Le débat pour les nuls

Autrefois, je débattais sur Facebook. J’argumentais, tout ça. C’était une autre vie.

Avant, tu ne sais pas trop si tu dois mettre ou pas ton grain de sel. Ou alors, tu te dis que c’est une connerie, mais c’est plus fort que toi. Tu DOIS dire ton avis. Même si tout le monde s’en branle. Et puis tu as LE truc à dire. Le truc qui va tout changer. Ou pas.
Pendant, tu réfléchis, tu t’énerves, tu argumentes, tu hallucines trop souvent des réponses qui te sont faites. Ou bien tu dis n’importe quoi. Tu prends plus ou moins les choses au sérieux. Tu trouves l’argument massue. Tu te dis que tu l’as bien mouché, cet abruti. Parfois ça t’indigne, et parfois, ça te fascine. Jusqu’où les cons sont prêts à aller ? Parait qu’ils osent tout. Tu veux savoir. Tu continues.

Et après ?
Après tu te dis que tu as bien perdu ton temps. Tu aurais pu faire le ménage ou préparer une cake au citron. Rallonger ton temps de vie en faisant du yoga. Embrasser quelqu’un que tu aimes. Jouer à un jeu vidéo. Au lieu de ça tu as discuté sur facebook avec un ou plusieurs abrutis. Et d’ailleurs tu penses que les abrutis c’est eux et eux, ils sont persuadés que c’est toi. Bien sur, tu détiens la vérité vraie, ou peut-être pas, quoi qu’il en soit tu restes énervé pendant quelques minutes et puis tu oublies. Et tu passes à autre chose. Et la vie s’écoule, comme ça.

Sur twitter c’est pareil, mais en pire.

Mais le pire du pire, tu sais quoi ? C’est en face à face. Parce que les autres parlent plus fort et te coupent la parole. Et si ce n’est pas les autres qui parlent plus fort et te coupent la parole, j’ai une mauvaise nouvelle : ça veut dire que c’est toi.

Alors, de plus en plus souvent, parce que j’ai quand même un peu d’intelligence, j’esquive. J’esquive les débats. Débat tout seul, je me casse. Alors ils exultent : ah, tu refuses le débat, ça prouve que tu as tort et que c’est moi qui ai raison ! Tu n’as pas d’arguments ! Ils ont gagné, quoi. Gagné quoi ? Je sais pas. Ca a l’air de leur faire plaisir.

Comme tout le monde pourtant, j’ai été élevée dans l’idée que le débat est un outil de conciliation. Nécessaire pour vivre en société, et indispensable en particulier à la démocratie, il permet de trouver des arrangements, des accords, ou au moins de faire réfléchir. C’est l’outil par excellence qui permet de se rapprocher collectivement de la vérité le plus efficacement et de faire les bons choix.

Foutaises que tout cela. J’ai mis beaucoup trop de temps à m’en rendre compte. Beaucoup trop de temps. Et pourtant j’en ai eu des débats. Et j’en avais, des arguments, ô combien ! Mais mes arguments n’étaient jamais en or assez massif. Je ne convainquais jamais personne. Personne ne me faisait beaucoup changer d’avis non plus. Et les gens parlaient plus fort que moi, me coupaient la parole, ou bien écrivaient des pavés monumentaux qu’il fallait alors contredire point par point, même quand c’était des conneries pas possibles (ah, la grande époque des forums, heureusement que c’est fini). Un travail fastidieux et parfaitement stérile. Et je continuais, et je continuais. J’ai toujours été une personne très rationnelle, et je voulais le prouver, et d’ailleurs, j’étais tellement rationnelle que j’avais l’impression d’avoir très souvent raison. Avec ma puissante Logique, comment n’aurais-je pas eu raison ? Elle allait bien finir par servir à quelque chose, ma logique. Bordel.

Heureusement que j’ai avancé dans la vie, parce que les nombreux débats auxquels j’ai eu le malheur de participer me montraient bien que toutes mes croyances sur le débat était fausses. Je croyais encore que le débat était un outil de conciliation et de démocratie et qu’il permettait de se mettre d’accord sur ce qui était vrai ou juste. Pourtant je n’étais pas sans avoir remarqué que, par exemple, toute discussion sur le végétarisme commençait immanquablement par « mais les carottes souffrent aussi » pour finir par « de toutes façons la viande c’est trop bon et puis je fais ce que je veux », et le fait qu’on passait parfois par des digressions philosophiques sur l’apparition de la conscience ou par des explications assommantes sur les bases de l’utilitarisme, ça n’y changeait strictement rien du tout. Et même si j’aimais à me raconter que des débats m’avaient fait changer d’avis, même si ce n’était pas sur le moment, je savais très bien au fond de moi que rien d’autre ne m’avait fait changer d’avis que de regarder dans les yeux un bébé mouton.

J’aurais du remarquer, aussi, qu’il était encore plus pénible de débattre avec des hommes, car ils coupent la parole, parlent plus fort et tout le monde les écoute, ou alors ils sortent des conneries pas possibles et nous traitent d’hystérique quand on finit par s’énerver. j’aurais du remarquer que même les discussions sur les sujets qui concernent les femmes se finissaient presque toujours entre mecs. Après quelques tentatives d’interventions, on abandonnait. Moi je lâchais le morceau parfois un peu plus difficilement que les autres. j’insistais. Mais pas si longtemps que ça. Ils s’en foutent et puis ils parlent fort. Ils croient très fort en leur intelligence, même quand ils sont complètement cons.

Jamais personne ne s’écoutait. On voulait juste avoir raison.

Bref, j’ai eu des milliards d’occasion de le constater, mais je crois que je n’arrivais pas à sortir de ce paradigme. Je voulais croire dans le débat, parce que j’avais l’impression qu’avec le débat on pouvait changer le monde, et en mieux. J’ai mis beaucoup trop de temps pour parvenir à ce qui me semble maintenant une évidence si absolue qu’il n’y a nul besoin de l’argumenter : le débat est un outil de pouvoir.

Les hommes débattent non pas pour «découvrir la vérité ensemble » ou « trouver un arrangement ». Les hommes débattent pour marquer leur territoire. Les hommes débattent comme des chiens pissent sur un poteau. C’est leur façon à eux d’occuper l’espace, d’être importants. Et ils sont persuadés d’être importants. Et de fait ils le sont, puisqu’ils dirigent le monde. Et c’est, entre autre, le débat qui leur permet ça. Qui ose remettre en question la légitimité du débat ? Pas grand monde.

Y a pas besoin d’arguments, non. Regardez-les débattre. Personne n’écoute jamais personne. Ca se coupe la parole, ça parle plus fort que le voisin. Ca dit n’importe quoi. Et je parle pas seulement des débats politiques ou autres machins télévisés, les repas de famille c’est pareil, et les discussions à rallonge sur facebook. Et je pourrais faire une liste de sujets à la prévert, mais c’est simple, tout y passe. Tout est matière à débat. Tout est prétexte à poser ses grosses couilles sur la table.

Les trop nombreux débats stériles auxquels j’ai assisté ou participé n’ont pas suffi à m’ouvrir les yeux, malgré l’évidence. Je me disais que les gens ne savaient pas écouter, et peut-être aussi un peu trop souvent que tout le monde était con. Je sais, dit comme ça ça a l’air idiot, mais c’est parfois plus facile de penser que tout le monde est con. Bref, ce qui a fini par me mettre la puce à l’oreille, c’est que j’ai remarqué que beaucoup d’hommes disaient « aimer débattre », alors que les femmes ont plutôt tendance à s’en méfier, même s’il y a des exceptions. Et d’ailleurs, pour ma part, j’ai été une fervente adepte du débat, mais de là à dire que j’aimais cela, il y a de la marge ! Non, je n’aimais pas ça, ça m’horripilait. Je pensais juste (à tort!) avoir quelque chose à y faire d’intéressant avec ma raison. Je pensais avoir mon mot à dire.

Mais ma pauvre petite, tout le monde s’en bat les noix de ton mot ! Et pas parce que les gens sont stupides ou qu’ils ne savent pas écouter, non. C’est juste que le débat n’existe pas pour ça, il ne remplit pas cette fonction. Le débat ne sert pas à écouter, il sert à parler. Il ne sert pas à se mettre d’accord, mais à contredire. Il ne sert pas à concilier, mais à opposer. Le débat est à l’homme civilisé ce que les fesses rouges sont au babouin à fesses rouges. Ni plus ni moins.

Et maintenant que j’ai pris conscience de ça, qu’est-ce qu’ils me gavent, les débatteurs. Et pourtant encore parfois je ne peux m’empêcher de glisser un mot ! J’essaie de mettre un petit grain dans l’engrenage, d’enrayer la machine ; mais au fond je sais que je leur donne juste du grain à moudre. Enfin, tant que je n’y consacre pas trop de temps et d’énergie, ce n’est pas très important.

J’ai compris beaucoup de choses. Je crois que je ne suis pas la seule à être pantoise de constater ce qui se passe quand on refuse le débat à un type, sur twitter notamment (pourtant vraiment pas fait pour ça, pourrait-on croire). V’la-t-y pas que le gars prend des airs victorieux, et s’exclame : tu refuses le débat ! Ça prouve que j’ai raison ! Tu n’as pas d’arguments ! Tu es faible !

Etonnant comportement quand on ne sait pas exactement ce qu’est un débat. Si je ne veux pas discuter avec quelqu’un, en quoi cela prouve que ce quelqu’un a raison ? Je n’argumenterais pas contre un fou qui m’affirmerait que 2+2=13, est-ce que ça prouverait que son calcul serait bon ? Mais comme le débat est une sorte de sport de combat, dans l’esprit de ces types, c’est comme si je me défilais devant un adversaire trop puissant (eux). Donc ils gagnent, par forfait, quoi. Ça les frustre un peu, ils auraient bien aimé en découdre, mettre l’adversaire KO ; mais bon, ils ont gagné de toute façon. Grand bien leur fasse.

C’est quand même étonnant de croire que le débat serait un outil de conciliation alors que les hommes aiment débattre! Comme si les hommes aimaient l’écoute, la conciliation et se fader du travail émotionnel! Je me marre. Les discussions où on s’écoute, c’est pour les gonzesses. Et on appelle pas ça des débats.

Le grand mensonge du débat c’est qu’il est censé s’appuyer sur des arguments rationnels. Or, toute personne s’était déjà consacré à l’exercice pénible qu’est le débat sait très bien qu’un débat se gagne ou se perd, et que, si d’aventure c’est le plus logique qui gagne, c’est totalement par hasard !

L’autre grand mensonge du débat c’est qu’il serait démocratique. Alors là, je me marre aussi.

Comment peut-on aimer le débat ? Ca me dépasse. Déjà il faut être un homme, c’est certain. Mais ça ne suffit pas, je pense. Si, en tous cas, je me fie à ce que je connais, notamment l’expérience du sexisme, je sais très bien ce qui se passe quand on débat avec un homme sur ce genre de sujets. C’est simple, cela va me toucher, et lui beaucoup moins. Quand on ne souffre pas d’une situation dans sa chair, il est très facile de soliloquer dessus et d’avoir l’air d’avoir raison. J’essaierai d’expliquer posément ce que ça fait de se faire mater dans la rue par des vieux dégueulasses quand on a 12 ans, ce que ça fait de se faire agresser. Et le serpent qui se mord la queue : essayer de leur expliquer ce que c’est qu’essayer de débattre et qu’on te laisse pas en placer une. Je finirai par « débattre » de mon humanité et de mon droit à l’existencee. Pour moi c’est insupportable, pour eux c’est du petit lait. Tu m’étonnes que les hommes aiment débattre ! On leur déroule le tapis rouge pour qu’ils nous marchent dessus. Il n’y a pas pire instrument de pouvoir, d’autant plus qu’avec plein d’espoir, on le leur donne, en pensant que ça fera de nous leurs égales. Quelle erreur !

Je pense que c’est pareil pour le racisme, et tout ça. Les antisémites, par exemple, ils adorent essayer de débattre de si l’antisémitisme existe ou pas. Tu te retrouves à déballer tes traumas alors qu’ils s’en battent royalement les couilles. C’est un instrument de pouvoir merveilleux pour eux. C’est pareil pour tous les racismes, et surement pour bien d’autres sujets.

Pour une personne qui est l’objet du débat, le débat est profondément humiliant. C’est humiliant de débattre de ses droits, de son humanité, de son oppression, avec une personne qui bénéficie des conséquences de cette oppression (qu’elle le veuille ou non). Et, souvent en totale inconscience, (car c’est une personne pas si mauvaise que ça), l’oppresseur se délecte de cette situation de pouvoir. Les hommes aiment débattre, oui.

Ils n’ont d’ailleurs même pas forcément besoin qu’on se prête à l’exercice. Ils aiment bien aussi débattre entre eux de l’humanité des autres. Combien de lois sexistes sont votées par des hommes, au terme de débats qui ne laissent pas la moindre place à l’humanité de celles dont la liberté se voit bafouée ? Mais c’est le but de ces débats, pas moins.

Chers débatteurs, débattez. Je ne peux pas reprendre Facebook, en bannir vos branlettes intellectuelles et en faire un réseau uniquement dédié aux photos de nos gamins et de nos chats. Mais c’est pas l’envie qui manque. En tous cas, je veux dire une chose : non, j’ai pas d’arguments.

10 réflexions au sujet de « Le débat pour les nuls »

  1. Merci d’écrire, te lire me manquait !

    Point de vue intéressant… Et frustrant.

    De fait, les débats sont généralement stériles, généralement inégalitaires, généralement émotionnels, généralement plus douloureux pour la personne la mieux « renseignée » (empiriquement…) que pour la personne qui tricote ses théories hors du réel.

    Mais il est vrai aussi que quitter cette sphère, c’est laisser l’espace de parole entièrement aux dominants (peu importe le sujet, ceux qui à un instant T pensent comme les gens au pouvoir). Et c’est difficile de ne pas se dire que c’est une forme de trahison de « coopérer » pour leur laisser tout l’espace. Ça crée une censure de fait : les opinions divergentes, hors de la « secte majoritaire » pour reprendre tes termes, sont difficilement accessibles. Il faut souvent un coup de chance pour tomber dessus.

    Or, l’intelligence ne peut se nourrir que des apports d’autrui. Qu’est-ce qui a forgé mes opinions ? Mes expériences, certes. Mais aussi mes lectures, les émissions que j’ai écoutées, les raisonnements d’autrui que j’ai compris. S’exclure de l’espace de parole, c’est accepter de briser la chaîne : je ne fournirai pas à Y ce que X m’a transmis, ni ce que j’ai découvert par moi-même.

    Ex : si Christine Delphy n’avait pas écrit, je n’aurais probablement jamais atteint la conviction qu’un système inégalitaire génère l’idéologie qui le justifie, et non l’inverse. Or, ça change tout : à quoi bon attaquer l’idéologie si celle-ci est la conséquence et non la cause de ce qu’on veut abolir ?

    Donc, ton article résonne en moi, il y a beaucoup de vrai dans ce que tu dis. Le débat est bien une forme d’exercice du pouvoir. Mais il y a un enjeu à la clef : l’information/la réflexion. Comment la transmettre en se protégeant des vicissitudes du débat ? En créant des espaces de communication auxquels seules les personnes déjà convaincues d’une chose accèderaient ?

    Si je réfléchis, je me dis que ce quand j’ai appris d’autrui, deux conditions étaient réunies :
    – un sentiment de proximité entre les valeurs de cette personne et les miennes ;
    – un sentiment de curiosité qui me pousse à avoir envie de vraiment comprendre un raisonnement qui m’est, à ce moment-là, encore étranger.

    Tu as une idée de solution(s) ?

  2. J’aime bien les débats où je n’ai pas d’opinion très tranchée, où j’ai de petits bébés arguments que je peux lancer pour voir s’ils tiennent debout, où les arguments « du camp d’en face » peuvent me faire changer d’avis, parce que je n’ai pas encore vraiment d’avis.
    Les débats sur les sujets où je suis compétent, ça ne sert vraiment à rien, c’est vraiment frustrant, où alors il faut que la personne en face ait vraiment des arguments intéressants : sur les réseaux sociaux, c’est rarement (jamais) le cas.. Il faudrait un espèce de cadre : un niveau de compétence minimum pour participer à un débat. Et il faut impérativement une modération sur le temps de parole, sur le ton de voix…
    Pourtant malgré toutes les dynamiques de pouvoir que tu démontres et énonces, que substituer au débat pour confronter les idées ? Sauf pour les très grosses conneries qui s’écrasent pathétiquement sur le mur de la réalité, il y a pas mal d’idées qu’il faut combattre, démonter, et il faut que celles qu’on promeut puissent tenir la route si on veut qu’elles puissent atteindre un niveau institutionnel, qu’elles puissent se propager un peu.
    Mais la lutte d’idées, c’est comme toutes les luttes, il faut de l’énergie, et il y a des jours où on a la flemme et mieux à faire.

  3. C’est marrant, ce questionnement autour du débat ça a commencé à me traverser à une époque où je me politisais vertigineusement (~2012) et ce notamment grâce à ton blog ;)

    Et déjà à l’époque, je remarquais chez toi (et d’autres autrices féministes style Valérie Rey-Robert) que tu n’hésitais pas longtemps à envoyer chier voire censurer des commentaires qui adoptaient clairement une posture de « débat » (agressifs, de mauvaise foi, etc—stratégies de débat tout à fait classiques).

    Refuser de débattre, intellectuellement ça me perturbais (démocratie blablabla) mais émotionnellement je t’admirais beaucoup, je trouvais ça beaucoup plus digne et badass en fait. Et voir les mêmes commentateurs s’insurger la bave aux lèvres face à ton refus de jouer le jeu avec leurs règles ne faisait que confirmer la justesse de ton absention. Malgré tout comme toi j’ai mis bien trop d’années avant de renoncer complètement au débat.

    Ce qui a fini par me décider c’est que l’issue d’un débat, pour moi qui suis hypersensible et allergique au conflit, était toujours inconfortable. Si je « perds » j’ai le sentiment de ne pas avoir été écouté, c’est frustrant et un peu humiliant. Pas cool. Mais si je « gagne » je me sens super mal à l’aise face à l’autre personne, gêné de l’avoir « dominé », surtout que ça lui fera clairement pas changer d’avis donc à quoi bon, bref: encore pire.

    Donc, j’ai fini par développer quelques ressources pour éviter cette réaction spontanée de me lancer dans la bataille dès que j’entends des propos (que je ressens comme) craignos. En premier lieu respirer à fond, me remémorer que c’est infailliblement pénible lorsque je cède à cette pulsion.
    Ensuite selon les cas, selon mon énergie, suivant le degré d’intimité du sujet, de proximité affective avec l’autre personne, de son propre investissement émotionnel dans ses propos…:
    * j’exprime une vulnérabilité plutôt qu’une agression (« en fait tu sais c’est un sujet qui me touche, parce que j’ai vécu ça ça ça »)
    * je fais mine d’avoir rien entendu, ou détourne cash la conversation
    * je marque mon désaccord par l’humour tendance absurde, c’est pas évident mais bien fait ça peut générer le sentiment très chouette d’avoir réagi sans s’être laissé emporté, sans avoir tenté d’écraser l’autre, voir en parvenant à le/la faire rire de ses propres préjugés :)
    * je cherche à comprendre pourquoi la personne dit ça, en mode CNV. Ça demande de suspendre son jugement pour se mettre à l’écoute, c’est souvent des conversations hyper riches et profondes, et je soupçonne que ça peut vraiment faire bouger la personne (aussi parce qu’on commence par faire un pas vers elle plutôt que de montrer les dents et que c’est souvent la 1ere fois que ça lui arrive) MAIS: ça pourra être que sur des sujets qui te touchent pas de trop près, sinon c’est quasi impossible d’être empathique face à quelqu’un qui prononce la même saloperie qu’on t’as déjà balancé des dizaines de fois et qui t’a fait monter les larmes à chaque fois. Ya des trucs qu’on peut pas ne pas prendre personnellement, c’est comme ça

    Sinon, sur le même sujet Sarah Z a sorti une vidéo récemment (32′, en anglais! sorry). il y a un passage assez long déconstruisant les « techniques » de débat de Ben Shapiro, un polémiste d’extrême-droite salement populaire sur Youtube aux USA, on peut squeezer cette section si on le connaît pas, mais je trouve l’étude de cas plutôt intéressante car elle révèle vraiment cette dimension « outil de domination ».

    Une autre ressource intéressante c’est le chapitre de « Les Métaphores dans la vie quotidienne » des linguistes Lakoff et Johnson où ils décortiquent des métaphores tellements omniprésentes qu’elles ne sont jamais vues comme telles, et qui colorent d’autant plus profondément nos ressentis et nos interactions. Ils en étudient quelques-unes, et notamment celle qu’ils intitulent « La discussion c’est la guerre »… ;)

  4. Oui y en a marre des débats qui n’en sont pas! Y en a marre de ces hommes qui posent des questions dans le but de ne pas écouter les réponses et d’imposer leur vision sexiste, ça m’insupporte d’autant plus quand c’est sur des groupes ou blogs féministes…
    J’appellerai même pas ça un débat, c’est -comme tu l’ecris- juste un moyen comme tant d’autres de s’imposer, de se montrer, de mesurer la taille de sa bite, et le pire c’est qu’ils se croient intéressants, voir même intelligents. LOL
    « Tu parles trooop tu n’écoutes plus personne et personne ne t’écouteuh »

    Mais sinon dans mon monde, les débats ça existe, ça permet de donner son avis et ça fait du bien (parce qu’on a pas tous été éduqué dans ce sens là, enfin on ne m’a jamais demandé mon avis jusqu’à que je sois adulte et rencontre des gens qui écoutent), ça permet d’apprendre à connaître les différentes compréhensions sur un même mot, sur des/mes idées, ça me permet de sélectionner les personnes que j’ai envie de lire ou les groupes fb sur lesquels j’ai envie de rester, ça permet de rire (parfois) et ça me permet d’apprendre à écrire, à argumenter, à classer les idées dans ma tête. Après j’en fais un sur un sujet, j’vais pas en faire un 2eme sur le même^^’ (à part si j’ai pas bien compris ce que l’autre vois). Mais bon je suis une femme donc ceci explique peut-être cela. Et puis quand j’ai à faire à des têtes de bites ça m’fait du bien de me défouler.

    À la base j’voulais juste dire que je fais partie de la police des chien.ne.s, ils sont pas content de servir de comparaison avec les hommes, s’ils pissent sur des poteaux c’est pour laisser un message à leur compères pas pour marquer leur territoire contrairement aux chats.

  5. Moi j’aime débattre… Avec les personnes dont je suis sûre qu’elles partagent des valeurs vraiment fondamentales avec moi. C’est Peut-être juste une discussion alors, un échange. J’ai aussi arreté de vouloir débattre sur des questions d’oppression, et encore moins avec des mecs… Des fois je rechute un peu, quand c’est des personnes que je connais. Mais c’est plutôt moi qui donne mon avis.

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