Lettre au nouvel obs

Madame, Monsieur,

 

Ce n’est pas mon habitude de critiquer violemment le travail de quelqu’un, mais je ne sais pas très bien comment présenter cela autrement : Je suis atterrée par votre article du 5 mai 2011 concernant la viande.

 

J’irai même jusqu’à dire que pour un journal qui a « nouveau » dans son titre, j’ai l’impression d’avoir fait un bond de dix ans en arrière en vous lisant.

 

Il y a trois éléments qui me choquent dans votre article, laissez-moi vous les exposer.

 

1)    Le prétendu expert en nutrition que vous citez se trompe lourdement.

 

Il est de mon devoir de vous signaler deux grossières erreurs énoncées par Jacques Fricker, que vous citez en tant que médecin nutritionniste et qui apparemment n’est  pas au courant que les végétariens ne mangent pas de poisson. Il fait fort !

Deuxième erreur tout aussi lamentable, un régime végétalien mené de façon adéquate n’entraîne aucune carence. Même si trop de médecins français tendent à affirmer le contraire, influencés qu’ils sont par des lobbys qui empêchent des informations sur la nutrition vieilles de 25 ans d’être remises au goût du jour par les dernières avancées scientifiques.

 

Nos voisins anglo-saxons ont bien compris, eux, qu’un régime végétalien avait un effet protecteur par rapport à de nombreuses maladies, dont principalement le cancer colo-rectal qui est en forte augmentation en France, mais aussi d’autres types de cancer, le diabète, l’obésité (première pandémie non infectueuse de l’histoire), plusieurs maladies neuro-dégénératives, cardio-vasculaires, et j’en passe.

Monsieur Frickler n’est vraisemblablement pas au courant de ce qui se passe dans la littérature scientifique sur le sujet ces trente dernières années. Pour avoir des informations fiables à ce sujet, vous devriez peut-être plutôt vous tourner vers des médecins spécialistes du végétarisme, comme par exemple le Docteur Jérôme Bernard-Pellet, ou encore vous renseigner sur ce qu’en pensent l’Organisation Mondiale de la Santé, l’American Dietetic Association, l’Associations de Professionnels de la Santé pour une Alimentation Responsable (ASPARES), et j’en passe.

 

D’après des études menées pendant 12 ans sur 5000 omnivores et 6000 végétariens par l’université d’Oxford, les végétariens vivent 5 à 6 ans de plus que les omnivores, et avec moins de maladies. Je ne listerai pas ici les avantages sur la santé d’un régime végétarien, une simple visite sur le site de l’ASPARES ou de L’Association Végétarienne de France vous renseignera.

 

2) Moraliser l’alimentation n’est pas le propre des végétariens, bien au contraire.

 

J’ai littéralement bondi en lisant la citation de Dominique Lestel, qui avec une allusion au sexe totalement hors contexte dont on se demande d’ou elle peut bien sortir, tente de faire passer les  « anti-viande » pour des moralisateurs puritains. Selon ce monsieur, les militants végétariens sont  donc des emmerdeurs qui tentent de faire la morale aux gens, et qui, trouvant ringard de leur parler de leur vie sexuelle, viennent plutôt mettre le nez dans leurs assiettes ? Ces accusations sont infondées, stupides et proprement scandaleuses. Les militants animalistes défendent les intérêts des animaux et de la planète, rien d’autre. Leur but n’est pas de faire la morale à qui que ce soit, mais d’informer des conséquences désastreuses de la surconsommation de viande sur la santé des gens et  sur l’environnement, et de dénoncer la façon scandaleuse dont les animaux sont traités. Le fait que ces informations incitent à un changement d’habitude ne fait pas de ceux qui les diffusent des moralisateurs.

 

Lorsque j’apprends dans votre article que lorsque je mange un plat de seitan ou une purée de lentilles corail, je vais à l’encontre de ma « nature » et que je « nie ma part d’animalité », je me demande bien qui fait la morale à qui, et qui se mêle des affaires des autres. Alors que les végétariens doivent endurer moqueries et leçons de morales à chaque fois qu’ils ont le malheur de manger avec des non-végétariens, les accuser d’être moralisateurs ou intolérants, c’est l’hôpital qui se fout de la charité.

 

Cet argument de Maryline Patou-Mathis, chercheur d’ailleurs très contestée dans son milieu, est proprement ridicule et n’est basée sur strictement rien. Les végétariens ne mangent pas de viande parce qu’ils se soucient principalement de trois choses : leur propre santé, celle de la planète, et les animaux. Parler de notre supposée  « nature » de « carnivore », voudriez-vous bien m’expliquer à quoi cela rime ?

 

Ces gens sont des obscurantistes, ils veulent empêcher les informations sur la viande de circuler. Car au fond tout le monde sait bien que plus on en sait sur la viande, moins on a envie d’en manger… Les militants pour les droits des animaux sont là pour que les gens sachent, qu’ils puissent faire de véritables choix. Ils sont là pour dire aux gens : voilà comment on fait la viande, voilà comment on peut vivre heureux sans viande, vous avez toutes les cartes en main.

 

3) La viande n’est pas qu’une question de goût, c’est avant tout une question d’animaux.

 

Je suis outrée par la façon dont vous survolez le problème des animaux sans jamais vous y attarder vraiment. Ce sont tout de même les premiers intéressés.

 

Parlons un peu des modes de production. Apparemment, le bœuf n’est pas produit en France comme aux Etats-Unis, soit… Je trouve que vous passez un peu vite sur les productions de toutes les autres viandes qui sont, elles produites de la même façon révoltante ici en France qu’aux Etats-Unis. Elles mériteraient à chacune d’entre elles une attention pleine et entière. Vous oubliez également la viande provenant d’élevages laitiers industriels, qui représente environ 60% de la viande bovine sur le marché. Oublions tous ces animaux maltraités pour nous concentrer sur un fait qui apparemment est le plus important : les élevages bovins dits « à viande » sont différents de ceux qui existent aux Etats-Unis.

 

Soit ! Mais au fait, savez-vous ce que c’est qu’un bœuf ? Un bœuf est un mâle de l’espèce bovine qui a été castré. Pensez-vous que cette opération se fasse avec une anesthésie locale ou générale dans nos belles fermes si différentes des élevages Américains ? Si c’est le cas, permettez-moi de vous dire que vous croyez au Père Noël.

 

Les veaux sont castrés « à l’ancienne », pour faire la bonne viande comme autrefois. Il existe plusieurs méthodes, mais la plus usitée consiste à attacher un fil autour de la base du testicule, à saisir ce dernier et à faire tourner le testicule jusqu’à ce que le tissu se déchire. Un œdème se forme, empêchant la plupart du temps une hémorragie potentiellement mortelle pour l’animal due à la rupture de l’artère testiculaire (ce qui ne manquerait pas d’arriver si le testicule était simplement coupé, comme on le fait pour les jeunes porcelets).

 

En soutenant l’élevage bovin, vous soutenez ce genre de pratiques ancestrales et barbares. Essayer de faire passer les militants de la cause animale pour des arriérés et des puritains est une ruse grossière qui, sans l’aide de lobbys puissants, ne parviendrait pas à tourner en ridicule une si noble cause. Non pas que je pense que le végétarisme soit un courant récent et avant-gardiste : le végétarisme a toujours existé, on en trouve des traces dans de nombreuses cultures, et ce depuis l’antiquité. Pythagore et les pythagoriciens étaient végétariens, Bouddha également ; Les Esseniens qui vivaient sur la mer morte il y a 2000 ans étaient végétaliens. Les hindous sont lacto-végétariens. De nombreux personnages historiques étaient végétariens par choix éthique, parmi lesquels, dans le désordre, Socrate, Platon, Léonard de Vinci, Voltaire, Charles Darwin, Benjamin Franklin, Montaigne, Isaac Newton, et j’en oublie probablement.

Donc il serait ridicule de prétendre que le végétarisme est une nouvelle mode qui vient de sortir. En revanche, c’est une solution potentielle aux problèmes modernes, notamment celui de la faim dans le monde. Quand on sait que 70% des terres cultivées dans le monde servent à produire de la nourriture pour les animaux qui seront mangés par les plus riches, cela a de quoi faire réfléchir.

 

Je ne stigmatise pas les gens qui mangent de la viande, car la plupart le font par pression sociale, par tradition, par habitude, ou par simple manque d’informations ou de réflexion sur le sujet, et il peut être très difficile pour certains de changer.  En revanche, je trouve qu’il est tout à fait irresponsable de promouvoir la consommation de viande à une époque et dans un pays où tout incite à faire le contraire. Tout sauf, bien sur, les lobbys de l’industrie agro-alimentaire. Je vous invite d’ailleurs à ce sujet à lire l’excellent mémoire de master Recherche en Sciences de l’Education soutenu par Paul Scheffer en juin 2010 sur «l’influence de l’industrie agroalimentaire dans le domaine de la nutrition et la place de l’esprit critique dans la formation des diététiciens». Je pense que cela vous incitera à réfléchir sur la place que devrait avoir la viande dans notre alimentation et sur l’utilité mais aussi sur la difficulté du combat mené par les militants pour le végétarisme.

 

Plutôt que de demander l’avis d’experts qui ne sont vraisemblablement experts que quand il s’agit de parler d’autre chose que des sujets cruciaux, pourquoi ne pas vous renseigner sur ce qu’est vraiment l’élevage en France ? Et aller faire un tour, par exemple, sur la galerie vidéo du site Internet de L214, dont les militants s’introduisent dans les abattoirs pour filmer ce que les industriels voudraient que personne ne voie ?

 

Enfin, je constate sans surprise, mais avec une profonde tristesse, que vous ne posez pas la vraie question, celle que posent réellement les végétariens :  est-il moral de tuer des animaux alors qu’on pourrait vivre heureux et en bonne santé sans  avoir à le faire ?

J’estime que cette question, si gênante quand on tient à ses habitudes, est la raison pour laquelle les personnes que vous citez essaient de tourner les végétariens en ridicule ou de les faire passer pour des extrêmistes ou des marginaux. Car le fait même d’être végétarien, qu’on le veuille ou non, pose cette question. La réponse est l’affaire de chacun, car contrairement à ce qu’affirment les détracteurs de la cause animale, les militants ne sont pas là pour mettre leur nez dans l’assiette des gens, pour se mêler de leurs affaires ou pour les montrer du doigt. En revanche, il est essentiel que chacun se pose un certain nombre de questions et y réponde en son âme et conscience, loin des pressions sociales, des industriels, des lobbys, des jugements des végétariens comme de ceux des carnistes, chacun seul face à sa conscience et à son assiette.

 

C’est dans ce seul but que nous nous efforçons d’informer les gens sur ce qu’est ou n’est pas la viande. C’est l’information qui permet de faire des choix et d’être libres, et non pas la censure.

 

Dans l’attente de lire des articles plus réjouissants dans votre journal, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes sincères salutations.

photo: seitan corail, purée de fève au tofu soyeux et salade de lentilles germées

19 réflexions au sujet de « Lettre au nouvel obs »

  1. Je viens à peine de découvrir tes articles, mais je te le dis déjà: j’aime ton blog!

  2. C’était triplement réjouissant de lire ton billet. Pour la verve, et l’énergie qui en transpire. Pour les informations intéressantes qu’il m’a apprises. Et parce que les raclures du nouvel obs méritent largement de telles claques verbales et méritent qu’on leur démontre publiquement que leurs articles sont médiocres. Je lis cet hebdo chaque semaine et je suis de plus en plus affligé par leur manque de courage, leurs informations peu fouillées, et bien d’autres choses, et j’ai souvent envie de le balancer à travers la pièce !

    • merci ^^

      probleme leurs adresses e-mail sur le site sont bidons (sans doute qu’ils ont pas internet, ils doivent vivre dans des grottes pour ne pas aller « contre leur nature »?) mais j’enverrai la lettre dès que j’aurai un bureau de poste sous la main…

  3. Bravo, cette lettre est très bien rédigée, l’argumentation est impeccable, c’est de l’excellent boulot.
    Vous nous tiendrez au courant, si réponse il y a?

    • merci ^^malheureusement je n’ai pas encore pula poster :/ mais je vous tiendrai au courant

  4. Bravo, beau travail!!!mouchés les viandards!!!ils se sentent menacés, c’est sûr!!! le monde changerait-il??

    • Je n’ai plus de doutes là-dessus ^^ mais reste à savoir à quelle vitesse. On a encore du pain (complet) sur la planche

  5. Bonjour l’elfe, tu sais que je t’aime toi ? :)
    Comme je te l’ai dit dès le départ, j’adore ta façon de t’exprimer et de défendre ce en quoi tu crois.
    Je suis aussi ravi d’avoir pu humblement contribuer à ton illustration ^^

    Prends bien soin de toi surtout, à bientôt j’espère !

  6. Bravo pour ce commentaire des plus réalistes !
    Tous ces sans-consciences, obscurantistes de surcroît, pensent et parlent avec tant de mauvaise foi, qu’on se demande comment on peut en arriver à un tel aveuglement !
    Comment peut-on de nos jours être encore enfermé dans des croyances, des habitudes réductrices, des idées préconçues,
    qui laissent leurs auteurs dans des profondeurs abyssales.
    Tous ces crétins ne cherchent même pas à s’informer.

    Pourtant , ce serait faire preuve d’intelligence,( dont manquent cruellement ces petits cerveaux bornés…)

  7. Les détracteurs du végétarisme et qui plus est du végétalisme, le font par manque d’esprit critique, le vrai esprit critique, par paresse, parce qu’en fait ce sont de gros faignants . C’est tellement plus simple de ne rien changer, parce que le changement , c’est dur, c’est tellement plus simple de gober tout ce que les pollueurs racontent , ils n’ont pas à réfléchir, c’est trop dur de réfléchir . Et puis, outre les sacro-saintes habitudes, il y a les traditions, ah , les traditions ! quelle aubaine pour se laisser porter…et amener vers le bas, mais alors très bas…. Un peu de bon-sens , messieurs, dames, un peu de personnalité, pour une fois, un peu de curiosité, un peu d’humanité, et surtout beaucoup de compassion et d’empathie! ( pour tous les réfractaires de l’évolution personnelle et évolution tout court, regardez le dico pour connaître le sens de ces deux termes…)

    • Je suis d’accord avec toi sur les traditions héhé… Malheureusement comme tu dis c’est dur. Ca a été dur pour certains d’entre nous aussi et je pense qu’il faut s’efforcer de ne pas juger les gens (même si certains se montrent malheureusement parfois impitoyables avec les animaux…). Cer article du nouvel obs sent la culpabilité à plein nez, les gens ont envie d’écrire « nan mais c’est bon en fait on peut manger de la viande hein les discours anti viande c’est des conneries puis ça va passer… ouf… lalala »… Mais leur discours n’est ni juste ni cohérent.

  8. Bonjour l’elfe, je viens de découvrir ton blog et il me donne du baume au coeur! Merci de t’être donné le mal d’écrire à ce journal, nous devrions tous faire de même, végétariens, végétaliens et vegans, dès que ce type d’occasion se présente, et de façon argumentée comme tu l’as fait! Personnellement, je n’ai jamais pris le temps de me mettre à systématiquement reprendre les faux articles, les fausses déclarations, les faux reportages, et j’en passe. Cela prend de l’énergie, mais cela en vaut la peine, surtout si nous nous y mettons tous, et ton article me donne envie de m’y mettre, justement. Les lobbys agro-alimentaires sont puissants, mais nous aussi nous existons, et nous pouvons avoir un peu de poids si nous nous donnons ce mal. J’espère qu’à l’heure actuelle ils auront bien reçu ta lettre, et auront eu la décence d’y répondre. Je suis très curieuse de savoir ce que cette affaire est devenue, alors, s’il-te-plaît, met un terme au suspense et dis-moi ce qu’il en est! ;-) Merci encore pour ce que tu fais.

    • Je n’ai pas eu de réponse… :/et vu là ou je suis en ce moment je peux même pas être sure qu’ils aient reçu ma lettre.

  9. Tkt pas ce boucher est une merde un voleur un menteur il raconte que des conneries il ne pense k faire du fric tout ce qu’il raconte c est juste pour faire parler de lui c est une ordure

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