La terreur du râteau

On l’appelle crampe, veste, râteau, vent, stop, bûche, gamelle. Sa seule pensée pétrifie les hommes, eux sur lesquels est censés reposer tout devoir d’action en matière de séduction…
Cet article se place dans un contexte bien spécifique, celui des relations de séduction hétérosexuelles au sein d’une société viriarcale, où le devoir d’initier une relation repose tout entier sur les larges épaules de l’homme. L’homme qui, du coup, se prend les râteaux. Et ça, l’homme, il déteste. Pire, ça le terrifie… Pourquoi?

Vous connaissez cette histoire? Ils se sont rencontrés. Ils se plaisaient. Ils sont allés au restau. Ils ont dansé. Ils ont dansé de très près. Ils ont flirté. Un peu plus tard dans la soirée, ils se sont isolés tous les deux. Un silence est passé, vaguement géné. Puis rien. Ils se sont dit au revoir et chacun est rentré chez soi.
Elle s’attendait à ce qu’il l’embrasse. Il a pensé qu’elle devait sans doute s’attendre à ce qu’il l’embrasse, mais il n’en était pas tout à fait certain. Le temps qu’il se décide à faire quelque chose, le charme était rompu. Il a fallu se quitter, maladroitement, un peu froidement. Probablement il se sent bête. Souvent, elle est un peu vexée.

Longtemps, je me suis demandée: pourquoi cette peur du râteau?
« Tu ne comprends pas », m’a-t-on dit. « c’est terrible de se prendre un râteau ».
Je continuais à penser que ce n’était terrible que parce qu’ils considéraient cela comme terrible. Je pensais que cela faisait partie du jeu. Vous savez, celui dont personne ne choisir les règles: il propose, elle dispose. Il y aurait beaucoup à dire sur l’inhibition de la sexualité des femmes qui empêche à celles-ci de proposer, ou même de communiquer efficacement leur désir. Il y aurait beaucoup à dire aussi sur ce système de valeurs viriarcal, privilégiant l’action et l’audace, qui pousse les hommes à « proposer » le plus possible et floute parfois un peu la limite entre proposer et imposer. Mais laissons cela pour le moment.

Bien sur, on peut apprendre à gérer la peur du râteau. Tout homme ne se sent pas profondément anéanti parce qu’il vient de se manger un méchant vent en essayant d’embrasser une femme. Tout dépend de sa fragilité psychologique, de son amour-propre, de son expérience, des relations qu’il entretenait avec la personne, de ce qu’il en espérait, de la façon dont les choses se sont déroulées. Tout dépend de plein de choses.
Je sais que les sargeurs et autres PUA, cette bande de clowns du viriarcat moderne, mettent la peur du râteau sur le compte de l’inexpérience, du manque d’estime de soi, et arguent que l’on peut parfaitement affronter cette peur jusqu’à la faire disparaître. A vrai dire, ils n’ont pas tort sur toute la ligne. L’un des rares mérites de la « sarge » et de toutes ces théories sur la séduction (souvent fumeuses), c’est de permettre à certains hommes de passer outre cette peur du râteau, de la relativiser, de prendre du recul par rapport à ce que ça signifie, à ce que ça représente.

Et justement, ça représente beaucoup. Là où l’analyse est tristement limitée, c’est en ce qu’elle attribue la peur du râteau à la simple inexpérience ou au manque d’estime de soi.
Or, il ne suffit pas de s’être pris beaucoup de râteaux pour ne plus en avoir peur, ni d’avoir connu beaucoup de femmes, ni même d’être quelqu’un d’épanoui et de relativement sur de soi. Bien sur, quelqu’un ayant un faible amour-propre vivra plus mal encore cette expérience. Bien sur, les hommes sont inégaux devant la peur du râteau. Mais il existe des gens tout à fait surs d’eux, extravertis, ayant une solide expérience de la vie, qui sont pétrifiés à l’idée d’essuyer un refus. Au point qu’ils choisissent souvent de ne pas agir.
Bien sur, on pourrait légitimement se demander pourquoi c’est toujours aux hommes d’agir dans ce genre de situations, mais ça nous ferait sortir du sujet. Et la question reste en suspens: qu’y a-t-il de si terrible à se prendre un râteau?

C’est en essayant de comprendre cette peur du râteau que je discutais avec un ami, qui me disait que, tout aussi confiant que puisse être un homme, l’amour-propre prend toujours une sacrée claque. Il me raconta cette soirée où une fille l’avait clairement dragué. Puis ils s’étaient retrouvés seuls. Il avait voulu l’embrasser. Et là…
-Pourquoi elle m’a mis une veste?
Bien sur, je pourrais lui répondre qu’il avait simplement imaginé qu’elle le draguait. Ca arrive à certains, qui s’imaginent que parce qu’une fille passe devant eux habillée comme-ci ou comme ça, elle les chauffe. Mais il me parle de ce qu’elle lui a dit, de la façon dont ils se sont rapprochés, de la façon dont elle le séduisait activement.
-Pourquoi elle m’a dragué toute la soirée si elle ne voulait pas?
Je pourrais lui dire aussi que la société inhibe la sexualité des femmes, qui du coup ont parfois beaucoup de difficulté elles-même à savoir ce dont elles ont envie ou non. Ca expliquerait en partie les choses. Mais je ne peux pas le nier: son impression d’être manipulé par des femmes qui soufflent le chaud et le froid, n’est pas entièrement le produit de son imagination. Je pense que la personne en question a pris un certain plaisir à lui refuser un baiser, qu’elle avait laissé entendre vouloir*. Je lui dis: c’est comme ça. Les femmes aiment mettre des râteaux.

Le goût du râteau

Evidemment, on ne peut pas baser tous les malentendus là-dessus, mais pourtant, je crois qu’on peut néanmoins l’affirmer. Les femmes ont tendance à avoir un certain goût pour la distribution de râteaux. Ho, pas toutes les femmes bien sur, c’est une tendance. Mais si vous êtes une femmes, vous avez surement déjà entendu une bande d’ados se vanter d’avoir mis une veste à tel ou tel mec. Ce sont surtout les femmes peu sures d’elles, et surtout les jeunes, qui aiment jouer à ce jeu.
J’entends déjà les féministes en colère me rappeler le droit des femmes à disposer de leur corps. Pour éviter tout malentendu, je me dois de préciser que les femmes ont le droit de mettre des râteaux, et même après avoir « allumé », et même après avoir « provoqué ». Je suis pour le droit de tout être à disposer de son corps, donc pour le droit des humains, quel que soit leur sexe, à mettre autant de râteaux qu’ils veulent, dans toutes les situations qu’ils veulent et sans avoir à s’en justifier.
Mais affirmer le droit des femmes à se refuser, cela ne suffit pas. En tous cas, ça ne devrait pas nous empêcher d’analyser le râteau. Et de suggérer que peut-être, les femmes ne refusent pas le contact uniquement quand elles n’en ont pas envie. Mais aussi parce que la société valorise, dans une certaine mesure, le refus. Et si certaines normes sociales les poussent à dire oui alors qu’elles n’ont pas vraiment envie, d’autres les poussent à dire non, toujours sans rapport avec leur désir ou absence de désir.

Mon ami rateauisé, toujours un peu en colère contre cette injustice, s’indigne de ce goût du râteau chez la gent féminine. Je tente, en diplomate des relations de genre, de relativiser les choses.
-C’est normal que les femmes aiment mettre des râteaux. On est une société de domination. Les gens aiment le pouvoir. Se refuser, c’est le pouvoir, non? Et c’est l’un des rares pouvoirs qui soient aux mains des femmes, tant qu’on leur accorde le droit à disposer de leurs corps, ce qui n’est pas toujours le cas.
-Mais justement. Ce n’est pas ce qu’on apprend aux hommes, on ne nous apprend pas que les femmes dominent. On t’apprend à être dominant, toujours. Tu domines, ou alors tu es une merde. Et un jour, tu te rend compte que dans les relations de séduction, tu es le jouet des femmes. Tu te fais dominer par une femme. »

Le pouvoir féminin

Je comprend ainsi du même coup pourquoi le râteau est si terrible pour les hommes. Et pourquoi le viol intervient si souvent dans la société, non pas comme expression d’une « pulsion sexuelle incontrôlable », mais comme outil de contrôle social. Ou même un mélange des deux: pulsion culturelle, expression d’un refus du refus, d’un refus de laisser le pouvoir de décider à la femme, d’être soi-même le jouet de ce pouvoir. Etre un homme. Le viol n’est pas anti-social. Contrairement à ce que voudrait le mythe, il est tristement social… Mais j’y reviendrai.
C’est vrai que c’est terrible, quand on a appris à être un homme, de se faire mener par le bout du nez par les femmes. Et pourtant, c’est le lot de bien des hommes, bien des hommes qui s’intéressent aux femmes parce qu’ils se voudraient virils, puissants. Incarner ce mythe du « PUA ultime », du super-homme, celui à qui aucune femme ne peut résister.
Mais au lieu de ça, les hommes se prennent des vestes. Et ils le supportent mal. Toujours diplomate, je demande à mon ami de relativiser:
-C’est vrai que ça doit être terriblement vexant, vu sous cet angle. Mais dis-toi bien que les femmes n’ont pas beaucoup de pouvoir dans la société. Tu sais, le pouvoir n’est pas supposé être une valeur féminine, mais on ne vit pas dans une société égalitaire. On vit dans une société d’hommes. Tout le monde est accro au pouvoir.

Le viriarcat est un système de domination qui a ceci de particulier que le pouvoir exercé par un genre est parfois renversé au profit du genre dominé. Néanmoins, le pouvoir exercé par les femmes est très différent et, finalement, très relatif.
Les femmes sont « dominantes » dans certains aspects de la vie. Principalement, les relations de séduction, la maternité, et d’une certaine façon dans la sphère domestique(1). La maternité représente une forme de pouvoir très important pour les femmes, puisque le petit enfant est entièrement dépendant de sa mère. Elle seule sait comment s’occuper de lui correctement(2); elle seule va comprendre ce qu’il dira quand il apprendra à parler; il demandera toujours après elle, elle seule saura le calmer… etc. Elle va aussi gérer l’espace domestique, s’occuper du ménage, de la décoration de la maison, souvent sans que l’homme ait son mot à dire. Et enfin, elle va exercer ce qu’on appelle le pouvoir de séducation. Te mettre des râteaux, à toi homme, c’est une façon pour les femmes de tester leur fameux pouvoir de séduction. C’est d’ailleurs le seul pouvoir que la société accorde à celles qui n’ont encore ni mari ni enfants. Elle peut « faire baver les hommes », les manipuler un peu. Et comme tout pouvoir attribué à une classe d’individus, il est réparti de façon très inégalitaire et même arbitraire.

Mais surtout, dis-toi bien que ces pouvoirs féminins sont très relatifs. Contrairement à ce que chouinent les masculinistes, le vrai pouvoir est finalement aux mains des hommes. Car le pouvoir des hommes s’exerce d’une façon absolue, inconditionnelle, en ce qu’ils représentent « naturellement » le genre dominant. Les hommes sont bien sur inégaux devant la domination, mais s’ils ont à prouver leur appartenance à la classe dominante (en montrant diverses valeurs viriles), ils exercent un pouvoir qui, lui, ne se justifie pas.
Les femmes, elles, doivent justifier de leur pouvoir. En réalité, tout le pouvoir qu’elles ont se rapporte, d’une certaine façon, à un pouvoir de séduction. Contrairement aux hommes, les pouvoirs qu’exercent les femmes sont toujours soumis à l’appréciation des autres. Pour exercer un pouvoir sexué, elles doivent bien sûr être sexy, correspondre à certains critères de beauté, faire des efforts en ce sens, parfois souffrir. Pour exercer un pouvoir sur leurs enfants, elles doivent se montrer attentionnées, patientes, prévenantes, souvent gérer beaucoup de choses en même temps; plus elles seront des bonnes mères, plus elles auront de pouvoir sur leur progéniture. Pour rester maîtresses de l’espace domestique, elles doivent être une bonne épouse, bien tenir le foyer(1). Bref, elles doivent en tous les cas, se montrer aimables.
Ces pouvoirs de séduction, celui de la « femme sexuée », de l’épouse, et de la mère, sont socialement valorisants, non seulement parce que le pouvoir est quelque chose de très prisé dans une société obsédée par la domination, mais surtout parce que ces pouvoir sont la preuve que la femme qui les gagne durement a bien joué son rôle. L’un des trois rôles que le viriarcat attribue aux femmes: la femme sexy, l’épouse et la mère. Lorsqu’une femme met un râteau, nettoie sa maison ou nourrit ses enfants, elle exerce un pouvoir qu’elle a gagné en se conformant à ce que la société attendait d’elle, et donc elle prouve sa conformité à la norme sociale.

Tu es en colère parce que tu as appris à incarner certaines valeurs pour que la société te reconnaisse comme un homme, et que ces valeurs interdisent à un garçon d’essuyer un refus. Dis-toi bien que les femmes se refusent parce que c’est la même société qui les y pousse, qu’elles exercent ainsi un pouvoir relatif, un pouvoir soumis à ton appréciation de représentant du genre dominant. Finalement, elles te donnent le pouvoir de faire le premier pas vers elles, et dis toi-bien que c’est un pouvoir dont elles se privent elles-mêmes!(3) Si tu les valides en tant que correspondant à tes exigences sexuelles, alors c’est soudain elles qui ont l’opportunité de refuser. Finalement, tu ne peux pas tellement leur en vouloir d’exercer leur pouvoir de séduction à tes dépens.

Ca implique également autre chose. C’est toi qui valide leur pouvoir de séduction, c’est toi qui décide si elles sont assez conformes à tes exigences pour que tu tentes quelque chose. Si tu essaies d’initier une relation avec elle, d’aller plus loin, c’est que tu lui as accordé cette validation.
Mais dis-toi bien que si tu ne fais rien, soit parce qu’elle ne te plait pas, soit par peur du râteau, c’est comme si c’était toi qui lui en mettais un. Une fois que tu as été seule avec Machine, si tu n’avais pas essayé de l’embrasser, c’est elle qui aurait été terriblement vexée. Tous ces efforts pour rien ! Elle se serait sans doute dit qu’elle ne te plaisait pas, et aurait eu, au final, le sentiment de ne pas être désirable. Et ça aussi, c’est terrible. Les femmes doivent être désirables.
Bien sur, la société a un peu évolué, les femmes ne sont plus, en réalité, vouées exclusivement à des rôles d’amante, d’épouse ou de mère. Mais ces rôles sont les seuls qui confèrent un pouvoir considéré comme féminin. A l’extérieur, dans un monde d’hommes (en particulier au travail), les femmes sont encore bien souvent condamnées à exercer un pouvoir considéré comme masculin, et sont donc fortement défavorisées, elles doivent jouer le jeu des hommes tout en restant femmes, ce qui est très difficile; cela explique par exemple (en partie…) l’écart des salaires selon le sexe. Dans une société encore bien sexiste, exercer un pouvoir féminin leur permet de trouver leur place, de se définir en tant que femmes. Celle qui attire les hommes, celle qui élève bien ses enfants et s’occupe bien de son foyer, c’est la femme que la société accepte. Son pouvoir est la preuve de sa conformité.

Dis-toi bien, quand tu te prend un râteau, que tu as joué le même jeu qu’elle a joué elle-même, ce jeu dont ni elle ni toi n’avez choisi les règles. Et que la petite victoire de se refuser, lorsqu’elle est accordée aux femmes, n’est qu’un privilège de dominées. Penses-y, car même si tu n’as rien fait pour cela, même si je ne doute pas un seul instant que tu préfèrerais de loin une société égalitaire, même si je sais aussi que c’est dur d’être un homme, n’oublie pas que tu appartiens, quoi qu’il en soit, au genre dominant.

(1) Lire à ce sujet l’étude de Daniel Welzer-Lang, « les hommes à l’épreuve du rangement », à propos de la place des hommes dans l’espace domestique. Il analyse la place de l’homme dans la sphère domestique, et explique comment, dans les ménages traditionnels, l’espace est plus volontiers géré par la femme, qui est plus valorisée dans ce milieu particulier, au détriment de l’homme (qui domine, lui, à l’extérieur). Tandis que dans des contextes plus égalitaires, l’homme va s’approprier en partie l’espace domestique, y trouver sa place.
(2) Je me place ici dans le contexte d’une société sexiste qui laisse le soin des enfants exclusivement aux femmes. Evidemment, je ne veux pas dire que les hommes sont de moins bons parents. Je ne veux pas non plus nier l’évolution de la société qui a tendance à moins cantonner les femmes aux rôles traditionnels. Mais nous sommes loin d’être venus à bout des attributions de rôles selon le genre. rappelons par exemple que 80% des taches domestiques sont effectuées par les femmes.
(3) Je devrais écrire « dont la société les prive ». Mais la perversion du système est justement qu’au bout du compte, sous la pression sociale, les femmes s’interdisent elles-mêmes tout comportement jugé hors norme.

28 réflexions au sujet de « La terreur du râteau »

  1. Pour aller encore plus loin dans l’image du dominateur qui finit par donner les outils pour se faire lui-même dominer, je reprendrait l’image clichéissime du porno occidental.

    Les féministent n’ont de cesse de hurler à la misogynie quand aux scènes hétéros, où la femme « doit » se soumettre aux moindres désires de l’homme.
    Ce postulat est bien évidemment à la fois vrai quand on se dit que c’est la base d’éducation sexuelle (et finalement de relations sociales au quotidien) de bien des futurs mâles en devenir, mais aussi faux en ce sens où il n’y a aucun tabou ni « mal » dans quelque relation sexuelle que ce soit quand les 2 partenaires sont consentants.

    Cela dit une chose est souvent ignorée de ces scènes clichés: la forme, et en particulier la mise en scène, qui tellement souvent rend l’homme presque comme « prétexte » à afficher la femme sous tous ses angles de jouissance possible (simulé ou pas), jusqu’à parfois ne jamais voir le visage du mâle, ainsi relégué au rang de god vivant. Au final nous avons des scène vues comme misogynes, mais qui sont pourtant 100% centrées sur la femme et qui relègue son partenaire au rang d’objet.
    Une forme de paradoxe intéressant je trouve ^^

    Sinon concernant les râteaux, j’me de dis que dans les cas où c’est la femme qui « ose draguer », les rôles dominé-dominant doivent être quelque peut inversés.
    Je me souviens d’un témoignage d’un mai m’ayant expliqué qu’en Russie c’est la femme qui te drague, et tu te mets presque en « danger » si tu refuse…
    La femme qui refuse « par jeu » est je pense avant tout un avatar de l’émancipation (non achevée) de ce viriarcat. « à moi de jouer maintenant », stimulé par cette liberté nouvelle (car encore récente je trouve) des femmes sur leur monde et leurs vies.

    Un juste retour des choses contre cette « obligation d’acceptation » de l’invitation masculine qui va de soi dans la tête de beaucoup encore et donc a encore de beaux jours devant elle…

    Toujours cette même image de l’homme protecteur-intelligent-rationnel face à la femme faible-émotionnelle-soumise à son attraction pour l’homme. (c’est tellement religieux tout ça…)
    http://www.tribunal-animal.com/consciences/index.htm (Saint-Augustin)
    Rien n’a vraiment bougé aujourd’hui « au fond ».
    On y vient, mais la pulpe est bien collée au fond…

    • Il y a aussi des féministes qui font du porno, ou du moins qui réfléchissent à ce que pourrait être un « porno alternatif ». Car il est vrai que le porno est sexiste. Mais de toutes façons le sexisme dévalue aussi bien les hommes que les femmes. les femmes sont des objets sexuels ou des sortes d’animaux sans intelligence, les hommes des machines stupides et sans sentiment. Donc rien d’étonnant à ce que l’homme dans le porno soit une sorte de « machine à bite ». Je crois que là c’est notre vision du sexe qui est tout simplement mauvaise.
      D’ailleurs tu dis, il n’y a rien qui devrait être tabou dans le sexe. mais si le sexe n’était pas tabou, le porno n’existerait pas, ou alors à petite échelle et n’aurait pas le rôle qu’on lui attribue actuellement dans la société.

    • vrai, d’ailleurs lors d’un lynchage par le klu klux klan, toute l’attention est exclusivement dirigée sur le corps du noir, les blancs sont masqués et relégués dans une invisibilisation qui renverse le rapport de pouvoir, le seul auquel on s’intéresse vraiment, que l’on juge digne d’intérêt c’est le noir…

      un intéressant paradoxe ^^

      Désolée mais c’est la seule chose que ce commentaire sur les scènes de porno m’évoque.

  2. Concernant le porno féminin, je recommande le plutôt pas mal docu bien nommé « Le porno au féminin », qui montre bien les constats actuels, les écueils et les travaux encore balbutiants mais assez motivants de « réforme de la sexualité occidentale ».

    Sinon aussi cette interview de la fameuse Lali, dont je ne partage pas trop le chemin provoc’ médiatique, mais j’avoue avoir été agréablement surpris par le message social de son discours sur cette vidéo (surtout s’il est assumé et respecté)

    http://www.youtube.com/watch?v=Zjku0Fzocxo
    (faut passer outre l’extraordinaire efficacité de l’ersatz de journaliste)

  3. Mhm, il suffit de regarder sur quels sites on parle de « PUA » et « d’homme alpha », pour comprendre très vite qu’au contraire, ces jeunes hommes-là sont les mecs qui ont le mieux assimilé le code de conduite masculin qu’ont nous a inculqué gamin qui nous dictait de ne SURTOUT PAS être dominant, que ce qu’attendait les femmes de nous c’était qu’on soit gentils avec elles et que notre rôle était d’être les hommes qui ne se comportent pas comme des salauds avec les femmes.

    Et lorsqu’ils se sont rendus compte que les femmes préféraient tout sauf un mec « gentil », parce que, pour les hommes, comme pour les femmes, « il/elle est gentil/gentille » ça s’applique à la nana, au mec moche et chiant/e, à qui ont dit toujours « je préfère qu’on reste amis », alors, lorsqu’ils ont vu que les salauds plus beaux, plus virils, plus intéressants, plus audacieux qu’eux chopaient alors qu’eux repartaient seuls dormir sur la béquille, ils se sont mis à fantasmer sur « l’homme alpha », mais honteusement parce que l’homme alpha ça ne va pas avec leur vision idéalisée de La Femme Pure, qui n’a absolument pas, comme tout le monde, des désirs contradictoires (qui n’a pas à la fois envie du prince charmant et du méchant pirate et du prince charmant qui devient méchant pirate et vice-versa), une femme qui n’existe pas, alors, la déception étant mère de toutes les haines, ils deviennent pour la plupart d’entre eux des misogynes aigris qui ne baisent pas et pour un petit nombre d’entre eux des misogynes « gamers » qui seront incapables d’établir une relation saine avec une femme.

    N’importe quel honnête homme devrait, dès qu’il atteint l’âge adulte, se débarrasser le plus vite possible de toutes les conneries féministes qu’ont lui a mis dans la tête gamin et apprendre que personne, ni homme, ni femme, ne lui demandera jamais, dans la sphère intime, d’établir un rapport égal avec lui, qu’il ne faut jamais croire qui que ce soit par rapport à ce qu’il dit mais par rapport à ce qu’il a l’air de vouloir, qu’il faut, à priori, plus une femme déballe le baratin féministe, se mettre dans l’idée qu’il y a de grand chance qu’il faudra dans la sphère intime, pour que ça se passe bien, faire l’exact inverse de ce qu’elle dit mais sans que ça se voit pour ne pas la vexer et que globalement, à notre époque où les femmes sont particulièrement infantiles, être un homme en couple est un jeu subtil qui consiste à ne pas avoir l’air trop dominant, sinon c’est le drame, mais à être capable d’hausser le ton pour désamorcer les situations explosives où la compagne ne sait pas ce qu’elle veut ou fait des problèmes parce qu’elle s’ennuie (parce qu’il ne faut jamais oublier que le rôle de tout homme est de savoir détecter, prévenir et régler rapidement les embrouilles avec sa femme) sinon là, c’est vraiment le drame.

    Ainsi, par ces quelques règles élémentaires (auquel nous pourrons ajouter la lecture forcée pour les jeunes hommes des « égarements du coeur et de l’esprit » de Crébillon), nous pourrons essayer de détruire cet odieux culte néo-barbare de « l’homme aplha » et espérer que persiste entre les hommes et les femmes autre chose que des chocs de narcassismes jaloux et haineux, des choses plus jolies et plus saines : le jeu amoureux cruel, inégal et ambigu où l’on sait perdre avec élégance et les joies du couple, la plus grande beauté étant de parvenir à créer l’harmonie à partir de deux dissonances.

    La vie n’est qu’une négociation, il n’y a rien à combattre, nous dansons au bord des précipices.

    • Il y a quelque chose d’intéressant avec la « sarge » par rapport à la construction du genre masculin. Mais globalement ils ne font que se soumettre au sexisme ambiant, qui aliène les hommes et les femmes. Tu as néanmoins raison de souligner qu’ils échappent ainsi à une autre aliénation. Mais passer d’une aliénation à l’autre, c’est un piège quand tu penses que la deuxième te convient.

      Là ou je ne suis pas d’accord avec toi, c’est quand tu penses qu’un « AFC » (pour reprendre le jargon de la sarge) est pétri de féminisme. Au contraire, l’AFC est au moins aussi sexiste que le PUA. Sauf que lui, il déguise son sexisme sous des formes beaucoup plus acceptables pour son personnage lisse de gentil garçon. Il ne considère pas les femmes comme des égales, mais comme des sortes de déesses. La divinisation de la femme, ce n’est pas du féminisme, c’est du sexisme.

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  7. A lire cet article et d’autres au sujet du féminisme et des questions de genre, je me dis que finalement, je ne dois pas être une femme, du moins, au sens où nous sommes présentées dans ces articles… En effet, pour reprendre le sujet de cet article par exemple, je n’accepte aucune relation de séduction à moins que je l’ai initiée moi-même, et le malheureux qui voudrait s’y risquer se ferait sévèrement renvoyer dans les cordes dès les premières secondes. Pareillement, pour séduire, je ne recours pas aux artifices physiques (vêtements, maquillage…), mais j’use d’esprit, de culture, d’humour. Globalement, j’ai une attitude que les articles traitant de féminisme et de sujets afférents qualifierait de masculine. Pourtant, je SUIS une femme et je revendique d’être moi sans considérations pour les rôles qu’on voudrait me voir endosser.

    • Je ne pense pas que tu aies compris le sens de mes propos (mais peut-être me suis-je mal exprimée). Il n’y a aucun essentialisme dans ce que je raconte, je ne fais que décrire des situations qui sont le résultat de conditionnements sociaux, conditionnements auxquels les individus se conforment évidemment de façon très variée.

  8. Je ne me reconnais pas tellement dans ce qui est décrit, mais il faut dire aussi que je suis une « femme » un peu à part de ce moule, étant principalement attirée par des femmes, il y a moins d’attente que l’autre fasse le premier pas. Une femme qui en drague une autre n’est pas vue comme une salope, sinon aucun couple lesbien ne se formerait. Mais du coup, quand j’en viens à essayer de séduire un homme, je le fais comme avec une femme, et les codes, chez les hétéros, ne sont pas les mêmes.
    Que dirais tu de parler de la peur du rateau ressenti par la femme qui fait le premier pas ? :)

  9. J’ai toujours eu une perception complètement différente du problème : ma plus grande peur à l’idée de prendre un râteau, ce serait de risquer de créer une gène et de perdre la relation que j’ai avec cette personne…
    C’est mon point de vue en tant que femme, mais je pense que ça doit concerner aussi les hommes, non ?

  10. « Et la question reste en suspens: qu’y a-t-il de si terrible à se prendre un râteau? »

    Cette simple question est révélatrice de l’emprise du patriarcat, ou plus exactement de la domination et du pouvoir valorisé dans nos société… Pour un homme qui a passé son temps à se prendre veste sur veste dans sa jeunesse, je peux t’assurer que cette phrase a quelque chose de choquant, en effet cela montre l’effroyable passivité de la femme en matière de séduction: elle ne sait pas ce que c’est qu’un râteau puisqu’elle ne s’en est quasiment jamais pris.

    « Je suis pour le droit de tout être à disposer de son corps, donc pour le droit des humains, quel que soit leur sexe, à mettre autant de râteaux qu’ils veulent, dans toutes les situations qu’ils veulent et sans avoir à s’en justifier. »

    Tout à fait! Il n’est nullement question de pénaliser légalement les allumeuses, ça n’aurait aucun sens et ça serait la porte ouverte à toutes les violences et autres dominations machistes. En revanche, le « rateau mis par plaisir personnel » se doit d’être réprimandé moralement (de manière libre et non-violente bien entendu) par la société.

    « Ca implique également autre chose. C’est toi qui valide leur pouvoir de séduction, c’est toi qui décide si elles sont assez conformes à tes exigences pour que tu tentes quelque chose. Si tu essaies d’initier une relation avec elle, d’aller plus loin, c’est que tu lui as accordé cette validation. Mais dis-toi bien que si tu ne fais rien, soit parce qu’elle ne te plait pas, soit par peur du râteau, c’est comme si c’était toi qui lui en mettais un. Une fois que tu as été seule avec Machine, si tu n’avais pas essayé de l’embrasser, c’est elle qui aurait été terriblement vexée. Tous ces efforts pour rien ! Elle se serait sans doute dit qu’elle ne te plaisait pas, et aurait eu, au final, le sentiment de ne pas être désirable. Et ça aussi, c’est terrible. Les femmes doivent être désirables. »

    Pardon? La solution ça serait que chacun reste dans son coin? Un peu de sèrieux… ça n’est pas seulement aux hommes de freiner leurs demandes en matière de drague, mais aussi aux femmes de faire preuve de courage en éprouvant librement leurs désirs (beaucoup d’hommes n’attendent que ça d’ailleurs), plutôt que de se draper derrière l’excuse du patriarcat qui les empêche de vivre librement.

    « -C’est vrai que ça doit être terriblement vexant, vu sous cet angle. Mais dis-toi bien que les femmes n’ont pas beaucoup de pouvoir dans la société. »

    « Mais surtout, dis-toi bien que ces pouvoirs féminins sont très relatifs. Contrairement à ce que chouinent les masculinistes, le vrai pouvoir est finalement aux mains des hommes.  »

    « Dis-toi bien, quand tu te prend un râteau, que tu as joué le même jeu qu’elle a joué elle-même, ce jeu dont ni elle ni toi n’avez choisi les règles. Et que la petite victoire de se refuser, lorsqu’elle est accordée aux femmes, n’est qu’un privilège de dominées. Penses-y, car même si tu n’as rien fait pour cela, même si je ne doute pas un seul instant que tu préfèrerais de loin une société égalitaire, même si je sais aussi que c’est dur d’être un homme, n’oublie pas que tu appartiens, quoi qu’il en soit, au genre dominant. »

    N’aurait-il pas été mieux de faire un article réellement objectif et égalitaire? Personnellement j’y lis plutôt excuses et justifications envers la domination féminine (certes, moins violente).

    • toi en tant que mec tu te considères objectif, alors que moi en tant que femme je suis pas objective c’est ça?

      donc pt de vue masculin = objectif/universel

      • Non, c’est le plutôt le féminisme qui censé avoir un point de vue objectif. Mais je reconnais qu’il n’est pas facile à atteindre, j’aurais surement dérapé moi aussi…

  11. Pour ce que ça vaut, dans l’absolu…

    Je sais que c’est irrationnel, mais, au niveau de mon ressenti, je ne peux pas être aimé, tout juste toléré. Je me ressens comme répugnant, abject, et donc, si je manifeste de l’intérêt pour une femme, elle ne peut que me rejeter violemment avant de me fuir avec dégoût et horreur.

    Du coup, qu’elle ne soit pas intéressée par une relation amoureuse avec moi, c’est un coup à l’égo, mais c’est pas un drame, elle a tout à fait le droit. Après, à moi de gérer ça, de l’accepter, et de ne pas la faire chier avec. Par contre, ce qui me terrifie, c’est qu’en lui faisant part de mon intérêt, elle ait cette réaction de rejet horrifié, me fuie, et que je perdes ainsi une personne que j’apprécie.

    Alors bon, je veux bien être un cas, mais peut-être, à des degrés divers, cette angoisse est-elle présente chez d’autres?

    • c’est terrible ce que tu racontes :/ je sais pas si c’est répandu ce sentiment de ne pas être « aimable », je pense que c’est plus répandu qu’on ne l’imagine en tous cas. Et pas facile d’en sortir de ce schéma, mais je pense que c’est possible.

      • Je pense aussi. Ça m’a pris du temps, des efforts et l’aide de personnes super (ne serait-ce que par leur simple amitié), mais j’aime à croire que j’ai failli m’en sortir :-)

  12. rejeté du sexe féminin depuis l’enfance..parce que pas dans les critères de « beautés »…ça donne qu’ à 43 ans et aux 500 eme râteaux … bin, les soirées se passent devant l’ordi ,la télé et un peu de sport (seul)…les sorties se limitent aux courses et au boulot ,donc, aucun partage .totalement abandonné l’idée de me rapprocher du sexe féminin . ce qui exclu aussi ,de refuser de se rendre chez des connaissances ou amis , honte de tenir mon ombre par la main . je pense avoir connu toutes sortes de râteaux du plus doux au plus haineux..dans le verbe ou dans le geste .je confirme ,hélas, qu’on devient un misogyne aigris .

    • La misogynie tue des femmes.
      Chaque jour en France et dans le monde des femmes sont battues, violées, tuées.
      Tu crois pas qu’en comparaison tes problèmes sont pas si graves?

      • je n’ai jamais frappé ni une femme , ni une mouche..
        je t’explique que je suis rejeté par les femmes à cause d’un physique ingrat..
        ne confond pas tout !
        vivre seul , rejeté , en regardant les autres vivre , tu crois que ça fait rêver…? c’est épanouissant..? c’est pas grave..?? ça porte un nom je crois..?? la discrimination…en permanence …
        tu veux pas que je prenne en plus toutes les misères du monde …??
        ceux qui tue des femmes comme tu dis , ne sont pas des misogynes , ils ne sont surtout pas des hommes !! et sont des criminels !

        à un moment donné faudrait arrêter de chercher toutes les excuses pour les femmes….elles peuvent être autant ,si non plus destructrice que les cons qui les frappent !
        la misère humaine n’est pas une compétition…

        • Ha donc pour toi, ne pas vouloir coucher avec quelqu’un et frapper quelqu’un, c’est pareil.
          Désolée mais personne ne te doit du sexe ou une relation amoureuse.
          Avec des idées pareilles je comprend pourquoi les femmes ne veulent pas de toi… Tu es juste un misogyne de plus intéressé uniquement par son pauvre petit sort

          • alors je te souhaite de tout mon coeur que tu es un enfant qui vive ce que je vis…
            et on en reparle….

          • Pauvre chéri. Je crois que mon gamin à l’âge de 2 ans a déjà bien plus d’empathie que ta triste personne, aussi je n’ai aucun souci à son sujet.
            Si un jour tu réussis à avoir ne fille, je ne « te » souhaite pour ma part aucunement qu’elle vive ce que vivent la grande majorité des femmes. Je pense que le harcèlement, les violences physiques, le viol ne sont pas des choses à souhaiter à une enfant. En fait il vaudrait mieux que tu ne te reproduises pas.

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