La grêve des photos

En ce moment, je fais la grêve des photos.

Je continue de découvrir le Vietnam, mais j’en ai marre de prendre des photos. Prendre des photos, c’est ma passion, c’est pourquoi j’ai décidé d’arrêter. Il n’y a rien de pire qu’une passion qui se transforme en routine.

Bien sur, il m’est arrivé de prendre des photos pour me souvenir, pour immortaliser des moments que j’ai aimés, comme le font tous les touristes. Mais la photo touristique n’a jamais été ma priorité. Ce qui m’intéresse, c’est l’art. Je prend des photos pour transmettre une vision du monde, pour permettre à ceux qui le désirent de voir un peu à travers mes yeux.

Et pour faire ça, il faut en avoir envie. Car c’est difficile.

 

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Le nombre de photos que j’ai prises depuis mon départ de la France, en février dernier, s’élève aujourd’hui à 13 328. En fait beaucoup plus, puisque c’est le nombre de photos que j’ai gardées, sachant que généralement il faut faire un gros travail de sélection après chaque journée photo. Je pense que c’est beaucoup… Plus le temps passe, et plus je ressens comme une obligation le fait de prendre des photos. Alors que j’ai toujours fait cela par passion.

Et puis, c’est difficile pour moi de prendre des photos comme je pouvais le faire autrefois. Etre sur la route, ça permet de faire de bonnes photos… Parfois. En fait, ça permet surtout de faire des photos différentes. Mais c’est souvent assez limitatif quand il s’agit de rechercher la perfection – ce que, à mon avis, tout photographe devrait faire, non pas de temps en temps, mais à chaque photo qu’il prend.

 

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Tiens, je vais faire comme tous ceux qui parlent de leur passion: une comparaison osée et très métaphorique. Faire une photo, c’est comme faire l’amour. (Hé oui, carrément, prends ça dans ta face, lecteur). Il faut le faire comme si c’était la première et la dernière fois. L’expérience peut aider, mais elle n’est rien comparée à l’envie, à la passion, au plaisir de regarder les choses comme si on les voyait pour la première fois. Si vous ne faites pas ça, vous pourrez faire des photos, mais vous ne ferez pas de la photo.

 

Brumes

 

Les touristes font des photos. Ils font des photos comme on consomme. Une photo par-ci, une photo par-là. Je n’ai aucun mépris pour ce qu’ils font, je l’ai parfois fait moi-même, parce que j’avais un appareil dans les mains. Il s’agit de garder un souvenir, c’est comme acheter un bibelot… Mais ça n’a rien à voir avec ce que je veux faire. Si je ne devais faire que ça, je n’aurais même pas pris la peine d’emmener un appareil avec moi. Je me trimballe plus ou moins 3kg de matériel. 3kg, sur la route, c’est énorme.

 

Et faire de la photo, ça demande de l’amour, du temps. C’est souvent frustrant. Je peux passer des heures devant une goutte d’eau posée sur une feuille, des heures devant chaque chat, chaque champignon… Combien de temps ça devrait me prendre de faire le tour du monde, si je passe des heures devant chaque goutte d’eau?

 

Alors j’arrête. Pour le moment. Comme on quitte un(e) amoureux(se), le temps que l’envie revienne.

 

J’en profiterai pour rattraper mon retard en partageant ici quelques photos que j’ai faites au cours du voyage et que je n’avais pas pris le temps de publier.

3 réflexions au sujet de « La grêve des photos »

  1. Hop, pour une fois je signe avec « blog photo » et pas blog végé vu le sujet.

    Je ne sais pas si on peut vraiment faire une distinction forte entre « photo d’art » et « photo de touriste ». Si je prends par exemple une photo que j’ai faite en revenant à Nancy (je vis à Toulouse) [ http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Street_lights_Place_Stanislas.JPG ], mon but en la faisant était de ramener avec moi l’émotion que je ressentais sur place, de pouvoir garder un élément de mon enfance/adolescence toujours avec moi. Je pense que la seule différence, c’est que paradoxalement les personnes ne s’y connaissant pas en photo ont tendance à surévaluer la photo, à croire que n’importe quelle photo même vite faite, mal cadrée mal réglée, sera capable de recréer toutes les émotions qu’un lieu, une plante, un animal ou une personne peuvent inspirer.

    Pour moi, une photo sert de souvenir personnel, de transmission d’une « vision du monde » aux autres, et de point de départ pour être approprié par d’autres (pour ça que je publie en donnant les exifs détaillés et sous licence libre).

    Je viens de faire un rapide calcul, plus de 13000 photos depuis février ça fait plus de 40 photos par jour de gardées. Je ne sais pas si tu fais beaucoup de post-traitement mais ça ne me paraît pas énorme, mais je peux imaginer que sur la durée ça puisse perdre de son charme (et ça rejoint ton poste sur la nostalgie).

    Par curiosité, tu as pris quoi comme matériel ?

    • Ben heu 40 photos par jour pendant combien de jours? parce que pendant une semaine, c’est peu. mais je suis partie depuis 9 mois quand meme. et puis c’est une moyenne qui signifie pas grand chose. bien sur je ne prend pas de photos tous les jours, d’autres jours j’en prend 100, 200, jusqu’a 600… (en comptant seulement celles que je garde). en fait ma vie consiste essentiellement a aller dun endroit a l’autre, trouver ou dormir et ou manger, et sortir faire des photos, puis trouver comment repartir. c’est devenu, paradoxalement, une routine insupportable. je ne veux pas que mon appareil serve a ca.

      Qu’une photo ait une histoire, qu’elle raconte quelque chose, c’est certain. C’est d’ailleurs une raison de plus pour ne pas en prendre tout le temps, pour que ca ne perde pas son sens. Mes 13 000 photos, je suis capable de me souvenir quand et comment je les ai prises, le lieu, ce que j’ai fait ce jour la, etc. Ce n’est pas pour ca que je les appelle des photo souvenir. Pour moi c’est tres different. Je pense qu’une photo souvenir peut remplir son role de souvenir sans avoir la moindre qualite artistique. evidemment ce n’est pas aussi fort qu’une photo qu’on fait parce qu’on aime la photo et qui, en plus, reste une empreinte de moments ou de lieux qu’on a aimes. Ta photo te rappelle peut etre des moments forts, mais elle evoque aussi d’autres choses, c’est en cela, je pense, qu’elle est interessante artistiquement. L’important n’est pas d’essayer de se souvenir, mais la facon dont on le fait.

      C’est un peu comme la difference entre raconter son voyage en mode: « je suis alle la – jai fait ca – on a mange du riz et des patates – il faisait 22 degres » et le raconter sous une forme qui donne envie de lire, qui va evoquer aux gens des choses familieres et des choses inconnues, raconter certains details, ce qu’on a ressenti, ce qui nous a marque. Saqns une facon de raconter particuliere, le recit d’aventure n’est rien.

      pour le materiel, jai un canon avec 3 objectifs mais je compte faire un article la dessus prochainement (quand jaurai un wifi – et desolee pour les fautes d’accent, d’ailleurs).

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