Le couple et l’amour à vendre

Parler de couple et d’amour dans une société comme la notre, c’est extrêmement difficile. Difficile parce qu’on nous parle d’amour et de sexe sans arrêt, parce que le sexe et l’amour, dans notre société, c’est quand même un peu comme les frites, finalement: des biens de consommation.

Lafâme est un bien de consommation, mais on aurait tort de limiter le phénomène « sexe à vendre » à la prostitution, à la pornographie et aux femmes qu’on déshabille pour vendre du yaourt, des voitures et des couches jetables. Ou du véganisme, tiens. Merci Peta.

Image destinée à attirer l'oeil du mâle blanc hétérosexuel moyen et heu... Lui donner envie de manger de la viande?

Il n’y a pas que les filles à poil qui rapportent de l’argent: le mariage est un bien de consommation. Le couple est un bien de consommation. Je ne listerai pas ici tout ce qui se vend et s’achète pour que les gens se maquent ensemble, à commencer par les sites internet du genre meetic, adopteunmec ou autres. On a tous un jour pouffé de rire en lisant les petites annonces « rencontres amoureuses » dans le journal, mais qui s’est arrêté un instant sur la dose massive de désespoir, de solitude et d’abandon qui pèse sur ceux qui les écrivent? Finalement, c’est peut-être pour ça qu’on en rigole: on est pas à ce point au bout du rouleau.

Au bout du rouleau de la déchéance et de la solitude qui attendent celles et ceux qui n’ont pas réussi à se trouver un mec ou une nana. Pour rendre ça moins ridicule, on dit « trouver l’âme soeur ». Un grand mot pour parler de se caser. Les losers, ce sont les célibataires de longue date, ceux qui n’ont « pas trouvé »… Ou ceux dont personne n’a voulu? La différence est peu claire. C’est comme si être amoureux te rendait supérieur aux autres. Etre casé, dans notre société de domination, c’est affirmer son ascendant sur quelqu’un, c’est avancer une preuve de sa valeur. Youpi, quelqu’un m’aime, quelqu’un me veut pour lui tout seul !

Beaucoup de gens sont très attachés au couple, on l’a constaté ici même dans les commentaires des articles récents. Je ne veux rien affirmer, mais est-ce étonnant que les gens tiennent autant au modèle du couple, puisque c’est le seul et unique chemin d’accession au bonheur qu’on enseigne aux gens? Puisqu’on vous fait bien comprendre que si vous n’êtes pas en couple – et avec quelqu’un de fidèle – vous serez malheureux?

Finalement le couple, ce n’est pas un mal en soi. Le problème, c’est qu’il soit obligatoire. Bien sur, je l’ai dit, je pense qu’on ne devrait pas avoir le droit de contrôler le corps d’un-e autre. Mais si des gens sont heureux en couple exclusif, si ça ne leur pose aucun problème, je ne vois pas très bien de quel droit je viendrais leur faire la morale.

Est-ce qu’on peut affirmer que le modèle du couple ne pose jamais de problèmes? Non. Est-ce que les gens disposent de beaucoup de solutions alternatives au couple à partie du moment où ils ont envie de se fréquenter, de s’aimer, de faire l’amour? Certainement pas. Est-ce que les gens ont vraiment le choix de se mettre ou non en couple au cours de leur vie? C’est un choix un peu comparable à celui d’une femme pour ce qui est de s’épiler ou non les aisselles. La plupart des gens ne savent même pas qu’ils ont le choix, et de fait, ils ne l’ont pas.

On m’a dit que la jalousie ne posait aucun problème. J’écrirai un article spécifique sur la jalousie, vaste sujet. Mais il suffit d’ouvrir les yeux pour constater que la jalousie et la possessivité sont des sources intarissables de problèmes, de disputes, de déchirements, et même de meurtres et de suicides. Le choix d’être ou non exclusif ne se pose même pas, il ne se pose pas dans la société, il ne se pose pas pour de nombreux commentateurs des articles récents – pourtant, c’est justement la question que j’ai voulu soulever, mais pour beaucoup, elle n’est simplement pas posable.

Etre attaché au couple, est-ce que ça ne veut pas dire être malheureux si l’on ne trouve pas « la » bonne personne? Et si cette personne n’existait pas? Et s’il fallait plutôt s’ouvrir à la rencontre que de chercher une personne en particulier, qui n’existe peut-être pas, pour construire avec elle une histoire, qui n’existe que dans notre tête? Bien sur tout dépend de la façon dont on y est attaché. Mais il faut bien reconnaître que la plupart des gens y sont attachés de façon exclusive et n’ont jamais pensé à mener leur vie autrement; on peut même dire que c’est simplement impensable pour beaucoup, même si on leur soufflait l’idée.

Promettre de rendre les gens heureux, leur renvoyer en écho leurs fantasmes profonds, agiter leurs peurs secrètes, leurs désirs… Un moyen efficace de faire de l’argent. Il est sans cesse exploité. Achetez, vous ne serez plus seul, les gens vous aimeront, vous désireront… Un peu facile de jouer sur les peurs et désirs des gens quand, en même temps, on les manipule.

Et si on s’émancipait?

37 réflexions au sujet de « Le couple et l’amour à vendre »

  1. J’ai tout de même un peu l’impression que tu t’attaques à un faux tabou. En réalité, les magazines mainstream discutent abondamment de l’opportunité de l’échangisme, des avantages du couple libre, etc. Du coup, c’est pas très corrosif tout ça. C’est pour ça que je pense que ces posts sont un peu en dessous du niveau habituel.

    Au reste, je trouve que c’est un discours de dominant. Le couple, c’est souvent une institution qui protège, au même titre que le CDI. Pour les plus fragiles, c’est souvent une bouée, un point fixe. En général, d’ailleurs, ceux qui fustigent la stabilité de l’emploi, ce sont les tradeurs, les banquiers d’affaire, les avocats, etc. Les ouvriers sont nettement moins sur cette ligne.

    • Ridicule. L’échangisme c’est le truc le plus normé qui soit. « Tu n’as pas le droit de baiser ma femme si je baise pas la tienne ». C’est un milieu très très patriarcal, ou des hommes s’échangent des femmes. Y a d’ailleurs un blog sur le sujet: http://libertinsmoncul.wordpress.com
      Le couple libre, c’est une toute petite fenêtre ouverte. J’ai connu énormément de gens qui se disaient en couple libre: certains n’avaient pas le droit d’embrasser, d’autres n’avaient pas le droit de parler de ce qu’ils avaient fait à leur partenaire, d’autres au contraire devaient tout rapporter dans les moindres détails et demander la permission avant, aucun n’a le droit de tomber amoureux.
      Là tu mélanges une vision de l’amour et du sexe à des pratiques sexuelles normées et soi-disant déviantes mais qui ne font que déplacer un tout petit peu les normes au lieu de les abolir. J’aimerais bien savoir combien de couples libres et d’échangistes tu connais…

      • Attention, l’échangisme et le couple libre ne rentrent pas dans les paraphilies stricto senso.
        Après le libertinage, l’échangisme, le couple libre ont été largement récupéré par les médias mainstream et sont devenus des « produits » fantasmatiques distribuées à tous pour « doper » leur couple classique par des pratiques un peu plus hype sans forcément penser exactement à ce qu’il y a derrière. Le libertinage tel qu’il est vécu actuellement dans la société fait plus office de consommation sexuelle que de véritable libération du corps et de l’esprit (d’ailleurs le libertin ou la libertine à la base est un libertaire philosophe et non un libidineux obsédé comme c’est le cas actuellement)
        Monétisation du couple (sites de rencontres et co ), de l’infidélité (merci Gleeden) et effectivement de la nécessité impérieuse d’être en couple pour être épanoui et accepté socialement.

        Bon article Madame l’Elfe :)

      • J’y connais absolument rien, c’est vrai. Je constate juste que rien dans le couple n’a pas déjà été remis en question, et je maintiens que cette remise en question est souvent le fait des dominants.

        Pour être direct : tu es jeune, certainement jolie, manifestement intelligente. Dans ces conditions, facile de dire tout ça. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde.

        • Depuis quand on fait partie des « dominants » quand on est une « jeune et jolie » femme et qu’en plus, on est intelligente ?
          Dans la vraie vie, ce ne sont certainement pas ces critères qui sont pris en compte.

          D’ailleurs, avec tout le respect que je vous dois, Tartempion, votre commentaire est à rapprocher de celui d’ArtKa : « si tu dis/écrits/penses une telle chose, c’est que tu es comme-ci ou comme-ça ».
          Ce ne sont rien de plus que des jugements à l’emporte-pièce que ne valent pas grand chose. Le fait que ce soit des pseudo-compliments ne changent rien à l’affaire.

          • C’est assez étrange comme remarque, j’avoue. Les hommes occupent la quasi totalité des postes de pouvoir dans la société, pendants que leurs femmes sont à la maison et s’occupent de leurs enfants et de leur vie de famille. Mais bon, ce sont les femmes les dominantes. Enfin, je suppose qu’il voulait uniquement parler des rapports de séduction, mais même là, ça dénote un certain aveuglement par rapport aux problèmes de genre.

        • Je dénonce justement le fait que le système du couple, notamment via les statuts « en couple / pas en couple » constitue un système de domination. Je ne crois pas que le besoin de sécurité qu’ont les gens soit rationnel, je crois qu’il leur est inculqué par ce que je dénonce. D’ailleurs, il y a des gens jugés « moches » (selon les critères normatifs) très heureux et qui se sentent en sécurité, et des gens jugés « beaux » très malheureux et très terrorisés à l’idée de finir seuls et que personne ne les aime. Je ne crois pas que quiconque mérite ça, qu’il soit beau ou moche. Je ne crois pas que le système du couple génère de la sécurité, je crois plutôt qu’il génère une énorme insécurité. Il fait des trous et y colle des rustines.

          Certains aspects du couple sont parfois remis en question, mais le couple lui-même ne l’est pas.

  2. Ridicule. Et toi t’en connais beaucoup? tu fréquentes peut-être que des gens comme ça et tu méprises tous les célibataires ou en couple. Et dès que quelqu’un de ton entourage se dit en couple, tu dis, ah non mais en fait toi tu fais pas parti du critère de couple que je définis. Ben oui tellement plus simple! Tu fréquentes peut-être que coupleslibresveganes.fr. Sinon pourquoi méprises-tu tant les mâles blancs? Tu t’es faite violer ? T’étais grosse? T’es moche? je parle physiquement car mentalement je le sais déjà. En tout cas ta haine n’a d’égal que la longueur et la lourdeur de tes posts.

    • Jugement à l’emporte-pièces, accusations sans fondement, injures et autres attaques ad-hominem, question rhétorique à deux balles, avec pour conclusion la petite phrase qui critique le texte mais qui correspond précisément à ce qu’est le commentaire…

      Allez…

      Je mets 10/10. On a là la maîtrise parfaite du troll. Félicitations ArtKa ! C’est vraiment du grand Art !

  3. Très bon article. Il est navrant que certains se permettent de t’insulter ouvertement après la lecture de ce que sont tes opinions, et rien d’autre.

    • En effet. En même temps, de la part de l’abruti qui a essayé plusieurs fois de se faire passer pour moi afin d’insulter les autres lecteurs, ça ne m’étonne pas.

      • Sans parler du blog les questions décomposent là, assez bizarre tout ça… A mon avis, t’as un fan amoureux de toi, et il fait tout l’inverse car il ne sait pas comment s’y prendre.

        • Non je pense pas… Les gens sont un peu énervés parce qu’on bouleverse leurs croyances. Le blog les questions décomposent c’est juste un bête plagiat.

  4. Bon, j’aimerais comprendre, quand même…
    (Allez, je fais un dernier effort, et après j’arrête d’essayer de comprendre l’espèce humaine…)

    Ce dont tu parles, c’est de sentiments amoureux non exclusifs ?
    Ou d’amour général non exclusif, tout amour se valant ?
    Est-ce que c’est différent d’une vie où l’on aurait plusieurs amis (et parfois une intense amitié) en ayant des rapports sexuels avec certains d’entre eux (pas forcément ceux dont on se sent le plus proche) ?
    Ou est-ce qu’il y en a qui sont plus que des amis, pour qui on éprouve un amour de nature différente ?
    Est-ce qu’il y a des intensités, ou est-ce que tout se vaut pour tout le monde ?

    Est-ce que tu peux donner une définition (relativement précise, et si possible concise) des différents types d’amour que tu ressens ou qui existent ? Amour familial, amour universel, amour amical, amour amoureux, autres (les types que tu veux, en plus ou en moins)…?
    (Par exemple, en s’inspirant de wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Amour#Gr.C3.A8ce_antique, et en faisant ton tri. Cette dernière question est pour moi la plus importante.)

    • Si je puis me permettre, cette définition de l’amour vu par les grecs est avant tout normative, ce qui ne correspond pas du tout au sujet actuel du billet qui se pose essentiellement sur la monétisation du couple et son exploitation néfaste qui en est faite contre les individus célibataires.
      En lui-même (et là c’est mon avis), l’amour est une expérience personnelle qui ne peut être définie ou quantifiée. Seule règle évidente, l’amour ne possède pas et n’enchaîne pas l’être aimé. Cela étant, beaucoup de personnes n’aiment pas mais s’approprient consciemment ou inconsciemment la vie d’autrui sous couvert d’un soit disant amour et d’un diktat d’être en couple. Être célibataire revient souvent à dire « je suis en chasse » pour bon nombre et ce n’est pas de l’amour que de vouloir passer son statut à en couple…

    • J’ai déjà abordé, dans « l’amour des bêtes » (http://lesquestionscomposent.fr/lamour-des-betes/) les différents sens que l’on donne au mot « amour ». Pour moi, l’amour-passion se rapproche beaucoup de ce que j’appelle dans cet article « l’amour des concepts ». Ca n’a que peu de rapport avec ce qu’une personne est vraiment, ce qu’elle ressent, etc. C’est l’amour ou plutôt l’adoration d’une représentation, que cette personne incarne. Quand je parle d’amour pour un animal en particulier, c’est pareil que l’amour pour une personne. C’est un sentiment de connivence, de bienveillance, de complicité. Tu passes des moments agréables avec cette personne, parce que ressentir de l’amour est quelque chose d’agréable.
      Je ne crois pas qu’il y ait de différence de nature entre plusieurs sortes d’amour, sauf si on appelle « amour » l’amour-passion. Mais faire intervenir l’amour-passion dans le couple, c’est à mon avis ce qui rend les gens si malheureux. L’amour-passion n’est qu’un sentiment égoïste, c’est un peu le contraire de ce que j’appelle l’amour. Pour certains être amoureux c’est ressentir ça. Pour moi être amoureux, c’est ressentir un amour très intense… Donc c’est un peu le contraire. Bien sur dans la vraie vie, tu peux ressentir les deux, et c’est très compliqué.

      • Si je suis bien le raisonnement, l’amour-passion a quelque chose d’objectifiant pour la personne « victime » de cette passion. On lui nie le droit d’être individu pour l’enfermer dans un concept, une personnification de nos désirs et un reflet de notre narcissisme, ce qui conduit du coup beaucoup de couples à se perdre dans une conception erronée de l’autre, du moins une image qu’on aimerait que la personne reflète en société selon nos fantasmes. (Envolée lyrique de la longue phrase, mes excuses).
        Bref, ce n’est pas de l’amour mais de la possession, ce qui génère de la jalousie, un côté « control freak » sur la vie de l’autre pour s’assurer de sa « soumission » éternelle. Dans les faits, cela se veut rassurant et stable mais cela génère pourtant beaucoup de souffrances lorsque l’un des deux du couple se « réveille ».
        Bien loin du véritable amour qui se veut désintéressé, complice et ouvert.
        Interessant article sur l’amour :)
        Merci pour le relinking!

  5. Bonjour,
    J’aime beaucoup ton blog, que je suis avec grand intérêt. Le sujet du couple libre me fait vraiment réfléchir, sois remerciée pour tes articles là-dessus. Mais puisqu’il s’agit de quelque chose que tu pratiques et que tu vis, j’aimerais lire une description plus personnelle de tout ce que ça implique.
    Par exemple, concrètement, les rencontres amoureuses que tu fais en-dehors d’Alderanan sont-elles rares ou fréquentes ? Est-ce que vous en parlez, si oui comment ?
    Et surtout, que ressens-tu lorsque tu apprends que lui a eu une relation ?
    Merci pour tes réponses, ce n’est pas du voyeurisme mais une curiosité lié à ce sujet.

    • J’ai pas envie d’entrer trop dans les détails perso mais je vais quand même essayer de répondre.
      -Comme je l’ai dit dans les com déjà, je ressens très très rarement des sentiments amoureux pour quelqu’un, d’une façon générale. Mais ça me dérange pas de coucher avec quelqu’un dont je suis pas amoureuse. Souvent ou pas souvent, ça dépend des périodes. Des occasions surtout.
      -On en parle exactement de la même façon que j’en parlerais à mon meilleur ami – d’ailleurs, c’est souvent ce à quoi ressemble notre relation. On est pas obligés d’en parler. Ce n’est pas un sujet tabou ou difficile.
      -Il me parle pas toujours de ses relations. Difficile de dire ce que je ressens, je suis assez curieuse, j’aime bien savoir ce qui se passe d’intéressant dans sa vie d’une manière générale. Je suis contente pour lui quand il se passe des trucs bien dans sa vie. Mais c’est pareil que ça concerne le sexe, l’amour ou n’importe quoi d’autre. Je lui pose des questions aussi bien sur son boulot, ses amis, comme quelque chose qui fait partie de sa vie, pas comme quelque chose qui me concerne directement.

  6. Je me permets de faire un petit commentaire sur les trois derniers articles concernant le couple même si il est très difficile pour moi d’avoir une vision claire de ce sujet à 46 ans et après 20 ans de mariage. Il m’est difficile d’exprimer une opinion objective.

    Déjà et, comme toujours, j’aime beaucoup ta façon d’écrire et j’ai donc pris beaucoup de plaisir à lire ces trois articles. Tu présentes les choses d’une manière intéressante en prenant les problèmes d’une manière vraiment originale. Il y a beaucoup d’humour latent avec des formules très drôles. Enfin on se prend vite au jeu en réfléchissant à notre tour aux les sujets dont tu parles.

    Pour ma part, même si notre mariage fut administratif (nous n’avons fait aucune fête, la « cérémonie » a donc duré 20 minutes vite fait bien fait à la mairie), je pense que je ne procéderais plus ainsi aujourd’hui : cette officialisation, même administrative, n’a aucun sens. Nous avons réagi bêtement à des normes conventionnelles.

    Je suis d’accord avec toi sur cette obligation de vivre en couple qui est ancrée dans la société. C’est vrai qu’il ne devrait pas y avoir d’obligation or il est évident qu’une personne seule a toujours l’air de s’excuser d’être seule. Elle se sent exclue, marginale, hors du système. Etre « comme les autres » exerce une telle pression que beaucoup ont du mal à résister.

    Dans le milieu socioprofessionnel (très élevé !) dans lequel je travaille, les couples sont exactement comme tu décris et je trouve ça déprimant. A les voir vivre, on n’a vraiment pas envie de leur ressembler et le schéma traditionnel donne la nausée.

    Parmi mes amis, il y a aussi beaucoup cette volonté de normalité : il faut être en couple sinon ça ne va pas. Et en effet, ceux qui ne sont pas en couple le vivent souvent très mal et cherchent parfois n’importe comment une famille de substitution (notamment dans le bénévolat et la protection animale par exemple !) Je reconnais humblement qu’à un moment récent de ma vie où « mon » couple allait très mal – je me suis retrouvé seul pendant quatre mois -, j’ai eu aussi ce réflexe et me suis jeté d’une manière excessive sur les actions, manifestations… Et je me serais volontiers « mis » avec n’importe qui pour croire retrouver un certain équilibre. Heureusement, les choses ne sont pas passées ainsi !

    Tout ça pour dire qu’en fait, il me semble, qu’en plus de cette volonté de normalité, il y a chez beaucoup de gens une incapacité de vivre seuls. D’où la solution de facilité de tomber dans le piège du cadre imposé : le couple. Les gens ont beau dire « il vaut mieux être seul que mal accompagné », on a l’impression que finalement ils préfèrent être mal accompagnés que seuls. Tout plutôt que la solitude me paraît être souvent le réflexe habituel.

    La question que je me pose donc est : la peur de la solitude n’est-elle pas plus importante que la pression sociale dans cette focalisation sur le couple ?

    • Je pense que c’est justement la pression sociale qui génère une peur excessive de la solitude. Bien sur, la solitude ce n’est pas un fantasme, ça existe. Mais la façon dont les gens la craignent aussitôt qu’ils sont célibataires n’est pas rationnelle. La pression sociale c’est entre autres « met toi en couple, sinon tu seras un-e raté-e ».
      Cela dit on peut aussi s’interroger sur le besoin que nous avons de vivre en groupe, de vivre avec des gens qui partagent nos valeurs. Je ne sais pas si c’est culturel et que ça le soit ou non, je ne pense pas que ce soit nocif, en tous cas ça peut aussi être très bénéfique. Pour être plus exacte, je pense que notre besoin de contacts sociaux est inné alors que la façon dont nous organisons notre vie sociale relève de l’apprentissage et de la culture. Je crois que l’organisation « par couples » est UN mode d’organisation de la vie sociale parmi tant d’autres. Ce n’est probablement pas le pire qui puisse exister, mais on peut le remettre en question.

      • Tu as sans doute raison quand tu dis que « notre besoin de contacts sociaux est inné alors que la façon dont nous organisons notre vie sociale relève de l’apprentissage et de la culture. »
        Et je suis bien entendu d’accord pour toute remise en question, car c’est le seul moyen d’avancer.
        C’est possible en effet que ce soit la pression sociale qui génère la peur de la solitude ou plus précisément le fait qu’on n’apprend pas aux gens à vivre seuls parce que ce n’est pas prévu qu’ils le soient un jour.
        Merci en tout cas pour ta réponse, c’est très gentil.

  7. Question : pourquoi ça ne serait pas l’inverse : pourquoi on ne reste pas dans sa famille finalement car on ne sait pas quoi faire en dehors de cette cellule ? Et si le pis-aller était la famille ? (en posant la question, je sais toute la relativité de cette position).

      • Le socle de la famille étant le couple, je ne suis pas sûre qu’elle lui survive (commentaire ni pro-couple, ni pro-famille, ni l’inverse).

  8. Pour en revenir à l’amour « amour » et l’amour « concept », et considérant qu’on peut associer les deux, serait-il saugrenu que même concernant l’amour « amour » uniquement, on puisse considérer qu’il s’agit toujours d’un subtil cocktail de « concepts » mêlant des traits physiques, de caractère et philosophiques ?
    Puisque le moindre trait sur lequel notre intérêt se porte fait toujours plus ou moins référence à un gout, une fascination ou une affinité de quelque ordre que ce soit. Et ces derniers nous renvoient donc à nos propres « définitions » de ces caractères je pense, qu’ils soient esthétiques, philosophiques, métaphysiques, mystiques ou que sais-je… les gouts, tout ça…

    PS d’avance pour les excité de la réponse acerbe : c’est encore et toujours de ma part une question « neutre », et non une « contre-argumentation », il n’y a pas de « démontage de sujet » caché.

    • Oui c’est possible, mais bon là on rentre dans des concepts philosophiques subtils et personnellement je ne sais pas si j’ai envie d’aller aussi loin dans le débat. Je ne pense pas que ça serve vraiment à quelque chose, pour moi ça fait un peu masturbation intellectuelle, si tu me passes l’expression. Moi tout ce que j’écris, enfin toute ma réflexion, elle s’inscrit dans le réel, dans le concret. Le reste, bof. Si y en a qui veulent en parler, ils peuvent, mais moi ça ne me dit rien.

      • Je suis d’accord, bien que je pensais pas m’être plus éloigné du réel et concret. Déterminer un attachement au delà d’une possible aliénation, peut permettre de savoir si on est en phase avec ce en quoi on aspire ou si au contraire on est en plein conformisme inconscient. (et ça vaut pour plein de choses qui sortent du cadre de la relation amoureuse ou amicale)

        • (manque un ptit bout) : En fait je pense qu’une part de ce sujet (le couple, les conceptions de l’amour, tout ça) ont un lien avec avec un distingo qu’il m’arrive de faire entre les gouts « personnels » et les gouts « conventionnels / conformes ».
          C’est même peu ou prou la même chose (pour moi), en tout cas ça puise ses racines dans les mêmes dictats sociaux ou une recherche d’intégration jugée obligatoire (à une masse ou un groupe plus ou moins important, un code, une morale, une mode, un mouvement…)

  9. Finalement, je me décide tout de même à poster mon premier commentaire sur ton blog que je viens visiter et lire régulièrement.

    Voici donc mon petit témoignage et avis sur un autre point usant du couple conventionnel :

    J’ai moi-même décidé de faire un bout de chemin (tant que ça nous convient) avec une personne qui partage ma vision de la vie et de plein d’autres choses encore. Rien n’est fixé, rien n’est figé. Nous vivons au jour le jour et profitons du bien-être que nous procure le fait d’être ensemble.

    Cependant dans mon entourage cette absence de volonté de « concrétiser » notre relation est assez mal vue ! J’ai presque l’impression qu’il faudrait que je sois déjà mariée et prête à pondre des gamins. Qu’est-ce que c’est agaçant et tellement égoïste cette pression sociale de la famille ! Bref.

    Ma relation avec cette personne me satisfait indéniablement cependant elle n’est pas suffisante à mon épanouissement personnel ! C’est pourquoi je vais naturellement poursuivre mes autres rêves et aspirations, tout comme il va suivre les siennes (ça tombe bien nos envies sont complémentaires).

    Après ce magnifique « 3615MyLifeIsAwesome », j’en viens donc au point qui me turlupine :

    Outre le fait que le couple EST considéré comme l’aboutissement du bonheur ultime, j’ai l’impression que les gens ne peuvent imaginer le partenaire autrement que comme source exclusive de bonheur suffisant à combler toute une vie !

    Explications :

    Quand je déclare aimer mon partenaire actuel mais ajoute également que je ne pourrais pas vivre heureuse en me contentant simplement d’une vie de couple, je suis regardée comme une hérétique ! Comme si cette déclaration traduisait le fait que je n’aime pas assez cette personne ou bien que je suis trop égoïste pour me satisfaire exclusivement de ce que cette personne m’apporte (n’oublions que ce serait le seul et unique moyen d’être une « femme comblée »). Bordel que ça m’insupporte !

    En tout cas ça rejoint toujours l’idée que le couple est vu comme le modèle ultime, et j’ajouterai donc, exclusif d’accomplissement personnel …

  10. « Le monde moderne est plein d’hommes qui s’en tiennent aux dogmes si fermement qu’ils ignorent même que ce sont des dogmes. »
    G.K. Chesterton, dans l’Heretique, justement.

    Inquiète toi quand ils te regarderont autrement que comme une hérétique ;)

    Ça doit les inquiéter de voir quelqu’un de moins vide qu’eux. Ils ont le choix entre te voir comme une hérétique ou se remettre en question eux-même. Reconnaître leur étroitesse d’esprit. L’honnéteté intelectuelle, ça leur fait pas plaisir.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>