Insoumission à l’école obligatoire

J’inaugure aujourd’hui une rubrique « lectures » avec un livre qui m’a particulièrement touchée. Chance, il s’agit d’un livre gratuit, qui nous est partagé par les éditions tahin party, vous pourrez donc vous faire votre propre opinion. De plus, il est bien écrit et se lit vite, donc je vous conseille vivement de le lire plutôt que de vous fier à cet article si vous désirez discuter des idées qui y sont évoquées. Il est difficile de restituer la pensée de l’auteure sans la dénaturer: bien que très radicale, elle est riche, complexe et pleine de subtilité.

Insoumission à l’école obligatoire est écrit sous forme d’une lettre ouverte, dans laquelle Catherine Baker s’adresse à sa fille Marie, et lui explique pourquoi elle ne l’a jamais envoyée à l’école. Le résultat ne fait pas dans la demi-mesure, c’est peu de le dire, et constitue un véritable livre noir de l’école. Il est très documenté et non seulement Baker s’appuie sur les propres données des institutions scolaires pour démontrer ce qu’elle pense de leur inefficacité et leur nuisance; mais elle a également l’audace de s’appuyer sur des textes et citations de ceux-là même qui soutiennent le système scolaire pour démontrer la dangerosité et l’inanité de leur pensée. Elle évoque également plusieurs expériences de vie avec des enfants en lieu libertaire.

Baker n’emploie pas seulement des arguments pertinents, avec chiffres et statistiques à l’appui, qui font de ce petit livre un puissant argumentaire contre l’institution scolaire. Elle dévoile aussi, à travers les lignes, une vision de la vie touchante, personnelle et très belle, empreinte de liberté et d’indépendance, mais surtout du goût d’apprendre, d’expérimenter, d’aimer. Plus qu’un pamphlet contre l’école, c’est un élan de liberté, de révolte contre tout ce qui bride, formate et amoindrit l’enfant et sa pensée, contre ce qui entrave ce que Baker appellerait la souveraineté de l’individu:

J’ai besoin de toutes mes énergies pour vivre et mourir. Pas seulement. J’ai aussi besoin de toutes les énergies des autres pour pouvoir les aimer, car je ne peux les aimer que dans leur souveraineté.

Plus que l’argumentaire très bien rôdé, c’est une vision de la vie, exprimée à travers les lignes et impossible à résumer en quelques mots, qui m’a séduite dans Insoumission à l’école obligatoire. Je souhaite bien du courage à celui qui chercherait à réfuter la logique de son argumentaire, exposé à grand renforts de faits et de chiffres notamment issus des institutions scolaires elles-mêmes; mais j’aime que la première chose qu’elle dise sur le fait de ne pas envoyer sa fille à l’école soit ceci:

[…]je revendique d’aussi déraisonnables raisons que de nous lever à l’heure que nous voulons.

A travers son rejet de l’école républicaine, apparait aussi une vision touchante de l’enfant; une pensée est anti-âgiste et opposée à toutes formes de domination sociale, mais aussi à toute forme de considération réductrice de l’individu et de l’enfant.

Tu sais combien je me bats contre cette idée insupportable que l’enfant est un futur adulte. L’enfant n’est pas une ébauche ni un projet d’adulte. L’enfant est un être total et présent. Un être qui peut mourir d’une seconde à l’autre.

Bien qu’elle ne le revendique pas clairement (du moins à ma connaissance), peut-être par méfiance des étiquettes, Baker développe une pensée puissamment anarchiste, refusant la légitimité des institutions et de l’Etat pour gouverner nos vies. Mais elle va plus loin encore, de sorte que se contenter de qualifier d’anarchiste sa pensée serait caricatural et réducteur. Méfiante envers tout mouvement organisé, toute pensée collective, elle est moins dans la construction d’une société idéale que dans la création d’un espace de liberté, de bonheur et d’amour pour l’individu vivant au sein d’une cette société imparfaite, dangereuse et destructrice pour les garants de ses valeurs aussi bien que  pour celles et ceux qui n’y adhèrent et désirent la changer. Comme elle le dit dans le chapitre intitulé « contre la normalisation »:

Les rapports institutionnalisés entachent de surcroît tout ce qui serait tenté contre eux. Être contre est encore un esclavage. Il faut être HORS DE.

Comment Baker s’attaque-t-elle à l’école obligatoire? Après l’introduction, le livre est divisé en 11 chapitres. Attention, ce qui suit ne se veut pas un résumé du livre, ce sont simplement quelques idées que j’en ai retenues.

1) Contre tout ce qui est obligatoire:

Dans ce chapitre, Baker rappelle quelques évidences.

Les enfants vont à l’école parce qu’on les y oblige. C’est la première chose à regarder en face.

Elle s’étonne notamment de ce qu’on rende obligatoire l’acquisition à un savoir qui devrait être un droit et non un devoir:

Mais le pire, c’est qu’on nous oblige, adultes, à ne pas y aller ! Si elle n’était jamais obligatoire, une école qu’il resterait à imaginer pourrait intéresser l’un ou l’autre à un moment de sa vie.

En effet, comment justifier le caractère obligatoire de quelque chose comme l’acquisition de la connaissance, à partir du moment où l’on considère l’individu comme curieux et avide d’apprendre ? Elle s’étonne également que la quasi-totalité des parents envoient leurs enfants à l’école avant même qu’ils aient atteint l’âge de l’instruction obligatoire. Quelques mots sur le formatage des enfants dès la maternelle (elle y reviendra dans le chapitre suivant), sur le rôle normatif des psys à l’école, sur l’exclusion des individus jugés « non conformes » (et donc appelés handicapés), sur le flicage des gosses à l’aide de questionnaires douteux…

2) Contre les canons de la pensée

Chapitre court et qui ne figure pas dans le sommaire (ce n’est peut-être pas un vrai chapitre?) L’école produit des individus adaptés à la société, une société de production et de consommation. En ce but, elle normalise, uniformise, formate. Baker emploie les mots « négation de l’être ». Encore un chapitre très hétéroclite, contenant plusieurs citations et données intéressantes, qui s’achève sur un exemple de texte particulièrement sexiste enseigné à l’école.

3) Contre la très manifeste injustice de l’école

Ce chapitre est particulièrement documenté, car Baker montre, avec chiffres à l’appui, en quoi, contrairement à ce que voudrait l’idéal républicain, l’école ne fait que perpétuer les inégalités sociales au lieu de les combattre. On est ici obligé de se rendre à l’évidence: ce sont les riches qui réussissent à l’école, ceux qui ont la chance d’avoir des parents instruits seront instruits à leur tour.

4) Contre la trouille

L’école est remplie de peurs. C’est une évidence aussi pour ceux qui s’y plaisaient – et dont, d’ailleurs, Baker fait partie.

J’« aimais » l’école parce que ça faisait plaisir à Maman. (…) Me faire aimer [des institutrices], c’était surtout échapper à l’enfer d’humiliations où vivaient les « mauvaises » (on disait les « bonnes » et les « mauvaises », c’était toute une conception morale de la réussite scolaire). Il me semblait que jamais je n’aurais pu supporter les constantes réprimandes, les cris, voire les claques, les mains sur la tête, les tours de cour, le coin, la convocation des parents.

Dans ce chapitre l’auteure ne parle pas seulement de la peur du petit séparé de sa mère pour la première fois, ou de celle de l’enfant qui ramène de mauvaises notes à la maison. Elle parle aussi de la souffrance de l’opprimé, de la lâcheté et de la honte, des punitions, des petites humiliations comme celle de se voir refuser l’autorisation d’uriner, des moqueries et des persécutions, des violences de la cour de récréation…

5) Contre l’oppression des adultes sur les enfants

C’est dans ce chapitre que Baker expose plus clairement et explicitement son opposition à la domination adulte; elle le fait avec une remarquable empathie pour l’enfant, cet être fragile livré à un monde d’adultes. L’angoisse, l’impuissance terribles de l’enfant, soumis aux caprices des « grands » et en recherche permanente d’approbation et d’amour.

 On a tant de mal à se remettre dans la peau de l’enfant qui dépend complètement des grands. (…) il faut demander, toujours réclamer, faire des minauderies, promettre d’être sage, de ne pas abuser. Et toujours s’exposer au refus. Quémander vous rend avide.

Baker ne s’en prend pas uniquement à l’école, mais s’oppose en fait à toute idée d’éducation. Pour elle, l’éducateur est celui qui prétend savoir ce qu’un être devrait devenir, et l’aider à le devenir. Or, elle ne considère pas l’enfant comme un être en devenir, ou comme un adulte potentiel, mais comme un être complet et présent, un individu à part entière. L’éducation dénature l’individu, le détourne de ce qu’il est pas sous la contrainte (qu’elle soit violente ou douce). Critiquant les pédagogues qui prétendent savoir ce que l’enfant devrait être et devenir, et qui estiment, en contraignant l’enfant à obéir, le protéger contre lui-même, elle s’appuie sur les propos des pédagogues eux-même pour dénoncer la violence de leur emprise sur les enfants. Ce faisant elle remet radicalement en question la souveraineté de l’adulte sur l’enfant.

L’autorité de l’adulte, c’est-à-dire le pouvoir d’imposer l’obéissance, découle de sa fonction (de son esclavage même). Il est, lui, à sa place, « parvenu au terme de sa croissance » comme dit le dictionnaire. L’enfant n’a pas encore eu le temps d’assimiler tout ce qui fera de lui un être artificiel.

6) Contre les maîtres

Dans ce chapitre, l’auteure placarde les pédagogues, professeurs, instituteurs. Sans mettre tous les membres du corps enseignant dans le même panier, elle estime cependant que le métier d’enseignant est intrinsèquement mauvais, puisqu’il consiste à enseigner à des enfants ce qu’ils ne désirent pas spécialement apprendre. Je ne dirais pas que je la suis  sur toute la ligne, mais je trouve qu’elle parvient habilement à démontrer en quoi l’enseignement a largement à voir avec la domination.

Le maître a toujours raison. C’est lui toujours qui donne la bonne réponse : que la pédagogie soit directive ou non, le message qui passe, le seul enseignement est celui-là. Le maître « guide » vers la vérité avec plus ou moins de délicatesse mais il guide, qu’il soit Socrate ou le dernier des imbéciles. (…) dans ce système de scolarité obligée, un professeur qui me dit qu’il « respecte » ses élèves me fait rire. Aurait-il le cran de soutenir qu’il ne corrige pas les erreurs ? Et corriger les erreurs de qui ne le demande pas, est-ce intelligent, utile, courtois ? Qui possède la vérité ?

Plus loin:

Il y a des profs sympas et intelligents. D’accord. Il y a aussi des patrons sympas et intelligents. C’est moins pénible de supporter sur son dos quelqu’un qui vous ménage (et qui ira plus loin) que quelqu’un qui vous crève.

Baker distingue radicalement le métier d’enseignant (à l’école) de l’envie d’enseigner, arguant que ceux qui aiment transmettre leur savoir trouveront toujours des oreilles attentives:

On ne cesse de vouloir me convaincre qu’il y a des instits ou des profs qui adorent leur métier. Je le crois volontiers. (…) qu’est-ce qui empêcherait ceux-là d’enseigner dans une société où l’école ne serait plus obligatoire ? J’en connais en effet quelques-uns qui recherchent les lieux où ils sont sûrs de se trouver face à des gens qui les réclament. Olivier qui enseigne en prison dit de son travail qu’il s’apparente à celui d’un « écoutant ». Enseigner ne veut pas dire parler. Elles et ils m’ont bien écoutée celles et ceux qui m’ont fait part de leurs connaissances… Mais comment se taire, s’entendre quand on ne s’est pas choisi ?

Le chapitre se termine par l’histoire d’un prof de philo rebelle et de son renvoi d’un établissement scolaire, histoire assez réjouissante tant le personnage parait sympathique à travers le récit outré de sa désobéissance et de ses frasques par Mme la proviseure.

7) Contre la confusion entre apprendre, savoir, connaître.

C’est un des chapitres que j’ai préférés car Baker y développe sa conception de l’apprentissage et de l’acquisition du savoir; Son analyse de ces concepts autour de l’apprentissage est, encore une fois, assez fine et subtile pour que je n’essaie pas de la résumer en quelques mots.

Savoir est de l’ordre des acquisitions, lesquelles sont fixes et limitées. Connaître est un mouvement de l’être vers le monde : une venue au monde dans la conscience qu’on fonde un rapport, un lien avec lui. C’est de la solitude originelle et de la séparation natale que jaillit le désir d’établir un rapport. La connaissance relie l’être à ce dont il naît séparé.

Elle s’oppose à l’apprentissage obligatoire parce qu’elle considère qu’il va a l’encontre du désir d’apprendre et de connaître qui existe chez chaque individu: en forçant les enfants à apprendre, on les détourne de leur curiosité primordiale. Elle part du principe que tout instruction obligatoire est inutile puisque tout être a soif d’apprendre.

par-dessus tout, j’ai désiré préserver tes chances d’apprendre quelque chose : découvrir le monde (…). Et même si tu étais l’exception, un être qui n’aurait rien envie de savoir, du moins n’aurais-tu pas été entravée comme des milliards d’autres par la seule force au monde capable d’empêcher quelqu’un de s’instruire : l’instruction obligatoire.

Inutile mais aussi nuisible puisqu’elle oppose radicalement la volonté d’apprendre et le caractère obligatoire de l’instruction:

L’instruction obligatoire n’est pas un mode de formation parmi d’autres, mais celui qui les confisque tous, qui confisque toute volonté de connaître, c’est-à-dire de se reconnaître en manque et en désir de sens. À la découverte de ce qui n’est pas soi et au trouble si émouvant qu’il en ressent, l’enfant répond plus ou moins timidement par sa première ouverture. Premier risque, première réponse aimante au Secret. Et c’est alors que l’envahisseur étranger, le scolaire, pénètre dans cette brèche du désir de comprendre.

On sent à travers ce chapitre un véritable amour de l’apprentissage; et d’ailleurs, amour et soif de comprendre se confondent, dans un même élan vers le monde:

La connaissance est un mouvement amoureux porté par fascination, désir, passion, tendresse. Dans cela qui nous attire ainsi, l’amour n’est nullement une analogie. Ce n’est pas comme une histoire d’amour ; ce qu’on appelle ordinairement « histoire d’amour » est une histoire de connaissance, la recherche et l’invention du sens.

8) Contre l’assujettissement du sexe mineur

Baker reproche à l’école d’empêcher les enfants de vivre leur sexualité, leurs amours, leurs vies. L’inhibition de la sexualité infantile est un sujet délicat et peu abordé généralement. Mais Baker place l’enfant en dehors de tout système social oppressif et voit dans l’enfant souverain, maître de lui-même, un être capable d’aimer et d’être aimé. L’école et l’éducation, estime-t-elle, brident la sexualité infantile, et empêchent l’enfant de se réaliser et de vivre des histoires d’amour. Elle voit, à travers l’interdiction de la sexualité, une privation de soi imposée aux enfants, une forme d’aliénation.

Je ne doute pas que les enfants aient sans doute des tas de choses aussi intéressantes à faire que l’amour. Ce qui est capital, ce n’est pas la sexualité, c’est la possibilité d’être soi. Ce qui interdit une part de soi interdit l’harmonie de l’ensemble.

Il me semble que Baker voit en l’amour une manière d’émancipation de l’individu, une recherche de liberté absolue; et donc, dans l’interdiction de l’amour, une tentative de contrôler l’enfant ou l’adolescent. Comme elle le dit dans l’introduction:

On occupe les enfants comme on occupe un pays.

Elle aborde également des sujets délicats, comme l’existence de relations sensuelles entre adultes et enfants. Dans le rapport d’enseignant à élève, il existe nécessairement une forme de séduction, qu’autorise l’école uniquement si le but est d’amener l’enfant à apprendre ce qu’il faut qu’il apprenne. Or, Baker s’oppose à toute domination, et considère l’éducation comme une violence. D’un autre côté, elle ne distingue pas de façon très catégorique les concepts d’amour, de tendresse, d’affection, et la sexualité, mais distingue fondamentalement le désir ou les sentiments entre deux êtres égaux de ceux qui existent dans une relation dominant-dominé.

La loi du plus fort, qu’elle soit maternelle, ou juridique, ou pédérastique, demeure la loi.

 

9) Contre le manque à vivre

Dans la continuation du précédent chapitre, celui-ci aborde la privation de liberté de l’enfant scolarisé. On pense peu à la violence que représente le fait de faire passer à un enfant 7 ou 8 heures par jour, 5 ou 6 jours par semaine, dans une pièce assis sur une chaise. Baker évoque l’ennui, l’ennui tenace et morbide dont se rappelle sans doute tous ceux qui ont connu l’école.

Quoi de plus personnel que le temps ? Disposer de mon temps, c’est disposer de ma vie. Dans le langage le plus commun, être libre, c’est avoir du temps à soi.

Elle évoque également la phobie scolaire, l’alcoolisme et le suicide chez les enfants, les agressions. Un passage intéressant concerne une révolte ayant eu lieu dans un lycée agricole; elle évoque également des lieux libertaires. Ce chapitre est très beau parce que Baker y évoque la volonté de vivre des enfants, leur énergie; l’enfant est un être pur, sauvage, pas encore endoctriné par les convenances sociales, bien qu’il ne résiste pas longtemps à la pression scolaire.

Car l’enfant a envie de vivre. Aucun être vivant ne se trouve naturellement porté vers l’abnégation, la modération, le formalisme.

Et cette phrase terrible qui résume l’emprise des éducateurs sur l’enfant:

L’enfant ne doit pas être « livré à lui-même ». Il doit être livré à d’autres.

10) Contre la normalisation

On a vu que Baker critiquait la suprématie de l’adulte sur l’enfant. Dans le même élan de pensée, elle s’oppose ici au rôle de l’école qui est de préparer l’enfant à être un futur adulte, et plus largement à l’existence de rôles sociaux préétablis pour les enfants, les adultes, les hommes, les femmes.

L’enfant n’est pas encore assez conforme à ce que la société attend de ses membres.(…) Mais pour moi, je n’ai pas plus à « protéger ton enfance » qu’à « te permettre d’entrer aguerrie dans la vie adulte », car j’identifie dans cette double attitude la même volonté de mettre les êtres dans les petites cases prévues : l’enfant joue, l’adulte travaille.

Comme l’indique le titre du chapitre c’est ici que l’auteure s’exprime le plus clairement contre l’assujettissement des enfants aux normes sociales, qui selon elle brident l’imagination et l’intelligence.

En vieillissant nous multiplions les risques d’entrave sociale. Les enfants eux-mêmes ont forcément plus de chances de développer leurs capacités quand leur temps n’est pas dévoré par les servitudes scolaires.(…) En refusant de jamais mettre nos enfants à l’école, nous sommes quelques-uns à affirmer, au vu et au su de tous, que nous croyons aux infinies possibilités des êtres lorsqu’on ne les force pas à ingurgiter n’importe quoi.

11) Parce que je t’aime et qu’on n’a rien à perdre

Résumons-nous : l’école fait du gardiennage d’enfants (les surveille pendant que les parents travaillent), leur fait apprendre ce qui est utile au roulement de la machine socio-économique, leur inculque la soumission, opère la sélection, distribue les rôles.

Chapitre-conclusion où Baker dévoile encore une fois une vision de la vie réjouissante et empreinte de liberté. Elle fait également le lien avec d’autres formes d’oppression sociales.

Ne pas envoyer son enfant à l’école implique à l’évidence qu’on remette en cause la famille, le travail, la politique.

Voilà pour ce que j’ai retenu de ce livre. J’aurais encore des choses à dire sur le sujet, mais c’est déjà trop long pour un livre qui est lui-même plutôt court. J’espère ne pas avoir trop transformé les propos de l’auteure en tentant d’en restituer l’essentiel. Comme je le disais plus haut, je ne saurais que trop vous conseiller de le lire pour vous faire votre propre idée.

Photos: des enfants à la cabane des indignés, été 2012

124 réflexions au sujet de « Insoumission à l’école obligatoire »

  1. J’ai bien aimé pour l’abolition de l’enfance aux éditions Tahin Party !

    C’est malheureux, mais j’imagine que ceux qui envoient leur enfants à l’école avant l’âge s’explique par le fait qu’eux-mêmes sont pris dans le filet : ils travaillent 8 heures par jour… Puis ne serait-ce pas la majorité de faire des enfants parce que socialement c’est bien ? N’existe t il pas une pression à ce niveau là ?

    Après avoir lu ce livre, je suis toujours à l’école (la fac) : la peur qui me tient. Peur que ça soit « pire » (travailler 8 heures par jour contre mes 20h par semaine)…

    • Oui, on envoie des enfants à la crèche ou à la maternelle soi-disant pour leur développement et leur sociabilité mais tout le monde sait que la véritable raison est de libérer les parents pour le travail. D’ailleurs il y a des chiffres à ce sujet dans le bouquin (qui ont été réactualisés car le livre a été écrit dans les années 80): 100% des enfants de 5 ans sont scolarisés (les autres sont trop peu nombreux pour compter dans les statistiques) alors que l’instruction n’est même pas encore obligatoire à cet âge.

      L’abolition de l’enfance de firestone est pas mal du tout aussi, ça m’a beaucoup fait réfléchir.

      • Chais pas… Ma mère a arrêté de travailler à la naissance des enfants. On est quand même passés par la case école maternelle (sauf le samedi matin, et l’après-midi parce qu’on trouvait plutôt vain de fixer le plafond dans le noir pendant deux heures -la sieste-, il y avait donc conscience de l’absence d’obligation), dans ce qui me semble du coup être surtout un objectif de sociabilisation. Mon frère a aussi été un an ou deux en garderie parce qu’il a connu un contexte de deuil familial, et le faire passer ses journées avec une mère dépressive de ce fait ne semblait pas la meilleure idée du monde. Enfin je ne sais pas, mais désigner la maternelle ou autres lieux d’accueil d’enfants comme le lieu où les parents se débarrassent des enfants pour aller bosser me paraît un peu réducteur.

        Je n’ai pas encore lu ce livre, cela dit, je vais m’y intéresser.

        • Je cite une phrase du bouquin: « les gens envoient leurs enfants à l’école parce que ça se fait ».
          Il y aurait peut-être moins d’enfants à l’école si les mères ne bossaient pas, mais il y en aurait.
          Cela dit, il est vrai que l’école n’est pas uniquement un endroit où les parents se débarrassent des enfants. Mais ce rôle est quand même important. Je me souviens qu’il y a eu beaucoup de problèmes quand j’étais à l’école parce qu’il y avait la grève des instits et les parents voulaient quand même laisser les gosses à l’école, personne ne voulait les garder (le fait que je m’en souvienne alors que ce sont des histoires d’adultes et que ça ne me concernait pas est assez significatif de l’ampleur que ça a pris).

          Tout ça fait partie d’un système.

          Sociabiliser les enfants à la maternelle, c’est pas seulement les habituer à des contacts sociaux, mais à des contacts sociaux dans un milieu scolaire (= avec des enfants du même âge et 1 ou 2 adultes, en l’absence de leurs parents, etc). C’est une sociabilité bien particulière. En dehors de l’école, les enfants se sociabilisent autrement. Il est donc faux de dire que la maternelle existe pour sociabiliser les petits, même s’il est juste de dire que dans le système actuel, c’est le rôle qu’elle occupe. Si l’école n’existait pas on n’inventerait pas la maternelle pour sociabiliser les gosses, on les laisserait se sociabiliser dans d’autres contextes de vie comme on l’a toujours fait et comme le font les populations sans école.

          Pour revenir au bouquin j’aime particulièrement cette citation (je grasse la partie qui me semble le plus en rapport):

          Avec ses savoirs bavards, l’école nous fait perdre du temps, jamais elle n’apprendra à aimer. Ne serait-ce déjà que parce qu’elle falsifie la solitude, « socialisant » à outrance le tout-petit qui n’a besoin pour se repérer dans le monde que de prendre conscience de sa singularité. L’instruction obligatoire n’est pas un mode de formation parmi d’autres, mais celui qui les confisque tous, qui confisque toute volonté de connaître, c’est-à-dire de se reconnaître en manque et en désir de sens.

  2. Ton article est très intéressant, je garde les références de ce livre que je me ferai un plaisir de lire dès mes contraintes scolaires m’en donneront le temps ^^ »

    J’arrête justement mes études à la fin de l’année à cause de cette aliénation, moi qui aimait tant lire et apprendre j’en sors dégoûtée des livres, dégoûtée de toutes ces choses que j’aimais. Pendant un temps j’ai souhaité être enseignante pour trouver d’autres méthodes que celles que l’on nous fait subir, puis non, ça fait remonter trop d’angoisses de penser que je puisse retourner dans ces établissements d’ennui.

    Peut-être que « j’enseignerai » un jour, en prison ou ailleurs, mais pas à l’école, ça c’est certain.

  3. Aller à l’école, pour moi, c’était comme d’aller volontairement passer la journée dans un camp de concentration, encore, et encore, et encore. Je n’y mourrais pas physiquement mais je m’y sentais clairement étouffer spirituellement. Phobie scolaire, fin de scolarité avec le CNED jusqu’au bac. Ce n’est que maintenant à 36 ans que je renoue avec l’envie d’apprendre d’une façon un tant soit peu « académique »: dans quelques jours je commence une formation en naturopathie.
    Je n’ai pas d’enfants, je doute de plus en plus d’en avoir un jour mais si cela arrive, je suppose que je ferai mon possible pour ne pas les envoyer à l’école.

  4. Hum, je vois deux choses qui me choquent particulièrement ici, et on passera le fait qu’elle ne propose pas de système alternatif, si ce n’est tacitement d’élever les enfants chez soi, enfin c’est comme ça que je l’interprète.

    D’abord le fait que seuls les enfants issus de familles aisées apprennent et réussissent scolairement. Ca veut dire quoi? Que les enfants d’ouvriers apprendraient mieux s’ils apprenaient de leurs parents? Je ne nie pas les statistiques montrant que les enfants issus de familles aisées arrivent plus facilement jusqu’aux études supérieurs, mais je vois pas comment des enfants élevés chacun chez soi pourraient plus facilement sortir de leur classe sociale… En ce qui me concerne je serais surement encore coincé dans mon fond de campagne… Ou peut être président des Etats Unis, mais j’en doute; il est vrai qu’il n’est pas évident de se demander ce qu’on aurait pu devenir en remettant tant de choses en question.

    Deuxièmement (je vois que le livre date de 1985 et donc ce point a peut être moins d’importance maintenant) à propos des peurs des mauvaises notes, humiliations, punitions, tq l’interdiction d’aller au toilettes qui sont mentionnées au chapitre 4. Je voulais dire que ça n’avait plus trop lieu aujourd’hui, et que c’était plutôt lié à une éducation traditionnelle, ce qui est confirmé avec la date, encore que je pense que ça avait déjà du bien évoluer… Après, je dois bien avouer que je n’ai pas eu à en souffrir donc ça marque moins, mais je ne me souviens pas que mes camarades aient été persécutés à ce point et ce n’était certainement pas la majorité de la classe. Pour ce qui est des mauvaises notes, à mon sens c’est aux parents de savoir accompagner l’enfant aussi, et aux professeurs de ne pas s’y arrêter.

    Un système ne peut être parfait et convenir à tous, mais je vois pas en quoi ça légitime le fait de le renverser pour mettre en place un autre système qui ne conviendra pas à tous non plus…
    Je vois pas pourquoi faudrait recommencer à zéro un nouveau système sans expérience plutôt que d’améliorer un système certes imparfait mais dont on a de l’expérience. Et puis c’est pas comme si ce système marchait depuis des décennies sans nous avoir fait retourner au moyen age pour autant…

    Moi ce que je vois de ce système c’est que c’est un système de complémentarité entre enseignants et parents. Une connaissance instit me racontait que la mère d’une de ses élève (~grande section) ne passait pas de temps avec sa fille à lire des livre en arrivant en classe le matin, contrairement aux autres parents. Jusqu’au jour où la maman a avoué ne pas savoir lire et avait une espèce de honte ou de peur vis à vis de sa fille. Là l’instit lui a signifié que ce qui était important c’était pas de lire avec sa fille mais de passer du temps avec sa fille. Que c’était pas grave si elle ne faisait pas la lecture à sa fille, que les images suffisaient, et que c’était le rôle de l’école que de lui apprendre à lire, qu’elle n’avait pas à s’en faire pour ça mais qu’en revanche l’école ne pouvait pas lui apporter le temps et l’amour de sa mère…
    Peut être que y a trop de gens qui se reposent sur le corps enseignant aussi, qui refourguent leurs enfants au corps enseignant. D’ailleurs ils deviendraient quoi ces enfants sans ce corps enseignant? Et si des parents sont insatisfaits par l’école rien ne les empêche d’ajouter ce qui leur plait en dehors de l’école. D’ailleurs elle n’est pas si obligatoire que ça, il me semble qu’il est possible de retirer ses enfants du système scolaire si on apporte la preuve qu’on enseigne bien à ses enfants les – certes sacro-saints – programmes dictés par le ministère, mais ça laisse la marge de manœuvre de les tourner sous l’angle que l’on souhaite et d’adapter les cours comme on veut.

    Enfin bref, je vais jeter un œil à ce livre mais à priori il ne me botte pas plus que ça…

    • Je ne comprend pas pourquoi tu fais tant d’objections sans avoir lu le livre. « l’auteur ne propose pas… » qu’est ce que tu en sais? Si tu lis le livre, tu comprendras que tes propos n’ont pas vraiment de sens. Sinon ben… tant pis.

    • « Un système ne peut être parfait et convenir à tous, mais je vois pas en quoi ça légitime le fait de le renverser pour mettre en place un autre système qui ne conviendra pas à tous non plus…
      Je vois pas pourquoi faudrait recommencer à zéro un nouveau système sans expérience plutôt que d’améliorer un système certes imparfait mais dont on a de l’expérience. Et puis c’est pas comme si ce système marchait depuis des décennies sans nous avoir fait retourner au moyen age pour autant…  »

      Oh, wowh !
      http://fr.wiktionary.org/wiki/immobilisme
      Tu pourrais leur suggérer ta définition, Escher, elle est bien aussi.

      • Oui et puis il faudrait peut-être essayer de savoir à quoi sert le système.
        Aux individus?
        Ou est-ce que le système se servirait pas un peu à lui-même?
        Pourquoi les enfants vont à l’école?
        C’est sur, si on cherche le meilleur système pour que la société reste ce qu’elle est, alors l’école est la bonne solution.
        Baker se demande surtout ce qui lui profite à elle (et à sa fille) et à quoi elle a intérêt.
        Et je la rejoins parfaitement sur ce point.

        •  » C’est sur, si on cherche le meilleur système pour que la société reste ce qu’elle est, alors l’école est la bonne solution. »
          Ça c’est un peu rapide quand même … Je veux dire, ça Pourrait être pire …
          .. mais c’est pas une raison pour pas essayer de faire mieux.

          « D’abord le fait que seuls les enfants issus de familles aisées apprennent et réussissent scolairement. Ca veut dire quoi? »
          ça veut dire ça :
           » La justice, comprise comme adéquation entre des normes et la nature des biens qu’elles régissent, est menacée quand le marché s’impose dans des sphères qui ne lui correspondent pas. C’est ce qui arrive si des parents achètent l’admission à Princeton de leur enfant : ils substituent un principe distributif à un autre, ici, le marché au talent. »
          http://www.laviedesidees.fr/L-argent-et-le-reste.html

          « Jusqu’au jour où la maman a avoué ne pas savoir lire et avait une espèce de honte ou de peur vis à vis de sa fille. Là l’instit lui a signifié que ce qui était important c’était pas de lire avec sa fille mais de passer du temps avec sa fille. Que c’était pas grave si elle ne faisait pas la lecture à sa fille, que les images suffisaient, et que c’était le rôle de l’école que de lui apprendre à lire »
          « Ah, vous êtes analphabète ? Mince …. Tant pis hein, trop tard pour vous. Passez du temps à regarder des Disneys avec votre fille, allez bye »
          .. C’est à ça qu’on reconnaît une institution soucieuse de « l’éducation pour tous », si j’ai bien tout suivi le raisonnement.

          … enfin bref.

          Nope, le plus intéressant jtrouve c’est l’effet pervertissant de l’obligation.
          Un peu comme si les moyens (l’obligation, l’interdiction, la monétisation), avaient une influence sur les fins …
          L’effet « c’est obligatoire alors je fuis », « c’est interdit alors j’en veux », « c’est monnayable alors ça devient pourri » …

          Aussi :
          http://cereales.lapin.org/index.php?number=2563#strips

    • C’est profondément alternatif (et pas seulement avec les mamans !!) de permettre à ses enfants de grandir et apprendre hors école…^_^ Il faut aussi inventer la vie qui va avec ce choix et ça peut bouleverser bcp d’habitudes, c’est plutôt rafraichissant et je trouve ça vraiment…alternatif… ;-)

  5. Je vais bientôt devenir enseignant. En collège, je pense – d’après mon souvenir, c’est vraiment là qu’il y a un basculement, vers la perte de l’envie d’apprendre, vers les choses formelles. Je suis retourné en établissement pour observer un peu. Des classes qui vont plutôt bien, sans problème disciplinaire majeur. Et mazette, oui, la tenue disciplinaire est exemplaire (pas mécanique non plus, loin s’en faut – mais les gamins sont largement plus soumis et travailleurs que je l’aurais cru). C’est à en être dégoûté.
    Ces classes vont relativement « bien », c’est-à dire que le prof est le maître du jeu. Il ne révèle pas les coulisses, il ne rappelle pas le programme, il ne dit pas où on en est, et ce qu’on va faire : le programme de l’heure, j’ai décidé, c’est ça, on le fait sans questions. Et il faut avancer : les programmes, les exigences d’évaluation, toute une série de contraintes ne me laissent pas le choix.

    Il paraît qu’un prof doit prendre plusieurs centaines de micro-décisions pendant un cours. Laisser bavarder un tel ? Demander à celui-ci de mieux s’asseoir ? L’établissement demande aux élèves de ne pas mâcher de chewing-gum en classe, faut-il leur laisser plus de temps ? Et pour le blouson ? À quel élève donner la parole – quelles sont les caractéristiques de celui-ci, de celui-là, leurs taux de participation ?
    Avec un tel surmenage, pas étonnant que le prof fasse des erreurs. Se fie même, parfois, à son sentiment, plutôt qu’à une action mûrement réfléchie. Élève la voix sur une broutille, parce qu’il faut faire régner la discipline. Insiste lourdement et injustement sur un manquement mineur aux règles, parce que l’élève est bonne en cours, et ne doit pas commencer à se croire un traitement de faveur. S’énerve contre un élève qui a tendance à intervenir un peu impulsivement, sans lever la main (comme un adulte qui participe librement à un cours commun).

    Qu’enseigne-t-on aux futurs profs ?
    Qu’il y a parfois des erreurs abominables qui sont commises. Commises par des êtres humains. Nous en avons tous des exemples à l’esprit. La pire injustice de ma scolarité, c’est de ne pas avoir été puni pour avoir dénoncé une camarade ; pour une autre, c’est une prof de maternelle qui, excédée de voir une élève remuer, a demandé à la classe de la huer, sans écouter sa défense (troublée, elle n’avait pas fait exprès de renverser les crayons) ; pour un autre, c’est d’avoir été exclu de cours comme ceux qui n’avaient pas fait leur devoir, pour ne pas l’avoir fait sur la bonne page du cahier. Les futurs enseignants doivent à tout prix éviter de commettre ce genre d’erreurs ; pas un seul ne conclut que l’autorité de l’équipe pédagogique est peut-être un problème.
    On parle aussi des programmes. Comment faire un cours. Je dois dire que c’est vrai : il faut probablement y passer un temps fou, si on veut faire les choses correctement. Sans même parler des séances au CDI, de l’interdisciplinarité, de l’Histoire des Arts/Éducation Civique/usage des TICE/la formation à la recherche documentaire au CDI/les ateliers ou clubs/les sorties/les réunions et conseils/les discussions sur un élève mal intégré ou ayant des problèmes familiaux, la réputation d’un prof, une affaire de stups, un dysphasique, un élève handicapé……..
    On leur parle aussi du « triangle pédagogique » : le Maître n’est pas entre le Savoir et l’Élève, l’élève a une relation personnelle avec le savoir, il apprend en-dehors, et il apprend parfois des choses que le maître ne maîtrise pas. Ces considérations sont vite oubliées quand le maître a un programme, une heure à boucler, mille micro-décisions de disciplines à prendre en même temps. On se fie à son instinct. On doit garder la main, l’autorité légitime. C’est parfois difficile.

    L’enseignant débutant est amené à prendre en main la classe d’un collègue présent, dont il a observé le style le cours. Puis, le temps avançant, il aura un tuteur qui l’aidera à établir son enseignement pour couvrir le programme, donner des compétences bien définies aux élèves (parmi lesquelles, c’est bien ironique, est mentionnée, en fin de compte, l’envie d’apprendre !) Enfin, il devra s’intégrer à une équipe pédagogique ayant déjà défini les manuels sur lesquels il devra baser son cours ; peut-être même devra-t-il essayer de participer à la cohérence du style d’enseignement.
    Ainsi, toute idée dangereuse pour l’école devient une idée dangereuse pour l’enfant. Un « test » sur les enfants, dont le destin est notre responsabilité (comment ça, pas des adultes en devenir ?) La trouille d’être un mauvais prof n’est jamais démentie, on a peur de jouer au démago en redéfinissant trop le rapport profs-élèves ; la séduction, l’autorité sont bien plus pratiques. Des méthodes connues. Des valeurs sûres. Non criticables.
    Tenter l’alternative, c’est s’intéresser aux cas perdus, aux moins bons élèves. Au dépens des meilleurs, n’est-ce pas ? Ah, le grand drame du collège unique, de l’hétérogénéité des classes, n’est-ce pas ?

    Conclusion : il sera très important que je lise ce bouquin, dès que j’aurai le temps, et en commençant d’enseigner. Très important pour ce que je veux faire, ce que je veux être.
    Surtout que tout cet environnement finit comme apparaître comme une nécessité, quand on y est. Quand on voit à quel point les élèves s’y soumettent facilement.
    Sais-tu quoi enfin ? Mon prof tuteur m’a dit : « Tu t’appercevras qu’ils ont besoin de cadres. Qu’ils en réclament. » Et c’est vrai : quand ils ont un cadre, ils sont tout de suite plus calmes, et travaillent plus. Que le monde il est beau !

    • Une vision assez réaliste sur plusieurs points, je trouve (notamment l’histoire de toutes les micro-décisions à prendre pendant les cours…et je rajouterais même, en-dehors aussi !). (Je suis enseignante.)

    • Bonjour, votre commentaire est très intéressant, cela dit y’a quelque chose que je comprends moins:
      « Tenter l’alternative, c’est s’intéresser aux cas perdus, aux moins bons élèves. Au dépens des meilleurs, n’est-ce pas ? Ah, le grand drame du collège unique, de l’hétérogénéité des classes, n’est-ce pas ? »

      Je pense que le modèle « unique » porte préjudice aux meilleurs. Par meilleurs j’entends ceux qui se sentent ralentis par des élèves moins bons, moins curieux voire pas du tout intéressés. Le problème est présent également à l’université (d’ailleurs, je pense passer le cap de la grande école pour la rentrée 2013 ou 2014).

  6. J’ai lu le livre, je l’ai trouvé très intéressant, très construit, donc je n’ai pas envie de parler de « lacune », mais effectivement je trouve qu’on n’y trouve pas de réponse vraiment concrète sur l’école, au sens où l’auteure rejette tout en bloc (et je la trouve effectivement très convaincante), mais du coup, si on n’est pas écrivain, ou d’autres occupations qui nous permettent de rester à la maison, et qu’on a un enfant, on ne peut juste pas réagir de la même manière. Le problème ne devrait pas se poser, dans une société mieux faite, il ne se poserait pas, mais quand on garde un pied dans cette société, ce livre ne propose qu’une réflexion.
    Par exemple, je suis assez d’accord avec Escher sur les inégalités sociales : l’école est aliénante, mais pour certains enfants, en pratique, le milieu familial est encore pire, on compare deux maux, ça sort du cadre du livre, ça ne change pas le fait que l’école soit bourrée de travers, je suis bien d’accord.

    • L’auteure le dit elle-même dans la conclusion, ce n’est pas un livre contre l’école mais contre l’école obligatoire.
      Et elle le dit également, changer l’école, c’est changer la société.
      Donc c’est normal qu’il n’y ait pas de réponse simple et évidente à ces questions.
      « qu’une refléxion », c’est déjà énorme tellement il y a de fausses évidentes qui partent à la poubelle.
      D’ailleurs je ne crois pas que construire une société parfaite soit dans l’état d’esprit de Baker. Chacun devrait plutôt réfléchir lui-même à ce qui lui convient.

      Escher part de plusieurs principes qui sont contredits dans le bouquin dont sa « réponse » est biaisée (on peut pas vraiment parler de réponse de quelqu’un qui n’a pas lu ou écouté). Elle part du principe par exemple que l’illettrisme c’est mal. Ok mais pourquoi? parce que les illettrés sont stigmatisés? Mais si on change l’école on change la société et inversement. Baker ne reproche pas seulement à l’école de faire des illettrés avec les enfants d’illettrés mais de faire croire à tout individu n’arrivant pas à apprendre à lire qu’il est une merde, à lui voler son temps et son énergie pour des choses qui ne l’intéressent pas, et au final de lui faire croire que ça l’intéresse, ce qui est peut-être le plus terrible.

      Je pense que chercher la société parfaite et son école parfaite dans un livre, c’est illusoire. Ce qu’un livre peut faire de mieux c’est faire réfléchir ses lecteurs, les faire penser. Il ne faut pas espérer trop de ceux qui proposent des solutions, du moins, pas dans un livre aussi court que celui-là.

  7. Salut !

    Effectivement, C. Baker ne propose pas de recette, encore moins de recette sociale, car elle est radicalement contre toute institutionnalisation des rapports entre les individus (c’est sans doute bien là le propos fondamental de son livre, qui est je trouve brillamment défendu). Mais ce qu’elle propose est infiniment préférable à quelque recette que ce soit : à la lire, on se sent l’envie, le désir et les moyens de prendre note vie en main, de voler de nos propres ailes, de quitter les rails du chemin de fer qu’on a tracé pour nous à travers la vie, de compter sur nos propres forces : et donc, de développer nos propres forces !
    J’ai lu son livre lorsque j’avais 18 ans ; que ne l’ai-je lu avant ! j’aurais arrêté l’école et fugué ! J’ai du coup attendu encore un an, et j’ai arrêté mes études et décidé que je ne travaillerai plus ; que je construirais ma vie selon ma propre volonté, sans laisser mes peurs décider pour moi ; que je refuserai tout ce qui me rapprochera de ma mort, pour construire un autre monde au contraire…
    C’est au final Catherine Baker qui m’a donné l’énergie, la confiance, de construire moi-même ma propre vie – avec les autres, en comptant sur les autres comme sur d’autres moi-mêmes.

    Franchement, s’il y a un livre à lire avant de se mettre au boulot, c’est bien celui-là – il a changé la vie de pas mal de gens autour de moi. C’est pas pour rien que celles et ceux de tahin party ont voulu le rééditer, et que l’imprimeur du ravin bleu avait offert la première impression !

  8. Il y a une quinzaine d’années déjà que j’ai fait connaissance avec les écrits de Catherine Baker, et je ne saurais trop recommander la revigorante (le mot est faible) lecture de cette auteure singulière et stimulante.

    Cette pauvre phrase ne lui rend guère justice.
    Merci à vous de lui avoir consacré ce long billet.

  9. Les écrits d’Esher posent une question intéressante je trouve, qui est de savoir au final dans quelle types de sociétés, on pourrait avoir une jeunesse qui n’ait pas de lacunes intellectuels trop importantes pour être viable dans celle-ci sans instruction obligatoire.

      • http://fr.wikipedia.org/wiki/Litt%C3%A9ratie

        « Apprendre à parler, lire, écrire compter,
        à faire la différence entre une vérité empirique/statistique, une vérité scientifique, à savoir quand une étude représente une intention cachée derrière des intérêts commerciaux
        Une fois que l’éduqué sait apprendre et comprendre, le laisser faire sa propre instruction, en offrant un accès libre et gratuit à une bibliothèques de connaissances et d’informations séléctionnées et triées par niveaux (du plus basique au plus avancé, du plus sûr au plus improbable), par discipline … Les éducateurs ont évidemment un rôle d’accompagnement à jouer dans ce système. »

        Ce genre là ? Ça a l’air d’être un tout petit peu la direction que ça prend, genre depuis peu les universités en France doivent mettre leur cours en accès libre (à vérifier .. enfin, en accès plus ou moins libres quoi), plutôt que de les garder jalousement pour leurs seuls élèves, et de les distribuer arbitrairement et au compte-goutte …

        • Pour que la littératie fonctionne, il faut qu’il y est un socle commun de connaissance de base, et donc une instruction obligatoire, on final on tourne un peu en rond.

          • Je ne pense pas que la moindre instruction obligatoire soit nécessaire. Par exemple il y a des enfants qui ne vont pas à l’école et qu’on n’oblige pas à apprendre à lire. Or, je pense que pas un seul de ces enfants n’atteindra l’adolescence sans savoir lire. Parce que c’est emmerdant de ne pas savoir lire et parce que quand on a envie d’apprendre à lire il n’y a rien de plus facile. C’est un exemple, mais c’est valable pour tous les apprentissages. Quand bien même un de ces enfants passerait sa vie entière sans apprendre à lire, c’est soit qu’il en aurait été incapable de toutes façons, soit qu’il arrive à vivre sa vie sans avoir acquis cet apprentissage.

          • l’elfe : « Or, je pense que pas un seul de ces enfants n’atteindra l’adolescence sans savoir lire. »
            dans l’idéal avec une vraie famille, et pas cas social dans le mauvais sens du terme oui.
            Sauf que c’est oublié certaines familles qui ne lisent rien et restent sur TF1 de 11h à 00h… et ceux là seront totalement exclus.

          • Ta réflexion montre un manque d’imagination flagrant ou du moins une incompréhension par rappor au sujet du livre (et de la discussion) qui est le changement de l’école indispensable du changement de Societe.

    • Qu’est ce que tu appelles « lacunes intellectuelles importantes »?
      Qu’est-ce que tu appelles « viable »?

      • Une lacune intellectuelle importante, est un lacune qui entrave la communication avec ses pairs.(Ne pas savoir lire/écrire/compter est vraiment rédhibitoire, si bien qu’aujourd’hui il existe des cours pour les personnes « victimes » d’illettrisme prodigués par les mairie et associations, c’est une vrai souffrance pour ces individus qui ont d’important problème de natures diverses.)

        Le terme « viable » n’est peut être pas le plus adéquat (votre langue est vraiment complexe), je cherchais plutôt à exprimer l’idée d’un développement relativement « harmonieux » de l’individu dans une société, selon les critères de celle-ci.

        • Même en partant du principe que ces enseignements sont indispensables pour l’individu, je ne vois vraiment pas en quoi savoir lire écrire et compter nécessitent un apprentissage obligatoire. Justement parce que si c’est indispensable, les gens l’apprendront. Savoir parler ou marcher est a priori indispensable mais on n’envoie pas les gosses à l’école pour ça, ils apprennent très rapidement et ça ne pose pas de problème particulier.
          En revanche si savoir lire est sans doute très utile quand on a 40, 20 ou 15 ans, je ne pense pas que savoir lire à 6 ou 7 ans soit indispensable. Or, on estime que c’est l’âge ou les enfants doivent savoir lire dans le système scolaire. Pourquoi pas 8 ou 9 ans? L’instruction obligatoire est néfaste parce qu’on n’attend pas que les enfants s’intéressent à la lecture pour la leur apprendre, ce qui fait qu’ils y parviennent moins facilement; et parce que ceux qui n’arrivent pas à lire à l’âge requis (fixé de façon arbitraire) entrent dans une logique d’échec. Alors que je ne vois pas comment un enfant pourrait atteindre la majorité sans avoir appris à lire à moins de vivre en ermite.

          D’ailleurs, les enfants qui bénéficient de l’instruction en famille doivent savoir « lire compter et avoir des éléments de structure générale » à l’âge de la fin de l’instruction obligatoire, c’est à dire 16 ans. Pour qu’ils n’y parviennent pas, il faudrait les enfermer dans une grotte sous-marine! A côté de ça, les programmes scolaires sont extrêmement lourds et plein d’enseignements sitôt retenus, sitôt oubliés… On se demande bien à quoi ça sert, si ce n’est à occuper les gosses et à les tenir du matin au soir assis sur des chaises.

  10. Bonjour, ce compte-rendu m’a donné envie de lire ce livre ne fut-ce que pour connaitre les détails des arguments, vu que je suis assez convaincu à la base que la normativité comportementale n’est pas un système respectueux de l’être humain.
    Néanmoins j’ai une question que je considère comme essentielle pour le sujet de l’apprentissage: l’auteure aborde-t-elle le problème de la validité des choses apprises?
    En effet, un des avantages de l’école publique, parmi c’est vrai énormément d’inconvénients, est de transmettre – idéalement, rien n’est jamais parfait évidemment – des connaissances fiables, et qui survivent à l’examination critique.
    Si on laisse l’apprentissage se baser sur des sources non examinées on court toujours le risque d’apprendre des vérités qui n’en sont pas, et cela finit toujours pas poser des problèmes de société (société qui existe qu’on le veuille ou non, vu que nos libertés se heurteront toujours dans une certaine mesure à celles des autres).
    Vous allez probablement me répondre que l’école publique, sous couvert d’apprentissage (« l’enseignement »), fait elle aussi intégrer comme vérités des comportements normatifs (« l’éducation »), et c’est vrai, mais le comportement est à différencier des connaissances.
    Vous me répondrez aussi, et vous aurez raison, que encore maintenant certaines choses considérées comme validées sont enseignées alors qu’elles ne survivent pas à une examination critique, mais ce n’est pas une raison pour prendre la direction opposés pour autant.
    Libérer le côté comportemental en risquant de fragiliser le côté connaissances ne me semble pas non plus idéal, et c’est important de trouver un système qui allie les deux.

    Merci beaucoup.

    • Baker n’aborde pas vraiment la fiabilité des connaissances mais critique le contenu des enseignements dans la mesure où les programmes sont établis selon divers critères sans intérêt et sont imposés, faisant de ce qu’on apprend à l’école un ensemble de connaissances hétéroclites et plus ou moins inutiles (plutôt plus que moins). On ne les choisit pas vraiment en fonction de leur utilité ou de leur importance. Pourquoi apprendre la couture plutôt que la poterie, le basket plutôt que le football, etc…

      Tout l’enseignement est forcément arbitraire. En histoire, on restait trois mois sur l’Égypte et quinze jours sur la Perse, et jamais personne ne nous a dit pourquoi (parce que les enseignants, pour de multiples motifs, ignorent pratiquement tout de cette civilisation ; cependant les raisons de ce non-savoir sont prodigieusement intéressantes pour les enfants curieux d’histoire, non ?

      En fait ce qui manque dans ta question (mais peut-être l’ai-je mal comprise), c’est: pourquoi devrait-on apprendre ceci plutôt que cela? Acquérir des connaissances, certes, mais lesquelles, et pourquoi? Qu’appelles tu « fragiliser le côté connaissances »? A quoi servent ces connaissances?

      Dans le chapitre « contre la confusion entre apprendre, savoir, connaître », Baker se lance dans une sorte de liste de ce qu’un individu moyen a retenu de ses années d’école. « (…)En France, il y a eu de grands poètes (on peut en nommer six ou sept) ;
      dans les autres pays peut-être aussi. Au Moyen Âge, on a construit des
      cathédrales. Louis XIV était autoritaire
      (…) »
      Et face à cela, d’autant plus quand on est soi-même sorti du système scolaire, force est de constater qu’on n’en a pas retenu grand chose. En fait, la liste est longue, mais pour quelqu’un qui a passé 6 heures par jour à étudier pendant 10 ou 12 ans, c’est plutôt ridicule. C’est sur, des choses on en a appris, mais on en aurait peut-être appris davantage sans aller à l’école. En fait, le bachottage, et plus largement ce qui s’apprend en pédagogie scolaire classique, c’est une grande perte de temps, parce qu’on s’en rappelle un petit peu (assez pour les examens) et puis après on oublie. On oublie surtout parce que cela ne sert à rien et la plupart des choses ne servent à rien. C’est comme apprendre une langue qu’on ne parle pas. Quelqu’un qui vit de son potager n’oubliera jamais comment planter des patates, quelqu’un qui vit en chine n’oubliera jamais comment parler chinois. Par contre je me rappelle avoir passé un temps fou à étudier les fonctions dérivées et je ne sais même plus ce que c’est aujourd’hui.

      • Arf, il y a un gros problème avec les dernières phrases… Tiens par exemple, pourquoi apprendre les mathématiques ?

          • C’est un enseignement qui permet de faire le trie entre les élèves, il y a beaucoup d’enseignement qui ont pour vocation unique de trier les gens et ainsi de les pré-orienter de façon un peu réaliste.
            Si je prend mon exemple j’ai développer en prenant de l’âge un certain gout pour la philosophie, mais je n’ai aucune capacité d’analyse correcte d’un texte philosophique et mes développement écrit comme tu peux le voir sont d’une pauvreté affligeante.
            Même si j’ai obtenue mon bac en bossant seul dans mon coin à l’époque, les cours classiques mon permis de déterminé mes limites et de m’orienter là où j’avais une chance(certes mince) de ne pas finir en échec total.

          • Mais ce tri est totalement absurde et arbitraire. Il a pour unique raison d’être que nous vivons dans une société inégalitaire et élitiste.

            Je cite Baker encore une fois:

            Un chercheur américain, Donald Hoyt, a de son côté entrepris une enquête sur plusieurs années, comparant les résultats universitaires et la « réussite » dans la vie. Dans aucune profession, il n’y a de corrélation entre les notes obtenues à l’université et ce qui est accompli et « réussi » plus tard dans la vie.

            De plus, as-tu entendu parler de la « constante macabre »?

            Le concept de la constante macabre désigne le fait qu’il existe de manière répandue dans le système éducatif un pourcentage constant de mauvaises notes, quel que soit le niveau actuel des étudiants par rapport aux connaissances réellement requises. Autrement dit, les notes se répartissent en courbe de Gauss : beaucoup de notes moyennes, pas trop mauvaises ou bonnes sans plus, et aux extrémités, quelques très bonnes ou très mauvaises notes. (…) La constante macabre, si elle existe, mettrait donc en échec des élèves de façon artificielle

            L’école séléctionne, oui, mais de façon arbitraire et cette sélection n’est pas faite pour aider les individus.
            Ha, encore une citation de Baker:

            Juger quelqu’un m’a toujours semblé d’une énorme outrecuidance, mais juger ce que l’on considère comme un « quelqu’un potentiel », l’enfant, dépasse l’entendement. Les carnets scolaires des gens comme Tolstoï : « ni travailleur ni capable », Beethoven : « un cas désespéré », Darwin : « d’une intelligence plutôt en-dessous de la moyenne », Einstein : « d’une intelligence lente » montrent tout bonnement que ces messieurs auraient dû être orientés dans les classes dépotoirs.

          • http://vegeweb.org/chiffres-bruts-et-statistiques-de-l-annee-2005-en-france-t351.html
            Comment on fait pour comprendre ça si on a pas des bases en maths ? On comprend pas, et on dit « mais ça sert à rien d’être vegan, de toute façon que j’en mange ou pas ça aura pas tellement d’influence » =/

            Et pour la fiche de paye, on fait confiance au patron ?
            Et si on a du bol et qu’on vit dans un coin ou il n’y a pas de fiches de paye, on doit quand même se répartir des trucs, de la bouffe, calculer des durée, et même, éventuellement, faire de la recherche ou de l’informatique.

            .. La littératie Et les mathématiques de base c’est pas des informations, et c’est pas (trop) arbitraire, c’est des outils dont on use pour comprendre les informations, et les maîtriser ça évite de se laisser diriger par ceux qui savent. En gros, si t’es bon en maths tu peux voir quand ta banque et ton patron t’arnaquent, et si t’es bon en analyse critique de l’information, tu peux voir quand ton gourou et ton élu t’arnaquent (choses que tu fais plutôt bien je crois, l’Elfe).

            Toute la partie « information arbitraire », c’est bon à écrémer, notamment parce qu’aujourd’hui apprendre ce genre de truc à l’école c’est ridiculement archaïque :
            au collège on passe 3 mois d’histoire pour retenir que les Égyptiens faisaient des fresques, adoraient des dieux avec des têtes d’animaux, vivaient près d’une mer qui s’appelle la Méditerranée et d’un fleuve qui s’appelle le Nil, et que Cléopâtre est sortie avec deux empereurs Romain et s’est suicidée avec un serpent. Super génial.
            Ensuite les gosses que ça intéresse vont sur internet et apprennent des vrais trucs.
            http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89gypte_antique
            Ça n’est techniquement ni logistiquement plus possible ni même souhaitable de faire de l’école la principale source d’informations pour les gosses. Ils ont accès à des sources d’informations absurdement vastes et multiples, leur apprendre à faire le tri c’est important, les forcer à ingurgiter des informations choisies arbitrairement, c’est absurde et néfaste.
            Leur donner des outils intellectuels, pas du poids mort intellectuel. Les maths de base, je crois que c’est indispensable, comme outil, pour favoriser l’éducation et l’analyse d’information, et donc la liberté des gosses, après, changer la forme de l’enseignement, évidemment oui …

            Sinon, le corrolaire de la constance macabre : le taux de réussite au bac d’un lycée donné doit être à peu près régulier d’une année sur l’autre. Du coup, si une année les résultats sont particulièrement nuls, on les gonfle un peu pour être dans la moyenne, et si une année les résultats sont super brillants, on les revoit un peu à la baisse histoire d’être dans la moyenne.
            (Moi je l’ai passé en Zep, donc il suffisait concrètement de savoir écrire et déchiffrer un texte, et on pouvait passer l’oral d’espagnol en parlant français si on voulait …)
            Donc oui concrètement, ça mène à un bon gros nivellement par le bas. Du style  » Ils sont chaque année plus nuls … – Chhht ! 83% de taux de réussite on a dit ! ». Si on voulait dévaloriser complètement un diplôme, on ne pourrait pas mieux s’y prendre ^^

          • in b4 : nerdrage

            Nop sérieux, c’est un peu irresponsable de questionner l’utilité d’un enseignement de base en maths comme ça.
            Surtout quand on a un lectorat geek, comme le tien.

            .. on Peut se passer de comprendre quoi que ce soit aux pourcentages et aux statistiques pendant toute sa vie, mais pour vivre dans une société, ça sert quand même vachement.

          • En l’occurence il était question de fonctions dérivées, pas de pourcentages et de statistiques. Il y a math et math, et je suis désolée mais certaines maths ne servent à rien à moins de vouloir par exemple faire de la recherche en math ou vouloir se spécialiser à fond. C’est toujours un enseignement potentiellement génial, ça a cette beauté d’être inutile, comme l’art. Pour celle ou celui qui s’y intéresse parce qu’il aime les math, c’est super. Pour celui qui en a besoin pour je sais pas quoi, aussi. Mais tout le monde ne va pas s’y intéresser dans sa vie.

            Pour ce qui est des stats et des pourcentages, ça va toujours dans le sens de ce que je disais: celui qui en a besoin les apprendra et les comprendra. Je connais des gens sans aucune formation scientifique qui comprennent mieux le raisonnement scientifique que certains scientifiques (de formation). De même certaines personnes comprennent très bien ce qu’est un pourcentage et comment fonctionnent les statistiques. Moi je connais les statistiques parce que j’en ai eu besoin dans mon travail et non pas parce que je les ai apprises à l’école. Et faire des statistiques pour comprendre un sujet de recherche, c’est hyper intéressant et stimulant. En faire pour en faire, boarf. Aucun intérêt.

          • « Pour ce qui est des stats et des pourcentages, ça va toujours dans le sens de ce que je disais: celui qui en a besoin les apprendra et les comprendra. » (Elfe)

            J’ai appris à multiplier, à diviser et à compter des moyennes parce que j’en avais besoin pour mon travail.

            Au tout début, j’avais toujours ma calculatrice

            Mais après quelques mois l’information est rentrée d’elle-même dans mon cerveau et ma calculatrice se retrouvait seule de plus en plus souvent tout simplement parce que faire le calcul dans ma tête était beaucoup plus rapide. Je n’ai pas eu à réviser mes maths comme on nous fait réviser la table de multiplication… c’est venu aussi naturellement que la lecture!

        • Autant je concède qu’il y a un véritable problème avec la structure de l’école aujourd’hui (attention à bien faire la différence entre les enseignements, et la façon dont c’est enseigné. C’est un peu la différence entre un couteau, et la façon de s’en servir.), autant le « pourquoi apprendre les mathématiques » me fait tressaillir. Bon soit, tu n’as sans doute pas besoin dans ta vie de connaitre les séries de Fourrier, tous les grands théorèmes, etc…, mais rien que les bases en probas/stats sont ultra importantes : elles te permettent de comprendre le fonctionnement d’un système, d’un monde, d’interpréter des documents statistiques. Tiens, également : connaitre les pourcentages te permet de calculer la réduction sur un produit, sans trimballer une calculette. Tu admettras donc le gain de temps qu’il y a derrière.

          Après, je suis pas à fond derrière l’école, hein. Moi-même, je suis vraiment pas scolaire du tout, les notes ça me fait chier (c’est un « prétexte », comme le disait un de mes profs du semestre précédent, en ce qui me concerne pour devenir enseignant-chercheur ><), je préfère apprendre par moi-même quand c'est possible. J'utilise d'ailleurs énormément les MOOC, qui me permettent d'avoir une introduction sur un sujet désiré et de pouvoir aller plus loin si je le désire. C'est un système assez génial dont je regrette la trop récente apparition.

          Bref, tout ça pour dire que je pense qu'on peut se "servir" de l'école intelligemment, sans entrer dans le jeu de la compétition, de la dominance. En outre, pour ne pas envoyer son enfant à l'école, il faut, je pense, avoir les moyens soi-même de lui prodiguer les enseignements nécessaires.

          • Je pense que c’est assez présomptueux de prétendre pouvoir aller à l’école ou y envoyer son enfant sans faire le jeu de la domination et de la compétition. Je dis pas que c’est impossible hein, mais ça me semble très très problématique. Quand tu es dans le système, tu es dedans.

      • Ce que je voulais dire, c’est que j’interprète tes derniers propos de la manière suivante : « il faudrait » un enseignement purement pragmatique. Je trouve que l’enseignement secondaire général belge (ce que je connais) est justement trop abstrait, mais je ne suis pas pour du 100% pragmatique.
        À mes yeux, l’utilité ultime d’un cours de maths p. ex., est d’apprendre à réfléchir (structurer ses pensées, développer la logique, etc.), et les adolescents en ont bien besoin :-)
        Et puis la « dictature du pragmatisme » balayerait aussi tout ce qui est artistique, car l’art non plus ne « sert à rien ». Bref, d’abord du pragmatisme, oui, mais surtout pas que ça.
        Pour finir, voici une vidéo de 12 minutes qui devrait plaire à pas mal de commentateurs ici ^^ :
        http://www.youtube.com/watch?v=e1LRrVYb8IE
        Et pour contrebalancer un peu (hin hin) :
        http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=2188

        • Je ne pense pas que les gens savent réfléchir parce qu’ils l’ont appris à l’école.
          Certes, les maths peuvent apprendre à réfléchir, mais pas plus ni moins que lire des livres, faire pousser des tomates ou construire des cabanes à oiseaux.
          En apprenant à des gens des choses qui ne les intéressent pas d’une façon qui ne les intéresse pas, on ne leur apprend pas à réfléchir mais à se soumettre. Pour apprendre à réfléchir il faut y mettre du sien, et à ce moment-là peu importe le moyen, que ce soit les maths, la physique, la littérature, la philosophie, l’astronomie… Que de domaines passionnants quand on est pas obligés de rester assis le cul sur une chaise à écouter un mec en parler parce qu’il est payé pour ça.
          (oui je sais il y a des profs qui aiment enseigner. comme le dit Baker, rien ne les empêcherait d’enseigner si les gens n’étaient pas obligés de les écouter. Et ce serait même beaucoup plus stimulant et intéressants pour eux d’enseigner ainsi).

          • Oui, en fait je suis entièrement d’accord avec toi.

            mais à la question
            « Tiens par exemple, pourquoi apprendre les mathématiques ? »
            il y a une réponse, qui est « pour comprendre énormément de trucs, assez indispensables »

            La question c’est plutôt « comment apprendre les mathématiques au plus grand nombre sans traumatiser des gosses et sans les traiter comme des symptômes »

          • Encore une fois, pourquoi apprendre les mathématiques au plus grand nombre ?
            Je suis d’accord que c’est a un « pourquoi » articulé à un « comment ». Mais le pourquoi compte. Je suis d’accord qu’apprendre les maths est utile pour développer une certaine forme d’intelligence, de capacité d’abstraction. Mais ce n’est pas la seule et unique manière de le faire. Et de plus, il reste à savoir en quoi c’est utile pour TOUT LE MONDE de développer sa capacité à penser en termes abstraits.

            Dans notre esprit, penser ainsi = bien parce qu’on a toujours privilégié ce qui était intellectuel, parce que le mec qui est bon en math sera plus élevé socialement que celui qui est bon à réparer les fuites ou à planter des choux.
            Mais peut-être qu’on devrait remettre ça aussi en question.
            Peut-être que ces choses là devraient simplement être accessibles à ceux qui s’y intéressent.
            Peut-être qu’on pourrait aussi trouver des moyens de partager nos passions (y compris les maths) et de montrer en quoi elles sont intéressantes et que du coup les gens s’y intéresseraient.
            Mais asseoir un gosse dans une classe et lui « faire faire » des maths, non. Ce n’est ni intelligent, ni utile.

            En plus, vouloir faire faire de tout à tout le monde parce qu’on estime que c’est « indispensable » (ok les maths sont utiles mais pourquoi les fonctions dérivées seraient-elles plus utiles que la théorie de la relativité d’Einstein ou savoir recoudre un pantalon ou cultiver le chou-fleur ou construire sa propre maison?). (tiens d’ailleurs si les gens faisaient leurs propres maisons ils auraient besoin de faire des maths, mais bref). A vouloir enseigner à tout le monde un certain nombre de choses prises dans des domaines hétéroclites et qu’on estime indispensables parce qu’elles sont enseignées à l’école, on oblige des gens à s’intéresser à des choses qui ne les intéressent pas et pour lesquelles ils n’ont pas de compétences; et pire, on les empêche de s’intéresser à des choses qu’ils pourraient développer beaucoup plus. Et les gosses finissent par penser, par exemple « je suis nul en physique et en math ». A quoi ça sert d’être nul? Normal qu’on soit nul si ça nous intéresse pas.

            Dans une classe, tous les élèves doivent avoir 10/10 en math, en physique et en histoire, et celui qui a, par exemple, 10 en math et 2 en histoire, on l’oblige à faire plus d’histoire. mais si on le laissait faire ce qu’il aime (les math) ce n’est plus un 10 qu’il pourrait atteindre mais un 100 ou un 1000 (si les chiffres ont le moindre sens pour estimer une capacité à faire quelque chose). Et il resterait à 2 en histoire, jusqu’à ce qu’un jour peut-être il s’y intéresse (ou pas). Mais on le fait plafonner à 10 car l’élève d’à coté lui, a 10 en histoire et 2 en math, et lui aussi doit atteindre les 10 en maths. c’est le niveau exigé. Pas plus, ni moins. C’est ridicule.

            (personnellement je ne me suis jamais autant intéressée à l’histoire que depuis que j’ai cessé d’en faire en classe. J’ai toujours pensé que c’est horriblement ennuyeux, en fait c’est passionnant).

            Je suis sure que plein de choses sont passionnantes et intéressantes et utiles mais je n’aimerais pas qu’on me force à atteindre un certain niveau dans toutes ces choses. Et j’apprends mieux et plus vite en m’y intéressant par moi-même. Les enfants ne sont pas différents, certains croient que sans l’école ils n’apprennent rien! Mais c’est faux, ils apprennent 24h/24. Mais ils apprennent tout, pas seulement ce qu’on veut qu’ils sachent.
            (justement melynae raconte récemment comment son fils a appris tout seul à écrire – et il a, je crois, à peine 4 ans.)

  11. J’ai fait 2-3 recherches et l’âge d’apprentissage de la lecture est liée à un consensus dans le monde des spécialistes de l’enfance :

    C’est aux alentours de l’âge de 6/7 ans que l’enfant à la maturité physiologique/psychologique nécessaire à l’apprentissage de la lecture.(ils ont dû se caler dessus)

    Sinon les diverses lectures que j’ai eus à la suite de ton article, ont l’air de s’accorder sur le côté très utilitariste du scolaire français : il permet de développer de bons ingénieurs et des administrateurs efficaces, vous formez des gens « utiles ».

    Âpres comme tout système normé, il tend à nier l’épanouissement et l’émancipation de l’individu ce qui est toujours dommageable surtout quand on parle d’enfant j’en conviens, néanmoins dans le contexte de notre société le système scolaire tel qu’il est l’un des moins mauvais envisageable.

    D’où ma question précédente qui était de savoir avec quel modèle société il est possible de se passer d’une instruction obligatoire.

    • Dans le livre Baker explique que l’âge optimal pour apprendre à lire d’après d’autres sources (je ne sais plus lesquelles) serait plutôt de 8 ans et que dans les pays où l’âge de lecture a été repoussé d’un an, il y a moins de problèmes d’apprentissages.
      Mais de toutes façons ça ne change pas grand chose. Je veux dire, à partir du moment où on décide que l’enfant doit apprendre à lire à tel âge plutôt que tel autre sans tenir compte des différences individuelles… Hop, des spécialistes décrètent que l’âge optimal est X ans, et tous les gosses doivent apprendre à lire à X ans, et si y en a un qui y arrive mieux que les autres, c’est qu’il est bête, ou d’une façon plus moderne, on dira qu’il n’est pas adapté au système donc « handicapé » (c’est peut-être plutôt le système qui n’est pas adapté à lui).

      Je pense pas vraiment qu’on puisse répondre à ta question là comme ça dans un commentaire. D’abord il faut essayer des choses, expérimenter. Des modèles de société on peut en imaginer bien. Sont-ils mieux, moins pires, pourraient-ils fonctionner? On pourrait écrire plusieurs livres là-dessus (ça doit exister).
      Mais si ça répond partiellement à ta question, il me semble bien que les enfants n’ayant pas été scolarisés et ayant bénéficié d’un apprentissage informel n’ont pas plus de problèmes que les autres dans la vie. Si tout le monde le faisait ce ne serait peut-être plus aussi facile car en effet l’école a pour but de préparer l’enfant à une vie d’adulte rentable, et pas d’adulte heureux (encore moins de rendre les enfants heureux) ^^

      • Ce qui est drôle c’est que d’autres spécialistes préconisent l’apprentissage de la lecture vers les 4-5 ans.
        De toutes façon si tu n’es adapté à ton environnement tu es handicapé, je ne suis pas sur que l’on puisse avoir une société suffisamment « élastique »(pas sûr du terme), pour qu’elle puisse intégrer harmonieusement n’importe quel individu, tout en permettant l’épanouissement de tout à chacun.
        Ps1: ça fait longtemps qu’un article(en général) ne m’avait pas fait faire des recherches (même très superficielles) sur un sujet et je t’en remercie, la curiosité est quelque chose que l’on perd vite avec l’age.
        Ps2:je m’excuse d’avance pour la chié de fautes de langues/orthographes que j’ai pus commettre dans mes poste.

        • Personnellement j’ai appris à lire à 4-5 ans et je n’ai eu aucune difficulté, ce sont de très bons souvenirs pour moi, je faisais des exercices de lecture pour m’amuser et je me suis vite plongée dans la bibliothèque rose… Mais malgré que je sois entré au CP en sachant lire couramment je n’ai pas un très bon souvenir de l’école où tout était beaucoup plus directif et moins ludique. Soit je m’emmerdais avec les trucs que je savais faire, soit on m’emmerdait avec des trucs que je ne faisais pas correctement. Cela dit ce n’est pas pour ça que je n’aime pas l’école, j’y ai aussi des bons souvenirs par la suite, je pense juste que le système n’est pas adapté.

          Je pense qu’on a quand même une société super rigide et je pense qu’appeler « handicapés » ceux qui n’y sont pas adaptés est le résultat de cette rigidité. A mon avis, ça vient du fait qu’on vive dans une société dans laquelle le système prévaut sur les individus et donc dans laquelle chaque individu doive servir le système avant de se servir lui-même; et c’est pour ça que l’école sert à former de futurs travailleurs et les gamins intègrent très rapidement que s’ils ont pas de travail ils ne seront rien. On n’arrête pas de leur répéter des trucs comme « y a pas de débouchés »… traduction: la société n’a pas besoin de gens qui font ce travail, tu dois faire qqch de plus utile même si ça te plait pas.

          Je ne trouve pas que tu fasses tant de fautes de langue ou d’orthographe, j’ai pas fait attention.

          • Moi aussi j’ai su lire très jeune, j’ai beaucoup étudier seul (quand on est dépourvu d’intelligence sociale, l’école devient vite un milieux hostile).
            Sinon quant à la rigidité de la société, je trouve que c’est sans doute son trait qui me plait le plus, on peut très facilement être définie et je suis sur que malgré ce que les gens disent, un monde où chacun se définirait par lui même et non par les normes imposées par la société ne serait pas forcement un monde plus agréable, la liberté a tendance à engendrer l’insécurité.

          • Haha. Alors là je suis vraiment mais VRAIMENT pas d’accord avec toi. La liberté d’être qui on est n’engendre l’insécurité que parce qu’on nous martèle depuis tout petits que c’est insécurisant, que c’est mal, qu’on n’existe pas sans un rôle social. Quand on oppose la liberté à la sécurité c’est qu’on a peur, et si on a peur de la liberté, c’est qu’on n’est pas libre.

          • La liberté d’être sois même engendre de l’insécurité de part le simple fait qu’elle ouvre des possibilités de développement personnel bien plus vastes que tout système normé.
            Sans forcément en avoir peur, je préfère le confort de la norme( quand bien même même est elle peu « compatissante » à mon égard ), à l’insécurité d’un monde où je serais juger pour ce que je suis et non pour ce que je devrais être.(pas sûr que je sois plus à mon avantage dans un monde ce type)

          • « on nous martèle depuis tout petits que c’est insécurisant, que c’est mal, qu’on n’existe pas sans un rôle social. » ==> C’était pire avant :p

            « La liberté d’être sois même engendre de l’insécurité de part le simple fait qu’elle ouvre des possibilités de développement personnel bien plus vastes que tout système normé. » ==> S’il n’y avait pas de système normé, nous n’aurions pas l’idée d’un système normé. Pas de point de comparaison.
            Quand il n’a pas d’enclos, l’être vivant n’imagine pas un enclos en se disant qu’il lui manque un enclos. Le monde entier des possibles devient son enclos. Quand il a un enclos, il craint et désire l’extérieur.
            Et précisément, ce qui est reproche à la ‘norme confortable’, c’est de ne pas être confortable pour tous.

    • Alors sur cette question d’âge idéal pour apprendre à lire, je ne sais pas ce qu’il en est en matière de « maturité de l’esprit » mais ça n’a pas tellement de sens d’y chercher des universaux, parce qu’on a des variables trop importantes : l’une d’entre elles est la langue concernée et la transcription, l’orthographe, de cette langue. Parce que des enfants apprenant à lire dans une langue à l’orthographe bourrée d’irrégularités, où la correspondance son-caractère est complexe, ne peuvent pas être comparés niveau apprentissage avec des enfants apprenant à lire dans une langue où on a une correspondance son-graphème parfaitement régulière.
      On estime que l’orthographe la moins transparente, pour les langues d’Europe, est celle de l’anglais ; l’enseignement de la lecture commence à cinq ans pour les enfants anglais. En Finlande, cet enseignement débute à sept ans, sauf que le finnois a une orthographe beaucoup plus transparente que celle de l’anglais. Pour être rigoureux dans cette affirmation d’un âge idéal pour la lecture, il conviendrait de faire des études pour chaque langue écrite, chaque langue parlée (qui n’est pas systématiquement, et même relativement rarement, la même), de chaque pays pour tous les enfants du monde, je doute que ça ait été le cas.

      • Je m’interroge sur l’intérêt d’une telle étude. Si c’est pour avoir une idée d’à quel âge proposer aux enfants d’apprendre à lire, ok. Mais si c’est pour les forcer à apprendre quand ils ont atteint « l’âge d’apprendre à lire » (comme on le fait de nos jours), alors ça ne sert à rien, car on ne prend alors pas en compte le fait que chaque enfant soit différent et ait ses propres rythmes d’apprentissage.

        • On aime tellement jouer à ça, déterminer à quel âge l’enfant apprend à marcher, à quel âge il apprend à parler, puis à quel âge il apprend à lire (comme si ces comportements étaient comparables, d’ailleurs, alors que les deux premiers sont physiologiques et le troisième culturel), et s’affoler quand l’apprentissage n’a pas eu lieu à l’âge prévu…

          Ça n’entrait pas dans là où je voulais en venir, mais j’ai envie de le rajouter : à une conférence où l’on parlait d’une étude concernant des enfants de Finlande apprenant à lire, il a été dit que l’apprentissage commençait en Finlande à sept ans, « mais en général à cet âge, les enfants savent déjà lire ». Les causes évoquées m’ont laissée un peu perplexe puisqu’on parlait d’une grande culture de l’écrit (plus qu’ailleurs en Europe ? Plus qu’ailleurs en Occident en général ?), mais pas autant que le fait qu’on fasse faire un apprentissage systématique à des enfants dont on sait qu’ils n’en ont pas besoin, sans que personne n’y trouve à redire…

  12. Ping : Insoumission à l’école obligatoire | OTenKipass | Scoop.it

  13. Je ne débattrai pas trop parce que je n’ai pas le temps de lire le livre pour l’instant (je note, toutefois, c’est typiquement le genre de trucs qui m’intéressent) mais quelque chose m’interpelle : j’ai l’impression qu’elle laisse de côté toutes les pédagogies alternatives. J’ai été en école Freinet et la majorité des arguments qu’elle donne ne s’y appliquent pas, aussi ce serait un très bon compromis entre « pas d’école obligatoire »* et l’école traditionnelle, rigide, qui formate les enfants et rejette toute différence. Est-ce qu’elle l’évoque ?

    *Le problème étant que, si certains parents peuvent vouloir enlever leurs enfants de l’école pour des raisons réfléchies et en s’en occupant beaucoup, sans la « norme sociale » de la scolarité beaucoup d’enfants seraient abandonnés à eux-même ou traîneraient dans la rue, probablement ceux issus de familles défavorisées ou des enfants difficiles que leurs parents n’ont pas envie de forcer à faire quoi que ce soit, ce qui serait un grand facteur d’inégalités – parce qu’apprendre à lire tout seul à 15 ans parce que tu te rends compte que ce serait utile, ce n’est vraiment vraiment pas facile, en témoigne la difficulté des gens qui ont quitté l’école tôt à reprendre des études à l’âge adulte

    • Elle ne parle presque pas des pédagogies alternatives car ça ne l’intéresse pas. Ce qui l’intéresse c’est pourquoi l’école et à quoi sert-elle, qui sert-elle? Pas l’enfant. Ni l’adulte qui deviendra. Elle sert le système. Je m’intéresse aux pédagogies alternatives mais elles ont peu leur place dans ce livre dans la mesure ou ce ne sont que des outils: elles peuvent être utilisées pour enrichir et stimuler l’individu, comme pour consolider le système et le rend plus efficace (que ça ne se fasse pas systématiquement au détriment de l’individu ne veut pas dire que c’est bien; au final on sait qui va être plumé).

      Les misères de l’enfant à l’école ne sont pas dues, selon Baker, au fait que l’enseignement se fait de telle ou telle façon, mais plutôt aux raisons pour lesquelles il se fait.

      L’école n’empêche pas les enfants désoeuvrés d’être désoeuvrés. Je ne pense pas que les normes sociales aident qui que ce soit quand elles sont idiotes. S’il était normal de s’instruire et de chercher à avoir une meilleure vie? Mais non, il est normal d’aller à l’école et d’essayer d’avoir des bonnes notes pour avoir un bon métier plus tard (ou un métier pas trop pourri quand on est fille ou fils de pauvre). Ce que tu ne vois pas c’est que l’école créé de l’exclusion, par exemple en faisant croire à certains enfants qu’ils sont nuls. Et c’est ce que fait la société d’ailleurs, l’école n’est qu’un moyen important de réaliser cette exclusion. Le problème dont tu parles non seulement n’est pas réglé par l’école, mais l’école fait partie d’un système qui engendre ce problème.

      • C’est de la déconstruction progressive, le but de l’article et du bouquin c’est pas de proposer une alternative, mais de bien convaincre les sceptiques et les conservateurs de l’ineptie du système ?

        Tu sépares bien le premier mouvement de la déconstruction, la critique du système, de la proposition de l’alternative ?
        Désolé si j’enfonce des portes ouvertes, mais c’est pas bête en fait. Ça évite le réflexe de méfiance « tu veux juste me vendre ton alternative en fait ! Laisse moi tranquille avec mes archaïsmes confortables ».

        • Je ne saurais pas si je l’aurais dit comme ça, mais y a de ça dans l’idée. Avant de proposer des alternatives, avant de reconstruire, je crois qu’il faut déconstruire à fond. Se demander: pourquoi on fait ça, pourquoi on fait ça, à quoi ça sert, etc. Remettre les choses en questions profondément. Parce que tout ce qui est autour de l’école est profondément ancré dans nos calebasses. Y a quelques années j’aurais hurlé. « quoi? pourquoi faire des maths? mais enfin on DOIT faire des maths! On DOIT connaître l’histoire, le français, ceci, cela ». Et puis: « l’école, c’est utile, c’est bien, c’est le savoir, l’enseignement etc ».

          Si on n’arrête pas de proposer des alternatives avant de savoir pourquoi on les propose, c’est à dire pourquoi on enseigne/éduque/instruit, on va reconstruire un truc bancal qui aura grosso modo la même gueule que ce qui existait avant.
          Je sais pas à quoi ressemblerait la société parfaite dans laquelles les gens apprendraient avec plaisir ce qui est utile et bon pour eux, j’ai qu’une très vague idée. Mais à la limite c’est pas si important. Il faut essayer des choses, c’est ça qui est important. (les expériences de lieux libertaires avec des enfants sont très intéressantes, j’aimerais bien en savoir plus sur summerhill par exemple). Je pense que les critiques que soulève Baker dans ce livre sont justes et utiles.
          Avant de lire ce livre je n’avais jamais remis en question la notion d’éducation, je considérais que c’était évidemment bon et normal. Maintenant je m’interroge. C’est très radical de carrément s’opposer à l’éducation. Mais on doit vraiment se demander: qui éduquer et pourquoi? Est-ce que l’éducation implique un rapport dominant-dominé? Je ne sais pas, je me pose des questions et je pense que je suis encore loin d’avoir les réponses.

          • « Est-ce que l’éducation implique un rapport dominant-dominé? »

            Oui. Pas à l’instant de l’éducation, mais après. Ya celui qui est éduqué et celui qui ne l’est pas, et le rapport dominant-dominé arrive assez vite à ce moment.

            « ya 10 choux à se répartir et on est 3 .. ça fait combien ? 2 chacun ? Ok merci, heureusement que t’es là pour faire les comptes à notre place ! »
            (je te laisse chercher le nom des institutions qui font les comptes.)

            … Enfin jsais pas, j’ai vaguement l’impression que ma liberté de ne pas me faire exploiter me vient de mon éducation et de mon intelligence. La méthode de l’éducation aurait pu être infiniment meilleure, mais c’est un peu imprudent de supposer qu’une base en maths n’est pas indispensable à un être humain indépendant et auto-suffisant (c’est un peu de ça qu’on parle, non ?).

            Ne serait-ce que de laisser des bouquins trainer à portée du gosse, c’est déjà presque une ingérence et ça le détermine déjà, ok. Mais bon, jpense que c’est acceptable de supposer que, pour le bien du gosse, lui offrir (garantir ?) l’accès à de l’arithmétique de base, c’est à peu près indispensable.

            « qui éduquer et pourquoi ? »
            à part que ça me fait penser au « Meilleur des mondes » …
            Garantir un accès égal à l’éducation à tous, pour leur liberté et leur bien-être ..?..
            Jte rejoins sur la partie « en évitant les contraintes et les archaïsmes … ». À part les considérations morales, surtout parce que ces contraintes et ces archaïsmes ne servent pas à créer de l’intelligence. Jsais pas à quoi elles servent, mais clairement pas à rendre les élèves des écoles intelligents.

            … c’est peut-être pour ça que je passais directement aux alternatives, jsuis déjà absolument persuadé de l’absurdité du « système scolaire ».

          • Déjà personnellement je suis contre toute idée de hiérarchisation de la société, donc dominer les autres grâce à son savoir, ça me gêne.
            Et on n’en saura jamais autant que l’enseignant. A l’école le professeur est dans une position de force: il sait, les autres ne savent pas.

            Et je pense que c’est naïf de croire que l’éducateur t’apprend réellement ce qui t’es agréable et utile. Que tu puisses développer ton sens critique jusqu’à ne plus être soumis au système, ok. Que l’éducation t’y ai aidé en partie, ok. Mais que ce soit son but, non. La grande majorité des gens ne remettent jamais rien en question. L’école apprend le sens critique jusqu’à une certaine limite, mais elle apprend aussi beaucoup le conformisme. C’est d’ailleurs en apprenant le conformisme à des gosses qui n’aiment pas ça qu’on peut parfois leur apprendre involontairement à se rebeller, mais ça n’arrive pas tout le temps et c’est accidentel.

          • « Don’t let them fool ya,
            Or even try to school ya! »
            C’est dans « could you be loved », ça résume un peu ton article …

            « Déjà personnellement je suis contre toute idée de hiérarchisation de la société, donc dominer les autres grâce à son savoir, ça me gêne. »
            Oui ok, moi aussi. Et pour ce que j’en sais, je dois cet état d’esprit à mon éducation … Donc critiquer la forme (l’école telle qu’on la connait), je suis à 120% pour.
            Mais ce qui me choque quand tu réponds « ben oui, pourquoi [apprendre les maths/la philo/plusieurs langues/la politique et l’histoire] » c’est que tu questionnes pas la forme, mais le fond. « Pourquoi apprendre des trucs ? », en gros … Bon, j’imagine que c’était une maladresse ou que je suis un peu trop sensible, mais ça m’a quand même l’air un peu irresponsable vis-à-vis des lecteurs qui vont te prendre au mot.

          • la question ne voulait pas dire « pourquoi apprendre des trucs? » (à chacun d’y apporter sa réponse personnelle) mais: pourquoi tout le monde devrait apprendre tel ou tel truc?
            si on laisse tout ça de côté, les gens apprendront toujours des choses. Je ne crois pas qu’on puisse ne rien apprendre quand on est humain.

          • Tu vas trop loin dans l’équanimité pour moi …

            Je crois qu’on Peut faire une liste des savoirs de base dont on a le devoir moral de garantir l’accès à tous les gosses.

            « Je ne crois pas qu’on puisse ne rien apprendre quand on est humain. » Nop certes, mais apprendre des choses fausses et néfastes, péricliter, voire se faire manipuler et exploiter, ça on peut. Comme ce qui se passe à l’école ? Oui. Et c’est ce qui arrive aux gens pas assez éduqués ? Oui, une preuve parmi d’autres : c’est ce qui arrive aux enfants à l’école.

            Ils n’ont aucune éducation, alors on peut leur en faire une qui leur nuit.

            Tu veux que ton enfant refuse l’autorité et la violence. Il faudra faire un geste éducatif dans ce sens là à un moment ou à un autre, sinon il apprendra peut-être ailleurs à adorer l’autorité et/ou la violence. Je veux pas dire qu’il faut Corriger les gosses, juste que l’éducation c’est un foutu cadeau que tu leur fais, c’est pas nécessairement une source de souffrance ou de contraintes .. Mais on peut quand même considérer qu’une partie de l’éducation devrait être indispensable et universelle.

          • Non je ne veux pas à tout prix qu’il refuse l’autorité et la violence. Mais je ne veux pas non plus lui apprendre à s’y soumettre. C’est plutôt ça ma responsabilité à mon avis.
            Et je crois pas qu’on apprenne plus de choses inutiles et néfastes dans la vie qu’à l’école. C’est à l’école que le petit souffre-douleur apprend à taper sur plus faible que lui.

          • … Oh bref, j’arrête de faire des phrases.
            Dans les grandes lignes je suis d’accord avec toi.

            Juste : l’école ça évite à bien des humains de faire encore pire chez eux.
            Et ça évite à bien d’autres de faire mieux, et ça c’est naze, certes.
            Et c’est une institution dirigée par des humains intéressés financièrement, donc nécessairement foireuse.

          • Oui on apprend l’autorité et la violence à l’école mais on peut Aussi l’apprendre ailleurs.
            Donc pour nous, les nantis de l’information, autant éviter à nos éventuels gosses d’y aller, certes, puisqu’on est capable de faire mieux.

            Pour les autres, si on veut éviter à leurs gosses de subir, autant retirer l’autorité et la violence de l’école. Le concept d’offrir gratuitement une éducation minimum/idéale à tous les enfants … jsais pas, y a pire je trouve.

            Mais bon, tu l’as dit : « Méfiante envers tout mouvement organisé, toute pensée collective, elle est moins dans la construction d’une société idéale … »
            .. En fait le débat s’arrête là pour moi. Le veganisme, l’écologie et l’humanitaire je vois un peu ça comme le summum de la conscience sociale (ou plutôt le minimum. Enfin, une conscience sociale étendue et améliorée, quoi). Donc retirer ses billes du jeu (ses enfants de l’école), c’est une solution à court terme, au niveau de Certains individus (pas possible ni souhaitable pour tout le monde), et ça ressemble trop à jeter le bébé (le concept de l’éducation gratuite et universelle) avec l’eau du bain (l’application du concept, ridiculement mauvaise et archaïque).

            Bref, désolé pour toute cette négativité, en tout cas tu fais réfléchir tes lecteurs, tu démocratises le zeitgeist, et tu fais plus avancer les choses que moi.

          • « Vivre pour l’heure présente, hors le mirage des sociétés futures ; vivre et palper cette existence dans le plaisir hautain de la bataille sociale. C’est plus qu’un état d’esprit : c’est une manière d’être – et tout de suite. » (L’En dehors, 1892)

            Zo d’Axa te donne raison, faut peut-être pas trop se prendre la tête à préparer le futur, surtout quand on a aucune prise sur lui. Est-ce qu’on peut militer contre certains problèmes sociaux, et ne pas militer contre d’autres ..?.. Est-ce que ça ne pose pas un petit problème d’intersectionnalité ..?
            En même temps, peut-être que « retirer ses billes du jeu » et informer, en l’occurence, c’est la meilleure façon de militer.
            J’ai pas les réponses, hein. C’est juste des paradoxes qui m’amusent, et qui me confusent un peu.

          • « Je ne sais pas, je me pose des questions et je pense que je suis encore loin d’avoir les réponses. » (Elfe)

            D’où le titre du blog! ^^

  14. Ping : Insoumission à l’école obligatoire | CentPapiers

  15. pas entièrement tout lu,
    et il y aurait une nuance: ils aiment la richesse des propositions
    et la rencontre avec d’autres enfants.
    Mais tellement d’accord dans l’ensemble.
    …et je suis instit.
    néanmoins je reste étonnée du nombre d’enfants qui semblent réellement aimer l’école en maternelle. pas tous, loin de là, mais certains aiment vraiment.
    seulement , ont-ils seulement connu autre chose?
    une famille, des cousins, des parents présents, des animaux…
    rarement.

    oui, il faut arrêter avec l’école obligatoire.

    néanmoins, il y a plus de parents indignes qu’on ne veut le croire,
    des parents qui laissent leurs enfants seuls pour aller faire la bringue,
    qui boivent, se droguent, sont violents…
    et il faudrait, dans ces conditions,
    un système pour que ces enfants soient tout de même pris en charge.

    il faudrait un système pour qu’on puisse écouter vraiment ce que veut l’enfant.

    sinon, une école uniquement le matin et une obligation d’emploi des mères le matin seulement si elles le désirent et si elles ont des enfants de moins de 8 ans (ou les pères) me semblerait une solution équilibrée. avec un abandon des notes: ça existe, je l’ai vu de mes yeux, et ça résoudrait beaucoup des problèmes. et des cours par modules, comme une collection, avec rien d’obligatoire. et je suis convaincue que ça coûterait oins cher pour une meilleure efficacité.

  16. « Est-ce que l’éducation implique un rapport dominant-dominé? » : dans notre système, je dirais oui, très clairement (enfin à moins que je n’ai pas compris le sens de la phrase). En tant qu’enseignant(e), on vous explique vite que c’est à vous de prendre le pouvoir, sinon c’est « eux » (les enfants) qui vont le prendre…et c’est en effet ce qu’on observe lorsqu’un enseignant est en retrait et/ou ne prend pas l’ascendant. (Je dis ça, c’est juste factuel hein. Ce n’est pas pour dire qu’il n’y a que cette solution.)

    • Oui j’ai remarqué que les gosses à l’école essaient perpétuellement de prendre le maximum de pouvoir sur l’enseignant. Je pense que c’est normal, ils sont dans un rapport de force et c’est finalement une des choses que l’école leur à appris: les jeux de pouvoir, tirer profit des plus faibles… (gare au professeur qui sait moins s’imposer que les autres, ou à celui qui arrive au travail déprimé ou fatigué; je me rappelle qu’une fois, une prof était sortie de la classe en larmes).
      Je n’aime vraiment pas cet aspect de l’école. Je pense que c’est inévitable que les élèves aient cette attitude à partir du moment où on les intègre dans un système hiérarchique pour leur faire faire ce qu’on veut qu’ils fassent.

  17. J’ai lu ce livre, ça vous intéressera peut-être d’avoir le point de vue d’une institutrice sur le sujet.
    Déjà, ce serait bien que les gens ne fassent des enfants que parce qu’ils ont envie d’en avoir. Et avoir envie d’avoir des enfants, c’est avoir envie d’avoir une relation avec eux, de vivre avec eux des expériences, des aventures. Pour moi, quelqu’un qui fait un enfant pour le mettre à la crèche, à l’école, à la nounou, c’est quelqu’un qui ne veut pas avoir trop de contacts, de vie avec son enfant, donc c’est quelqu’un qui n’aurait pas dû en faire.
    Le problème, c’est que dans notre société, avoir des enfants, c’est comme être en couple, c’est obligatoire. On le fait sans se poser de questions, et sans réfléchir à en avoir trop envie. Heureusement, l’école est là pour s’occuper des enfants à la place des parents.
    Pour moi l’école ne devrait même pas exister, parce qu’elle encourage les gens à faire des enfants en grand nombre (ce qui ne me semble pas une bonne idée au vu de la situation actuelle), et sans se poser de questions.

    Ensuite, je suis actuellement enseignante dans une école maternelle (enfants de 2 à 5 ans). Etant antispéciste, antisexiste, à tendance libertaire et tout le tintouin, je fais de mon mieux pour rendre agréable et stimulants ces moments passés enfermés à 30 dans une minuscule salle colorée. Je dis bien rendre agréables et stimulants, pas « suivre les programmes », ce qui est obligatoire, mais que je ne fais pas. Autant vous dire que j’ai intérêt à ne pas être « découverte ». Dans ma classe, je limite les dégats, mais je vois des horreurs avec les collègues autour de moi: des enseignants ultrasexistes qui ancrent les stéréotypes de force dans la tête des enfants, des enfants pudiques forcés à se désaper pour se mettre sur le trône devant tous leur camarades, des cours d’alimentation « il faut manger de la viande et du lait pour être fort », des « comme tu es belle » aux filles et « comme tu es fort » aux garçons, des « Tu dois toujours écouter papa et maman » alors qu’on sait que papa et maman sont des crétins, et j’en passe.

    Ca m’a fait plaisir de lire ton article, je devrais essayer d’écrire un livre sur l’école.

    • « Pour moi l’école ne devrait même pas exister, parce qu’elle encourage les gens à faire des enfants en grand nombre (ce qui ne me semble pas une bonne idée au vu de la situation actuelle), et sans se poser de questions.  »

      Eh bien j’avoue que même si d’une part je suis convaincue comme toi que beaucoup font des enfants + par convention que par réelle envie, et d’autre part je ne suis pas vraiment favorable à l’école, je n’avais encore jamais envisagé les choses sous cet angle.
      Et je pense que tu as tout à fait raison.
      « On peut faire des enfants puisque tout dans la société est prévu pour qu’on passe le moins de temps, qu’on ait le moins de contact possible avec eux. » Y en a pas mal chez qui ça doit jouer, au moins inconsciemment.
      Gare à ceux qui ont envie de passer du temps avec leurs enfants, par contre. ^^
      Merci de m’avoir ouvert une nouvelle piste de réflexion. :)

    • En tout cas, si tu « essayes » d’écrire un livre sur l’école et que tu réussies moi je le lis illico… ton point de vue sur la chose est extrêmement intéressant.

      « Déjà, ce serait bien que les gens ne fassent des enfants que parce qu’ils ont envie d’en avoir. »

      Exemple de personne qui ont fait des enfants sans vraiment le vouloir : ceux qui disent à leur enfant qu’ils ont 18 ans et que, donc, ils doivent partir de chez « papa-maman » et se trouver un appartement. Je ne dis pas qu’il faut se faire vivre (à 20 avec un travail à temps plein je paye un loyer très raisonnable de 600 dollars par mois à ma mère), mais demander à son enfant de partir de la maison parce qu’il a 18, 19 ans c’est ridicule pour ne pas écrire abject… ah! bah trop tard je l’ai écrit.

  18. Dans l’instruction sans école, le cas des sœurs Polgar est intéressant.

    En Hongrie, un type un peu fou, Laszlo Polgar, voulait montrer que n’importe quel enfant pouvait devenir un « génie » pourvu qu’il soit élevé dans une atmosphère adéquate. Il voulait obtenir la direction d’un orphelinat pour prouver sa thèse, mais l’Etat a refusé. Il a donc fait des enfants. Trois filles.

    (Souvenirs de son livre « Bring up génius ! »)
    Pour la première, il l’a laissée grandir, tout en étant très attentif à ses intérêts. La jeune fille semblait intéressée par le jeu d’échecs du salon. Il lui a donc appris à jouer. Puis il a appris à jouer à ses deux sœurs cadettes. Il ne les poussait pas, il s’arrangeait toujours pour que ce soit elles qui demandent plus. Toute l’éducation était faite à la maison, par les parents et plus tard par des profs engagés par le couple.

    Les trois sœurs sont ainsi très vite devenus les trois meilleures joueuses du monde chez les femmes, et l’une d’elle, Judit, est devenue 8ème mondiale hommes et femmes mélangés (alors que les échecs sont dominés par les hommes, Judit est la seule à être entrée dans le top100). Par ailleurs, elles ont eu une instruction tout aussi riche, voire plus, que les enfants sortis de l’école.

    Il faut noter que le couple n’était pas du tout riche. La mère travaillait et faisait vivre toute la famille (le père restait à la maison). Puis les gains des filles dans les tournois a amélioré un peu les choses.

    Alors, par rapport au débat en cours, il est clair que le projet Polgar est très différent des thèses de Baker. Il ne remet pas en cause la notion d’éducation, ni le rôle du professeur, il est beaucoup moins révolutionnaire. Mais à mon avis, il a réussi à démontrer que l’école infantilisait et abêtifiait les enfants plus qu’autre chose.

  19. Nous sommes une famille végane, « non-sco » depuis plus de 30 ans. C’était notre vie, perturbée par les contrôles qui empêchaient les enfants d’avoir une liberté complète.
    Pourquoi cela ? Pour les mêmes raisons que celles évoquées dans le livre de Catherine Becker. L’humain est insensible à la violence et à la souffrance que ce soit chez les humains et les non-humains.
    « C’est normal qu’il pleure, il va s’habituer »
    « Il ne faut pas les élever dans du coton »
    Voilà ce qu’on entend régulièrement.
    Longtemps l’école a préparé des générations pour aller à la guerre, aujourd’hui elle formate pour une autre forme de guerre, la croissance économique qui exploite une grosse partie de l’humanité des pays pauvres.
    Pour revenir à l’école à la maison, nos quatre enfants, adultes maintenant, ont bien profité de cette expérience qui leur donne aujourd’hui une grande confiance en eux, une grande autonomie (énorme par rapport à ceux qui ont été à l’école) et une réflexion qui les empêche de se faire dominer dans la vie.
    Nous sommes incapables de changer le système, il faut suivre notre chemin pour faire ce que l’on a envie.

    • Je m’interroge sur la possibilité de changer le système. Mais c’est clair qu’avant de se lancer dans de grandes discussions philosophiques sur ce qui serait bon ou pas pour le monde, il faut déjà essayer d’être heureux, de veiller sur soi-même et ceux qu’on aime. Je suis sure d’une chose, on ne rend pas le monde meilleur (même un tout petit peu) en étant malheureux. Et même si l’école pouvait sauver le monde je n’y enverrais pas mes enfants si je pense qu’ils y seront maltraités (même de façon ordinaire).

    • Super :) c’est cool que vous passiez par ici, j’ai bien aimé le blog de Laura et je suis impressionnée par l’oasis (j’ai lu les trucs sur les animaux et les installations, waw).
      Je trouve ça assez violent aussi de dire d’un petit enfant « c’est normal qu’il pleure ». S’il pleure c’est qu’il a un problème, on peut pas l’ignorer comme ça, décréter que c’est pas grave.
      Je pense que l’humain est sensible à la violence et à la souffrance d’autrui mais qu’on se fait tellement formater qu’on finit par ressembler à des robots… Mais je suis peut-être un peu trop bisounours

  20. Je trouve intéressant ce genre de livre qui remet en cause des événements de la vie qui nous paraissent évident. Néanmoins je m’interroge sur les solutions proposées. Faut-il que l’un des parents s’arrête de travailler ? Aucune obligation que ce soit la mère mais je parierais que ce sera principalement elle (et donc adieu sa liberté financière). Tous les parents ont-ils les capacités et les connaissances et l’envie de faire l’école chez eux ? Je ne le pense pas (en tout cas je n’en ai pas envie). Quid de l’argent ? Les enfants vont généralement à l’école parce que c’est gratuit (c’est souvent le cas des 2ans). Si un des parents ne travaillent plus, je ne suis pas sûre que l’autre parent gagne assez pour faire vivre la famille (parent au SMIC par exemple). Idem s’il faut mettre son enfant dans une ecole type Montessori à 500€ par mois par enfant, qui y aura acces ? des bourses, oui pourquoi pas. Mais si tous les enfants vont dans ces écoles, ne revient-on pas à la case départ ? Du coup je m’interroge. C’est bien de remttre en cause les acquis mais faut il avant de critiquer avoir des solutions et là je n’en vois pas malheureusement. J’ai aussi l’impression que ce genre de chose s’adresse à des CSP+ ou du moins des gens qui ont un minimum de culture. Encore une fois : à une très grande minorité de la population. L’école a ses travers mais a au moins un avantage : elle est accessible à tous.
    (Je n’ai pas pour but de critiquer mais je m’interroge bel et bien sur les solutions)

    • Tes questions sont pertinentes mais encore une fois je ne crois pas qu’il y ait de réponse définitive. Chacun devrait y répondre individuellement. Bien sur il serait dommage que les gens déscolarisent leurs enfants si c’est encore aux femmes principalement de s’en occuper et donc de rester à la maison, avec tous les problèmes que ça implique. Cela dit je ne suis pas d’accord avec le fait qu’il faille nécessairement de la culture ou de l’argent pour ne pas mettre ses enfants à l’école.

      Je ne crois pas qu’être accessible à tous soit un avantage de l’école, parce qu’elle est profondément injuste et discriminatoire. Elle accepte les plus pauvres, les plus « nuls » et les moins « intelligents », mais elle leur fait passer de sales moments, et les imprègne du sentiment de leur infériorité. Evidemment qu’elle accepte tout le monde, l’école: c’est la grande machine à trier.

      Même s’il peut être problématique de s’occuper de ses enfants, les fourguer à l’école -fut-elle gratuite- n’est pas une bonne solution. D’abord moi si je fais des enfants ce n’est pas pour les refiler à d’autres qui s’en occupent à ma place. Ensuite, libérer mes journées pour travailler, je ne considère pas ça comme une source de problèmes, mais comme un problème en soi. Je ne pense pas que je doive travailler toute la journée en confiant mes gosses à une institution faite pour en faire de futurs adultes rentables.

      Je pense quand même que tu as des a priori sur les gens qui ne mettent pas leurs enfants à l’école. Baker est mère célibataire et a toujours vécu en dessous du SMIC. Dexter antispéciste (je crois qu’il passe par là sous ce pseudo) ne travaille pas et vit en camion avec le RSA et il ne met pas sa fille à l’école pour autant. Melynae est éditrice, elle travaille chez elle et peut donc s’occuper de son fils.
      En fait c’est un peu comme les gens qui pensent qu’il faut être riche ou expert en nutrition pour être végane. Il y a des gens de toutes catégories sociales qui ne mettent pas leurs enfants à l’école parce que ce n’est pas une question de moyens mais de solution; ce n’est pas une question d’argent, c’est une question de protéger ses enfants contre ce qu’on estime mauvais pour eux, ou de vouloir leur apporter le meilleur, en ayant une certaine vision de la société. Il n’y a donc pas de solution idéale, chacun fait en fonction de ses possibilités. Et contrairement à ce que les experts voudraient faire croire, il n’y a pas besoin d’en être un pour choisir ses propres solutions: pas besoin d’être nutritionniste pour être végane, pas besoin d’être prof pour instruire son enfant (même si beaucoup de personnes qui ne scolarisent pas leurs gosses sont profs, ça fait réfléchir), y a des gens qui produisent leur propre énergie ou construisent leur propre maison mais on va bientôt nous faire croire qu’il faut un doctorat pour faire pousser son potager.

      Encore une fois il ne s’agit pas de créer une société parfaite. Juste de dire: non moi je confie pas mon enfant à l’école de la république parce qu’ils vont le faire souffrir, le formater et casser sa personnalité pour qu’il rentre dans le moule.

  21. Lire Catherine Baker il y a quelques années déjà a fini de me mettre le coeur en miette vis-à-vis de l’école… Depuis, j’ai participé à la traduction de deux livres de John Holt « Apprendre sans l’école » et « Apprentissages autonomes » : http://www.editions-instant-present.com/apprendre-sans-lecole-p-39.html … Avec le même genre d’analyse que Baker, il a le mérite d’être très constructif sur le « Comment faire alors « ? » …

  22. Merci ! C’est un article que j’aurais aimé écrire ,tant j’aime ce bouquin.
    Pour sa brillante écriture , sa pensée cohérente et cette sorte de volonté mêlée de désespoir et de joie en même temps qui la pousse à aller jusqu’au bout de sa pensée .Ce livre m’accompagne depuis des années , depuis que (enfin….) j’ai non seulement pu libérer ma fille de l’école ,mais ai pu aussi m’en délivrer.

    Depuis , les mêmes pseudo débats reviennent et lassent…..

    Mais ma fille est heureuse et grandit apprenant à être elle-même , alors nous aussi , l’après-midi , on aime bien , quand on peut , aller au cinéma…. ;-)

  23. Ping : Insoumission à l’école obligatoire | Les Questions Composent | Libre décole et ateliers l envol créatifs culturels | Scoop.it

  24. Article & livre intéressant, je suis en train de lire le bouquin en ce moment, je trouve la critique adressée juste.

    Etant moi-même encore au lycée, je ne peux que constater à quel point l’école rend les gens cons et conformistes, et leur fait perdre tout curiosité. Typiquement, l’enseignement de la science me passionnait quand j’étais petite, mais quand on a commencé à me saouler avec des maths bizarres etc…J’ai perdu tout intérêt pour ça. Mais j’avais ingurgité par moi-même des tas de trucs sur l’Egypte Ancienne sans cours d’histoires chiants.
    Récemment j’avais une conversation avec une amie qui est dans le même lycée que moi, et on s’est tristement rendu compte qu’on avait des conversations complexes et intéressantes qu’en dehors du lycée…

    Aussi, je crois que l’école ne prive pas « juste » les enfants et les jeunes de curiosité et de capacité de réflexion. Je pense qu’elle leur fait carrément HAÏR la pensée. Ca se voit entre autres dans la manière dont les élèves ont une peur bleue de se faire passer pour des « intellos » : je pense pas que ces derniers soit uniquement mal vus parce qu’ils peuvent être « fayots » ou par jalousie, mais aussi parce que les autres ont appris à détester l’institution ET ce qu’elle transmet. Par ailleurs avoir des bonnes notes et/ou aimer l’école ce serait comme envoyer le message inconscient aux adultes et au système « Allez-y, continuez de nous abrutir, regardez il y en a qui aiment ça ».
    Ce que je veux dire, c’est que les « non-intellos qui n’aiment pas les intellos » ne les déprécient pas forcément en tant que personne, mais rejettent leur aliénation au travers d’eux.

    Pour finir, j’aimerais partager une mignonne petite chansonnette ( car la musique adoucit les mœurs, n’est-ce pas?) :
    http://www.youtube.com/watch?v=SWxMxSkplr4

  25. Débat très intéressant, qui oppose en quelque sorte deux modèles de société, très schématiquement :

    Celui de l’école obligatoire, à visée égalitaire, qui, dans l’idéal, apporte à tous un ensemble de savoirs de base. Le risque est ici que ces savoirs ne correspondent pas à ce dont les gens ont besoin, mais aussi que ces savoirs ne constituent qu’un formatage social de masse.

    Celui sans école obligatoire, dans un esprit plus individualiste et libertaire, dans lequel chacun peut apprendre uniquement ce dont il a besoin ou ce qui le passionne. Ici, le risque est une plus grande hiérarchisation des rapports sociaux, entre ceux qui accèdent spontanément aux savoirs, et ceux qui, soit ne peuvent pas y accéder pour des raisons matérielles, soit préfèrent, par facilité, s’en remettre à ceux qui savent, quittes à se soumettre à eux ou à être manipulés.

    • Tu caricatures un peu quand même. D’abord on n’a pas vraiment proposé de modèle de société, juste quelques pistes.

      D’autre part, NON, je suis désolée, c’est faux d’affirmer que l’école apporte à tous un ensemble de savoir de bases. Beaucoup d’enfants sortent de l’école sans savoir lire et en ayant pas la moindre culture. De plus, tu présentes le fait que ces savoirs seraient un formatage social comme une sorte d’accident. Je deux problèmes dans ton raisonnement:
      1) non, ce ne sont pas ces savoirs qui sont des formatages. Un savoir n’est pas un formatage. « savoir lire » n’est pas être formaté. Ce qui formate, c’est tout ce qui est autour: la façon de transmettre ces savoirs, l’organisation sociale de l’école, le fait que certains savoirs soient mis en avant et d’autres dissimulés…
      et surtout, 2) le formatage n’est pas une conséquence accidentelle de l’école. L’école formate parce que c’est son but et qu’elle ne peut de toutes façons pas fonctionner comme ça. Le fonctionnement « en troupeau » nécessite l’apprentissage d’une certaine sociabilité qui n’est pas la sociabilité ordinaire. Il y a différentes façons de socialiser, l’école socialise en vue d’intégrer les individus à la société marchande.

      Ensuite, il est bien joli d’évoquer des prétendues inégalités dans une société sans école qui n’existe pas encore et qui reste à définir. Mais je ne vois pas pourquoi il y aurait hiérarchisation des rapports sociaux en fonction du savoir dans n’importe quelle société. Cette hiérarchisation existe dans NOTRE société (malgré… ou à cause de l’école). L’appliquer à toute société c’est un manque d’imagination ou alors c’est supposer qu’ils sont naturels, qu’ils existeraient dans n’importe quelle société. Cela a déjà été dit on ne peut pas changer l’école sans changer la société et inversement.
      En plus tu pars du principe qu’il est difficile d’acquérir des savoirs, que ça demande de la « volonté », etc. C’est peut-être aussi un principe scolaire (les profs ont l’habitude de diviser les élèves en feignants et travailleurs). En dehors de l’école, si chacun apprend ce qu’il veut, rien ne dit que les « feignants » en sauront moins que les « travailleurs » ou plutôt rien ne dit que ces catégories existeront toujours. Etre feignant c’est ne pas s’intéresser à ce qu’on t’apprend en classe. Je ne connais personne qui n’apprenne rien pendant ses heures de loisir. Regarde les jeux vidéos par exemple, les gamers emploient un vocabulaire carrément mystérieux pour les néophytes.

      • Bah, il ya un schisme entre les théoriciens de l’anarchie, ya ceux qui croient que la liberté et l’égalité sont nécessairement inversement proportionnel, et ya ceux qui croient que les deux concepts ne sont pas nécessairement antinomique (genre Proudhon).
        Mais bon, dans les faits … On est soit libres, soit égaux, et il faut compromettre sa liberté personnel pour garantir l’égalité de tous.
        « je suis techniquement libre de manger des cadavres, mais je rejette cette liberté pour garantir un droit de vivre égal aux autres êtres vivants et à moi ».
        … mais bon, ça ne justifie strictement rien de la forme de « l’école de la république ».

        « D’autre part, NON, je suis désolée, c’est faux d’affirmer que l’école apporte à tous un ensemble de savoir de bases. »
        On peut dire qu’elle Devrait faire ça ?
        L’éducation des gosses Détermine leur capacité futur à être libre. L’école aujourd’hui n’est pas conçue pour ça, elle est conçue pour formater, on est d’accord.

        « L’école formate parce que c’est son but et qu’elle ne peut de toutes façons pas fonctionner comme ça. »
        wut ? Tu voulais dire « ne peut que fonctionner comme ça » ?
        C’est toi qui manque d’imagination là .. On a une école archaïque, ou les informations suivent un vecteur qui va du haut vers le bas, c’est le modèle idéal/rêvé du bourrage du crâne. On peut pas faire mieux, à moins d’y ajouter de l’hypnose ou des drogues, genre de la ritaline pour les gosses turbulents.
        Mais bon, au siècle d’internet, de la ridicule profusion livresque et de wikileaks on peut Sûrement imaginer une école ou les informations sont juste stockées et mises à disposition de tous. Avec des éducateurs résidents.
        .. Mais bon en attendant, ceux qui peuvent, autant s’occuper de ses propres gosses plutôt que de les balancer dans cette sale machine. Certes.

        Et puis, on apprend énormément plus de trucs qu’un vocabulaire abscons en jouant à des jeux vidéos.

        « Cette hiérarchisation existe dans NOTRE société (malgré… ou à cause de l’école). »
        La hiérarchie, c’est pas du tout du tout un truc naturel ? C’est vrai que sous nos latitudes, c’est un truc qu’on apprend, mais de là à dire qu’il ne faut pas essayer de la réprimer et de s’en garantir, et qu’en laissant les choses se faire toutes seules, elle n’apparaît pas d’elle-même … jsais pas, il y a un fossé pas évident à franchir.

        • « pas essayer de la réprimer et de s’en garantir »
          … En plus que de refuser cette école, évidemment.

          Jveux dire, concernant la hiérarchie, et concernant ça aussi ..
           » le fait que certains savoirs soient mis en avant et d’autres dissimulés »
          .. l’école est en partie responsable mais ya pas Que l’école non plus. Une bonne école serait un contre-pouvoir contre ces deux phénomènes.

        • La hiérarchie institutionnalisée n’a rien à voir avec la hiérarchie qui apparait spontanément chez tous les animaux sociaux (et qui est, malgré ce qu’on en pense, généralement très discrète).

          En effet je voulais dire « l’école formate parce que c’est son but et qu’elle ne peut QUE fonctionner comme ça ».
          Et à mon avis c’est pour ça qu’elle ne parvient pas à remplir son rôle « officiel » de donner à chacun une chance de bien « s’en sortir » dans la vie (Baker dirait « il faudrait déjà commencer par ne pas y entrer »).
          Déjà on y fourre tous les gosses et ils ont pas le droit d’en sortir, et ils doivent intégrer des règles qu’ils n’ont pas choisies pour vivre dans un endroit qu’ils n’ont pas choisi… etc. Et en plus il faudrait qu’ils aient le bon goût d’aimer ça et d’en redemander. C’est ce que font les « bons ».

          A propos du problème de la socialisation à l’école: l’école, cabane à lapins un article très intéressant.

          Quand tu dis qu’on pourrait imaginer une école où les informations seraient simplement disponibles aux gens, tu es déjà en train d’imaginer une « autre » école qu’on peut appeler école mais qui n’a rien à voir avec que qu’on appelle « école » aujourd’hui. Moi je peux très bien imaginer ça mais ce n’est pas la même chose que ce que j’appelle « école » car non seulement les moyens seraient différents, mais l’objectif aussi, ce qui n’est pas rien. Et puis je rejoins Baker sur un point important: ce n’est pas l’école qui me pose problème mais l’école obligatoire. Une école non obligatoire pourrait être très intéressante. Il va de soi qu’une école non obligatoire serait complètement différente. Pour commencer elle devrait s’adapter aux enfants (ou aux adultes!) ce ne serait pas aux enfants de souffrir pour s’adapter à elle.

      • A vouloir faire trop schématique, j’ai carricaturé et fait quelques raccourcis de langage assez malheureux, j’avoue (le savoir qui formate plutôt que le système scolaire qui formate, par exemple). Il n’empêche que la question centrale semble bien être école obligatoire où non. On peut essayer d’anticiper un peu les conséquences de chaque cas, même si on a peu de chances d’être complet.

        L’école telle qu’elle existe aujourd’hui ne parvient pas à apporter à tous les savoirs de base qu’elle souhaiterait assurer, c’est un fait. C’est bien pour ça que j’ai parlé d’idéal. Que l’école échoue en partie, c’est une chose. On peut même considérer, comme tu le fais, qu’elle participe parfois (cette fois-ci je parlerais d’accident) à la hiérarchisation des rapports sociaux. mais l’esprit de départ n’en est pas moins là. Je ne crois pas que, sous prétexte que l’école use de méthodes parfois discutables, que certains savoirs qu’elle enseigne ne correspondent pas toujours aux attentes et aux besoins, on doive la condamner dans son principe. J’ai un peu l’impression, peut-être à tort, que Baker part des dérives et disfonctionnements du système scolaire, pour enterrer le système lui-même, sans prendre en compte ce que ce système apporte, ni même ce qu’il pourrait apporter si on l’améliorait.

        Effectivement, je pense que l’acquisition de certains savoirs demande un certain effort, précisément quand ce sont des savoirs qui ne nous intéressent pas. Malheureusement, les savoirs qui nous passionnent ne sont pas toujours les mêmes que ceux dont on a absolument besoin dans une société donnée. Je manque peut-être en effet d’imagination, mais j’ai du mal à concevoir un système social, une vie en communauté, même la plus souple qui soit, sans un minimum d’acquisitions communes, un socle de savoirs communs à posséder. Et ces savoirs n’intéresseront nécessairement qu’une partie des individus. Il ne s’agit pas de diviser les gens en feignants et travailleurs, mais simplement de l’idée que nous ne sommes pas tous intéressés par les mêmes choses.
        Dès lors, se passer d’un système qui inculque à tous ces savoirs basiques, c’est accepter l’idée qu’un certain nombre d’individus seront plus ou moins exclus du système social, ou qu’ils se soumettront à ceux qui savent, avec tous les risques d’emprise que cela suppose, d’où une plus grande hiérarchisation.

        Cela dit, je raisonne peut-être trop en référence au système dans lequel nous sommes. Il doit falloir prendre davantage de recul pour envisager une organisation radicalement différente. Pour le moment, j’en suis encore à me dire qu’en l’absence d’éléments contraignants décidés par une collectivité, c’est une organisation encore plus injuste qui se mettra spontanément en place, tôt ou tard.

  26. « L’éducation dénature l’individu, le détourne de ce qu’il est pas sous la contrainte (qu’elle soit violente ou douce). »

    Je ne comprends pas cette phrase. Il manque un mot ou il y en a un de trop ?

  27. Super! Mon père qui a du arrêter l’école à quatorze ans pour gagner sa croute, qui déjà à douze ans a du commencer à bosser dans des bistrots (qui est aujourd’hui grâce à cela brisé, pauvre, alcoolique, semi analphabète) doit trouver que l’école obligatoire c’est vraiment moche.
    Moi qui devais suivre la même voie, qui moi, n’ai pas pu étudier à l’université, qui plutôt que faire un tour du monde ai du faire des cours du soir minables pour un boulot pas terrible, vraiment, comme l’école non obligatoire m’aurait libéré en me mettant à l’usine à quatorze ans…
    Je ne suis pas le seul, ma famille n’est pas la seul. Et je ne parle pas de tout ce que l’école transmet et que les familles pauvres ne peuvent transmettre….
    Cette idée cet article relève vraiment du snobisme petit bourgeois, du refus de penser un monde où nous, pauvres, existons aussi, au profit d’un monde sans contrainte pour eux.
    Nous pauvres, aimerions que vous ayant seulement les soucis de nous que vous avez pour les bêtes….

  28. Merci pour cet article, j’ai lu le lire il y a quelques mois grâce à ton blog et l’ai partagé le plus largement possible…
    Tout ce qu’elle dit a tellement résonné en moi, qui était déjà anti école dès mon entrée au CP, je sentais bien qu’un truc ne tournait pas rond, et haïssait l’idée d' »éducation »… j’ai abandonné l’école contre l’avis de tous (bien plus tard, au collège, mais une telle descision se murit) et ne l’ai jamais regretté. à plus forte raison quand je lis ça. Je me demande même comment je l’ai supportée aussi longtemps.

    Sinon, l’elfe, je tiens (j’ai déjà du le faire mais j’ai encore une raison de plus de le faire ajourd’hui) à te remercier et te signifier toute l’importance que tu as ainsi que les gens de conviction comme cette Catherine Baker, dans la sphère de l’information sur internet, les blogs, le partage…
    On m’a dit que j’avais trop confiance en l’intelligence de l’humanité, il est vrai que j’ai souvent rencontré des personnes qui savaient critiquer, remettre en question, voir les choses et s’informer différemment, activement. Je prends très doucement conscience qu’en fait j’ai simplement de la chance, car c’est loin d’être la nome et la majorité des gens…

    J’en ai particulièrement pris conscience à une soirée où une fille s’est mis à aborder des tas de sujets comme le mariage pour tous, les hommes VS lafâme, ou encore l’éducation ou le fait de bouffer de la bidoche (oui je t’avoue, elle a fait fort).
    J’avais l’impression d’entendre aboyer un chien de garde de la pensée unique, un perroquet des idées reçues, et tout le monde acquiesçait à ses « nous les femmes nous sommes comme ci, alors vous les hommes vous devez être comme ça parce que c’était comme ça dans les cavernes », « les homos on sait bien qu’ils reproduisent les homos », « les humains sont faits pour manger de la viande » etc.
    C’est là que moi, si faible face à son non-argumentaire énoncé d’un ton docte, j’ai remercié aux gens comme toi d’exister et d’ouvrir leur gueule.
    J’ai tenté, mais mes mots me lâchent vite, et face à une telle confiance en soi j’arrive plus facilement à rire intérieurement qu’à lutter extérieurement. ça ne devrait pas être un rapport de force…

    Bref, continue comme ça envers et contre l’immobilisme !
    Partage, diffuse, explique, tu es un exemple que je veux suivre

  29. A rapprocher de  » La société sans école  » d’Ivan Illich qui défendait ces idées en 1971.
    (le titre d’origine étant  » Deschooling Society « )

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  33. Merci pour ce très bon résumé du livre de Baker.
    Je ne sais pas si tu as eu l’occasion de lire « La fin de l’éducation ? Commencements… » de Jean-Pierre Lepri ? Il apporte aussi une réflexion très intéressante.

  34. Bonjour, si l’école est la principale cible de l’auteure, ses attaques visent la domination adulte et, au-delà, l’assujettissement social et la gestion des individus. Ce livre est apparu pour la première fois en 1985. Si les constats que dresse Catherine Baker sont très actuels, la radicalité de la remise en cause à laquelle elle se livre est quasiment impensable aujourd’hui.

    Cordialement!

    • Pourquoi cette radicalité serait impensable aujourd’hui?
      Je ne comprend peut-être pas exactement l’époque de la sortie du livre, mais j’ai l’impression que la radicalité est « impensable » en général, que cela ne se fait pas de TROP remettre les choses en question. Pourtant, je suis persuadée que remettre en cause les fondements mêmes de l’école de la république est une bonne chose, même si forcément, ce n’est pas très bien vu.

  35. La première remarque qui me vient à l’esprit à propos de cette auteure dont la pensée est fertile, c’est de constater que l’école ne la mettra jamais au programme du bac et je pense qu’elle a oublié de mentionner le rejet volontaire de la part des concepteurs des programmes scolaires, un rejet à mettre dans la liste de ses reproches contre la scolarisation obligatoire : on se tape François René de Chateaubriand, mais on ne lit pas Catherine Baker, dont la pensée est pourtant bien plus libératrice pour les esprits jeunes.
    C’est qu’effectivement l’école n’est pas conçue pour être libératrice, elle n’est pas nécessairement prévue pour instruire, mais certainement prévue pour hiérarchiser la société et faire la répartition des biens symboliques: aux uns elle offre les formations intellectuelles, aux autres les formations scientifiques de haut niveau; à d’autres l’accès aux professions libérales, à d’autres les compétences techniques, et enfin, les oubliés du tableau d’honneur, ceux qui sont inaptes à l’emploi tels que la société le définit aujourd’hui.
    L’école les condamne de telle sorte qu’ils n’espèrent que des emplois déclassés, de plus en plus rares .
    Merci pour l’article et bonne journée!

  36. Ping : Insoumission à l’école obli...

  37. Sauf erreur, le caractère obligatoire de l’école avait pour objectif initial de permettre aux enfants de milieu moins favorisé d’avoir accès à un minimum d’éducation et ce « malgré leur parents » (cas des parents qui font bosser leurs enfants à leurs côtés dès leur plus jeune âge, ou qui ne voient pas l’intérêt d’acquérir du savoir ou qui s’en foutent de l’avenir de leurs enfants).

    Dans la complexité de notre société occidentale actuelle, ne pas avoir accès à l’éducation est un réel handicap et rares sont ceux qui ont la chance d’avoir des parents disposant à la fois des capacités, de l’énergie et de la disponibilité pour leur octroyer ce savoir en lieu et place de l’école. Apprendre à cultiver des tomates, c’est chouette et important, mais quand on habite une grande ville, cela ne suffit pas toujours…(l’immense majorité des chômeurs de longue durée est quand même constituée de gens sans diplôme).

    On peut bien sûr partir de l’idée que notre société est mal fichue et doit changer mais sachant que la probabilité que cela ce fasse dans le bon sens à très court terme est assez mince, l’immense majorité n’a d’autre option que de passer par la case école pour disposer des outils minimums pour avoir la chance de s’insérer dans la société à une place épanouissante.

    Je crois qu’en l’absence d’école obligatoire, des tas de gosses grossiraient encore plus la masse des laissés pour compte de la société. S’il y a bien sûr toujours l’un ou l’autre génie d’exception qui s’est formé tout seul et s’est fait sa place au soleil en bon self made man, la majorité des gens n’ont simplement pas cette capacité ou la chance d’évoluer dans un contexte favorable.

    Cela n’empêche bien sûr pas d’avoir un regard critique sur le rôle de l’école, ce qu’elle enseigne et la façon dont elle le fait. Il y a en effet beaucoup à dire à ce sujet et il est clair que cela implique un changement de société car il me semble à peu près inévitable que l’école soit à l’image de la société : si on veut changer l’école, il faut changer la société (et inversement).

    A mon sens, ce qui est critiquable, ce n’est pas l’école obligatoire, c’est la façon dont l’école est pensée : elle formate des travailleurs destinés à s’insérer sur le marché de l’emploi, plutôt que de créer des être libres, épanouis, disposant de leur propre sens critique et capable de se prendre en main hors des chemins balisés.

    Mais si l’école a de gros progrès à faire, je crois aussi qu’on ne peut pas tout lui demander et qu’il y a énormément de choses importantes dans la vie qui ne peuvent être apprises qu’à l’extérieur de l’école, ne fut-ce que parce que cela ne s’enseigne pas (surtout à une classe passive de 25 élèves) mais qu’il faut les avoir expérimenté soi-même et vécu pour qu’elles soient comprises et intégrées.

    • « (l’immense majorité des chômeurs de longue durée est quand même constituée de gens sans diplôme) »
      X a un BTS de biochimie, qui lui permet donc d’être bibliothéquaire dans une bibliothèque jeunesse, comme tout diplôme bac +2. Il aurait pas passé son BTS de biochimie, il aurait pu apprendre à être un bon bibliothéquaire jeunesse à la place (oui mais il restait des places que là quand il s’est inscrit pour avoir son bac +2 ..). Les possibilités sont infinies.

      « la majorité des gens n’ont simplement pas cette capacité ou la chance d’évoluer dans un contexte favorable »
      L’expérience des « contextes défavorables » semble indiquer que le « contexte défavorable » ne s’arrête pas à la grille de l’école. En fait, l’école en tant que « détérminant pour trouver un boulot » favorise la reproduction sociale.
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Bourdieu#Reproduction_des_hi.C3.A9rarchies_sociales
      http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Reproduction
      En tant que « moyen de diffusion des connaissances et des techniques gratuit et en accès libre universel », l’école s’est bien plantée par contre.

      « elle formate des travailleurs destinés à s’insérer sur le marché de l’emploi, plutôt que de créer des être libres, épanouis, disposant de leur propre sens critique et capable de se prendre en main hors des chemins balisés. »
      Du coup, c’est pas un énorme problème qu’elle soit dite obligatoire ?

      http://melynae.wordpress.com/
      jette un oeil au début du blog de Melynae un jour, un gosse en dehors de l’école, ça apprend plusse de choses que juste planter des tomates.

      • Je n’ai pas l’impression que cela va à l’encontre de ce que j’ai écrit : le réel problème n’est pas tant que l’école soit obligatoire que le fait que l’école ne remplit pas sa mission qui est d’aider à l’épanouissement et à l’accomplissement des gens mais les oriente de force dans des directions qui répondent plus à des logiques sociétales et de marché.

        C’est sûr que dans un monde idéal, il n’y aurait pas besoin d’école obligatoire (ni rien d’obligatoire, d’ailleurs…) et tous les parents auraient les capacités et la motivation de ceux qui tiennent ce blog Melynae, pour lequel je suis plein d’admiration…

        Commencer par rendre l’école facultative ne règlera pas le problème car, pour la plupart des gens, cela constituera juste un grand vide qu’ils ne seront pas à même de remplacer par une alternative meilleure. Et une part de ceux qui en ont les capacités l’ont déjà fait (cfr. Melynae).

        • « Commencer par rendre l’école facultative ne règlera pas le problème »

          C’est pour ça que c’est pas ça qu’il faut faire. Il faut informer et protester (pas en faisant des manifs, en se situant « contre l’école obligatoire » dans le débat, voire dans les faits), pour que « ceux qui en ont les capacités » aient aussi accès aux infos et à l’acceptation sociale pour faire mieux. Ce genre d’article cherche pas la solution hein, ce genre d’article participe à la solution, ils solutionnent activement en proposant une alternative, pas en proposant un hypothétique changement futur, « remplacer une école obligatoire par une autre école facultative », nop. Refuser l’école pourrave, faire mieux, pas le temps de « vivre dans le mirage des sociétés futures ».

          « l’école ne remplit pas sa mission qui est d’aider à l’épanouissement et à l’accomplissement des gens »
          C’est pas ça sa mission, c’est pour ça. C’est pas non plus de diffuser les connaissances, il faut voir comme les universités gardent jalousement leurs programmes et leur cours, il ne faudrait surtout pas qu’ils soient en accès libre. J’ai pas non plus connaissance de cours de lecture et d’écriture en accès libre et gratuit pour les gens qui ne savent pas lire. Il me semble que le programme de l’école c’est « apprendre à lire aux enfants avant 8 ans », et pas « apprendre à lire à ceux qui ne savent pas lire ».

          Jette un oeil à ces histoires de reproduction sociale, c’est intéressant. C’est pas parce que des gens intéressés ou naïfs répètent des tonnes de fois un mensonge ((l’école et son éducation à la soumission servile vous rendra libre de travailler, et votre travail salarié vous rendra libre de mourir en paix)), que le mensonge devient vérité.

          Jette un oeil aux liens vers la « reproduction sociale » de Bourdieu expliquée sur Wiki, dans mon message précédent, c’est intéressant. ya ça aussi :
          http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_H%C3%A9ritiers._Les_%C3%A9tudiants_et_la_culture

          En théorie, l’éducation gratuite et même obligatoire jusqu’à un certain point, c’est un concept plutôt humaniste, mais en pratique, l’école dans sa réalité effective d’aujourd’hui, ça a peu à voir avec ça.

        • Moi déjà ça me pose un problème qu’on prétende remplir une mission d’épanouissement et d’accomplissement des gens tout en rendant ce moyen obligatoire. Si on devenait épanoui et accompli en allant à l’école il n’y aurait pas besoin d’y forcer les gens…

  38. Ce qu’elle oublie cette très intéressante dame, c’est une chose cruciale entourant l’établissement de l’instruction obligatoire … c’est le travail des enfants.
    L’école n’a pas été faite obligatoire pour contraindre les enfants au départ mais pour faire respecter leur droit à l’instruction manu militari s’il le fallait. Fin du 19e, même gratuite, si elle n’avait pas été obligatoire, la plupart des enfants n’auraient pas fréquenté cette école. De nombreux pays en Afrique et ailleurs, le constatent encore aujourd’hui, changer de façon de faire et considérer les enfants comme ayant des droits est difficile. Dans le contexte de l’époque et encore dans les années 50, l’école et l’instruction était des pertes de temps qui les privaient de l’aide des enfants … voire de leurs salaires.
    Cette femme idéaliste parle de la liberté des enfants, mais dans la plupart des familles avant l’école obligatoire, dés 6 ans, les enfants avaient bien peu de marge de manoeuvre.
    Ne parlons même pas des filles dans ce contexte.
    Ma grand-mère, née en 1935, voyait l’école comme une bouée de sauvetage où, justement elle pouvait fréquenter d’autres enfants et faire autre chose que des corvées.
    Ma grand-tante, placée à 12 ans comme domestique dans les années 30, enrageait encore à 80 ans d’avoir été privée de la suite de ses études alors même qu’elle était recrutée par une école… mais l’école n’était plus obligatoire à 12 ans ( l’année suivant ça passait à 14 ans, je vous laisse imaginer sa déception).
    Dans un monde idéal où tous les parents ont l’instruction et les moyens, oui on pourrait imaginer d’autres modalités.
    Oui, les enfants apprenaient avant avec leurs parents… ils apprenaient ce que les parents voulaient bien leur apprendre.
    Prenons l’éducation sexuelle comme exemple : combien de parents refuseraient tout simplement d’instruire leurs enfants des moyens de contraception ou simplement du fonctionnement réel de leur corps ?
    Alors, sa fille a eu cette grande chance de s’éviter l’ennui et les rabrouements des idées trop originales, mais admettons qu’elles sont privilégiées là dessus. Tout le monde ne peut pas ne pas aller travailler à son loisir ^^

    On ne devient pas toujours épanoui à l’école, c’est clair, mais on y gagne des outils. Pas toujours de la façon qui me semble, moi naturelle ( je suis très « apprentissages autonomes ») et simple. Avoir en tête en enseignant les idées d’intelligences multiples par exemple de façon généralisée aiderait sans doute.

    Si on voulait briser toutes inégalités de contexte, il faudrait carrément enlever les enfants à leurs parents dés la naissance… je ne trouve pas ça souhaitable ^^

    Je suis la première à avoir enrager d’ennui à l’école, mais j’y ai aussi découvert des gens que je n’aurais jamais rencontré sinon, fait des choses que je n’aurais jamais entrevues avec mes parents, passé des moments merveilleux autant que de pénibles.
    Elle est loin de m’avoir garanti un boulot ( suis bac+5 en biologie ^^), mais avec les outils acquis, j’ai su m’adapter, je peux changer de vie… alors que deux générations en arrière, j’aurais à coup sûr été employée de maison.
    Mon fils est très particulier… et bien dans l’école d’aujourd’hui, il arrive à piocher des choses. Pas des savoirs académiques qu’il pioche à la bibliothèque librement, mais des savoirs sociaux. Il est fort de caractère, il apprend la diplomatie :p Il apprend les autres et à se mettre en connexion avec eux. Il pense vite et avec nous H24, il n’a pas à s’adapter, oui, c’est plus facile pour lui de parler avec nous. Mais il vivra adulte dans un monde avec des gens différents.
    Il n’a pas eu besoin de l’école ou de nous ( ou presque : il nous demandait d’écrire/épeler tel ou tel mot) pour s’apprendre à lire ou à écrire. Pas eu besoin non plus pour le calcul ou pas mal de choses. Mais c’est bien parce qu’il avait à portée de main les livres et internet ( il a appris à écrire en attaché en recopiant des j’aime lire ^^). Ce n’est pas accessible à tous.
    La tentation a été grande de le retirer de l’école … et je recommencerais, il n’irait pas en maternelle avant 5 ans quand il s’est vraiment intéressé aux autres, mais les copains il s’en fait plein et réclame même la cantine pour partager avec eux alors que je suis à la maison en ce moment.
    Ce n’est pas toujours facile pour lui… alors régulièrement on triche : il ne va pas 1 à deux jours par semaine de façon assez fréquente. …ou il manque le matin parce que tout le monde dort trop bien ^^

    Mais c’est un livre très intéressant même si on veut les maintenir à l’école… parce que l’accompagnement autour de l’école, compte aussi. Leur garder des jours entiers sans emploi du temps. Leur offrir d’autres points de vue que celui de l’école sur certaines choses etc… Les aider à questionner les savoirs et voir d’où ils viennent aussi …

    • « Mais c’est bien parce qu’il avait à portée de main les livres et internet ( il a appris à écrire en attaché en recopiant des j’aime lire ^^). Ce n’est pas accessible à tous. »
      Bah, quand même … Si. En vrai, si. Ca fait pas partie des réflexes ou des pratiques ou ce que tu veux, mais accessibles .. Si, c’est accessible.

       » Dans un monde idéal où tous les parents ont l’instruction et les moyens, oui on pourrait imaginer d’autres modalités. »
      Donc, on attend ? ^^

      « Cette femme idéaliste parle de la liberté des enfants, mais dans la plupart des familles avant l’école obligatoire, dés 6 ans, les enfants avaient bien peu de marge de manoeuvre.
      Ne parlons même pas des filles dans ce contexte. »
      Evidemment qu’on ne parle pas d’améliorer le mode d’éducation des enfants pour les envoyer au turbin plutôt qu’à l’école. En fait, c’est même plutôt l’inverse, il semble que l’ « école » soit devenu essentiellement un moyen d’alimenter le Turbin en énergie (voire en àmes fraîches, pour les plus alarmistes). Rassure toi. Il y a des droits de l’enfant, et des enfances heureuses sans école.

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