Militer, ce n’est pas sale

« Je ne suis pas féministe, mais… » Vous l’avez déjà entendue quelque part: elle met le doigt sur une inégalité de genres flagrante, elle exprime une critique par rapport à ce qu’elle considère comme une injustice sexiste. Oui, mais elle commence par s’excuser platement, par se disculper d’une horrible tare: « je ne suis pas féministe, mais… »

Je ne suis pas féministe, je suis pour l'égalité.

C’est quand même drôle que pour faire une faire une remarque qui relève du féminisme, il faille préciser qu’on n’est pas féministe. Exiger l’égalité des sexes est perçu comme quelque chose de dérangeant, contraire à la bienséance, à la paix sociale.

Encore qu’on peut apparemment se permettre, en société, de se prononcer pour l’égalité des hommes et des femmes. Mais avant de parler, préciser qu’on n’ira pas trop loin, et surtout, ne pas de remettre en question les mécanismes qui freinent cette égalité. Pourquoi?

Qu’a-t-on fait au féminisme? Pourquoi faut-il s’en préserver?

Faire taire ceux qui dérangent…

Cette distance par rapport au féminisme est assez proche de la végéphobie. Tout végane (et même tout végétarien) subit, à un moment où à un autre, cette forme de discrimination, cette forme d’oppression particulière que la masse fait subir aux militants. La cause qui te tient à coeur est niée (on te fait comprendre que ton combat est nul, inutile, et que tu es stupide de t’en faire pour des choses pareilles); mais on te fait surtout comprendre que, puisque tu appartiens à ce groupe de personnes qui refusent d’exercer ou de subir une forme d’oppression normale et banale, tu es forcément taré. Ces tares qu’on va t’attribuer sont présentées tantôt comme les causes, tantôt comme les conséquences de ton engagement, parfois les deux dans une sorte de raisonnement un peu gloubi-glouba où les causes et les conséquences se mélangent et ne forment qu’une sorte de gros paquet de tares: tu refuses d’être comme tout le monde parce que tu souffres de telle tare, et/ou cette tare dont tu souffres est la conséquence de ta non-adhésion aux normes sociales.

Ainsi, le végane est maladif, rachitique, anormalement émotif, si c’est un homme il est efféminé, si c’est une femme elle est hystérique à outrance. Il a des problèmes avec la nourriture, il n’aime pas manger, ce qui est suspect et prouve une nature d’ascète faible et triste. Il ne comprend pas en quoi l’homme est supérieur à l’animal, ce qui prouve qu’il devrait en fait être assimilé aux animaux, groupe dominé(1).

La féministe, elle, souffre de problèmes sexuels, ou affectifs. Elle est « mal baisée », ce qui l’empêche de voir la vie en rose et de s’épanouir dans les merveilleuses relations homme-femme, avec nos sexes si complémentaires (pénis dans vagin?). Elle n’arrive pas à s’épanouir en tant que femme, elle n’arrive pas à être une femme, ou refuse de l’être en raison de son infériorité esthétique, de ses blocages puritains, de sa non-compréhension des rapports de genre, ou de divers traumatismes dont elle est victime et qui la font haïr les hommes (viols, déceptions amoureuses). Elle est aigrie et donc agressive envers les hommes. L’homme pro-féministe, lui, se verra reproché d’être non-viril, tare suprême du mâle par excellence.

Je veux bien qu’on m’insulte. On m’a à peu près tout dit, toutes ces tares m’ont été attribuées, et bien d’autres encore, qu’il serait trop long de lister ici. Mais le problème que me posent ces discours réactionnaires, c’est qu’ils marchent. Pas par rapport à moi, mais vis-à-vis des gens en général. Ces insultes ont pour but de faire taire les revendications. Ne m’insultez pas, je ne revendique rien, je suis comme vous, je suis normal-e, je ne suis pas taré-e ! Aussi, avant d’avoir l’air de revendiquer quoi que ce soit, il faut montrer patte blanche (ou cerveau lavé plus blanc que blanc avec lechat machine): je défend un droit des femmes, mais je suis pas féministe. Je défend un droit des animaux, mais je ne suis pas végétarien. Je vais bien, merci !

Conserver le pouvoir: un objectif à nuancer.

Ces insultes ont donc pour but de conserver la hiérarchie sociale, donc dans le cas des insultes faites aux féministe, elles permettent de perpétuer l’assignation des femmes et des hommes non-virils à des rôles subalternes.

Il y a autre chose que l’on reproche aux féministes, c’est de vouloir prendre le pouvoir sur les hommes. Bien sur, c’est ridicule puisque les féministes se battent pour l’égalité et non pas pour le matriarcat (je ne vois aucune raison pour laquelle le matriarcat serait préférable au patriarcat) et aussi parce ce qu’elles ne se battent pas contre des individus, mais contre des normes, des idéologies, des convenances sociales. C’est un peu comme lorsqu’on reproche aux véganes antispécistes de préférer les animaux aux humains (ridicule, puisque cette distinction humain/animal est le fait du spécisme et remise en cause par l’antispécisme).

Etre féministe, c’est lutter pour la prise de pouvoir des femmes sur leurs propres vies. Dans un monde profondément sexiste, cette lutte apparait comme un vol du pouvoir des hommes. Quand la femme ne sera plus une poupée gonflable doublée d’une ménagère, quand l’épouse ne sera plus la chose des hommes, et pire, quand la femme adulte ne sera plus l’épouse mais partenaire libre et s’épanouissant par elle-même plutôt qu’à travers l’homme, un pouvoir aura été retiré aux hommes: celui de décider pour elles, celui de les maltraiter, de les battre, de les violer, de les posséder, de les utiliser comme moyens pour des fins. De même que quand les animaux auront le droit de posséder leur propre vie, nous serons dépouillés, nous, humains, du pouvoir de les utiliser comme moyens pour nos fins.

On voit ici qu’accuser les féministes de vouloir prendre le pouvoir, c’est une réaction défensive contre une remise en question de privilèges masculins. Mais ce serait un peu trop simpliste que de tout résumer à une volonté de garder ses privilèges. Je crois qu’il faut également y voir un aveuglement total par rapport aux privilèges de genres. Dans la pensée réactionnaire, ces droits des hommes sur les femmes, des riches sur les pauvres ou des humains sur les animaux ne sont pas perçus comme des privilèges, mais comme des droits propres aux individus dominants. Autrement dit, celui qui accuse les féministes de lutter contre les hommes ne fait pas que défendre son droit à dominer les femmes. Il se sent surtout profondément indigné devant ce qu’il considère comme une atteinte à sa personne en tant qu’homme. Pour lui, être un homme est indissociable de l’exercice de ces pouvoirs. Il s’imagine donc qu’on lui en veut d’être un homme, qu’on ne veut plus qu’il soit un homme. Pas de mariage? Pas de main au cul, même pas une petite vite fait au bureau? Pas d’esclave domestique? Et il faudrait faire la cuisine, aussi? C’est sur, elles veulent lui couper la bite.

Ainsi, celle ou celui qui résiste à l’oppression n’est pas seulement accusé-e de tares (comme tout ce qui est contraire à la norme est taré: femme pas féminine, humain pas carnivore…). Elle ou il est aussi accusé-e de vouloir étendre ses tares à l’ensemble de la société, et de vouloir réduire le groupe dominant au groupe oppressé.

En résumé, on peut dire que c’est un sérieux manque d’imagination.

Ne laissez pas ce manque vous atteindre. Beaucoup de gens ne peuvent concevoir un monde différent de celui qu’ils connaissent. Voyez plus loin que le bout de leurs nez, plus loin qu’une société perpétuellement inégalitaire. Si vous en êtes capables, imaginez un monde plus juste. Luttez, refusez la dominance, refusez la soumission. Libérez-vous, soyez heureux. Et revendiquez-le. Vous en avez le droit. Ce n’est pas sale.

 

(1) Voir cet article sur la façon dont les personnes appartenant à un groupe oppresseur, mais refusant d’exercer leurs privilèges de dominants, sont assimilés au groupe subalterne.

 

78 réflexions au sujet de « Militer, ce n’est pas sale »

  1. Juste une petite remarque, en parlant de « je ne suis pas féministe mais », on peut dire aussi qu’il existe le « je suis féministe, mais ».

    Et puis:
    « Autrement dit, celui qui accuse les féministes de lutter contre les hommes ne fait pas que défendre son droit à dominer les femmes. Il se sent surtout profondément indigné devant ce qu’il considère comme une atteinte à sa personne en tant qu’homme. Pour lui, être un homme est indissociable de l’exercice de ces pouvoirs. Il s’imagine donc qu’on lui en veut d’être un homme, qu’on ne veut plus qu’il soit un homme. »
    Je trouve cette phrase très juste. Et je me pose sérieusement la question du fait que celui qui se sent menacé aie en partie raison (pas pour le être atteint en tant que personne/corps, mais en tant qu’homme, au sens de personne élevée comme un homme). Parce que plus ça va, et plus j’ai du mal à trouver quelquechose qui ne soit pas oppressif dans la virilité et d’oppressant dans la féminité.

  2. JE NE SUIS PAS du genre à me renier… Et je suis entièrement d’accord avec toi sur ce point : on ne devrait pas avoir à dire « Je ne suis pas [tout ce que tu veux insérer], mais… [contre-proposition] ».

    MAIS… seulement, c’est que c’est tellement efficace pour les débats (qu’ils soient écrits ou oraux), que je ne me vois pas de raison de m’en priver.

    Du point de vue du pratiquant d’aïkido, c’est à mon goût une très belle arme en matière de rhétorique. On devient un instant suffisamment neutre pour laisser son interlocuteur s’identifier à soi-même pour le renvoyer lui-même face à sa propre contradiction.

    Ce n’est pas montrer « patte blanche », c’est juste laisser un peu de mou dans la conversation pour laisser l’autre s’y engouffrer bêtement, voire se taire un moment. C’est un prix à payer pour obtenir un temps de silence, nécessaire pour ré-attaquer de suite et affirmer une vérité. Et espérer faire taire son détracteur pour de bon. Vois ça plutôt comme une esquive que comme une fuite ;)

    Exemple simple :
    – La femme est l’égale de l’homme.
    Dit comme ça, je pose ce propos comme une vérité… Mais je m’expose à un « mais ». Voire à une contre-argumentation, un affrontement, ou une perte de temps.

    – Je ne suis pas féministe, mais la femme est l’égale de l’homme.
    En disant ceci, je pose comme vérité absolue que « ce que tout le monde devrait penser, féministe ou non, est que la femme est bien l’égale de l’homme ». Seulement, qui osera me contredire dans la pièce vu que je ne suis pas féministe ?

    • Sauf que faire ça, c’est jouer le jeu de ceux qui veulent faire taire les remises en question du système patriarcal.
      C’est s’écraser devant le pouvoir. Se soumettre devant la majorité bien-pensante.
      Au final, je ne vois pas en quoi c’est efficace de stigmatiser encore davantage le féminisme (en se défendant de l’être comme si c’était une maladie honteuse) si c’est pour caler un pauvre petit « mais quand même, les femmes devraient avoir les mêmes salaires que les hommes » (par exemple). On te répliquera que c’est normal puisqu’en plus du travail, elles ont encore à s’occuper des mômes, et que donc elles sont moins présentes au boulot. Et puisque tu n’es pas féministe, tu n’as rien à redire à ça, donc tu dois accepter cette différence de salaire entre hommes et femmes.

      Si tu es féministe, tu remettras en question les normes de genre qui font que les femmes n’ont pas seulement à pondre des gosses mais aussi la charge de les élever tandis que les hommes sont libres de ces obligations et donc de mener carrière comme ils l’entendent.
      Si tu n’es pas féministe, tu te diras que finalement c’est normal, les femmes ont l’instinct maternel, l’hommes ramène la viande de mammouth à la maison, et donc les différences de salaires, c’est pas si grave, c’est la biologie (haha).

      Si tu n’es pas féministe, alors tu es contre l’égalité effective des hommes et des femmes, ou au mieux tu y es indifférent, ce qui revient au même. Puisque ne pas prendre parti face à une situation d’oppression revient à se mettre du côté de l’oppresseur (c’est à l’oppresseur que profite l’indifférence).

      Autre exemple: tu n’es pas féministe, mais le viol c’est mal! Mais bon, puisque tu n’es pas féministe, tu peux admettre que les hommes ont des besoins, que le viol c’est aussi un peu la faute des femmes, ou en tous cas que c’est un peu à elles de l’éviter aussi, en évitant de se promener à tel endroit à telle heure et dans telle tenue. Ou alors, si tu es « pas féministe mais c’est quand même les violeurs responsables et pas les victimes », de toutes façons tu parles pour ne rien dire puisque de toutes façons, le viol a sa place dans le système patriarcal, qu’il est indissociable de ce système (comme outil de punition et de contrôle sur la vie des femmes, comme outil de domination et d’affirmation de sa virilité) et que si tu n’es pas féministe, tu ne t’opposes pas à l’existence du système patriarcal, et donc ça ne sert pas à grand chose de dire « le viol c’est pas bien ».

      S’opposer aux manifestations les plus évidentes de violences sexistes (viols, coups) ne rime à rien, si l’on ne s’oppose pas aux mécanismes qui les font exister.
      Donc j’aurais tendance à dire: t’es pas féministe? Hé ben tu dis rien, parce que ça sert à rien.

    • Même sans parler spéialement de féminisme .. dans la pratique, Krokenstein, t’as sûrement raison, mais en théorie c’est assez moche.
      « je ne suis pas roux moi-même, mais il faut dire à leur décharge que … », .. Ça veut juste dire que l’assistance à des à-priori, que d’entendre une idée formulée par une féministe/vegan/whatever, c’est déja invalidant pour les idées en question ..
      Montrer patte blanche c’est sûrement, comme tu dis, efficace, mais c’est aussi reconnaître un peu le statut de bête noire de la bête noire, l’accepter, et c’est ça qui est un peu dérangeant ..

      Et du coup justement, ça peut servir de rappeler qu’on ne devrait peut-être pas juger les idées selon leur provenance, leur concepteur, son métier, s’il est roux, si son grand-père était un mormon ou un juif ou un nazi … Le rappeler pour ceux qui oublient/ignorent, que l’idée peut/devrait être prise indépendamment de celui qui l’énonce.
      (même si après, dans les faits, on fait des concessions à ceux qui ont des à priori pour avoir une chance de discuter)

    • Plutôt d’accord avec krokenstein, le mieux est encore d’éviter de dire « je ne suis pas… mais », quoiqu’il en soit ça évite de partir sur des discussions oiseuses sur l’étiquette à donner à telle ou telle idée. Sachant que le féminisme (comme l’anti-spécisme) est protéiforme et peut défendre tout et son contraire (cf débats sur la prostitution…), on peut légitimement refuser de se coltiner une étiquette (qu’en plus on pourrait nous refuser, par exemple se déclarer homme féministe n’est pas accepté par toutes les féministes, comme on peut le voir sur cette page même).
      Un exemple plus parlant aussi, celui de se dire communiste: qu’est-ce que ça veut dire être communiste?
      Bref, à bas les étiquettes, vive les idées…

      • Le féminisme ne défend pas « tout et son contraire ». Il défend l’égalité, et pour cela, prend plusieurs formes, certaines acceptant la prostitution, d’autres non. Mais dans les deux cas, le but est le même.
        Le féminisme n’est pas qu’une étiquette qu’on colle sur n’importe quoi, c’est la lutte pour la libération des femmes et contre le patriarcat. Ce n’est pas parce qu’il existe plusieurs formes de féminismes et que les féministes ne sont pas d’accord les unes avec les autres (même sur des sujets cruciaux), que l’on peut réduire leur combat commun à une vulgaire étiquette ou un truc flou et mal défini.

        • Quand même, quand d’un côté on revendique l’abolition de la prostitution et de l’autre sa régularisation, j’appelle ça, rapidement sans doute, « tout et son contraire ». Entre Despentes (ou Iacub) et Delphy, par exemple, pas sûr que leur objectif soit le même…
          Alors bien sûr on se dit féministe (sauf si on est un homme, se dire pro-féministe, enfin ça dépend des chapelles, hein :) ) parce qu’on défend l’égalité homme/femmes mais alors si en face t’as quelqu’un de calé sur la question (ou pas, d’ailleurs), des chances que le débat dérive sur des querelles de chapelle (analogie avec tout le champ militant évidemment, cf mon exemple sur le communisme), parce que la question est de savoir comment arriver à cette égalité (d’où les chapelles), justement, et savoir aussi ce que signifie le terme « égalité ». Donc le « je ne suis pas féministe, mais… » n’est qu’une façon de se concentrer sur le sujet de la conversation en cours sans y apporter d’éléments extérieurs perturbateurs.
          Un peu comme au boulot, avec les collègues, on ne lance pas dès le premier jour qu’il faut exproprier tous les capitalistes, on tâte le terrain, on y va doucement avant de proposer de séquestrer le patron ou la patronne…

          • Le débat pour ou contre la prostitution est un débat important qui divise les féministes quasiment en deux camps, mais comme je le disais, ça n’empêche pas de considérer le féminisme comme une lutte pour l’égalité des femmes et contre la domination masculine. Dans un sens, heureusement que toutes les féministes ne sont pas d’accord entre elles, ça prouve qu’on réfléchit et qu’on est pas parfaits.

            J’aime pas du tout ta façon de dire « d’un côté ON revendique… » C’est qui ON? On, les abolitionistes, on, les règlementaristes? Ou alors toutes les féministes sont derrière ce « on »? Mais heu ce ne sont pas les mêmes personnes qui militent pour l’abolition de la prostitution ou pour sa règlementarisation. Par contre il y a des féministes des deux côtés.

          • Oui évidemment, le « on » ne désigne pas les même personnes (heureusement, sinon bonjour l’angoisse), j’ajoute aussi les féministes qui ne veulent pas se positionner dans ce débat, en ces termes là du moins.

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  4. Je suis féministe, mais… j’aurais aimé que ce mot n’existe pas parce qu’idéalement cela aurait voulu dire que la discrimination des sexes n’aurait pas existé dans l’histoire… Oh! pardon, je rêvais en couleur.

    Super article, comme d’habitude. Franc, direct, j’adore. On sent la colère, mais sur un tel sujet qui ne le serait pas…

  5. …et puis de toute façon il faut sentir la colère dans tes paroles, sinon ça n’aurait pas autant d’intérêt. Les injustices sociales se doivent de nous faire chier. Sinon… elles ne seraient plus des injustices.

  6. En lisant le début de ton article, une pensée m’est venue : et si l’impuissance était la meilleure façon de voir au-delà de notre propre identité, de nos propres affirmations? Et si l’impuissance, mêlé à la persévérance, était la meilleure façon d’évoluer? Peut-être que pour un monde plus créatif, plus juste, plus riche, plus diversifié et plus réflechi, l’impuissance est parfois préférable à la puissance.

  7. +1 pour ton article !
    Sinon, juste une petite question : pourquoi dis-tu « homme pro-féministe » et non « homme féministe » ? C’est quelque chose que j’ai vu plusieurs fois dans des blogs féministes et je ne suis pas sure de comprendre la nuance.

    • Le terme « homme féministe » ne me dérange pas outre mesure, mais je préfère tout de même dire « homme pro-féministe ». Je pense que le mouvement féministe doit venir des femmes elles-mêmes, pas des hommes. On risquerait de tomber dans une sorte de paternalisme, d’ailleurs certains hommes (pro)féministes (dont j’admire l’engagement) tombent parfois dans ce piège.
      Pour éviter cet écueil, le mouvement féministe devrait appartenir aux femmes. Ca ne veut pas dire que les hommes n’ont pas le droit d’être impliqués, au contraire je pense que les hommes sont l’avenir du féminisme, d’autant plus que (d’après moi) ils ont beaucoup à y gagner, et je suis heureuse de voir qu’il existe de nombreux hommes qui se revendiquent du féminisme et considèrent vraiment les femmes comme leurs égales (pas seulement en mots). Mais le mouvement devrait être porté par les femmes elles-mêmes, elles ont à redéfinir leur féminité, différent du modèle de féminité soumise et passive, redéfinir les rapports de genre qu’elles souhaitent avoir, reprendre le pouvoir sur leur propre vie, etc. Pour résumer, il y a un slogan des années 70 qui dit « ne me libérez pas, je m’en charge ».

      • « Redéfinir leur féminité » ? Mais alors, ça ne ferait que remplacer les normes actuelles par d’autres normes… Il me semble que le problème, justement, réside dans le fait que la féminité et la virilité soient définies d’avance. Ceci dit, j’ai pu mal comprendre, parce qu’à la lecture d’autres articles, il m’a semblé que tu n’étais pas essentialiste ;)

      • Je suis très gêné par cette réponse, sûrement parce que nous ne partageons pas la même définition du féminisme, dont je me réclame pourtant. Comme toute situation de domination (et ce que je vais dire n’enlève rien à la choquante inégalité entre homme et femmes dans notre civilisation) elle piège aussi les dominants. Le sexisme est le plaquage du genre et de ses définitions culturelles sur le sexe. Et ainsi tout ce qui définit dans notre culture la masculinité est directement ou indirectement lié à la domination, et tout homme qui ne se reconnaîtra pas dans les manifestations et les signes de domination le vivra comme un échec à être homme, c’est à dire à faire coller son identité aux définitions habituelles du genre. Cette « souffrance » peut être une très puissante motivation pour lutter contre le sexisme et être un homme féministe, et mériter d’être appelé ainsi. Le combat féministe est un combat pour le bien et la liberté de tous et pas un combat « catégoriel » (excusez-moi) je crois.

      • Je comprends l’optique, mais ça fait tout de même bizarre…Ca serait comme appeler les personnes de peau blanche antiracistes, « pro-antiracisme » (C’est moche, cette juxtaposition…). Serait-ce dû au fait, que l’on considère le racisme mieux partagé?

        • C’est vrai que ça fait bizarre. Je n’y avais jamais pensé. Mais maintenant que tu m’y fais penser, est-ce que le combat contre le racisme n’a pas souffert (ou ne souffre-t-il pas) du paternalisme de certains occidentaux? Pour moi c’est clair que oui. En tous cas, je pense qu’une personne qui n’est pas victime d’une forme de racisme peut se substituer à celles et ceux qui en sont victimes, pour leur dire quoi faire / comment se sentir / comment se comporter face aux agressions racistes, etc.

          • Je pense que c’est aussi le cas (paternalisme occidental), même si pour le racisme, on a plutôt tendance à rapprocher le racisme anti-blanc du racisme envers les minorités pour faire taire celles-ci. En fait, après cette réflexion, j’ai vu que sur le sujet du sexime, les anglo-saxons parlent d’attitudes de mansplaining, mais aussi de whitesplaining pour le racisme.

          • Oui mais voilà, comparer le racisme anti-blanc et le racisme anti-noir, c’est de la pure mauvaise foi, enfin je trouve.
            Ce sont deux formes de racisme qui existent, mais elles n’ont pas les mêmes tenants et aboutissants, elles ne s’expriment pas de la même façon, et surtout, elles n’ont pas les mêmes conséquences sur la vie de ceux qui les subissent. Et ça ne m’étonne pas que le whitesplaining existe.

      • Mmmh… Je ne suis pas d’accord avec ce principe là. De même qu’il peut y avoir des hétéros qui luttent pour les droits des homos, des blancs qui luttent pour les droits des noirs, je ne vois pas pourquoi les hommes ne pourraient pas lutter avec les femmes contre le sexisme ? Il faut une discussion entre les deux sexes pour arriver à une véritable égalité, je pense. Dire que les hommes peuvent tomber dans le paternalisme, c’est, je trouve, ne pas croire en eux. D’autant que le féminisme a beaucoup de choses à amener aux hommes aussi (comme tu le dis si bien) donc ils sont quand-même fort concernés. Tu parles de la redéfinition de la féminité, mais le féminisme veut aussi redéfinir la virilité, par exemple. Or là, les premiers concernés, ce sont les hommes. De même pour les congés paternité, pour les métiers soit-disant féminin que les hommes ne peuvent pratiquer sans se faire traiter de « lopettes » (coiffeurs, esthéticiens, maïeuticiens, danseurs classiques, designers et j’en passe), etc.

        Ce que je veux dire c’est qu’on peut lutter contre des injustices sans l’avoir vécu personnellement. J’ai jamais été victime d’homophobie, ça m’empêche pas de lutter pour le droit des homos à se marier, à adopter et à être respectés.

        J’ai jamais été enfermée dans un enclos dans lequel je pouvais à peine me retourner, on a jamais essayé des produits chimiques sur moi pour une marque de rouge à lèvre, on m’a jamais donné mes propres congénères à manger… Et ben ça empêche pas de lutter pour la protection des animaux.

        Tu te sens paternaliste en protégeant les animaux ? Alors pourquoi un homme se sentiraient-ils paternaliste en défendant les femmes ?

        Bref, moi je trouve que nier le féminisme des hommes, c’est un peu un manque de reconnaissance face aux rares messieurs qui comprennent notre lutte et y participent.

        • « On peut lutter contre des injustices sans l’avoir vécu personnellement »: oui, on peut, mais on ne le fait alors pas de la même façon.

          Certains antispécistes sont un peu paternalistes vis à vis des animaux (je trouve), c’est à dire protecteurs à l’excès, mais c’est un sujet qui mériterait au moins un article pour être développé. Je considère les animaux comme des êtres capables de prendre des décisions et donc qui méritent une certaine liberté. Mais le combat antispéciste se caractérise par l’impuissance toute particulière de ses victimes et leur incapacité à faire entendre leur voix. Et en plus, une énorme partie des animaux victimes de spécisme sont des animaux domestiques, donc non seulement mis dans l’incapacité de se défendre, mais aussi, bien souvent, de vivre sans l’assistance d’humains.

          J’insiste sur cette spécificité du combat antispéciste, par rapport aux luttes contre d’autres formes d’oppression. Les antispécistes ont à défendre les animaux, qui ne peuvent quasiment pas se défendre seuls. Si les hommes se chargeaient de défendre les femmes de la même façon dont on défend les animaux non-humains, cela voudrait dire qu’ils estiment que les femmes sont, comme les non-humains, incapables de raisonner, d’expliquer ce qu’elles ressentent, de se réunir, de dialoguer, de s’organiser, de lutter ensemble, de former un mouvement, de déconstruire les normes sociales, de réinventer et repenser leur féminité et leur rôle dans la société.

          Or, ce n’est pas le cas. Les femmes sont parfaitement capables de faire tout cela. Les hommes n’ont donc pas à se substituer à elles pour les luttes féministes. Ils peuvent bien sur militer, s’indigner des mêmes injustices (même si pas vécues de l’intérieur), se revendiquer féministes, etc. Ils peuvent se battre aux côtés des femmes pour vaincre le machisme. Mais ce n’est pas à eux de libérer les femmes, c’est aux femmes de se libérer.

      • Et pourquoi pas associer femme féministe et homme anti-masculinisme ?
        Complémentarité des champs d’applications les plus « concernés » pour chaque sexes :)
        C’est aux femmes de reprendre le contrôle de leurs vies, et aux hommes de briser leur propre trône illégitime. (dont de toute évidence certains n’ont jamais voulu)

      • Tu as raison et je comprends le raisonnement des féministes qui tiennent ce discours, simplement il ne faut pas oublier que si on accepte la définition du féminisme comme une lutte visant à atteindre l’égalité entre femmes et hommes et si on observe le fait que le pouvoir à tout échelon et dans presque tout domaine est exercé par les hommes, alors l’égalité hommes-femmes aura du mal à être effective sans hommes défendant l’égalité (à moins d’imaginer une révolution armée 100% composée de femmes? ), ce qui nous ramène à la définition première, ces hommes seraient bel et bien féministes.

  8. Ping : Pourquoi le logiciel libre n’intéresse personne. « belgland

  9. Merci pour cette source d’inspiration. (Si le Ping te paraît trop peu lié à l’article, je ne t’en voudrai pas de l’enlever.) La partie « Faire taire ceux qui dérangent » et la conclusion ont une grande importance dans la construction de ma conscience politique.

    Toutefois, attention au travers de l' »ennemi » :
    « On voit ici qu’accuser les féministes de vouloir prendre le pouvoir, c’est une réaction défensive contre une remise en question de privilèges masculins. Mais ce serait un peu trop simpliste que de tout résumer à une volonté de garder ses privilèges. »
    D’autant plus que les « Hommes » ne sont pas les seuls à lutter contre le féminisme. Je crois que c’est plutôt une question d’identité que de hiérarchie – et cela marche aussi bien pour les hommes que pour les femmes.

    • Exact. Les femmes réagissent beaucoup contre le féminisme de peur d’être menacées dans leur identité de femmes, dans leur féminité, ou de peur d’être méprisées parce qu’elles se conforment à certaines normes de genre. Et je pense que les hommes réagissent beaucoup pour ces mêmes raisons, plutôt que pour conserver leurs privilèges (même ça existe aussi).
      Les femmes aussi peuvent d’ailleurs, dans une moindre mesure, craindre de perdre certains privilèges (le faible et relatif pouvoir féminin dont j’ai parlé dans « la terreur du râteau).

      • merci pour cet article… je ne sais plus trop quoi dire sur le sujet du féminisme en fait tant il a finit par me fatiguer… j’ai tjrs été paritariste anti sexiste etc… ça ne m’a jamais empêché d’aimer et être aimée, de me sentir « femme » oui désolée mais je pense qu’on a besoin de se sentir femme et homme dans un couple pour se sentir bien… après qu’est ce qui nous fait sentir homme ou femme auprès de telle ou telle personne, ça reste un mystère et je n’aime pas moi non plus les stéréotypes mais désolée de la rappeler , il y a bien deux sexes et nous n’avons pas la même sexualité… par ailleurs les femmes enfantent, se sont elles qui font les enfants (et pour cette raison d’ailleurs qu’elles ont été et restent oppressées)… donc perso plutôt que déconstruire le genre (je m’en contrefous perso), je suis pour des solutions pragmatiques, à la scandinave quoi… pour une société plus faite avec et pour les femmes, et les hommes, dans un meilleur équilibre entre temps de travail/temps familial… et il faut absolument faire de l’éducation sexuelle une priorité… que les hommes n’aient plus peur des femmes sur ce plan là (ça c’est pas gagné je crois malheureusement)… parce que l’homme ne se sent pas fort face à une femme… eh ouai… ça aussi c’est une vérité qui n’est pas bonne à dire… si on baissait les armes tous autant qu’on est ???? la peur est mauvaise conseillère… enfin, je me suis éloignée de la militance parce que j’en avais marre qu’on me fasse sentir en gros que si j’aimais la pénétration, la sexualité hétéro, la maternité et certains attributs de ce qu’on appelle la féminité c t parce que j’étais conditionnée et que ça faisait de moi qqun de soumis sans le savoir… la théorie du genre poussée à l’extrême tombe dans l’idéologie mortifère… je crois au contraire qu’on aurait peut être perdu moins de temps si on avait revendiqué l’habit féminin comme pouvant être associé à compétences, responsabilités etc… au lieu de ça on a vu trop de femmes devoir prendre l’habit masculin pour avancer… je crois qu’on en revient, il serait temps… une femme est une femme… ça n’est pas réducteur de dire ça… mais la féminité a besoin de s’exprimer chez une femme pour qu’elle soit bien avec elle même … ça veut pas dire se conformer à un stéréotype : bien des femmes qui veulent faire femme ne dégage aucune féminité, quand des femme qui portent le costume dégagé une féminité certaine… la féminité n’est pas un gros mot… c’est même une force… enfin bref…

        • O_o Pas d’accord avec le féminisme essentialiste…Si tu es vraiment bien dans ce qui est la norme, tant mieux et je n’y vois aucune raison de te mettre à l’amande, mais revendiquer une essence féminine illusoire pour toutes…Hmmm.

  10. Un très bon article, encore une fois! :)

    Sinon, une autre manière de faire taire les militant-e-s en tout genre: leur dire que ce sont des rageux-ses/hystériques.
    C’est bizarre, dans notre société les gens mélangent très souvent la colère justifiée (la « sainte colère », comme l’appelle les chrétiens) et l’énervement de base/l’exaspération plus ou moins justifiée.
    Du coup, quand un-e militant-e énervée-e contre les injustices diverses et variées de notre société va les leur mettre sous le nez, et que cela va probablement déranger leur conception des choses, ils vont juste rétorquer que ce « sont juste des sales rageux » : ça évite toute forme de réflexions sur les systèmes d’oppression, et, comme tu l’as dit dans l’article, les militant-e-s deviennent alors « des mal baisées » (pour les féministes). Ce sont « juste » des gens qui chipotent, des bobos qui emmerdent le monde avec leur idées tordues, qui crient à tord et à travers sans réfléchir, puisqu’ils sont en colère.
    Ca leur viendraient pas à l’idée que c’est parce que les militant-e-s ont vu des injustices qu’ils/elles sont furieux, et non pas parce que ce sont des hystériques qui hurlent pour un rien…

    • « Militer ce n’est pas sale » : militer c’est vouloir transmettre ses idées au monde pour l’améliorer. Quand une femme dit « je ne suis pas féministe mais », elle dit « je ne suis pas militante mais », ce qui voudrait dire « mon avis est… et vous en faites ce que vous voulez ». Elle se rend tolérante des avis contraires, et croise les doigts pour que ceux qui pensent le contraire en face ne soient pas trop militants et ne se mettent pas en devoir de combattre son point de vue au point de s’en faire des ennemis (cette femme est mon âme-sœur, je la kiffe grave !).
      L’image que j’ai du militant, quelqu’un qui l’ouvrira toujours pour faire valoir ses idées et les imposer plus ou moins violemment à la face du monde. Je milite contre.

      • C’est vrai, quels enfoirés ces militants, vouloir transmettre leurs idées au monde pour l’améliorer… C’est bien mieux les gens qui s’écrasent devant la norme bien-pensante, raciste, sexiste et spéciste parce qu’ils n’ont pas spécialement envie d’améliorer le monde. Eux au moins ne sont pas « plus ou moins violents » (le sexisme n’est pas une violence peut-être?)

        Donc pour toi être féministe, être végane, c’est être « intolérant-e des avis contraires? » On ne peut pas contredire les gens sans être tolérant? On ne peut pas défendre ses idées sans les imposer? Je trouve ça particulièrement dégueulasse de dire que les militants sont des gens violents. Le féminisme n’a jamais tué personne. Le machisme, lui, tue tous les jours. Même remarque pour le spécisme et l’antispécisme.

        • Bon, je vais pas sortir les arguments facile du genre l’extrémisme islamisme et le néonazisme sont des militantismes (mince je l’ai fait), surtout qu’ils ont tendances à importer des idéologies violentes on peut supposer… Enfin je m’égare en digression. N’empêche que quand on leur demande, eux aussi militent pour améliorer le monde. Qui a raison qui a tord ? Celui qui parle le plus fort ?
          Ce que j’appelle violence ne va pas forcément jusque là. Est violent qui agresse, et on peut considérer qu’agresser des doctrines déjà violentes est une moindre violence. Il s’agit seulement d’avoir raison, à ce moment là le militantisme est une chose extraordinaire.
          Ce qui me gène dans le militantisme de tout bord c’est la tournure que prennent les discussions, toujours en quête de convaincre l’autre à tout prix, même au prix de l’intérêt de la discussion même. Est-ce que je suis dans l’acceptation ? Etant donné que je me considère moi-même comme un fataliste on pourrait appeler ça comme ça.

          • Donc t’aimes pas la violence ni les débats stériles. T’as bien raison.

            Le militantisme c’est juste un outil, exactement au même titre qu’un marteau, ça n’est ni bon ni mauvais en soi. C’est juste un moyen de parvenir à des fins.
            (sauf si tu considères que vouloir parvenir à ses fins, c’est forcément une mauvaise chose ..)

          • Je n’ai rien contre le marteau, jusqu’à ce qu’on l’utilise pour taper un clou sur le crâne des gens. Pas sûr que l’image soit claire alors disons qu’il y-a une prétention intrinsèque au militantisme qui m’embête, de même que son côté envahissant. Mais je conçois très bien l’idée du « mal » utile ou nécessaire (même si je n’adhère pas à une prise de parti telle (Machiavel dirait un truc du genre qu’on contrôle pas toutes les conséquences de nos actes mais qu’on peut quand même croiser les doigts)).
            Et puis sans se leurrer on est tous un peu militant pour peu qu’on commence à avoir des idéaux. Mais c’est bien de savoir s’arrêter deux secondes et demi.

          • « Je n’ai rien contre le marteau, jusqu’à ce qu’on l’utilise pour taper un clou sur le crâne des gens. »

            Lol. Et après, tu fais un procés au marteau ?

            Tu peux pas accuser « le militantisme ». Jme sens vaguement troll de te reprendre sur un détail comme ça, mais s’il y a quelque chose qui te chiffonne chez certains militants, définit le clairement, et si quelque chose te chiffone dans le discours de l’Elfe, soit aussi, mais jusque là tu mélanges un peu tout ça ..

            Cela dit, tu confirmes le point de l’Elfe : les militants, ça rebute à priori l’homme de la rue (sans offense !)

          • Sisi je peux accuser le militantisme, je peux aussi me dire un peu militant sur les bords (quand je disais que je militais contre le militantisme j’étais qu’à moitié ironique).
            « il y-a une prétention intrinsèque au militantisme qui m’embête, de même que son côté envahissant » : disons sinon que le militant présume de ses idées, dès lors qu’il veut les imposer. Et il dégagera souvent une certaine animosité envers une idée contraire, spécialement quand celle-ci sera exprimée sans diplomatie. De plus il se base souvent sur des volontés, des rêves propres, et donc très discutables (une féministe souhaite une meilleure considération et un meilleur positionnement social, souvent que c’est une femme même (les féministes hommes (ou hommes pro-féministes), existent certes, et doivent eux aussi ne pas s’épanouir dans une société non-égalitaire des genres, ou se sentir coupable), un homophobe (prenez pas mal d’être dans la même parenthèse, c’est juste des exemples neutres) aura du dégoût à imaginer deux mecs s’enchevêtrer, un antinucléaire aura la crainte des radiations, ce danger silencieusement mortel…).
            Bref, on est humain et on a tous des aspirations je ne dis pas, c’est même respectable, mais prendre conscience que ses aspirations ne sont pas forcément celles du monde est un certain signe d’humilité.
            (-Oui, mais donner au monde les aspirations qu’on en a, n’est-ce pas une belle quête ?
            -Peut-être. Mais je ne crois pas qu’on puisse lui donner plus que des aspirations.
            -Et alors ? C’est déjà beau…
            -C’est égoïste mon enfant.
            -Réaliser ses ambitions et ses rêves est toujours égoïste. Et pourtant c’est ce à quoi on aspire.
            -Silence !).
            Bon, branlez-vous intellectuellement au moins trois fois par jour.

          • Après « les militants c’est mal ils sont pas d’accord donc intolérants de l’avis des autres »
            On a eu droit à: « les militants sont violents, car ils partagent leur vision du monde, donc ils l’imposent aux autres »
            Et maintenant: « les militants ben ils savent même pas que les autres ils sont pas d’accord avec leur vision du monde ».
            (ha bon? tout le monde n’est pas féministe, antispéciste et machin? on m’aurait menti? que diantre).
            Avec un joli mansplaining: militant, voilà ce que vous êtes, comment vous êtes et ce que vous devez faire.
            Non merci.

            Franchement, tu parles pour ne rien dire…
            Sérieusement, reviens quand t’auras quelque chose à dire, une substance quelconque à mettre dans ton discours…

          • Si nos aspirations étaient celles de tout le monde on ne militerait pas. Tu vois, on est au courant !

            Se faire traiter d’égoïstes quand on essaye d’arranger la situation des autres, pour les autres, de ceux qui sont Effectivement exploités ou mal considéré …
            J’ai déja vu ça, encore quelques uns comme toi et ça ne me fera même plus rager, merci.

            **Paris, 1788**
            – Mais enfin, Robespierre ! Arrête de ne penser qu’à toi et à ton petit désir de liberté et d’égalité de tous les hommes ! Que deviendrons nous quand vous aurez mis fin à la monarchie absolue ? Et que fais-tu de nos privilèges ? Tu nous en dépouilleras pour « libérer le peuple » ? Égoïste !

          • Ah, quel bon sang ce Robespierre !
            (Alors que le dialogue de fin était autocritique tu t’énerves…)

          • Tu déformes tout ce que je dis L’elfe, mais c’est pas grave.
            « les militants c’est mal ils sont pas d’accord donc intolérants de l’avis des autres »
            J’ai jamais parlé de tolérance, j’y-ai pas même pensé. On peut tolérer un avis tout en le rabaissant, en le jugeant peu digne de s’y-attarder.
            « les militants sont violents, car ils partagent leur vision du monde, donc ils l’imposent aux autres »
            J’ai pas établi de tel rapport de cause à effet, c’est juste une tendance qu’ont les militants à se montrer agressifs envers leur opposition. J’ai pas à chercher très loin des exemples.
            « les militants ben ils savent même pas que les autres ils sont pas d’accord avec leur vision du monde »
            Ou plutôt « prendre conscience que ses aspirations ne sont pas forcément celles du monde est un certain signe d’humilité. » Ca suit une philosophie selon laquelle c’est l’aspiration personnelle qui octroie le militantisme, et non pas forcément la façon dont tourne le monde, et que ce serait cool de le notifier.

          • http://fr.wikipedia.org/wiki/Relativisme

            Au bout d’un moment, on peut quand même prendre parti quand on constate Objectivement des violence à l’encontre, par exemple, des femmes, ou des animaux, ou des hommes ou de n’importe qui.
            Non ?
            J’ai même pas dit « des violences injustes » sinon ça va encore être une nouvelle crise de relativisme. Juste la violence, on peut être contre ?

          • (Ahlala, vous auriez du me prévenir qu’il y-avait un mot pour résumer tout ce char)
            On peut être contre la violence, la plupart des gens le sont (quoique). On peut aussi prendre parti. Mais ça ne tient qu’à nous (et aux tendances sociales accessoirement).

      • « L’image que j’ai du militant, quelqu’un qui l’ouvrira toujours pour faire valoir ses idées et les imposer plus ou moins violemment à la face du monde.  »

        Tu oublies un détail : Les gens non-militants qui acceptent la norme dominante passent leur temps à l’ouvrir pour faire valoir leurs idées et à les imposer plus ou moins violemment.

        Le militant ne fait que donner un point de vue différent, avec la même force. Quand tu as dix personnes qui disent « la viande c’est la force, on a besoin de protéines animales, l’être humain a besoin d’un régime omnivore » et imposent ce point de vue chaque fois qu’ils parlent de nourriture, ils militent pour qu’on mange de la viande. La seule différence avec le militant vegan ou anti-spéciste, c’est qu’ils n’ont pas conscience de militer.

  11. Rhétorique ou pas, je n’ai pas à me justifier de me battre contre le plus gros, le plus pesant, le premier des systèmes oppressifs qui fait des ravages sur l’humanité et je veux faire interdire son arme qui sont les violences féminicides. Parceque dans son enthousiasme, système et oppresseur, on va tous y passer à la moulinette… à force de se la jouer http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/01/combien.html

  12. Bon, ben voilà, très bon article comme d’habitude. Bravo l’elfe ! :D

    Je me permets d’ajouter une chose pour les personnes anti-militantistes qui se reconnaîtront : croire que tous les militants sont violents, est, à mon sens, une généralité supplémentaire. Effectivement, il existe des militants violents qui refusent de se remettre en question et qui tapent du poing sur la table quand ils sont pas contents. Mais ne crois-tu pas que tu entends le plus ce genre de personnes parce qu’ils crient fort, tout simplement ?

    On peut militer de plein de manières différentes. Avec humour, par exemple. Avec politesse. Avec respect. A ce stade, pourquoi être contre un militant s’il propose une vision du monde de manière calme, pacifique et/ou rigolote ? Certains militants ne veulent qu’ouvrir le débat, le dialogue. Et les plus sages d’entre eux savent que s’énerver, c’est ne plus pouvoir faire entendre ses idées. Parce que « le but n’est pas de convaincre mais de donner à réfléchir ». Et moi, dans un débat militant, j’aime à ce qu’on me donne à réfléchir, tout comme j’aime donner à réfléchir. C’est le but premier. Échanger. C’est juste dommage qu’il y en est qui le comprennent pas. Et qui veulent avoir raison quitte à être de mauvaise foi.

    Mais vouloir avoir raison, c’est pas un problème de militant. C’est un problème humains. Que même les non militants possèdent.

    • Certes ne pas généraliser, parler de tendances. Certes les Gandhis existent, qui ne s’énervent presque pas assez (bien que les actions de Gandhi aient été facteurs de violences), certes la fermeture d’esprit n’est pas le monopole du militant, +1 pour « le but n’est pas de convaincre mais de donner à réfléchir ». Mais si on prend cette phrase comme militante alors toute personne qui commence à débattre de tout et de rien finira par être considérée comme telle – ce que je trouve partiellement vrai, et c’est en ça que je me juge moi-même « un peu militant sur les bords ».
      Donc si je porte mes dires à moi-même, militant antimilitant : je viens soulever une polémique à risque (ce que les mauvaises langues pourraient appeler troll), conscient des chances de frictions, et même si j’essaye vaguement de calmer le jeu je serais hypocrite de dire que je viens pas un peu chercher la bagarre (héhé…). Je prend sciemment le parti de l’antimilitantisme, et m’acharne à le garder contre les vents et marées de vos argumentaires surpuissants. Et quand je dis « il y-a une prétention intrinsèque au militantisme qui m’embête, de même que son côté envahissant », qu’est-ce que je fais quand je viens poser mes doigts graisseux sur les coms, si ce n’est faire mon gros et envahir la discussion ?
      (Ca ça s’appelle du vol d’argumentaire).

      • « toute personne qui commence à débattre de tout et de rien finira par être considérée comme [militante] »
        Ah, là non .. On est pas obligé d’avoir toujours un avis sur tout, on peut reconnaître son ignorance sur un sujet ou une question qu’on ne maîtrise pas …

        Pour le reste, je laisse ceux qui ont compris ce que tu as dit te répondre. Et laisse Gandhi tranquille.

        • Je crois qu’y a pas grand chose qui m’agace autant que les gens qui ne sont pas militants, qui n’ont qu’une très vague idée de ce qu’est militer, et qui viennent expliquer doctement aux militants ce qu’ils sont, ce qu’ils font, et comment ils devraient être…

          • Allons donc, je suis des vôtres, les militants sont les rois pour « expliquer doctement aux autres ce qu’ils sont, ce qu’ils font, et comment ils devraient faire ». Finalement tu ressens à peu près la même chose que moi.

          • Résumons. Tu parles pour ne rien dire, de choses que tu ne connais absolument pas en faisant des généralités à la con du genre « je connais un gars qu’a entendu dire que », ce qui ne t’empêche pas de pérorer comme un coq; tu parviens à donner ton avis sur 20 ou 30 lignes sans avoir d’avis, sans rien penser d’original ou d’intéressant; le beauf moyen a davantage de connaissances et de réflexion que toi sur les sujets que nous abordons ici. Tu n’as pas une once de réflexion personnelle, tout ce que tu écris sonne creux. Que tu n’aies aucune opinion structurée et/ou originale et que donc tu n’apportes strictement rien au débat, ce ne serait pas si grave, mais il se trouve qu’en plus, tu es désagréable, chiant, pénible, pédant, et tu es l’un des pires mansplainers qui sont venu sur ce blog.

            Bref tu me saoûles. Tes prochains messages seront supprimés. Bon vent.

  13. Tiens une réflexion en passant. Je sais ce qu’est être végétarien. Je sais ce qu’est être végétalien. Mais depuis quelques années j’ai vu apparaître le terme végane en me demandant bien ce que l’on mettait sous ce terme que mon dictionnaire ne connaît pas.

    • C’est défini dans wikipedia, mais pour faire simple, un végane est un végétalien qui abolit toute exploitation animale de sa consommation (pas de cuir, de laine, de produits testés sur des animaux, etc.). Ça inclue aussi le fait de ne pas payer pour voir un cirque avec animaux, aller au zoo, etc. Du moins, dans l’idéal.
      Mais l’idéal du végane, c’est surtout de réformer en profondeur la société pour que cette exploitation animale n’existe plus, plutôt que de chercher à se perfectionner constamment pour éviter la moindre goutte d’exploitation animale directe ou indirecte dans son mode de consommation.
      Mais souvent, les végétariens sont déjà un peu portés sur le véganisme avant de passer au végétalisme (du genre ne pas porter de cuir).

  14. Le parallèle avec le véganisme et la végéphobie me semble d’autant plus pertinent qu’il y a quelques jours encore j’ai eu droit dans les commentaires d’un article de blog à ce que j’ai mis en image pour une clarté sans équivoque (et ce n’est ni réducteur ni caricatural, la discussion a vraiment tourné à ceci) :

    http://f69.myupload.dk/getfile/1rGa5mKIo

    Aucune notion de raison, d’engagement, rien… Quand je vois ce genre de réaction, je ne suis pas surpris que des gens s’époussettent le col comme si promouvoir un argument féministe tachait avec du gras radioactif filant la lèpre… (et coller à cette espèce de bienséance c’est à la fois approuver ce conformisme et l’encourager)

  15. En fait, j’ai l’impression que dans la société actuelle, le sentiment qui prévaut vis-à-vis du féminisme, c’est : « le féminisme, c’est bien, mais chez une femme, c’est très laid / pas très féminin. » ^^

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  17. « Militer, ce n’est pas sale », non mais ça fait peur. Et ce n’est pas que les idées qui font peur comme vous aimez à le penser mais c’est aussi la nature même du militantisme. Un petit tour sur l’étymologie du terme militant suffit à appréhender la chose.

    Militer c’est un combat et c’est violent. Alors j’imagine qu’on va me moquer parce que je qualifie des végétaliens de violent mais la violence n’est pas uniquement physique. Il suffit de faire un tour sur les nombreux articles (et je parle pas des commentaires *sic*) de ce blog pour le constater. Le ton est souvent violent, agressif et railleur. Normal, il y a un combat d’idée. Combat d’autant plus fort que certaines idées exposées ici sont vraiment à contre courant des idées dominantes.

    Donc oui le militant fait peur, mais pas parce que les idées impliquent du changement mais parce que le changement se veut brutal et radical, à la limite de la révolution. Et cette agressivité, cette violence, peut laisser penser que le militant veut imposer ses idées plutôt que de le défendre.

    • Et tuer des animaux, c’est pas violent du tout par contre ?
      Ha mais c’est pas pareil: on le fait tout le temps, c’est donc « normal ».
      Je crois que cette peur c’est surtout la peur de la nouveauté et de l’inconnu, et pas de gens « agressifs ». N’importe qui peut être agressif, le problème ce sont les idées nouvelles.
      Moi j’ai beaucoup plus peur de quelqu’un qui m’explique calmement qu’on peut tuer une vache parce qu’elle ne connait pas la table des 7 et que si on ne tue pas les nouveau-nés c’est parce qu’ils sont des adultes potentiels, ce genre de trucs, plutôt que de quelqu’un qui m’explique des idées ouvertes sur le monde avec un peu de passion et d’intérêt dans la voix. Les robots récitateurs de la Pensée Unique me foutent les jetons. Ce qui est beaucoup plus rationnel que d’avoir peur de quelqu’un qui exprime de façon vindicative des idées pacifiques.

      • Ce n’est jamais manichéen, j’arrive à comprendre ce qu’exprime Skank. Le militantisme n’est pas toujours doux et pacifique (pas qu’il doit l’être d’ailleurs…), il y a des gens qui n’expriment pas leurs idées de manière douce (mais compréhensible qu’on ne puisse pas l’être), ce qui m’avait d’ailleurs rebutée. Personellement, je n’arrive pas à comprendre comment en tant que vegan, on arrive pas à rejoindre NIO, ou autre organisation du genre, si on est convaincu du « crime » des autres. Je pense que si j’étais vegan, je ne pourrais pas être pacifiste, mais après c’est peut être ma violence à moi…

        • Je ne connais pas NIO. Il y a plusieurs courants dans le mouvement végane et il existe aussi d’autres mouvements antispécistes qui n’ont que peu à voir avec le véganisme. Pour ma part je suis plutôt dans le courant véganarchiste, donc contre toutes les discriminations (sexisme, racisme, homophobie etc) et c’est un mouvement plutôt pacifique. Après tout dépend ce qu’on entend par violence, par exemple ça peut m’arriver d’envoyer chier les gens quand ils me saoûlent, mais je ne cautionnerai jamais des agressions contre des personnes, même pour défendre « la cause » (quelle cause d’abord? Celle des animaux? Lesquels? etc). Et je parle même des agressions verbales, du genre y avait une action sur facebook qui consistait à aller insulter des pro-corrida (mais les gens qui font ce genre de choses sont majoritairement omnivores, quelques végétariens et peu de véganes). Je ne soutiens pas ce genre d’actions. Après je suis pas parfaite et il peut m’arriver d’insulter les gens qui viennent me casser les ovaires, mais je pense qu’on peut très bien faire avancer le mouvement sans violence. Mais attention « non-violence » ne veut pas dire « mou », on peut être pacifiste et d’une fermeté exemplaire, je pense évidemment à Gandhi qui était non-violent mais certainement pas mou ou faible.
          Cela dit, n’étant pas végane, tu ne peux pas savoir comment tu penserais si tu l’étais.

          • Veganarchiste? Vegan et anarchiste, ou il y a des subtilités? Après concernant la violence, c’est vrai que je ne peux me transposer à ce que je ne suis pas (on l’a assez vu, et je vais pas vegansplaining ^^), mais étant femme et noire, je sais déjà que je peux être particulièrement violente sur le terrain du sexisme et du racisme. Et bien que Gandhi et MLK aient pû être parfois exemplaires dans leur pacifisme, je me sens plus proche des fois d’un jeune Malcolm X, et approuver la loi du talion (bien que ça ne soit pas honorable)…:/ Sinon, oui, pacifisme n’exclue pas du tout fermeté. Mais être ferme sans perdre son calme n’est pas toujours de tout repos :(
            PS: Facebook est plein de surprises, des VG (même vegan) racistes, ca existe, aussi surprenant que ca puisse être…

          • vegan parce qu’anarchiste, et non pas vegan ET anarchiste, ce ne sont pas deux choses différentes. Du moins pas d’après les veganarchistes, alors que d’après les vegans racistes… enfin de toutes façons ceux-là ne savent généralement pas ce qu’est l’anarchisme. Ils sont paumés.

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  22. « On m’a à peu près tout dit, toutes ces tares m’ont été attribuées, et bien d’autres encore, qu’il serait trop long de lister ici. »
    Y compris celle de MANGER DU CACA? :p

    Bisous

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