener à bien, et il ne pourrait partir que début 2011. Je devais donc attendre, ou sinon je partais seule. Mais de toutes façons, j’étais dans un état physique et psychologique qui ne me permettait pas de partir comme ça dans un voyage au long cours. Et puis j’avais déménagé dans une ville lointaine pour faire mon master, et je voulais profiter un peu de ma famille et de mes amis avant de partir.

Donc sitôt mon mémoire achevé, je suis devenue végane, j’ai arrêté de fumer, j’ai commencé à faire du sport, puis j’ai emménagé à Montpellier, j’ai profité de la vie avec mes amis et ma famille, je me suis refait une santé (c’est là que j’ai perdu une vingtaine de kilos). J’en ai profité pour essayer de planifier un tout petit peu le voyage, et pour trouver des solutions pour mes animaux. On a acheté les billets d’avion, etc…

4) Pourquoi être partis à deux? Simple question de budget? Vous êtes restés ensemble tout le temps? C’est pas trop dur de voyager seul / avec quelqu’un?

Si Alderanan n’avait pas été partant, je serais partie toute seule, je me serais débrouillée. Mon voyage aurait surement été bien différent. La raison principale pour laquelle je suis partie avec quelqu’un, c’est tout simplement qu’on était deux à avoir envie de faire un long voyage.

Cela étant dit, partir à deux a plusieurs avantages: ça réduit le budget pour chacun, et on peut s’entraider dans les moments de déprime. Il y a aussi des avantages auxquels on ne pense pas tellement avant de partir, mais ça réduit beaucoup les chances de se faire voler, dans de nombreuses situations.

Cela dit, partir à deux c’est aussi devoir vivre toujours avec la même personne. Ca réduit pas mal les possibilités de rencontres, surtout si vous êtes un homme et une femme, car vous êtes perçus comme un couple. On se sent moins libres. C’est pour ça qu’on est pas restés ensemble tout le temps. On s’est séparés dans plusieurs pays: en Australie, au Japon, au Cambodge, en Thaïlande. On aime aussi voyager chacun de son côté, c’est une expérience du voyage différente. Il faut savoir qu’en réalité, quelqu’un qui voyage seul est rarement vraiment seul. Alors que si vous voyagez à deux, vous êtes souvent juste tous les deux, même si vous avez envie de rencontrer d’autres gens. Les rencontres ne se font pas de la même façon. Je pense qu’il faut essayer de voyager seul au moins une fois, car ce n’est pas du tout la même chose.

Voyager à deux c’est aussi s’adapter à la façon dont l’autre souhaite voyager. Alderanan avait tendance à vouloir prévoir les choses à l’avance, ça m’emmerdait. Des fois on faisait comme il voulait, et il trouvait des bons plans mais je me sentais un peu baladée. Quand c’était moi qui décidait ce qu’on faisait, on ne prévoyait rien du tout, on galérait souvent, mais c’était des expériences assez enrichissantes. On faisait du stop, on arrivait à l’arrache dans des endroits inconnus… Aussi, je ne sais pas très bien pourquoi, mais quand j’étais seule, je dépensais moitié moins que ce que je dépensais pour moi quand on voyageait ensemble. Mais parfois aussi, je faisais des trucs un peu bêtement, sans me renseigner ni rien.

Donc on a du faire des concessions. Lui il n’aimait pas partir à l’arrache, au dernier moment, se peler sur des péages d’autoroute à ne pas savoir ce qui allait se passer la minute d’après. Moi je n’aimais pas les trucs planifiés, devoir être à tel endroit à tel moment. Mais on s’est chacun enrichi de la façon de faire de l’autre. Sans lui, je pense que je serais partie pour un voyage avec rien de planifié, je n’aurais pas acheté un billet tour du monde. Donc je n’aurais probablement pas fait le tour du monde au final, je n’aurais sans doute pas vu autant de choses.

Pour le futur, on pense à voyager chacun de son côté, mais si on en a l’occasion, on pourra aussi bien repartir ensemble.

6) Pour combien de temps vous êtes partis?

13 mois. Un billet tour du monde c’est 12 mois, pas un jour de plus, mais on a triché: on est partis en stop au début, et on a pris l’avion seulement au mois de mars 2011, c’est pourquoi on n’est pas encore rentrés.

Au début, on ne savait pas si on allait prendre le dernier avion. On aurait pu le rater et rester plus longtemps, quitte à acheter ensuite un autre billet pour rentrer. On peut toujours faire ça, mais on est un peu limite niveau budget.

7) Comment vous avez choisi les pays que vous vouliez visiter?

Je n’avais aucune idée de là ou je voulais aller. Alderanan lui, avait plusieurs idées, il voulait voir les chutes d’Iguaçu par exemple. Moi je m’en fichais, j’avais juste une préférence pour les endroits où il fait chaud. Plusieurs critères sont rentrés en ligne de compte: le coût de la vie dans chaque pays, les compagnies aériennes avec lesquelles travaillent les connaisseurs du voyage, (il vaut mieux acheter un billet tour du monde avant de décider où l’on va, sinon ça peut revenir beaucoup plus cher), des gens qu’on a rencontrés qui avaient voyagé avant. Pas mal de hasard en fin de compte. Et puis les aléas du voyage: en fait les vols qu’on avait, c’était surtout des intercontinentaux, donc une fois dans un continent, on allait où on voulait. Donc malgré le billet tour du monde, on ne savait pas précisément où on allait, seulement dans les grandes lignes.

9 réflexions au sujet de « FAQ tour du monde – 2/ le départ »

  1. Ah, tu as pris des champis. Tout s’explique, voilà pourquoi tu as un cerveau défoncé qui pose des questions totalement bizarres. Tu dois sniffer de sacrés trucs avant d’écrire sur ton blog. D’ailleurs, je ne viendrai plus.
    J’admets quand même, ça m’a fait drôle à entendre. Moi, j’aurais pensé à n’importe quelle drogue à la rigueur, mais pas aux champis. Et puis… »aider » à changer la vision du monde, je ne sais pas si c’est tant l’effet sur les neurones que l’habitude de transgresser une situation fermée, de se trouver une échappatoire qui a fait l’effet de la drogue.
    « j’aurais beaucoup à dire sur le mépris injustifié de telles expériences » : mon cerveau voit dans cette phrase le signe d’un article futur.

    J’approuve pas mal ta méthode bordélique de l’improvisation. Je crois (mais pas d’expérience) que c’est aussi ça qui fait la différence entre le voyage et le tourisme. C’est exaltant.

    Sinon, vraiment bonne chance pour ton retour, parce que là, on comprend à quel point ça va être free-style sur le plan matériel…

    • En effet, peut-être que je ferai un article là-dessus.
      Je ne vois pas les champignons comme un échappatoire, mais au contraire comme une façon d’être mieux connectée avec mon environnement, de mieux le contrôler (par la connaissance). Il faut dire un truc très important à propos des champis c’est qu’il n’y a ni addiction, ni dose létale. Ca n’empêche que ça peut être dangereux, tout dépend de la façon de les prendre, si on les prend pour se défoncer je pense que ça peut être très dangereux. Mais ce n’est pas une drogue addictive.
      Pour moi ça n’avait rien de transgressif, c’était plutôt une manière de m’ouvrir au monde. De la même façon j’utilisais le cannabis pour peindre, mais j’ai arrêté pour plusieurs raisons (entre autres l’addiction au tabac et le goût que ça donne pour avaler des fumées délétères et en redemander… puis c’est une drogue d’état et pas une drogue de voyage, les drogues d’etat sont addictives car on veut toujours retrouver le même état, les drogues de voyage c’est différent, chaque voyage est différent).
      A mon avis ce qui a fait l’effet de la drogue c’est simplement que j’y cherchais inconsciemment une réponse, je savais que ça changeait ma façon de voir le monde, je savais que je pense mieux sous champi. Je sais à quel point c’est absurde de dire ça, je sais que beaucoup vont dire « c’est faux », je sais que c’est de la drogue, mais je pense mieux sous champis, je prend de meilleurs décisions, je sais ce qui est important ou non, toutes ces choses dont on oublie l’importance dans la vie de tous les jours me reviennent, comme dire aux gens qu’on les aime par exemple.
      Je sais aussi que des gens prennent des champis et se jettent par la fenêtre ou finissent en hôpital psy (j’en connais). Tout dépend ce qu’on veut faire avec. Le champi est une drogue qui t’emmène loin. Tu peux aller loin dans toi-même, ou tu peux aller loin nulle part, juste te défoncer. Moi je n’ai jamais pris aucune drogue pour me défoncer. Je n’ai aucun désir de destruction contre moi-même, c’est pourquoi je peux prendre des champis sans danger. Mais je n’accepterais pas d’en prendre dans certaines situations. L’autre soir des gens m’en ont proposé, c’était la nuit, je les connaissais pas, pour moi c’est hors de question de prendre des champis comme ça. De même, je toucherais jamais à tout ce qui se sniffe, s’injecte etc. je connais pas trop ces drogues, mais je pense qu’elles sont aussi dangereuses pour moi que pour n’importe qui. De toutes façons, je ne vois pas l’intéret.

      • bof, c’est pas très utile de toutes façons de grouper sous un même vocable les champis et, par exemple, la cocaine. Ca n’a rien à voir. A part le fait que les deux contiennent des composés chimiques qui modifient tes perceptions… Mais dans cette acception la distinction d’avec l’alcool et le café est injustifiée. Encore une fois la catégorie est sociale uniquement.

        Alors « drogue d’état » vs « drogue de voyage », pourquoi pas. Mais surtout (je dirai) drogue de défoulement vs drogue qui fait réfléchir.

        Pareil, l’idée de « se défoncer » ne me semble pas s’appliquer très clairement comme généralisation… J’en ai pas pris souvent des champignons, et mes expériences étaient très différentes les unes des autres, mais impossible de se méprendre. L’effet est distinctement distinct de celui des drogues festives/sociales (beu, coke, speed…)

        Et c’est marrant ce conflit entre organisation et improvisation ça revient très souvent dans les voyages à 2 (et notamment dans mes voyages à moi… où jusque là j’ai toujours porté les couleurs de l’équipe impro :)

  2. Moi qui rêve de partir aussi un peu partout, en particulier sur le continent africain, dans tous ses pays, depuis que j’ai 6 ans… Tu me fais rêver ! Mais ça m’encourage davantage à me lancer. Zût à la fin, on a qu’une vie !

    En ce qui concerne la drogue, j’en ai pris beaucoup (et de toutes les sortes, sauf celles qui s’injectent) durant trois bonnes années (et ça fait 4 ans que j’ai arrêté), et effectivement c’est de la merde. J’en prenais pour me défoncer, pour fuir le monde (deux dépressions), et aujourd’hui je me porte bien mieux sans elles !

    Après je ne pense pas qu’on puisse juger ton acte. Ton acte semble réfléchi, donc… Beaucoup d’artistes ont écrit, peint etc sous substance et en prenaient pour ça uniquement. Des artistes qu’on choie aujourd’hui, donc bon…

    Par contre je me demandais : tu n’as pas rassemblé toutes tes photos de voyage quelque part ? (Car l’une de mes passions est justement la photographie, en plus des voyages et du social, donc…).

    • En ce moment je repasse toutes mes photos en revue pour faire une giga-sélection… Certaines iront dans une galerie, mais il faudra encore un peu de temps.

  3. XD! tout le long où je lisais ta FAQ je pensais à la chanson de Joe Dassin.

    « Je reviendrai je ne sais pas quand
    Cousu d’or et brodé d’argent
    Ou sans un sou, mais plus riche qu’avant »

    Sans un sou, mais plus riche qu’avant…

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