Le bonheur est dans l’assiette

En France, on a une conception particulière de la bouffe.

Et en même temps, on a une conception particulière du bonheur.

Et en fait, c’est la même chose. C’est ça qui est triste

Je veux dire que le bonheur et la bouffe, dans la culture française, sont des notions qui ne sont pas vraiment distinctes l’une de l’autre.

Et ça tout de même c’est assez incroyable. Et assez lamentable en même temps.

Bien sur, on se targue d’avoir la meilleure cuisine du monde, la plus fine gastronomie, les meilleurs chefs… Là où le bât blesse, c’est que, d’une part, beaucoup de français prétendent avoir la meilleure cuisine au monde alors qu’ils ne connaissent pas les autres et ne veulent pas les connaître; ils ne goûteront une nourriture nouvelle que pour la comparer à celle bien d’chez nous. Et, d’autre part, on a peut-être des bons cuisiniers et des grands restaurants que le monde entier nous envie; mais la cuisine française de tous les jours, elle, n’a finalement rien d’extraordinaire, si ce n’est sa teneur en acides gras saturés. Bon, je ne connais pas bien la cuisine française en réalité, j’ai plutôt été élevée dans des goûts nord-africains (le couscous de ma maman étant bien sur le meilleur du monde). Mais, avant d’être végétarienne, j’ai quand même essayé pas mal de nouvelles choses, et je n’ai pas trouvé que la cuisine française était plus subtile que n’importe quelle autre cuisine. Ma pote Sophie, qui se vantait d’habiter la capitale mondiale de la gastronomie, ne se rendait visiblement pas compte que des escargots avec une sauce à l’ail, hé bien non, ça n’a rien de particulièrement fin, même si c’est un plat français. En tous cas, ça ne vaut pas le couscous de moman.

Mais bon. En France, on est comme ça, et d’ailleurs, je rigole de Sophie, mais grâce à elle et à quelques autres Français rencontrés sur la route, j’ai mieux pu voir les petits travers que j’étais susceptibles d’avoir moi aussi. On a une très forte tendance à penser que notre façon de vivre est la meilleure, et on en est tellement convaincus qu’on ne prend même pas la peine de s’intéresser à celles des autres, ni à leurs cuisines. Mélangez ça avec le fait qu’on résume l’art de vivre à la bouffe et pas grand-chose d’autre. Vous comprendrez alors pourquoi, parmi les Français qui font des voyages au long cours comme moi, certains parviennent aussi cons à l’arrivée qu’ils ne l’étaient au départ.

Bien sur, des gens qui voyagent et qui ne s’ouvrent pas aux autres cultures, il y en a de toutes la nationalités. Mais c’est surtout le fait de personnes à l’esprit étriqué, qui voyagent en groupes de 3 ou plus, et qui restent toujours entre elles. Il y a aussi une façon de (dé)considérer les autres cultures qui est propre à la culture française. Le Français a ceci de particulier qu’il est persuadé de connaître le seul art de vivre digne de ce nom. Cette particularité donne lieu à des situations cocasses. Ainsi, dans tous les pays du monde, pour peu que ce soit un peu touristique, vous pourrez rencontrer une bande de Français discutant de gastronomie entre eux, évoquant avec nostalgie les bons vieux fromages qui piquent le nez, la charcuterie bien de chez nous et le rouge qui tache.

C’est dommage parce que chaque pays a une gastronomie différente à offrir.

Mais il n’y a pas que ça. Evidemment, on n’est pas obligé d’apprécier la cuisine vietnamienne, ou japonaise, ou quoi que ce soit. Mais bon,  y a pas que la bouffe dans la vie.

Evidemment, en tant que végane, j’ai un lien très fort avec la nourriture. J’adore la nourriture: j’aime faire les marchés, de préférence bio, pas seulement acheter, regarder aussi, voir, sentir; j’aime cuisiner, j’aime faire des choses jolies et savoureuses, et j’aime aussi beaucoup la prendre en photo. Je fais partie de la grande confrérie des véganes qui mettent leur bouffe en photo sur facebook… Je suis vraiment épicurienne: je ne mange pas des tonnes de nourriture, mais j’apprécie beaucoup ce que je mange. Je crois qu’il est difficile de trouver quelqu’un qui aime plus la nourriture que moi.

Mais bon, il n’y a pas que la nourriture dans ma vie.

D’ailleurs, j’aime tellement la nourriture que je préfère ne pas manger plutôt que de manger de la merde. Aussi, si je ne trouve rien de bon à manger, je ne mange pas. On finit toujours par trouver quelque chose de comestible et de pas trop industriel. Parfois au Cambodge, quand je n’avais pas envie de me prendre la tête, je ne mangeais que du riz et des fruits achetés dans la rue. Et c’est un des meilleurs souvenirs de mon voyage. D’ailleurs, le riz et les fruits, c’est vraiment bon quand on a faim.

 

Et c’est ça que je trouve incroyable avec les Français. C’est leur conception particulière du bonheur. Parce que j’ai parfois eu des réactions qui, sur le coup, étaient plutôt gênantes, mais qui sont finalement assez drôles. Quand je dis que je suis végane, certaines personnes, de toutes nationalités, me disent parfois « mais alors tu manges quoi? » ou encore, le fameux « ou tu trouves tes protéines? »

Mais il n’y a que les français pour me regarder avec de grandes yeux pleins de sincère pitié et me dire quelque chose comme: « tu ne manges pas de viande ni de fromage? Mais ta vie doit être tellement triste! ».

Ce n’est même pas de la provoc. Ils sont vraiment, vraiment désolée pour moi. Et moi… je suis désolée pour eux. Vraiment.

 

Parfois il m’arrive aussi de parler de santé avec les gens (parce que je m’inquiète sincèrement pour eux, après tout  je suis antispéciste, les gens sont aussi des animaux). Fais gaffe, les acides gras saturés… Fais gaffe, la viande rouge donne le cancer… Fais gaffe, un seul hamburger pourrait te tuer

Face à cela, les gens me disent souvent qu’ils savent, mais qu’ils ont de mauvaises habitudes et qu’ils les changeront peut-être un jour… Ou que c’est trop dur, ou qu’ils vont essayer de faire attention, etc… Mais c’est surtout les Français qui me disent des trucs comme: « on n’a qu’une vie, autant en profiter à fond ».

 

Mais enfin, qu’est-ce que ça veut dire?

Bon déjà, moi j’ai qu’une vie et c’est justement pour ça que je trouverais dommage de rendre mon dernier soupir sur la cuvette des chiottes pour avoir mangé un hamburger avarié.

Mais je comprends pas cette conception du bonheur. Les gens dont le bonheur dépend directement de la consommation de viande et de fromage, je me demande bien à quoi ressemble leur vie.

 

La dernière fois que quelqu’un m’a dit qu’il ne pourrait jamais s’empêcher de manger un hamburger chez couic® parce que ce qui compte dans la vie c’est d’en profiter, je me suis dit qu’il n’avait pas du se baigner nu dans du plancton luminescent par une nuit étoilée sur une île déserte. Parce qu’à côté, le hamburger de vache morte aux hormones, bof. C’est un exemple bien sur.

Il m’arrive de me dire que les gens ont simplement des vies merdiques. Que bâfrer un hamburger, c’est peut-être dans leur vie ce qui se rapproche le plus du bonheur. Leur seul plaisir.

 

Mais en fait, ce n’est pas vrai. Ce n’est pas leurs possibilités d’accès au bonheur, le problème, c’est leur conception du bonheur. J’ai rencontré des gens qui font le tour du monde comme moi. Et pour eux c’est ça le bonheur, ne pas pouvoir manger une hamburger chez couic®, ça les rendrait malheureux. Des gens qui font le tour du monde, hé oui.

 

Je ne sais pas ce qu’a pu être l’art de vivre français. Ce que je sais, c’est ce qu’il en reste, ce que j’en vois maintenant. Une sorte d’hédonisme primaire, égoïste, morbide, aveugle, résolument tourné vers le consumérisme et rien d’autre. La table n’est pas (ou plus) un lieu de partage et d’échange, de détente et de petits plaisirs. Sous prétexte de convivialité, elle s’est muée en un espace supplémentaire de formatage social. Ce qui compte n’est pas l’atmosphère des repas, le plaisir simple de partager avec des gens qu’on apprécie. Ce qui compte c’est que la bouffe soit bonne (c’est à dire grasse, car on a, au passage, égaré le vrai sens du mot « bon ») et qu’on en profite. Que chacun en jouisse sans entrave, jusqu’à s’en faire péter le bide. Et surtout, qu’on en jouisse sans se soucier des conséquences, et, encore plus important, que tout le monde soit d’accord là-dessus.

 

Gare à celui qui ose lever une objection à cet hédonisme pornographique. Car il ne faut pas penser, il ne faut pas poser de questions. Car les questions appellent des réponses, et les réponses ont ceci d’embarrassant qu’on ne donne pas tous les mêmes. Et alors là, c’est le bordel.

 

La réflexion, réputée pourrir le bonheur, entame le processus morbide de jouissange aveugle et sans limites. La réflexion divise. Surtout, la réflexion propose une autre idée du bonheur. Un bonheur qui ne s’achète pas, et donc que personne ne vend. Un bonheur peut-être différent pour chacun. Un bonheur que l’on doit obtenir soi-même, que l’on doit concevoir et rechercher. Un bonheur sans trophées, bien difficile à brandir comme preuve de supériorité. Un bonheur non basé sur la domination, et et qui nécessiterait même d’y renoncer. Un bonheur qu’on ne copie pas sur le voisin. Un bonheur pour lesquel il n’y a pas de publicités dans le métro.

Comment se fait-il que les gens s’imaginent qu’ils seraient malheureux sans viande ni fromage, ou sans fast-food? Comment leur bonheur peut-il dépendre de choses aussi minables?  N’ont-ils jamais caressé un chat, épié un animal sauvage, marché sur le sable? N’ont-ils jamais embrassé quelqu’un qu’ils aimaient? Cueilli un fruit dans un arbre?

 

Les gens sont-ils incapables d’être heureux? Que nous donne de si précieux la civilisation, en échange de ce qu’elle nous arrache? Et si elle nous donnait quelque chose de bon, serions-nous encore capable d’en profiter? Sommes-nous des morts-vivants?

43 réflexions au sujet de « Le bonheur est dans l’assiette »

  1. J’adore cet article (sans doute parce que j’ai moi-même un pb avec la bouffe :siffle: anyway…). Vivant avec des Anglais et une Américaine, je constate clairement un rapport différent à la bouffe. Certains adorent, mais la plupart s’en foutent. Ils mangent pour vivre, ils ne vivent pas pour manger. L’un des Anglais a vécu 2 ans de fac à ne manger que des sandwich au fromage. Parfois, il mange pas. Parce qu’il oublie. Certes, cela surprend aussi les autres Anglais/Américains. Mais rien de comparable aux réactions que je vois quand je raconte ça à des Français.

    Le Français a un gros problème avec la bouffe, c’est assez hallucinant.
    Enfin, je suis sûr que des étatsuniens un peu white trash sur les bords gavés de hamburgers aussi ont un rapport malsain avec la bouffe, mais j’ai pas le sentiment que ça soit précisément le même problème que le nôtre.

    En lisant ton article, j’ai pensé à ce film, que je n’ai jamais vu : La grande bouffe (http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Grande_Bouffe).

    Au passage, j’ai tjs trouvé con le « on a qu’une vie, autant en profiter », ou le « bah, faut bien mourir de quequ’chose ! » Oui, bah tant qu’à faire je préfère mourir d’autre chose que d’un cancer de la gorge pour avoir fumé comme un pompier ou comme tu dis sur la cuvette d’un chiotte à cause d’un hamburger avarié lol (je me réserve l’alcool. Il me faut bien un dérivatif à mes dépressions quand mm ^^).

    • Oui les Américains ont aussi des problèmes avec la bouffe, mais ce ne sont visiblement pas les mêmes. C’est difficile d’analyser les problèmes des autres cultures. Mais je me demande si c’est pas tout simplement un problème de disponibilité des aliments et d’addictions au gras et au sucré.

  2. Oui, et sans doute aussi le prix apparemment hallucinamment bas de la malbouffe (mais apparemment, tout est super pas cher aux USA ; ma coloc américaine hallucine des prix londoniens, que ça soit la bouffe, les pintes de bière, l’électronique, etc.).

  3. Je ne sais pas si ça peut répondre à tes interrogations, éclairer un peu le problème. Je pense que tu confonds deux choses : le « plaisir-serein », et le « plaisir-compensation » (il doit y avoir des termes plus précis, mais rien d’autre ne me vient). On va prendre une personne qui rentre chez elle après une journée éprouvante, et à la maison, se dit « oh, j’ai passé une mauvaise journée, je vais me faire un thé / un chocolat chaud aux chamallows véganes / couler un bon bain chaud parfumé / brûler de l’encens / des bracelets en perle / un jogging ». Là, la personne est dans le « plaisir-serein », consciemment en train de matérialiser une coupure entre le stress qui est extérieur et le bonheur intérieur qu’on invoque.
    Reprenons la même personne, mais qui va se faire « pff, j’en ai marre, journée pourrie, je peux bien m’abrutir devant la télé / m’avaler un chocolat chaud / me commander des burgers, vu comme de toutes manières ma vie est naze ». La différence, c’est dans l’attitude, espérer que l’action va être destressante par elle-même alors qu’elle ne peut l’être que parce que nous avons décidé qu’elle le sera… Et si je remets l’exemple du chocolat chaud, c’est qu’une même action peut être un bonheur subtile s’il est déguster ou « pornographique », comme tu dis, s’il est avalé.

    Je ne sais pas si c’est bien clair ou bien articulé, j’espère que tu réussiras quand même à me comprendre :)

    • Ben ce que tu dis a du sens, mais si on prend les choses sous cet angle ça veut dire que la plupart des gens se limitent exclusivement au plaisir-compensation… c’est  complètement triste.

  4. Je ne fais partie d’aucun confrérie car j’appartiens à la majorité qui mange de la viande et des produits animaliers transformés ou non.

    J’ai lu votre article envers les français en particulier et les non végétariens/liens en général.
    Rétablissons un peu de justice sociale.

    Comment expliquez-vous que ce soit parmi les couches sociales les moins aisées que la nourriture soit de plus mauvaise qualité? Croyez-vous vraiment que les pauvres se complaisent à manger de la merde?
    C’est comme si vous reprochiez à un pauvre de s’habiller en vêtements « carrefour » alors que « Prada fait de si belle choses »…

    Croyez-vous sincèrement que la France est le pire des pays de malbouffe? J’ai voyagé et je peux vous dire que j’ai vu de part l’Europe (j’ai peu quitté l’Europe) des pays où la malbouffe était encore pire qu’en France.

    Il est bien connu que l’avènement du consumérisme au détriment du spirituel ou du culturel a été inventé par les français et n’existe qu’en France! Ahahaahah Vous devriez voyager un peu et revoir vos théories sur l’économie et la politique car vous manquez cruellement de base.

    Pensez vous vraiment que se baigner dans du plancton luminescent apporte le bonheur à tout le monde?
    Moi, ce que j’aime, c’est jouer de la guitare, monter sur scène…
    Chacun trouve son bonheur (ou pas, car le bonheur n’est pas une obligation) dans ce qu’il aime lui.

    Vous pouvez trouver votre bonheur à vous enfiler des carottes crues et je ne vous mépriserai pas et ne vous contesterai pas la légitimité de votre bonheur.
    Le bonheur VOUS appartient. Décider de ce qui est bon ou pas pour les autres et surtout croire que SA vérité est LA vérité est fascisant.

    Hitler n’était il pas devenu, avant de se suicider, végétarien? Ca ne lui a pas réussi ou il a dû se dire qu’il fallait bien mourir de quelque chose :)
    Cordialement
    Charles

    • J’adore les gens qui comprennent ce qu’ils veulent et qui sont complètement à côté de la plaque.

  5. Ah oui c’est du boulot. Mais tu es déjà habituée à écrire beaucoup et il s’agirait surtout de sélectionner des textes, de les organiser et de les retravailler un chouîa… Perso j’imagine bien au moins deux parties, l’une s’adressant davantage à des gens comme ta pote Sophie (ce serait tout de même trop bien qu’ils lisent des billets comme celui-ci) et l’autre destinée plutôt aux personnes déjà engagées pour les animaux. Mais il y a plein d’autres possibilités, bien sûr.
    Pour ma part, je trouve que le boulot pénible / fastidieux, quand tu fais un livre, n’est pas le pendant mais l’après ; on en reparlera plus tard, si ça t’intéresse !

    • en fait j’ai quelques projets mais j’ai du mal à m’y mettre, il faudrait que je me pose au même endroit au moins quelques semaines.

  6. Cet article me laisse assez perplexe.
    D’une part je suis entièrement d’accord sur la conception très particulière qu’on les français de la nourriture. Conception extrémiste qui se résume généralement par « si tu manges pas de viande/fromage ta vie est pourrie ». Ce qui est, on est d’accord, ridicule.
    D’autre part il y a un certain ton condescendant, qui je pense, n’est pas volontaire. « toi tu ne t’es jamais baigné nu dans du plancton luminescent » > non en effet, c’est pas faute de vouloir hein :D

    Mais c’est paradoxal parce-que, comme tu le dis aussi, j’adore la nourriture. Je l’avoue, c’est un de mes principal plaisir dans la vie.
    La façon dont je vois l’article est que notre plaisir culinaire ne devrait pas passer au dessus de la souffrance des animaux/planète/gens.
    On s’en tape si les gens ne misent leur bonheur uniquement sur ça, même si c’est triste, (tout le monde n’a pas la chance de voyager) : le truc c’est qu’en aucun cas ça ne devrait être égoïste et se faire au dépend d’autres êtres vivants.

    • Je ne voulais pas être condescendante. j’ai juste pensé: cette conception du bonheur, c’est de la merde. Pour le montrer, je vais penser à un truc vraiment cool, et je vais comparer les deux, comme ça on est obligé de constater que c’est de la merde. Donc forcément j’ai pensé à un truc que j’ai fait. Mais ensuite j’ai bien expliqué que cette tentation, que j’ai pu avoir, de penser que les gens ont simplement des vies de merde, est fausse. Puisque des gens qui ont un parcours de vie à peu près similaire au mien ont cette vision pauvre du bonheur. Donc le coup du plancton, peut-être pas, mais les gens qui me disent ça ont surement fait plein de choses que j’ai pas faites, du genre sauter en parachute, ou des choses auxquelles j’ai jamais pensées. Mais du coup je ne sais pas si j’ai été très claire sur ce point.

      Je pense que beaucoup de gens ont bien plus d’occasions de voyager qu’ils ne le veulent, même si je sais bien sur que tout le monde n’en a pas la possibilité, la plupart des gens n’en ont simplement pas l’idée ou sont trop accrochés à leur confort matériel pour risquer de s’en défaire. J’ai d’ailleurs déjà évoqué le sujet à propos des voyages: c’est pas la fête tous les jours. Des fois c’est dur.

      Si tu es attentive tu verras que je parle de deux choses dans cet article:

      1) miser son bonheur uniquement sur le plaisir de manger

      2) en plus de ça, ne pas connaitre le vrai plaisir de manger, avoir des standards gastronomiques à la con (fast food, viande, fromage, et ne rien connaitre d’autres)

      Et je pense que les 2 sont liés. Découvrir des gastronomies différentes, c’est s’ouvrir. S’ouvrir, c’est aussi se rendre compte que le plaisir de manger n’est pas le seul de la vie. Bien sur, le fait que je voyage influence ma vision du bonheur. Mais je ne parle pas que de voyage dans cet article, mais de tous les plaisirs que l’on peut prendre dans la vie. Je pense que c’est dommage de considérer qu’on serait malheureux sans un plaisir en particulier (que ce soit la bouffe ou autre chose). Par exemple je n’ai plus le plaisir de caresser mon chat, et ça me manque. Mais je ne suis pas malheureuse. Etre heureux c’est, je pense, un « savoir vivre »,  savoir saisir le bonheur de chaque instant, prendre ce qui nous est offert. C’est justement ce que la civilisation nous empêche de faire, et c’est ce que je voulais montrer dans cet article.

      D’ailleurs, pour le plancton,  99% des gens qui ont la « merveilleuse chance » de voyager dans ce coin-là du cambodge s’occupent plutôt à se prendre des grosses murges  qu’à s’intéresser aux étoiles et à la nature. Y a pas que les chances que la vie nous donne, mais surtout ce qu’on en fait.

  7. Je fais partie des gens qui ont tendance à compenser par la bouffe en situation de stress, d’anxiété, etc… et dans ce cas c’est clair que je n’apprécie pas du tout ce que je mange c’est juste compulsif.
    Mais j’aime aussi prendre mon temps pour apprécier de bonnes choses.
    Et quand je fais un repas avec des gens, être avec eux m’importe plus que le contenu de mon assiette. Si possible je préfère me régaler de bonnes choses mais si je dois faire très sommaire alors tant pis, je suis là pour eux pas pour le contenu de mon assiette.

    Mais pour beaucoup de gens le contenu de l’assiette est devenu plus important que le fait d’apprécie le moment. Que de stress pour faire un super repas, et finalement un stress tellement important qu’il devient difficile de profiter du moment présent…

    Depuis que je suis végane j’ai eu l’occasion de m’interroger sur tout çà.
    Quand je stress au moins je me gave moi sans cruauté pour autrui… J’ai découvert plein de plats d’une grande finesse et loin des graisses saturées je suis devenu plus sensible à des parfums plus subtils.
    Et si je dois me contente d’une feuille de salade verte pour passer du temps avec des amis dans un resto qui ne connait pas le plaisir végétal, et bien tant pis.

    Et oui quel dommage ces gens qui ont l’impression que leur vie va s’arrêter s’ils ne peuvent plus manger un steack, du foie gras ou autre roti…

    Merci pour tes articles qui permettent de se questionner ou de repenser des idées passées en flèche.

  8. @ Charles :
    Pourquoi les plus pauvre mange les plus mal ?
    Parce qu’ils sont malheureusement maintenu dans une situation ou ils ne peuvent pas se permettre de prendre le temps de reflechir et notre societe ne fait rien pour les aider a le faire. Cependant, il serait faux de vous complaire dans la croyance que bien manger VEGAN coute cher. Les fruits et legumes a cuisiner coute toujours moins chere qu’un plat prepare…

    La France n’est pas la pire pour la malbouffe?
    Ah ben si on est pas les pires continuons a creuser, on reflechira seulement quand on sera les derniers de la liste… Assez limite votre mode de reflexion, non?

    Le bonheur,quel grande question…
    En effet, mais tuer vous des animaux quand vous jouer de la guitare ou que vous monter sur scene? Que neni… Par contre en mangeant des produits d’origine animal vous provoquez la mort de nombreux etre sensible et conscient qui ne demandaient qu’a vivre…
    PS: si je decide que ce qui est bon pourmoi est vous bouffer vous en marinade, y verrez vous une objections?

    Hitler etait un fervent defenseurs des animaux…
    Il les considerait avec beaucoup d’estime.
    D’ailleurs pour lui, les juifs etaient des animaux, sachez le…(PS : Hitler vegetarien = legende urbaine)

  9. J’ai moi-même tenu un discours similaire au tien l’elfe, pas plus tard qu’ire soir, à une fille qui ne défendait pas spécialement la malbouffe mais qui disait aimer ça, de temps en temps. Eh bien, même en y mettant les formes, ce n’est pas passé. Je pense qu’elle a comparé la graisse à de l’argent, qui ne fait pas le bonheur mais y contribue grandement.

    De là, je me suis abstenu de tout commentaire.

    • Faut savoir arrêter la discussion quand ça devient stérile. c’est pour ça que j’ai pas vraiment répondu à charles d’ailleurs. Le coup d’hitler, vraiment… ^^ mais oui le truc de la graisse ça en dit long.

  10. EDIT: Pas plus tard qu’hier soir*

    >J’ai écris graisse mais je pensais « acide gras saturé ». Désolé pour l’edit.

  11. « Hitler n’était il pas devenu, avant de se suicider, végétarien? »

    et ça se permet de dire « revoyez vos théories en politique »

    L’expression « à côté de la plaque » est en effet des plus appropriées je crois.

    Alderanan, je suppose que tu es ironique quand tu dis qu’il était défenseur des animaux et les estimait.. Ce brave Hitler qui battait son chien pour prouver son autorité devant les dames et se lamentait parce qu’il ne pouvait pas profiter de ses plats de viande sans avoir l’estomac dérangé…

    • Doit-on ajouter qu’hitler n’a jamais été végétarien… Cette croyance est l’effet de la propagande de son chargé de com. Mais une des premières choses qu’hitler a fait une fois arrivé au pouvoir est de jeter en prison les responsables des associations végétariennes allemandes.

      • Merci pour cet article! C’est tellement vrai, ce que je pense vous avez réussi à l’écrire. Les repas en France, c’est compliqué, jamais aussi bien, on se plaint, il faut discuter, tout un rituel!

      • Quelque chose que j’ajouterais vite fait, c’est que la première fois que j’ai entendu « Hitler, il était végétarien, alors… » ça ne m’a même pas dérangé, mais alors pas le moins du monde. Je n’en savais rien, je m’en fichais et je l’aurais même admis volontiers. Me comparer à « ce vieux Dolphie » (oui, parce que quand même, parfois on s’aperçoit que ce sont les même qui lui donnent ce sympathique diminutif) sur un lien aussi ténu qu’une pratique alimentaire (avec la donnée « il était végétarien », on ne peut même pas parler de régime), eh bien c’était tellement absurde que la flèche était tombée au sol bien avant de m’avoir atteinte. C’était bien moins profond de sens que de dire « Hitler était un être humain. »

        Ce qui m’a bien plus dérangé finalement, c’est d’apprendre, par la suite, en me documentant là-dessus que c’était complètement faux. Pourquoi ce mensonge ? Et surtout, pourquoi est-il aussi répandu ?

        • L’origine de ce mensonge est expliqué dans « Un Eternel Treblinka » (Charles Patterson). En gros tout est parti du porte-parole de Hitler qui voulait le faire passer pour une sorte d’ascète. Mais dans ce livre on apprend aussi que Hitler non seulement n’était pas végétarien mais a persécuté les représentants d’associations végétariennes.

  12. @Koline :
    En fait,non je ne suis pas ironique.
    Les nazis se consideraient reellement comme « protecteur » des animaux.
    Ils avaient meme mis en place des lois de protection animal.

    Mais leur notion de « protection » me laisse perplexe puisque ces lois integrait les juifs dans la categorie animaux et elles ne condamnaient pas ce que leregime nazi a fait a ces gens.

    En resume : oui, ils ont mis en place des lois de « protection animal » mais c’etait surtout du vents pour alimenter la propagande pro nazi.

    Quand on voit que certain y croit encore, on peut etre sur d’une chose, la propagande nazi etait et reste un modele de manipulation des foules.

  13. Cet article me laisse perplexe…
    Il n’y a pas besoin d’être vegan pour s’ouvrir à d’autres cultures ou gastronomies. Et prendre plaisir à manger ne veut pas dire que ça constitue le bonheur à lui seul (même si l’appréciation française pourrait laisser penser le contraire – Je dois dire que je trouve rien de particulier à celle-ci, préférant les plats asiatiques ou africains en général).
    Cet article laisse penser qu’il n’y a qu’une conception du bonheur, sans la définir.
    Voyager est un plaisir que j’apprécie, ainsi que les nouvelles expériences que ça apporte. Mais nager dans du plancton comme exemple me dit rien de prime abord. Pourquoi faire une pyramide des plaisirs?

  14. Pub ! ;o) J’interviens au sujet de Hitler avec un lien vers un passage de mon essai Le cri de la carotte : http://www.afleurdeplume.com/?page_id=266

    Par ailleurs, Patterson (cité dans le lien ci-dessus) explique dans son bouquin que les apprentis SS devaient élever un chien puis le tuer pour prouver à leur chef à quel point ils étaient de vrais hommes, prêts à toutes les cruautés.
    … Mais est-ce bien le problème, je veux dire : en quoi, si Hitler avait été végétarien, cela devrait-il clouer le bec aux végés ??…
    Autres extraits de mon bouquin :
    […] Ainsi, la bien connue psychanalyste Élisabeth Roudinesco déclare au philosophe Jacques Derrida, dans De quoi demain…: […] Qu’un certain cannibalisme symbolique soit indépassable, cela pourrait l’être d’autant plus que, d’un point de vue psychanalytique, la terreur de l’ingestion de l’animalité peut être le symptôme d’une haine du vivant poussée jusqu’au meurtre. Hitler était végétarien […]
    Via cette diatribe, remarquons comment cette médiatique penseuse n’hésite pas à manier les amalgames, et comment cette historienne de renom brandit le végétarisme d’Hitler, qui n’est pourtant qu’une rumeur propagée par Goebbels – ainsi que nous l’avons appris. […]
    […] Cf. le chap. II – 2. Lire aussi Élisabeth Hardouin-Fugier, La protection législative de l’animal sous le nazisme.
    Quant à la réponse de Derrida, elle n’est pas mal du tout. Extrait : […] Certains ont osé tirer argument de ce végétérianisme de Hitler. Contre les végétariens et les amis des animaux. Luc Ferry, par exemple. Ce réquisitoire caricatural procède à peu près ainsi : « Ah, vous oubliez que les nazis, et Hitler en particulier, furent des sortes de zoophiles ! Donc aimer les animaux, c’est haïr ou humilier l’homme ! La compassion pour les animaux n’exclut pas la cruauté nazie, elle en est même le premier symptôme ! » L’argument me paraît grossièrement fallacieux. Qui peut accréditer une seconde cette parodie de syllogisme ? Et où nous conduirait-il ? À redoubler de cruauté envers les animaux pour faire la preuve d’un humanisme irréprochable ? […]

    • merci de ton passage ^^ je me rappelle plus le coup du chien à élever et tuer, mais en tous cas j’ai bien retenu dans le bouquin de patterson que le supposé végétarisme d’hitler n’était qu’un coup de pub et que la cruauté envers les animaux permet d’apprendre celle envers les humains. En tous cas ça donne envie de lire ton bouquin !

  15. Très bon article, merci beaucoup de partager ces réflexions passionnantes.

    Je réagis particulièrement à ce passage :

    «  »Une sorte d’hédonisme primaire, égoïste, morbide, aveugle, résolument tourné vers le consumérisme et rien d’autre. La table n’est pas (ou plus) un lieu de partage et d’échange, de détente et de petits plaisirs. Sous prétexte de convivialité, elle s’est muée en un espace supplémentaire de formatage social. Ce qui compte n’est pas l’atmosphère des repas, le plaisir simple de partager avec des gens qu’on apprécie. Ce qui compte c’est que la bouffe soit bonne (c’est à dire grasse, car on a, au passage, égaré le vrai sens du mot « bon ») et qu’on en profite. Que chacun en jouisse sans entrave, jusqu’à s’en faire péter le bide. Et surtout, qu’on en jouisse sans se soucier des conséquences, et, encore plus important, que tout le monde soit d’accord là-dessus. «  »

    Je m’explique : je viens de terminer un mémoire en psychanalyse sur « Le végétarisme comme tentative d’objection au discours capitaliste » et c’est exactement le propos que j’y tiens : le végétarisme « éthique » pourrait se lire comme une objection à ce diktat de jouir de tout et tout le temps dans notre société, par souci et respect de l’autre (animal, en l’occurrence).
    J’ai choisi de parler du végétarisme et non du véganisme parce que je m’appuie sur l’exemple de Théodore Monod, qui était végétarien, et parce que je pense que c’est une 1ère étape avant d’aller vers le véganisme… Et aussi parce que j’ai conscience du fait que d’associer végétarisme et psychanalyse est presque « nouveau » -peu de travaux là-dessus pour le moment-, et va sans doute beaucoup bousculer (et c’est le but) ceux qui vont me lire. Je me suis dit que parler du véganisme (même si je l’évoque dans mon travail) comportait le risque d’être vraiment trop subversive et du coup celui de ne pas être lue ni prise au sérieux…
    Je vous ferai partager avec plaisir mon travail si ça vous intéresse, il ne me reste qu’à passer la soutenance (demain matin !) et à corriger quelques coquilles qui restent par-ci par-là…

    Et je suis d’accord avec Sandrine, vos articles mériteraient (au moins) un livre !

    • Ca a l’air vraiment très intéressant comme sujet ! Je veux bien en apprendre plus à l’occasion :) Bonne chance pour la soutenance ^^

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  20. Mais… Oui, ça serait terrible pour moi si je ne pouvais plus manger les première fraises de l’année après avoir pédalé jusqu’au marché sous le soleil (en longeant le bord de mer, en plus). Ou ne plus jamais manger de pastèque en maillot de bain (ou tout nu si vous préférez on s’en fout) sur la plage en en faisant dégouliner partout…
    J’aime le soleil, et j’aime le manger – vous trouvez pas que les tomates de fins d’été ont un très fort goût de soleil, vous ? Ça, ça me rend heureuse.

  21. Savais-tu que des personnes ne se nourrissent que de la lumière du soleil ? Cela peut paraitre utopique mais c’est un vrai mode de vie, le sungazing. Cela consiste à absorber l’énergie solaire en s’exposant le matin, au lever du soleil, et en fin d’après midi, lorsqu’il se couche, et à ne boire que de l’eau. Et à force d’expositions, il paraît que le corps n’a plus besoin de l’énergie présente dans les aliments, et donc ne mange plus. Je ne me suis pas assez renseignée sur cette pratique pour être sur à cent pour cent de sa fiabilité, mais ce qui est sûr c’est qu’il y a des pratiquants. Curieux non ?

    • Je suis sceptique, car certaines personnes soi-disant respiriennes se sont révélées manger en cachette (pourquoi, je n’en ai aucune idée). Apparemment, certaines personnes sont capables de s’alimenter très très peu tout en menant une vie normale, mais je suis sceptique concernant celles qui disent ne pas s’alimenter du tout, surtout pendant plusieurs années.

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  25. Pour en revenir au plancton fluorescent… et à se baigner dedans et en éprouver du bonheur, image que certains ont jugé condescendante (?). Je signale aux lecteurs de ce splendide journal qui me retarde bien dans mon taff depuis deux jours mais ne le répétez pas s’il vous plait, que du plancton, il y en reste un peu partout, que quand on agite l’eau avec ses bras pour nager la nuit, il se met à faire plein de petites étoiles, qu’on a subséquemment l’impression qu’on est en train de nager dans le ciel, et que moi qui vous parle, je l’ai vu de mes yeux pas plus loin qu’en Charente Maritime, à la sortie de l’estuaire de la Gironde. D’accord, l’eau n’était pas à 28 °C, plutôt aux alentours de 18/19 maximum, mais c’était bien quand même.
    Je me suis d’ailleurs demandée pourquoi le plancton se mettait à scintiller ainsi et se rendait visible : réaction de peur, de défense ? Ce sont de minuscules animaux qui se font boulotter en masse par de plus gros qu’eux, est-ce qu’ils sont doués d’une intelligence collective comme les abeilles dites « domestiques » ?
    Je me permets cette question parce que je vois que l’éthologie est un des sujets abordés ici. Merci d’avance des lumineuses réponses des expert(e)s en « planctonologie ».

    • Je sais pas trop pourquoi le plancton brille, mais je pense pas que ce soit du domaine de l’éthologie. Y a beaucoup beaucoup d’espèces différentes dans le plancton en fait, je sais pas lesquelles font de la lumière.

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