Pourquoi je ne participerai plus aux actions réformistes

Pour répondre à des questions et remarques pertinentes des commentaires, cet article a pour but de partager mon opinion sur le réformisme ou sur ce que Gary Francione appelle le néowelfarisme.

Néowelfarisme: Il s’agit d’organiser ou de participer à des campagnes pour le bien-être animal, tout en visant l’abolitionnisme.

Suite à mon dernier article, plusieurs personnes m’ont objecté que les campagnes néowelfaristes pouvaient également aider à viser l’abolition de l’exploitation animale. Et j’ai tenu à peu près le même discours qu’eux, mais depuis j’ai changé d’avis, donc je vais essayer de répondre à ces objections, et sans vraiment chercher à convaincre, mais plutôt à expliquer pourquoi je ne souhaite plus participer à des actions welfaristes.

Pour développer mon propos, j’utiliserai un exemple en particulier, celui de la campagne de L214 contre les oeufs de batterie. J’expliquerai les points forts de ce type d’action, puis la façon dont je suis venue à remettre en question ces atouts. Enfin, je finirai par quelques remarques sur le discours abolitionniste, en revenant sur les raisons pour lesquelles il est parfois écarté au profit d’un discours welfariste.

L214 contre les oeufs de batterie

Vous vous rappelez de l’article que j’ai écrit l’année dernière pour mon anniversaire? Ce jour-là, j’étais en photo dans le journal, déguisée en poulet. C’était l’action la plus typiquement welfariste à laquelle j’ai participée. Il s’agissait d’une campagne contre l’élevage des poulets de batterie, organisée par l’association L214 et relayée par plusieurs collectifs dans toute la France, dont le CLAM.

Le déroulement de l’action

L’action se répétait dans plusieurs villes, avec deux militants itinérants de L214 et des personnes en renfort sur place (collectifs, etc). Elle était double puisqu’étaient visées à la fois l’offre et la demande. D’abord la demande, en abordant les gens dans la rue afin de les sensibiliser au sort misérable des poulets de batterie, et de les informer sur les différents types d’oeufs et les codes correspondants: 0 pour le bio, 1 pour le plein air, 2 pour l’élevage au sol, et 3 pour les batteries. Puis on leur faisait  signer des cartes postales pour protester contre les conditions de vie des poules en batterie. Ces cartes  permettaient, plus tard dans l’après-midi, d’intervenir au niveau de l’offre: On se rendait dans un supermarché, accompagnés de journalistes, avec toujours un militant en poulet. On demandait à rencontrer un responsable, puis on s’entretenait  du problème avec lui en lui remettant les cartes.

poule L214

Moi en poulet chez Intermarché, vérifiant les codes des oeufs devant les journalistes (c'étaient des oeufs code 3, de batterie donc). Dans mon autre aile, une partie des cartes postales signées par les passants. Je ne me lasse pas de voir ma photo dans le journal...


Les points forts de l’action

Sur le moment, je dois dire que cette action m’avait fort enthousiasmée. Tout d’abord, contrairement à toutes les fois où j’avais participé à des protestations contre la viande ou contre les produits animaux en général, j’avais eu l’agréable sentiment d’être écoutée. Les gens étaient ouverts, compatissants lorsque je leur parlais du calvaire des poules en cage, attentifs lorsque je leur expliquais quels codes correspondaient à quels types de production – certains d’ailleurs connaissaient déjà les codes. Enfin, la plupart des gens n’hésitaient pas à signer une carte (Nous en avions récolté environ 250 en quelques heures, si je me souviens bien). Seule une très faible minorité de personnes mettaient en balance le besoin de produire des oeufs et le bien-être des poules, et parmi eux certains signaient tout de même. Ce bon accueil nous donnait chaud au coeur.

Il n’y avait pas que les passants qui étaient de notre côté, mais également la presse. L’action a été médiatisée, non seulement dans les journaux locaux et sur plusieurs radios, mais aussi au journal télévisé régional. La médiatisation nous était plutôt favorable (ce qui n’est pas le cas d’actions du type de la veggie pride, par exemple, ou de la plupart des articles sur le végétarisme, où les journalistes font passer les défenseurs des animaux pour de doux timbrés, ou des hystériques marginaux, voire pour de dangereux terroristes potentiels).

Enfin, nous étions d’autant plus motivés que nous savions que des actions de ce type avaient déjà donné des résultats: ainsi les hôtels Sofitel (je crois) ne servent plus d’oeufs de batterie au petit déjeuner, Mac Donalds dans certains pays utilise également des oeufs plein air.

J’en étais donc arrivée à la conclusion que ce type d’action est bénéfique, non seulement d’un point de vue welfariste, mais aussi peut-être d’un point de vue abolitionniste; puisque les personnes sensibilisées au sort des poules peuvent commencer à s’intéresser à la façon dont les aliments arrivent dans leur assiette.

Critique retrospective de l’action (et des campagnes welfaristes en général)

Depuis ce 29 janvier 2011, j’ai un peu lu et beaucoup réfléchi. Et malgré cette bonne impression sur le moment, je crois que je ne participerai plus à ce type d’action. Voici quelques points-clés de ma réflexion:

  • 1) Pourquoi promouvoir une chose puisqu’on en désire une autre?

Quand je considère les campagnes welfaristes aujourd’hui, l’objection la plus évidente qui me vient à l’esprit par rapport au fait d’organiser de telles campagnes, c’est: pourquoi demander A alors qu’on veut B?

Je me souviens que lorsque nous avons fait une brève pause déjeuner au milieu de l’action, nous avons été acheté des sandwiches et nous sommes assurés qu’ils ne contenaient ni viande, ni poisson, ni lait… ni oeufs. Car les militants de L214 et la plupart des membres du CLAM sont véganes (pas tous, car le CLAM accepte tout le monde et certaines personnes mettent du temps à changer leurs habitudes, mais la politique du CLAM est en faveur du véganisme et non pas de l’ovo-lacto-végétarisme ou de la viande heureuse).

Si nous nous passons d’oeufs, ce que nous voulons n’est donc pas que les gens achètent des oeufs plein air, mais qu’ils n’achètent pas d’oeufs du tout. Or:

-Nous ne le leur demandons pas
-Nous ne le leur suggérons pas
-Nous ne les informons pas sur le fait que c’est possible, qu’on vit très bien sans oeufs
-Nous ne les informons pas sur les alternatives aux oeufs
-Enfin, nous ne les informons pas non plus sur les problèmes inhérents à la production d’oeufs, qu’ils soient de batterie ou plein air.

Nous dépensons donc une énergie importante, entre autres ressources (temps, argent) à dire aux gens d’acheter des oeufs plein air alors que ce n’est pas ce que nous voulons. Pourquoi ne pas investir ces mêmes ressources en faveur du véganisme?

Il y a donc un problème important de répartition des ressources militantes disponibles. Car si nous nous étions employés à promouvoir le véganisme, nous aurions sans doute eu des résultats. Et même en admettant que nous aurions obtenu moins d’écoute, donc moins de résultats, nous aurions eu des résultats voulus (des gens deviennent véganes) et non pas « le résultat que l’on pense qu’on peut obtenir facilement » (les gens achètent plus d’oeufs plein air). Je reviendrai d’ailleurs plus bas sur le problème de l’écoute.

Mais l’utilisation des ressources à des fins différentes de celles que l’on désire réellement, si elle est un problème en soi, en soulève aussi d’autres.

  • 2) Résultat: Un discours incomplet et biaisé

Outre le fait que nous ne sommes tout simplement pas francs avec les gens, (nous leur disons d’acheter des oeufs plein air alors que nous condamnons moralement l’utilisation d’animaux) de ce simple constat découlent plusieurs problèmes.

Notre discours est incomplet: par exemple comme je le disais un peu plus haut, nous ne les informons pas sur les problèmes liés à la production d’oeufs. Nous ne leur disons pas, par exemple, que les poules pondeuses de tous les types d’élevages viennent toutes des mêmes centres de production de poules pondeuses; et que dans ces centres de production, tous les poussins mâles sont jetés dans une broyeuse afin de s’en débarrasser, car ils sont invendables. Cela, la plupart des gens ne le savent pas. Comment donc pourraient-ils prendre la décision de se passer d’oeufs?

Ils ne savent pas non plus que les poules pondeuses seront tuées au bout d’un an, et n’ont, pour la plupart, jamais remis en question le fait qu’on utilise des animaux comme des machines à produire.

D’ailleurs puisque nous ne les informons pas sur les alternatives aux oeufs (produits végétaux contenant des protéines équivalentes, ou possédant les propriétés recherchées des oeufs en cuisine…) comment pourraient-ils avoir l’idée de se passer d’oeufs? Même s’ils y pensaient, ils renonceraient aussitôt en croyant que c’est impossible, en ne sachant pas que certaines personnes le font, etc.

  • 3) La voix des animaux

Même si nous ne disons pas explicitement aux gens d’acheter des oeufs, nous ne remettons pas ouvertement en question le fait d’utiliser des poules pour produire des oeufs. Or, c’est nous les protecteurs des animaux ! C’est donc nous qui sommes censés, au sein de la société, être la voix des animaux, c’est d’ailleurs en tant que protecteurs des animaux que les journalistes médiatisent notre action. Ils s’intéressent à nous parce que nous avons un rôle social. Nous représentons les animaux au sein de la société. Et si, encore une fois, nous ne disons pas aux gens « achetez des oeufs plein air » mais  « optez plutôt pour les oeufs plein air que pour les oeufs de batterie », le fait que nous ne remettons pas en cause l’achat d’oeufs pose un problème. Car, tout opposés que nous sommes à la production d’oeufs, nous cautionnons, bien malgré nous, la consommation d’oeufs et l’utilisation de poules.

Si les protecteurs des animaux acceptent la production d’oeufs heureux, c’est qu’il n’y a aucun mal  en soi à produire des oeufs. Il n’est d’ailleurs pas facile de faire comprendre aux gens quel est le problème; si l’on biaise le discours en dépensant du temps et de l’énergie à faire choisir aux gens tel ou tel type d’oeufs, c’est encore plus difficile. Ce qui nous amène au problème de l’écoute.

Une dernière remarque par rapport au fait que nous représentons les animaux: nous reprochons aux chaines de supermarché de vendre tel type d’oeufs, mais pas tel autre type. En cas de succès de la campagne, si la chaine accepte de ne commercialiser que des oeufs plein air, nous devrons l’en féliciter, et nous, défenseurs des animaux, donnerons une bonne image à cette chaîne qui ne vend que des oeufs plein air.

Ainsi Henry Spira, un activiste welfariste, a souvent été accusé de « pactiser avec l’ennemi ». Je trouve que le mot est fort, et qu’il y a un jugement qui ne me plait guère. Mais cette remarque illustre le fait qu’avec ce type d’actions, on se retrouve à cautionner involontairement l’utilisation d’animaux sous certaines conditions. Henry Spira, lorsqu’il réussit à obtenir une amélioration du sort des animaux appartenant à telle ou telle firme exploitrice d’animaux, était obligé de cesser d’appeler au boycott de cette firme, obligé de dire « laissez-les tranquilles, ils ont fait un effort, félicitons-les ». Car si, face à un succès obtenu, il continuait d’appeler au boycott, les entreprises ne l’auraient plus écouté… Quel message cela fait-il passer quand les protecteurs des animaux cessent l’appel au boycott de KFC et félicitent l’entreprise pour avoir choisi un meilleur traitement des poulets? Pas un message très végane; et d’ailleurs, ça fait même de la pub pour les KFC. Je ne nie pas par ailleurs que l’amélioration du sort des poulets soit un bienfait, si légère soit-elle, car leur détresse est grande. Mais à quel prix?

  • 4) Le problème de l’écoute: quelle écoute?

Comme je le disais au point précédent, nous ne disions pas aux gens d’acheter des oeufs. C’est une erreur couramment commise par certains militants welfaristes ou « néowelfaristes »; par exemple, il y a quelques mois lors d’une campagne contre les exportations de bétail de l’australie vers l’indonésie (où le bétail est massacré de façon atroce), une porte-parole des associations de protection animale à déclaré: « il faut que les abattages aient lieu en Australie ». Grave erreur, car si les protecteurs des animaux veulent que les abattages aient lieu, que ce soit ici ou à pétaouchnoque, c’est qu’eux-même valident le fait que leurs protégés n’ont pas le droit à la vie…

Problème abordé dans  cet article sur Henry Spira, (que je recommande d’ailleurs, même si je ne suis pas d’accord sur certains points). Et donc, nous n’avions pas fait cette erreur, comme le recommande l’article. je me souviens avoir entendu Hugues, de L214, dire à la radio: « si vous tenez à acheter des oeufs, choisissez plutôt les oeufs plein air ». De même la campagne ne s’intitulait pas « pour les oeufs plein air », mais « contre l’élevage en batterie ».

J’applaudis des mains et des pieds, qu’au moins cette désastreuse erreur n’ait pas été commise. Mais cependant, si la différence existe entre les deux discours (achetez des oeufs comme ci / optez plutôt pour des oeufs comme ça), je pense qu’on ne doit pas la surévaluer.

Car, comme je l’ai souligné dans le point 2, nous n’informons pas les gens sur les alternatives aux oeufs; nous ne les informons pas sur les problèmes inhérents à la production; nous oublions qu’ils n’ont, pour la plupart, ni les informations nécessaires, ni la réflexion adéquate qui leur permettrait de songer à se passer d’oeufs. Alors, même si, heureusement, on ne leur dit pas d’acheter des oeufs, on cautionne tout même encore un peu, implicitement et par mégarde, la consommation d’oeufs.

Nous oublions que pour un végane, ou quelqu’un qui est informé sur le véganisme et ses raisons, la différence est grande entre les deux discours. Mais une personne vivant selon les normes sociales courantes entendra moins cette différence, ou y fera moins attention. Et je pense que, si les gens avec qui nous avons discuté devaient résumer notre action, beaucoup diraient que nous militions pour l’usage des oeufs plein air…

De fait, lors de l’action, forte de la merveilleuse écoute que j’obtenais, j’ai essayé plusieurs fois d’aborder la question de tout simplement se passer d’oeufs. Et là, il y avait un blocage: les gens n’écoutaient plus. Ca leur paraissait saugrenu et insensé. Tant que je parlais du bien-être des poules qui font des oeufs, tout allait bien, on m’écoutait; mais si j’osais suggérer que l’utilisation de la poule-qui-fait-des-oeufs était contestable, ou même simplement qu’on peut vivre sans oeufs, alors là, il n’y avait plus personne.

Car pour remettre en question quelque chose d’aussi normal que l’utilisation d’oeufs, il faut un discours complet, clair et cohérent, portant sur l’éthique, sur les alternatives, etc; ce que j’ai listé au point 2 et que l’action n’abordait pas. Du fait de l’incomplétude du discours, toute suggestion de se passer d’oeufs était vaine. Cela passait à la trappe car les gens ne comprenaient même pas pourquoi, encore moins comment. Pas plus qu’ils ne commprenaient pourquoi nous passions soudain d’un discours à un autre…

Nous avions donc une écoute normée, une écoute conditionnelle, si j’ose dire. Tant que nous n’allions pas trop loin dans notre propos, tant que nous ne remettions pas en question ce qui était acquis pour la société, ce qui était normal, on nous écoutait. A chaque fois que l’on sortait du cadre de ce qui est normal (manger des oeufs, bien traiter les animaux), les gens soit ne comprenaient pas où l’on voulait en venir, soit refusaient simplement d’entendre. Si Hugues a été fort bien inspiré de préciser que les gens doivent opter pour les oeufs plein air « s’ils achètent des oeufs », je crains tout de même que cette phrase, comme l’ensemble du discours, n’ait pas été perçue comme nous le désirions. Car si elle sous-entendait qu’il est possible et souhaitable de se passer d’oeufs, les journalistes n’ont pas relevé, et de mon expérience en entretien avec les passants, personne ne relevait ce type de subtilités.  Le fait qu’on ait le droit, et même qu’on puisse manger des oeufs, n’était pas considéré comme contestable.

Je pense que nous devrions avoir un discours clair sur ce que nous voulons. D’ailleurs, une remarque en passant: le fait de dire « si vous achetez des oeufs, achetez plutôt… », cela ne suggère-t-il pas qu’il est difficile de se passer d’oeufs?

Quelques remarques sur le discours abolitionniste

  • 1) Le problème de l’extrémisme

Je sais qu’à la question posée au point 1 (Pourquoi promouvoir une chose puisqu’on en désire une autre?) on va me répondre: parce que les gens ne sont pas près à entendre ce que l’on a à dire, ou encore: parce que, étant plus modéré, on trouve une écoute plus attentive, ce qui permet ensuite d’obtenir certaines avancées…

Tout d’abord, je refuse le pessimisme. Si je pensais que le véganisme ne peut pas se développer, je pense que je continuerais à manger ma tome de chèvre. Parce que le véganisme n’a que peu de sens en tant qu’attitude individuelle. Le véganisme est un mouvement de boycott de l’exploitation animale, et donc être végane individuellement, c’est comme être la seule personne à voter pour un candidat. Boycotter a du sens quand cela fait partie d’un mouvement collectif.

Je considère donc que les gens sont capables de devenir véganes, et à plus forte raison d’entendre le discours végane.

C’est vrai que le véganisme est très souvent considéré comme extrême, mais je pense que c’est un problème que nous devons abattre, et non pas contourner. Car finalement, qu’est-ce dire aux gens d’acheter tel ou tel type d’oeufs parce que nous les pensons fermés au discours abolitionniste? C’est comme si l’on se disait: « puisque je ne peux pas rentre les gens véganes, je vais au moins les amener à acheter des produits animaux bio ». En d’autres termes, soit on agit pour obtenir A parce qu’on pense que B est impossible, ce qui est d’un pessimisme non fondé; soit on agit pour obtenir A parce qu’on pense que B est difficile, et ce n’est, à mon avis, pas digne d’un bon militant (j’y reviendrai dans le point suivant).

Nous ne devons pas nous laisser arrêter par le problème de l’extrémisme. Nous ne devons pas chercher à  coutourner ce problème, mais à le faire disparaître. Nous devons bien sur être conscients que l’antispécisme et le véganisme sont opposés à la norme sociale, opposés à ce en quoi croient les gens, et en tenir compte. Mais nous devons aussi avoir conscience que les normes sociales, en apparence inamovibles, sont en réalité changeantes et fluctuantes (un sujet abordé dans mon article Le gars qui mangeait des chats).

Nous ne devons pas nous laisser arrêter par quelque chose d’aussi bête et méchant qu’une norme sociale. Nous devons changer cette norme, ce qui revient à attaquer le problème à la source.

  • 2) Que devrait être le militantisme?

Je suis d’accord avec le fait que, si quelqu’un achète de la viande, s’il refuse réellement de se passer de viande et qu’il n’y a aucun  moyen de changer cela, alors il vaudrait mieux qu’il achète de la viande bio.

Mais lorsqu’on pose un acte militant, pourquoi partir du principe que les gens tiennent absolument à utiliser des animaux? Pourquoi les voir comme des ennemis tueurs d’animaux, et non pas comme des alliés potentiels? Ne voyons-nous pas à quel point les gens sont mal à l’aise d’utiliser les animaux? A quel point ils doivent se mentir à eux-même pour avoir bonne conscience face au massacre auquel ils participent?

Evidemment, si on aborde les gens en les traitant d’assassins tueurs d’animaux, on va se faire rire au nez, ou insulter en retour (ce qui à mon avis est légitime). Mais il y a tout de même d’autres alternatives… Produire un discours biaisé ou accuser / culpabiliser les gens, ne sont heureusement pas les deux seules solutions possibles.

Aborder les gens dans la rue en leur disant d’opter pour les oeufs plein air, c’est comme si on partait du principe qu’ils sont incapables d’entendre un discours végane! Sur quoi est basé cet a priori? Parmi eux, il y a sans doute des gens qui auraient été sensibles à un discours sincère, cohérent et non-agressif sur le véganisme.

Je reviens maintenant sur ce que je disais au début: mon impression favorable par rapport à l’action anti-oeufs de batterie, a surtout été obtenue en contraste de ce que j’avais constaté en tenant des discours abolitionnistes, où j’avais le sentiment d’être prise pour une folle, d’être vue comme une marginale, voire d’agresser les gens sans le vouloir.

Je pense aujourd’hui que le problème n’était pas le discours abolitionniste en lui-même, mais la façon dont il est mené. Je pense qu’on ne peut pas, au sein de cette société si dépendante de ses animaux esclaves, arriver avec un discours antispéciste sans avoir d’alternative à proposer. Et il y a aussi d’autres problèmes inhérents à la façon de communiquer: on ne doit pas dire aux gens de devenir véganes, mais leur en suggérer la possibilité. On ne doit pas leur mettre sous le nez des images d’animaux morts sans qu’ils l’aient demandé, car, qu’on le veuille ou non, c’est une agression et cela tend à les culpabiliser, or ils culpabilisent déjà.

En résumé je suis pour un discours abolitionniste positif, clair, cohérent et non culpabilisant. Je suis aussi pour un discours global, et non pas ciblé sur un type d’exploitation. Ce serait trop long à développer ici, cela fera donc l’objet d’un article ultérieur.

  • 3) Défaitisme, pessimisme et réformisme

Je l’ai souligné à plusieurs reprises, le néowelfarisme est teinté d’un certain défaitisme. Les gens qui prennent le parti du welfarisme sont, en général, des sortes d’abolitionnistes désabusés. Ils militent pour les oeufs de batterie parce qu’ils pensent avoir affaire à des gens qui ne sont pas prêts à se passer d’oeufs; ils disent souvent que puisque le monde ne sera jamais végane, autant alléger un peu le martyre des animaux.

Je vais avoir des mots assez durs par rapport à cette attitude, mais pour moi, c’est criminel de raisonner ainsi. Je comprends que certaines personnes soient désespérée par rapport à l’état du monde, à l’indifférence des gens les uns pour les autres, à l’ignorance, la bêtise, l’égoïsme… Mais peut-on réellement affirmer à 100% que le monde ne sera jamais végane? Et quand bien même ce serait vrai, rendre 1% de personnes véganes n’allègerait-il davantage plus le fardeau des animaux que de donner bonne conscience aux mangeurs de steak en les certifiant que leur viande a vu le soleil?

Ne croyez pas que je vive dans un monde de bisounours. Ne croyez pas que je n’ai pas conscience de la dureté du monde, de son caractère impitoyable, ou que je ne connaisse pas la vraie nature humaine. Je ne peux certes pas me vanter d’en savoir plus que quiconque de mes contradicteurs, mais tout de même, j’ai déjà beaucoup voyagé, je parle avec beaucoup de gens de différentes cultures, j’ai appris à accepter les gens tels qu’ils sont, j’ai appris à les voir tels qu’ils sont, et en plus, je pense pouvoir me vanter d’être globalement assez clairvoyante par rapport à la psychologie des gens. Je fais partie des gens qui ne sont pas surpris le moins du monde quand on apprend dans le journal qu’une femme a congelé son bébé. Comme tout le reste, ça s’explique. Et oui, l’humain est capable du pire.

Pourtant, je continue à croire. Je continue à croire et surtout à espérer qu’un monde meilleur est possible. J’ai d’ailleurs déjà expliqué pourquoi, à mon avis, le welfarisme est impossible alors que l’abolition, elle, est potentiellement de l’ordre du réel. Et non seulement je crois en la possibilité d’un monde végane, mais je crois surtout à la nécessité d’y croire.

Parce que, même si on découvrait finalement, au bout du compte, que c’est impossible et que cela n’arrivera pas, alors au moins, on aura essayé. Et il y a pour moi une grande différence entre échouer malgré ses efforts, et ne pas essayer parce que le but à atteindre parait trop lointain.

Et puisque je crois au changement, je crois aussi que viser ce changement à long terme est plus intéressant que de viser de petites améliorations à court terme. Encore une fois, ces améliorations ne sont pas insignifiantes pour moi. Je sais le martyre des animaux d’usines, je sais que si j’étais un poulet né pour être tué, je préfèrerais mille fois être un poulet fermier qu’un poulet industriel (sans en avoir conscience en tant que poulet bien sur…). Je me doute aussi que quelques centimètres carrés en plus dans une cage, c’est mieux que rien.

Mais je ne vise pas le mieux que rien. Je vise le tout. Je vise l’abolition, et même si je suis loin d’être certaine, en réalité, que le monde sera végane un jour, je suis convaincue de la nécessité d’y croire.

Encore mon exemple des oeufs: est-ce qu’on n’aurait pas obtenu beaucoup plus en partant du principe que les gens peuvent apprendre à s’en passer? N’aurait-on pas du oeuvrer dans ce but, celui qu’on recherchait, en partant du principe que c’est possible, et qu’on a raison de militer pour ça? On aurait peut-être rendu une personne végane. Et si on est passé à côté de ça, alors on a eu tort de militer pour autre chose.

On se heurte aussi à un phénomène que l’on sous-estime souvent et que l’on explique mal: les gens (et les animaux) ont une forte tendance à agir conformément à ce que l’on attend d’eux. Et lorsqu’on les tient pour fermés d’esprits et incapables de se remettre en question, incapables de devenir véganes par exemple, alors on est en partie responsable de leur attitude bornée. Je suis convaincue que l’on obtient beaucoup plus en tenant en estime ses interlocuteurs. Bien sur certains réagiront quoi qu’il arrive comme des crêtins, mais au moins ce ne sera pas de notre faute: on leur aura donné une chance ce faire le contraire. Si on prend les gens pour des cons, si on les aborde comme s’ils étaient incapables de réfléchir, (c’est parfois l’approche à la Peta: regarde-moi parce que j’ai de beaux nichons et deviens végétarien), ils auront un peu plus tendance à se comporter comme tels.

Conclusion…

Malgré toutes ces critiques, je tiens tout d’abord à signaler que je tiens en haute estime toute tentative d’améliorer le sort des animaux ou des êtres défavorisés en général, et que je respecte profondément toutes les personnes qui oeuvrent dans ce but, qu’elles fassent des actions abolitionnistes ou welfaristes. J’applaudis en particulier les militants de L214, qui se sont donnés à fond dans cette campagne, et croyez-moi, ce n’était pas de tout repos.

C’est justement parce que je respecte toute action, même la plus petite, en faveur des animaux, que je critique les façons d’agir. Et c’est aussi parce que je respecte les militants que j’écris cet article, parce que je les sais sincères dans leur désir de mettre fin au martyre des animaux, parce que je les sais capables de remettre en question les moyens d’y arriver dans le but d’être le plus efficaces possibles.

De plus, je ne dirais pas que je suis contre les actions welfaristes. Je me contente de dire que l’on peut faire mieux; et qu’en conséquence, on doit faire mieux ! Enfin, participer à une action existante et en organiser une sont deux démarches différentes, mais si jusqu’ici je me suis contentée de participer, je pense aujourd’hui que, si je ne trouve pas des campagnes qui correspondent à mon idée d’un militantisme efficace, alors je me dois de les mettre en place moi-même, au lieu de participer à des campagnes déjà existantes. Ca demande plus de travail et de volonté, mais j’espère pouvoir y arriver.

Dans un prochain article, j’essaierai d’exposer quel type d’action je souhaite privilégier à l’avenir.

64 réflexions au sujet de « Pourquoi je ne participerai plus aux actions réformistes »

  1. J’en suis a la moitié et avant d’oublier je voudrais ajouter un peu d’eau a ton moulin à propos de cette phrase sur l’écoute des gens:

    « A chaque fois que l’on sortait du cadre de ce qui est normal (manger des oeufs, bien traiter les animaux), les gens soit ne comprenaient pas où l’on voulait en venir, soit refusaient simplement d’entendre. »

    –> Il faut se rappeler le processus de décision de l’humain, qui est aussi la raison pour laquelle le véganisme n’a pas le succès qui lui est dût: l’humain prend ses décisions basées sur les EMOTIONS puis seulement rationalise ses décisions avec sa LOGIQUE. C’est pourquoi quand on s’adresse a notre public (surtout de français) qui « pense avec le ventre », si tu essaies de prendre sa charcuterie ou ses oeufs à la coque, ça va TRÈS mal se passer ! Peu importe les raisons derrière je ne veux pas les savoir ! (D’ou la fermeture complète de l’écoute… La pire chose qui puisse leur arriver, à priori, est qu’ils t’écoutent et décident de se « priver » d’oeufs…)

    Voila pourquoi tout va bien mais dès que tu t’attaques à leur ressenti émotionnel personnel (ovule de poule = délice) rien ne va plus… La barrière ici est trop grande et le processus de réflexion impuissant.

    • c’est pour ça que je pense qu’aborder le problème des oeufs sans proposer directement d’alternatives est peu efficace; et de même pour les autres types d’exploitation. Bon là on proposait une alternative, les oeufs plein air. Mais ça ne suffit pas.

  2. Si tu organise une action abolitionniste, vers Paris, et que tu as besoin d’aide, pour l’organisation ou autre chose, n’hésite pas à me contacter. Mon adresse est fournie avec le message (:

  3. Bravo pour cet article. J’ai récemment participé à une action similaire (contre les oeufs de batterie, avec L214) et me suis sentie très peu à mon aise. En fait depuis le début de cette campagne L214, j’ai dû faire des efforts pour tenter de me convaincre qu’elle allait dans le bon sens (j’aime / respecte / admire beaucoup les militants de L214 et ai tendance à vouer une confiance énorme à cette asso), mais grâce à ton article, tout s’éclaire pour moi : cela ne me va pas, me heurte.
    Ton passage sur les actions avec animaux morts me fait aussi réfléchir… J’ai aussi participé à une action L214 de ce type (et ai ma photo sur leur magazine, quelle fierté !).
    Es-tu au courant du récent lancement d’actions mensuelles abolitionnistes dans toute la France ?
    Je te copie-colle le texte en ligne sur FB (https://www.facebook.com/events/228535073881497/) :

    Chaque premier samedi du mois
    Manifesation statique

    1ère manifestation : samedi 7 janvier 2012

    Abolition de la corrida et de toutes les formes de tauromachie
    Abolition de l’expérimentation animale
    Abolition des productions de viande, lait, œuf
    Abolition de la fourrure, cuir, laine
    Abolition de la pêche
    Abolition de la chasse
    Abolition de tous les jeux aux dépend des animaux
    Abolition des cirques avec animaux
    Abolition des zoos, parcs d’attraction avec animaux
    Abolition des manèges utilisant des animaux
    Abolition de la vente d’animaux y compris en animalerie
    Abolition des courses de chevaux
    Abolition des courses de lévriers

    Malgré la multitude de groupes locaux actifs et l’éclosion d’associations spécialisées, force est de constater que loin d’évoluer la condition animale n’a fait qu’empirer en France en particulier. Qu’on en juge entre l’inscription de la corrida à l’inventaire du patrimoine immatérielle de l’UNESCO, le récent décret obligeant la restauration collective à proposer de la viande, du poisson et produit laitiers, de lourdes amendes pour les « perturbateurs » de chasse. Citons encore les promesses non tenues comme les poules pondeuses qui devront continuer à se contenter de leur surface A4 pour survivre ou encore les tests sur animaux qui continueront après 2012 pour les produits cosmétiques. Ces défaites successives montrent à l’évidence que le welfarisme ou bien-être animal est dans une impasse car refusant d’aborder la vraie question ; celui du droit que nous nous arrogeons à utiliser les animaux, à les maintenir dans une position d’esclaves et par conséquent, position où ils ne peuvent jouir de leurs droits fondamentaux : liberté et respect de leur vie.

    Nous devons construire une force autour de cette revendication :

    Nous exigeons que tous les animaux vivent libres !
    NOUS SOMMES POUR LA LIBERATION ANIMALE
    PLUS DE COMPROMIS !!

    Cette force, ce mouvement de libération animale doit se montrer, porter la revendication dans la rue afin de faire connaître ses exigences légitimes aux publics et aux politiques complices directs ou indirects de l’immense détresse animale.

    Associations partenaires : CRAC / CLAM / CLEDA / CVN / Animal Libre Albi / IMAB / Mouvement Vegan / Réseau Antispéciste Poitou Charente / LausAnimaliste / Vegan Connection / ALF UK / Salvanimal
    Media partenaire : My Gossip.fr
    Et le soutien de Steven Best, philosophe, écrivain et activiste de la libération animale

    Pour l’heure des manifs sont prévues à :
    – Montpellier place de la Comédie de 14 h à 16 h
    Contact Paul Garcia chantal.garcia0551@orange.fr
    – Orléans : Blandine (me contacter)
    Place du Martroi à Orléans. De 14 h 30 à 19 heures
    – Limoges : Réseau antispéciste Poitou Charentes : liberation.animale.Charente@gmail.com
    De 15 h à 17 h place de la République
    – Paris : le CLEDA
    http://cleda.over-blog.com/article-samedi-7-janvier-2012-a-paris-et-ailleurs-manifestation-mensuelle-pour-la-liberation-animale-93314007.html
    Place St Michel dans le 5e de 14 h à 17 h
    – Lausanne par Lausanimaliste, contact : http://lausanimaliste.org/contact.html
    Lieux et horaires à préciser
    – Toulouse
    Lieux et horaires à préciser
    – Albi par Animal Libre Albi : contact : http://ann.over-blog.com/blog-contact.php?ref=2000277
    Vendredi 6 janvier 14h à 18h
    place du Vigan et sur le jardin national
    – Perpignan (me contacter)
    – Brême (Allemagne)
    Contact : Veganconnection : veganconnection@riseup.net
    Lieux et horaires à préciser
    – vous pouvez aussi en organiser dans d’autres villes

    Plate –forme de travail : http://liberation-animale.forumgratuit.fr/

    • Oui, j’ai été mise au courant de cette action et j’ai essayé de discuter avec les organisateurs pour tourner ç!a d’une façon un peu plus positive et constructive. Non pas qu’ils ne m’aient pas écouté, mais ils n’ont pas été d’accord avec mon avis. Et je trouve que, même si ça a le mérite d’être abolitionniste, ça risque de ne rendre personne végane… :/ a quoi sert de protester contre l’ordre établi sans proposer d’alternatives… J’espère que ça donnera quelque chose, mais je suis sceptique.

  4. En y réfléchissant, un autre aspect très pernicieux, pour les militant-e-s pro abolition totale de l’exploitation animale que nous sommes, de nous résoudre / forcer à nous engager dans des actions réformistes, c’est le risque de nous décourager / démobiliser / dégoûter tout simplement de militer : qui a envie de se sentir hypocrite, entravé, de parler des codes des oeufs avec les gens quand il y a bien plus passionnant à échanger ?…

    • Il faut pas se laisser aller dans le piège de se décourager face à ce qu’on fait, il faut toujours essayer autre chose quand ça n’a pas marché. C’est un peu ce qui m’est arrivé: après avoir fait des actions abolitionniste, je me suis dit que ça ne donnait rien et qu’il valait mieux faire des actions welfaristes.

      Mais un peu plus tard je me suis dit: est-ce que j’ai vraiment tout essayé? est-ce que le problème ce n’était pas notre façon de communiquer? Donc je veux reessayer. D’ailleurs, à propos des manifs mensuelles, quand j’ai proposé de faire plutot quelque chose de positif en parlant de véganisme aux gens, on m’a dit que ça avait déjà été fait et que ça ne donnait rien. Mais je pense que ça a pas assez été fait, et/ou pas de façon suffisamment efficace.

  5. J’ai l’impression que beaucoup de tes arguments en défaveur des actions non abolitionnistes peuvent se classer dans une grande catégorie : l’efficacité, en l’occurrence l’inefficacité d’une action qui ne promeut pas directement le végétalisme.

    Pourtant, comme je le disais dans un commentaire de ton précédent article sur le sujet, tu opposes deux stratégies (welfarisme et abolitionnisme) sans vraiment discuter du protectionnisme (aussi appelée néo-réformisme par les Francioniens, de l’anglais new welfarism ; c’est la première fois que je vois le terme néo-welfarism, pour ma part).

    En effet, l’action de L214 que tu décris s’inscrit dans du protectionnisme car le message n’est pas « achetez des œufs de poule heureuse » mais « quitte à acheter des œufs, achetez ceux à code 0 ». Toutefois, si tu trouves que justement, ce qui était mis en avant, c’était le plus souvent le côté welfariste de l’action et non son côté abolitionniste, ça ne signifie pas que le protectionnisme dans son ensemble possède une mauvaise approche ; simplement qu’il faut donner plus d’importance à l’abolitionnisme et un peu moins au welfarisme. Si tu expliques à la personne dès le début tous les problèmes relatifs aux œufs (code 0 ou code 3) et que tu parles rapidement de l’existence d’alternatives, puis que tu « rassures » la personne en lui disant que tu es consciente de la difficulté d’un tel sacrifice, et qu’en attendant, peut-être peut-elle au moins acheter des yeux code 0 (en expliquant pourquoi c’est mieux que code 3), que cela fera une véritable différence tout en restant uniquement un « moindre mal » et pas un « véritable bien », la personne aura à la fois assez d’éléments en main pour ne pas rester « bloquée » sur la consommation d’œufs, et quelque chose à faire « en attendant », si elle ne s’en sent pas capable, et qui lui permettra, dans la vie de tous les jours, de se rappeler qu’elle fait un petit effort pour les poules, ce qui lui permettra, à terme, de développer son affection (puis sa logique) envers les animaux.

    Tu dis que « difficile » n’est pas une excuse, et que nous devrions utiliser notre temps et notre argent uniquement dans un but de libération animale directe, mais je ne suis pas d’accord : pour moi, le but, ce n’est pas de rester fidèle à moi-même, de ne pas me sentir hypocrite, d’utiliser mon temps directement pour que les gens arrêtent leur consommation d’animaux, ou quoi que ce soit de la sorte. Mon but, c’est de se rapprocher le plus rapidement possible d’une société où tous vivraient au rythme du 100% végétal. Et lorsque je vois qu’il me faut peut-être 50 heures de discussion pour espérer faire d’une personne un végétalien, mais qu’en 5 minutes seulement, je peux convaincre quelqu’un d’arrêter de se mettre dans une logique de profit à tout prix en achetant des œufs code 0 qui coûtent quelques centimes de plus, je me dis qu’à long terme, cette seconde stratégie sera certainement plus efficace, car elle met les gens dans un état d’esprit dans lequel l’animal n’est plus seulement un produit, mais redevient un être qui a une valeur autre que financière.

    Au final, je dirais que c’est parce que le sacrifice est extrêmement faible (quelques centimes) que les gens acceptent de modifier leur perception des choses (« j’achète l’œuf le moins cher » => « j’achète l’œuf à 3 centimes de plus parce que la poule est mieux traitée »), alors qu’avec un discours de type « arrêtez tous les œufs, les poules ont droit à la vie », la dissonance est bien trop forte avec l’idée que les gens ont de ce qu’ils devraient faire pour les animaux. Et si, en plus, tu arrives à bien faire prendre conscience aux que les œufs bio sont bels et bien un moindre mal et non une fin en soi, les gens ont de meilleures chances de s’intéresser, à long terme, au végétalisme. De ce côté-là, je suis d’accord avec toi : L214 devrait parler un peu plus de non-consommation des œufs. Mais pas arrêter leurs actions pour inciter les gens à acheter moins pire.

    • « la personne aura à la fois assez d’éléments en main pour ne pas rester « bloquée » sur la consommation d’œufs, et quelque chose à faire « en attendant »,

      En attendant quoi? Pourquoi attendre que les gens deviennent véganes au lieu d’y travailler? Est-ce ce que doit faire un militant abolitionniste? Parler de welfarisme et attendre que les gens pensent à l’abolition sans avoir évoqué le sujet avec eux?

      Ce n’est pas une question de fidélité envers soi-même. C’est une question d’objectifs. Si les gens qui font des campagnes welfaristes visent le bien-être animal, grand bien leur fasse. Mais ce n’est pas mon cas et d’ailleurs, les personnes avec qui j’ai milité ce jour-là sont abolitionnistes elles aussi. Je n’aurais pas écrit cet article si je pensais que les gens qui font du welfarisme sont… welfaristes. D’ailleurs L214 est une asso abolitionniste et non pas welfariste.

      Les gens acceptent sans doute de faire des sacrifices pour les animaux quand ce sont de tous petits sacrifices. Mais c’est justement pour ça que je pense qu’on doit travailler à faire comprendre qu’être végane est facile. Or, quand on dit « si vous tenez à acheter des oeufs, etc » on fait passer le message que c’est difficile.

      Je parle d’efficacité parce que, si mes ressources étaient illimitées, je ne verrais pas le problème avec le fait de faire ce type de campagnes. Certes, ça donne parfois une image un peu ascétique du véganisme, mais bon. Non, ce qui me gêne c’est l’inefficacité pour le but recherché. Car mon but n’est pas que les gens achètent du plein air, qui est à peine moins atroce. Mais là, on ne fait pas une campagne welfariste « en attendant que les gens deviennent véganes », on ne fait pas une campagne welfariste en plus d’une campagne abolitionniste. On fait une action welfariste A LA PLACE d’une campagne abolitionniste. Parce que quand on se lève le matin, on doit décider de ce qu’on va faire dans la journée. Et on n’a pas assez de militants, de temps et d’argent, il faut donc les employer d’une façon la plus efficace possible. Notre combat est bien trop difficile pour qu’on se croie dispensé de s’interroger sur les façons les plus efficaces de militer.

  6. « Hypocrite » n’était pas le bon mot. Je voulais exprimer le fait que lors d’une action réformiste, certains se sentent contraints de se couper d’une partie de soi, celle du militant végane qui souhaite partager un peu plus ses idées. Parlant de démobilisation / découragement, je ne pensais pas à moi (je continue à militer de toute façon), mais plus généralement : militer est difficile, et il y a un turn over énorme chez les militants de la cause animale. Aussi, il me paraît important d’essayer de militer en visant un accord total entre le type d’action et ses idées, et en prenant si possible du plaisir à cela. Ce n’est pas parce que nous pensons aux animaux qu’il ne faut pas prendre également soin de soi. Ce n’est qu’à ce prix qu’on peut durer dans le temps et donner envie à d’autres de nous rejoindre dans ce combat ou / et dans nos idées. J’ai d’ailleurs écrit 2 livres qui tournent autour de ces sujets : « Le cri de la carotte » et, avec Insolente Veggie, « Militer permet de ». J’en arrive d’ailleurs à ma propre vision des actions à mener : je souhaite moi aussi qu’on parle de la réalité telle qu’elle est et de l’antispécisme, en instaurant un dialogue ouvert avec l’autre et en visant à susciter des interrogations en lui plutôt qu’en essayant de lui asséner notre philosophie, mais également qu’on propose à chaque fois des alternatives positives (livret de recettes véganes, liste de sites, conseils pour bien vivre son végansime en société, etc). Je souhaite également qu’il y ait de l’humour. Je pense par exemple à une brigade de clowns antispé qui, à l’instar de la brigade des clowns des désobéissants, « prônerait » le message que précisément elle souhaite voir exécrer par le public, de manière si caricaturale, outrancière, ridicule, qu’on ne pourrait que le rejeter. La vidéo d’IV et Ludo va un peu dans ce sens, mais elle s’adresse aux véganes.
    J’en reviens à l’action animaux morts de L214. Je ne serais pas si pessimiste que toi, Lauren. Il y avait ce visuel fort et effectivement agressif, mais aussi un superbe texte pas spécialement accusateur, une ambiance extrêmement digne et forte – plutôt que culpabilisatrice – et des gens qui tractaient pour expliquer. Des spectatrices pleuraient ! D’autres, évidemment, ricanaient jaune – notamment, de mon avis, à cause d’un passage dans le texte qui aurait pu être amélioré (ce que j’ai suggéré à L214). Il manquait certainement un stand avec des solutions alternatives, tenu, pourquoi pas, par une personne en poulet – les déguisements en animal attirent, amusent, rassurent énormément. Il reste que ce type d’action est très, très coûteux en énergie pour ceux qui l’organisent… Mais il ne me semble pas à exclure : si tout est réuni, médias compris.

    • Pour les animaux morts, je ne pensais pas à ce type d’actions, à laquelle je n’ai jamais participé. Je pensais plutôt à ce qu’on fait trop souvent au CLAM: afficher des images gore et sanglantes qui font que les gens se sentent agressés.

      Pour revenir à l’hypocrisie, je voudrais préciser une chose importante. Beaucoup pensent que, si je veux un message clair, complet, et intègre, c’est pour mon intégrité personnelle, pour ne pas être, moi, une hypocrite. Mais c’est on ne peut plus faux. Je me fiche pas mal de ça, enfin je m’en occupe mais je n’écrirais pas un article de blog  juste pour ça… non, si je m’intéresse à ce que les actions ne soient pas « hypocrites » c’est parce que je pense que dire le contraire de ce qu’on pense brouille le message et nuit finalement à la cause que l’on défend.

  7. Tu dis : « Parler de welfarisme et attendre que les gens pensent à l’abolition sans avoir évoqué le sujet avec eux? ». Mais lorsque je dis « la personne aura […] assez d’éléments en main pour ne pas rester « bloquée » sur la consommation d’œufs », je parle d’aller au-delà de la consommation d’œufs bio, donc bel et bien de devenir végétalien. Il n’y a pas ici deux discours opposés (welfarisme et abolitionnisme) ; ils peuvent l’être, mais on peut tout autant les combiner : « Voilà pourquoi je pense que manger des œufs n’est pas bien. Si, toutefois, vous désirez toujours en consommer, alors pourquoi ne pas choisir moins pire ? ».

    J’entends bien ton message sur l’efficacité, mais là encore, tu omets la troisième option (protectionnisme ou « néo-réformisme ») en disant « On fait une action welfariste A LA PLACE d’une campagne abolitionniste ». Tu pars du principe que c’est en faisant campagne pour la libération des animaux que l’on atteindra ce but le plus rapidement. Si je peux me permettre un parallèle avec l’esclavage et les noirs, penses-tu qu’il aurait été plus efficace, il y a trois ou quatre siècles de ça, de demander aux blancs des États-Unis de donner les mêmes droits aux noirs qu’aux blancs (« un noir doit avoir le droit de finir Président de notre beau pays ») ? Il me semble que c’est au contraire en faisant de mini-avancées (« continuez à avoir des esclaves si vous n’arrivez pas à vous en passer, mais frappez-les moins » puis « continuez à avoir des esclaves si vous n’arrivez pas à vous en passer, mais donnez-leur le statut de personne et non plus de propriété », puis quelque chose d’encore légèrement mieux, etc.) que les gens s’adaptent plus facilement à ce qu’on le leur demande.

    Donc oui, on peut passer beaucoup de temps à essayer de changer l’état d’esprit d’une personne en profondeur jusqu’à ce qu’elle adopte un état d’esprit qui amène au végétalisme, mais je crois qu’il est bien plus efficace de changer très légèrement mais très rapidement l’état d’esprit d’une personne (« l’animal est un produit » devient « l’animal est un produit mais aussi un être sensible »), et la laisser poursuivre son raisonnement avec toutes les clés en main.

    Et n’oublions pas qu’il y a des gens qui ne changeront pas leur alimentation, même après des centaines d’heures de discussion (je pense notamment à la famille, souvent moyennement compréhensive) ; dans le cas de ces gens qui ne veulent pas renoncer à leurs privilèges, je pense que c’est du temps perdu que de continuer à essayer de les convaincre, et qu’il vaut mieux passer à quelqu’un d’autre. Mais ce n’est pas parce que ces gens seront contre l’adoption d’un régime végétalien qu’ils ne voudront pas volontiers faire des efforts pour consommer moins cruel. D’où l’utilité du côté welfariste d’une campagne néo-réformiste.

    Et n’oublions pas la pression normative de la société : plus il y aura de gens qui seront sensibles aux conditions d’élevage des poules pondeuses, plus il sera facile de faire passer ces gens au stade suivant de la libération animale (par exemple, en arrêtant d’utiliser des œufs pour les pâtisseries). Peut-être es-tu passée de la consommation de produits d’origine animale au végétalisme par réflexion et philosophie, mais ce n’est pas comme cela que la plupart des gens réfléchissent : ce qui compte avant tout, c’est améliorer leur confort. L’abolitionnisme tente de changer la « nature » de la plupart de ces humains, quand bien même le protectionnisme tente aussi, tout en étant conscient que de petits pas peuvent amener au végétalisme pour des gens qui n’auraient jamais osé franchir le gouffre de but en blanc.

    • On pourrait en effet croire que c’est possible d’encourager les gens aux véganismes via une action welfariste. Mais ce n’est pas réaliste. Quand tu milites pour les oeufs plein air,  et que tu essaies d’aborder le sujet de se passer d’oeufs, les gens ont du mal à comprendre pourquoi tu as un double discours, et en réalité ils se braquent beaucoup plus que quand tu les abordes directement en leur expliquant qu’il est possible de se passer d’oeufs (et non pas en leur demandant de le faire, ce sont deux choses différentes).

      Je ne pense pas que les gens soient dans l’absolu plus égoïstes que moi. j’ai tendance à considérer les gens un peu comme si je me voyais moi quand j’étais encore omnivore: ni meilleurs ni moins bons, ni plus intelligents ni plus bêtes. Je veux éviter de tomber dans le piège de l’élitisme. les gens sont, pour la plupart, sensibles, et leur égoïsme est en général plutôt de la peur. Si on leur faisait comprendre à quel point le végétalisme est en réalité facile, et non pas difficile comme tu sembles toi-même le penser, ils choisiraient sans doute plus volontier un mode de vie pacifique.

      De plus j’ai bien conscience que les gens ne vont pas devenir véganes ou antispécistes du jour au lendemain. L’important est de semer les graines de la réfléxion; mais ce n’est déjà pas évident de remettre en question le fait d’utiliser des animaux, si personne d’autre ne semble le faire et si même les défenseurs des animaux semblent de pas avoir de problème avec ça… Evidemment il y a une rupture quand on devient végane, il y a la norme sociale. mais crois tu que c’est plus difficile pour les gens de transgresser la norme sociale en devenant végane alors que personne ne leur parle directement de véganisme, ou de le faire alors que les défenseurs des animaux leur en parlent?

      En fait le problème c’est que pour toi, dès qu’on parle de véganisme, on braque les gens. C’est comme si tu n’arrivais pas à imaginer d’autres façons de faire que de dire aux gens « devenez véganes ». Mais pourquoi les gens se braqueraient-ils alors qu’on est de leur côté? Pourquoi se braqueraient-ils alors qu’on ne les accuse pas, qu’on ne leur dit pas quoi faire, juste qu’on leur montre que c’est possible?

  8. Que penses-tu de l’objection suivante : au moins, avec les actions de L214, on touche les médias, on parle des actions dans les journaux, à la radio, à la télé, alors que si on faisait la promotion du véganisme, il n’y aurait aucun relais médiatique.
    Grâce au relais médiatique beaucoup de gens s’intéressent aux conditions d’élevage, veulent en savoir davantage, lisent le site de L214 (par exemple) et du coup certains d’entre eux deviendront végétariens voire végans.

    • L214 a la bonne idée d’être suivie par la presse. Je ne vois pas pour quelle raison des actions abolitionnistes ne pourraient pas également être suivies par la presse, pour peu qu’elles n’agressent pas les gens. Mettre les journalistes de notre côté est une partie du travail de militant, n’attendons pas qu’il se fasse tout seul. Changer nos revendications pour que les journalistes soient pour, c’est la solution facile et ce n’est pas satisfaisant… 

      Pourquoi si on faisait la promotion du véganisme il n’y aurait aucun relai médiatique?

      Le problème n’est pas que les gens considèrent que le véganisme est difficile et extrémiste. Le problème c’est que les militants le croient. On intéresserait beaucoup plus de gens au mode de vie végane si on leur en parlait directement et si on parvenait à faire en sorte que les journalistes (comme les autres) ne voient pas ça comme une agression contre leur culture, mais comme une présentation d’un mode de vie alternatif.

  9. Mouais. DDA fait de la promotion du véganisme et ne sont pas repris dans la presse sur ce point. Ce sont plutôt leurs actions anti-chasse qui sont relayées, d’après ce que je peux lire ici :
    http://www.droitsdesanimaux.net/medias.php
    Après on peut imaginer que si tout le monde se mettait à la promotion du véganisme il y aurait plus de couverture médiatique, mais il est impossible de prévoir à l’avance l’efficacité de telle ou telle méthode. Même a posteriori on ne sait pas trop…
    D’un autre côté, ce que tu dis dans l’article me semble pertinent. Je ne sais pas trop quoi penser.

    • Si L214 est repris par la presse, je pense que c’est avant tout parce qu’ils ont un réseau de presse et qu’ils informent les journalistes de ce qu’ils vont faire, c’est un travail de l’asso, qui est d’ailleurs très bien fait. Certes, le fait que des actions welfaristes trouvent leur place dans une société spéciste n’y est pas étranger non plus. Mais je pense que la société est sur le point d’évoluer; pour peu de faire suffisamment d’efforts pour être relayé par la presse, si on parlait de véganisme on aurait peut-être un peu moins de retombées médiatiques, mais on en aurait quand même. On sous-estime l’importance de la qualité du message.

      Pour être médiatisé, modifier son message pour le rendre plus « politiquement correct » est une façon, mais on peut aussi, par exemple, se montrer créatif dans la façon de faire passer son message. Voire faire de la provoc (mais sur ce point, il faut se méfier de ne pas prostituer son combat, le spécisme étant un sujet trop sérieux pour faire n’importe quoi avec).

  10. Merci Sandrine d’avoir diffusé l’info sur les manifs mensuelles pour la libération animale (abolitionnistes)qui commencent le 7 janvier.
    Elfe, quand tu parles des « organisateurs » je pense qu’il s’agit de Dom qui a lancé cette idée et qui coordonne les actions des différentes villes. Avec CLEDA nous organisons l’action parisienne comme nous le voulons et il en est de même des autres groupes. Chaque groupe aura la liberté d’organiser son action : choix du tract, choix du happening (s’il y en a un), choix des panneaux et des slogans, tenue d’un stand, proposition d’alternatives ou pas… le seul point commun de ces actions sera de prôner clairement l’abolition de l’exploitation animale. C’est pourquoi je ne comprends pas trop ton objection.
    Peux-tu être plus précise ?
    Je te cite : »(…) j’ai essayé de discuter avec les organisateurs pour tourner ç!a d’une façon un peu plus positive et constructive. Non pas qu’ils ne m’aient pas écouté, mais ils n’ont pas été d’accord avec mon avis. Et je trouve que, même si ça a le mérite d’être abolitionniste, ça risque de ne rendre personne végane… :/ a quoi sert de protester contre l’ordre établi sans proposer d’alternatives… J’espère que ça donnera quelque chose, mais je suis sceptique. »

    • Ben je vois pas comment être plus claire. Si j’ai bien compris, il s’agit de protestations contre l’exploitation animale. Sans promotion directe du véganisme, sans proposer des alternatives et sans spécialement informer.

      Personnellement, je ne vois pas trop l’intérêt, à part pousser une gueulante parce qu’on en a marre. Ho ça oui, on en a marre, de voir qu’on est peu écoutés, que les animaux continuent à être martyrisés, en ce moment tout le monde se gave de foie gras… Mais protester contre ça, sans proposer d’alternatives, je ne vois pas trop l’intérêt, (sauf pour vider nos sacs) à moins que j’ai mal compris le but de l’action. Je veux dire, le massacre des animaux ne va pas s’arrêter parce qu’il y a eu des manifs, même si on était 10 000, 100 000 a protester (et je doute qu’on arrive à réunir plus que quelques centaines de personnes, ce qui serait déjà énorme). Y a des intérêts économiques en jeu, ils s’en fichent les lobbies que les végétariens soient pas contents. L’intérêt de promouvoir le véganisme, c’est que si la demande diminue, l’offre suit, et qu’à (long!) terme, on espère parvenir à faire fermer les abattoirs quand suffisamment de gens seront contre, quand les conflits économiques seront moins importants…

      Mais bon peut-être que j’ai mal compris le but de l’action. Moi ce que j’ai compris c’est que Dom en a ras le bol, depuis le temps qu’il milite et qu’il se donne à fond, de pas avoir eu de vrais résultats. Et franchement, on peut que le comprendre. Mais bon, ça me parait pas constructif, ce truc.

      Je trouve que promouvoir le véganisme ne peut être efficace que si on n’agresse pas les gens à propos de leurs croyances  (ce qui ne veut pas dire éviter de les remettre en question, mais y a des façons de le faire). Si ça prend la forme d’une promotion créative et attractive du véganisme, alors là j’applaudis. Mais ce n’est pas ce que les échanges de mail m’ont fait comprendre :/

  11. Le but de ces manifestations est d’informer et de provoquer une réflexion à propos de la condition animale et de notre responsabilité directe dans l’exploitation et la tuerie des non-humains, pas de gueuler. CLEDA aura un stand d’information ou les gens pourront s’informer et discuter. A ma connaissance personne n’a encore trouvé la recette miracle pour changer les choses en une action, c’est un travail patient de conscientisation. Si manger les animaux est une chose condamnable, la conséquence est évidente… A moins de ne pas vouloir voir, ce contre quoi les actions militantes ne peuvent rien. Mais nous pouvons nous occuper de ceux qui veulent ouvrir les yeux…

    • Mais tu n’as pas peur d’aborder le problème d’une façon trop négative?

      Moi ce que je pense, c’est que les gens savent déjà que les animaux souffrent (même s’ils ignorent à quel point) ils savent qu’il faut tuer un animal pour faire de la viande… Ce qu’ils ignorent c’est qu’on peut très bien vivre autrement. Enfin je surestime peut-être les gens, mais c’est ce que je pense.

      De plus, Dom m’a clairement dit que le but n’était pas d’informer mais de protester. Encore une fois, on s’est peut-être mal compris.

  12. Je pense que, si les gens ont du mal à voir pourquoi quelqu’un tient un double-discours, c’est uniquement (là encore !) une question d’efficacité : si tu t’y prends bien, j’ai du mal à croire, contrairement à ce que tu dis, qu’une personne se braquerait plus que si on lui expliquait directement qu’on peut se passer d’œufs (ce que je propose aussi ; mais tout en gardant le discours progressiste du « si vous n’y arrivez pas, essayez de faire moins pire en attendant »).

    Tu dis qu’il n’est pas difficile de devenir végétalien, mais c’est tout relatif. Quelque chose est facile ou difficile selon de nombreux critères qui peuvent différer selon les gens. Ce que je peux dire sans trop avoir peur de me tromper, par contre, c’est que, difficile ou pas, franchir le pas pour devenir végétalien est plus difficile que dépenser quelques centimes d’euros supplémentaires pour des œufs bio. Selon moi, il est beaucoup plus difficile, et cela se voit aisément dans le temps qu’il te faut pour convaincre quelqu’un de devenir végétalien comparé au temps qu’il faut pour convaincre quelqu’un d’acheter des œufs bio.

    Pour moi, tout est une histoire de rendement, de réduire le plus vite possible ce que je juge mauvais (la souffrance et la mort des animaux). Et je trouve que mettre une petite idée dans la tête des gens (le bien-être animal vaut bien qu’on dépense quelques centimes supplémentaires) et aller donner cette même idée à dix-mille autres personnes, afin qu’un petit pourcentage fasse tout le chemin vers le végétalisme de lui-même, a un meilleur rendement que prendre beaucoup plus de temps à faire changer le paradigme moral (comme dit Francione) d’un nombre forcément moindre de personnes.

    Si le végétalisme était si facile à adopter que ça, la plupart des végétaliens auraient déjà convertis leurs amis et leur famille ; pourtant, c’est l’inverse que je constate, à savoir eux qui s’éloignent de ces mangeurs de viande avec qui ils ne sont plus en accord sur le plan idéologique. Qu’il te semble facile et qu’il t’ait été facile de le devenir (c’était mon cas aussi) est une bonne chose, mais je pense que tu ne donnes pas assez d’importance à la complexité du processus mental qu’un mangeur de viande doit entreprendre pour changer de régime alimentaire. Je me répète, mais ce serait comme essayer de faire prendre conscience à un esclavagiste qu’un esclave devrait avoir les mêmes droits que lui (ce qui est rarement arrivé), alors que le convaincre au moins qu’un esclave reste un être inférieur à lui, mais moins inférieur qu’il ne le pensait, semble plus faisable ; et c’est d’ailleurs ainsi que les choses ont progressé, de la condition de la femme à la condition des esclaves et aux droits des noirs aux États-Unis en passant par l’acceptation de l’homosexualité en Occident.

  13. coucou !

    je poste ici un texte de réponse, en commentaire ; mais si tu trouves mon analyse digne d’intérêt, la publierais-tu directement en tant qu’article sur ton blog, pour lui donner plus de visibilité ?

    yves bonnardel

    Merci pour cet article, très réfléchi, argumenté et ordonné de façon très logique. Je l’ai apprécié, l’ai lu avec plaisir, et pourtant je ne suis pas du tout d’accord avec ses postulats de base, ni donc avec ses conclusions.
    Je m’en explique, parce que je pense que ce que je peux en dire ici revêt une grande importance pour le développement d’un mouvement animaliste abolitionniste fort – en France et dans le monde.

    Je suis moi-même abolitionniste, très investi dans la promotion de l’idée d’abolition de la viande à l’échelle mondiale (cf. le site http://meat-abolition.org), et me sentant également très proche de L214 (dont je fais partie ; ceci dit, ci-dessous, je parle en mon nom et non au nom de L214, et mes analyses ne concernent que moi). Je ne vois en fait aucune contradiction à participer à des actions de L214 du type « contre les oeufs de poules en batterie chez Monoprix » et militer pour l’abolition de la viande. Je pense que la distinction qui est faite ici entre « welfarisme » et « abolitionnisme » est peu intéressante, et même nuisible, et part d’un présupposé très dommageable à la cause animale.

    Lisant l’article, mais tout aussi bien la plupart des commentaires, je vois que l’auteure focalise sur le message qui est adressé aux passant-es dans la rue, à qui l’on demande de signer des cartes qui vont être remises au directeur du supermarché. L’auteure dit qu’on n’a alors pas le temps ni la possibilité vraiment de discuter avec les personnes en question pour leur expliquer qu’en fait il faudrait cesser de manger des oeufs, et non seulement s’abstenir de manger ceux issus de poules en batteries. Que ce faisant, on développe un discours qui cautionne finalement le principe d’une exploitation animale, et que vue l’énergie que demande l’organisation de ce type d’action, on ferait mieux d’agir directement en parlant de veganisme, en disant donc aux gens directement et explicitement ce qu’on pense.

    Mais c’est là je pense que se trouve le malentendu. Un malentendu qui est lourd de conséquences et, tout aussi grave, qui est lourd de causes.
    C’est que ce type d’action, selon moi, n’a pas pour objectif principal de convaincre des gens dans la rue. Pas du tout. Tant mieux si des personnes sont sensibilisées, et changent de comportement de consommation. Mais ce n’est pas le but premier.
    Le but est de faire du bruit, donner une image peu agréable de Monoprix, et obtenir le plus de cartes postales possibles à remettre au directeur, de façon à lui montrer qu’on a un impact potentiellement dommageable pour son commerce.
    Parce que le but est de faire plier Monoprix. C’est que Monoprix retire les oeufs de poules en batteries de ses rayons. Afin qu’ensuite, on puisse plus facilement faire plier les autres enseignes de la grande distribution. Afin qu’ensuite, une fois un certain nombre de succès ainsi obtenus, on ait non seulement gagné en notoriété et en « respectabilité » (qui ne signifie rien d’autre qu’être pris au sérieux), on puisse de même engager d’autres combats, et les gagner plus facilement, en ayant acquis une puissance d' »intimidation » sur les acteurs de l’exploitation animale (circuits de la grande distribution compris).
    C’est-à-dire que le but est politique. L214 construit une stratégie qui vise au final à pouvoir intervenir sur les rapports sociaux en général, sur les structures et les institutions, en développant son influence aux niveaux économique et politique.

    Là où je veux en venir, c’est que je trouve très préoccupant qu’on ait tant de mal, dans le mouvement animaliste en général, et français en particulier, à analyser de façon politique les actions à mener. Je ne dis pas simplement : « de façon stratégique ». Je dis bien : « de façon politique ».

    Le texte le montre bien : il se focalise sur le fait de convaincre des individus qui passent par hasard par là, de devenir vegans. Mais on ne change pas une société de soixante millions de personnes en abordant les individus un par un, en les prenant entre quatre yeux, et en les convaincants de changer de comportement, de type de consommation, de mode de vie, ou même d’idées.
    Le collectif égalitariste Lausanimaliste a calculé qu’en Suisse, il naît chaque année bien plus de nouveaux humains qu’on ne peut dans le même temps logiquement en rendre vegans par cette méthode « individualisée ». Il est bien entendu que c’est pareil en France, ou n’importe où dans le monde. On ne change pas un système bien implanté d’exploitation et de domination, en discutant avec chacun. En utilisant la « stratégie de la conversion individuelle », comme disent les Lausanimalistes. On n’a pas le temps, l’énergie et les ressources pour cela. Personne n’aurait ce temps-là, cette énergie et ces ressources.
    C’est d’ailleurs pour cela que je tente de populariser l’idée d’abolition de la viande. Il ne s’agit plus de convaincre (« convertir », comme disent de nombreux végétariens ou vegans) les gens individuellement de changer leur type de conso ou leur mode de vie, mais il s’agit de changer la société tout entière, de changer la culture globale dans laquelle chacun de nous baigne, en s’adressant directement à l’ensemble de la société, par la même voie qu’ont suivie tous les mouvements politiques depuis toujours : par des stratégies de revendication politique, qui s’adressent à tous, qui prennent la société à partie, qui bousculent la culture dominante et les idées reçues, qui rendent publiques et explicites un refus (celui de la domination) et une exigence (celle de l’abolition) et ainsi brisent le tabou qui veut que la remise en question de la viande soit une affaire strictement personnelle.

    La stratégie « végétariste » ou « véganiste » (selon moi les deux reviennent à peu près au même) entérine au contraire ce tabou selon lequel remettre en question la conso de viande doit rester une question personnelle. On s’adresse à chacun pour le convaincre, individuellement, et même si on utilise des arguments généraux et des principes de morale universaliste, le fait même de s’adresser à chacun dans le but qu’il considère en son fort intérieur s’il va continuer ou non à faire torturer et à faire tuer d’autres êtres sentients, ce seul fait en lui-même conforte chacun dans l’idée qu’il s’agit d’une décision personnelle et non d’une obligation qui ressortirait d’une morale universelle, impérativement applicable à tout le monde.

    Le plus important effet de la végéphobie dans laquelle nous sommes immergés, et que nous avons intégrée, c’est peut-être bien le fait que nous acceptons de nous laisser catégoriser comme végétariens, ou végétaliens, ou vegans, c’est-à-dire des catégories qui définissent au pire de simples « modes de vie », au mieux des « éthiques de la vertu ». J’appelle « « éthiques de la vertu » des éthiques qui ne posent pas les problèmes en termes universels (les notions d’égalité, de justice, etc.) mais en termes de « vivre vertueux », « être vertueux », c’est-à-dire, en termes purement personnels. Se définir comme végan, ou comme non-violent, vouloir vivre « sans cruauté » (la notion de cruauté renvoie à une intention, donc à quelque chose de personnel) par exemple, c’est se définir en terme d’éthique de la vertu. Chacun est libre de choisir d’être vertueux ou non, et est d’ailleurs aussi libre de choisir quelles vertus il souhaite honorer. Dans une telle perspective, la question de l’exploitation animale reste rapportée au libre choix de chacun, au lieu que dans une perspective « universaliste », elle est nécessairement condamnée en général, d’une façon qui vaut logiquement pour tous. Qu’il s’agisse de mode de vie ou d’éthique de la vertu, l’approche reste individualiste, conforme à ce que
    nous demande une société libérale. Le danger que nous représentons potentiellement pour cette société d’exploitation est dès lors pour elle plus simple à circonscrire. Ces identités vertueuses semblent, au final, freiner la montée en puissance de la remise en cause de l’exploitation animale. J’oppose à ces identités vertueuses des identités explicitement politiques : partisan des droits des animaux, opposant au spécisme, égalitariste, etc.

    Or, on le voit bien avec ce texte, le mouvement animaliste peine à concevoir ses modes d’action d’une façon politique, comme le ferait (presque) n’importe quel autre mouvement qui veut changer le monde (mouvement contre le racisme, mouvement féministe, syndicalisme, etc.) ; il les conçoit toujours « individualisés », comme s’adressant aux individus pris isolément, et, pire, comme s’adressant avant tout aux consommateurs, et non aux « citoyens » (qu’on me pardonne l’usage de ce mot ; je veux dire : aux personnes en tant qu’elles sont acteurs moraux et politiques).
    Ici, dans cet article, tout est ramené à quoi dire aux passants, quel message leur délivrer, comment les convaincre. Comme si c’était là le but de l’action, comme si l’objectif principal était de sensibiliser les passants à la question animale ! Tant mieux si ça peut aussi être fait ce faisant, c’est toujours ça de gagné, mais ce serait désespérant que de cantonner ses espoirs à la possibilité d’influer plus ou moins sur les comportements de quelques individus ! L’idée de L214, selon toute vraisemblance, est de gagner publiquement un combat, qui puisse servir de tremplin vers d’autres victoires, et ainsi de suite. Chaque combat d’ailleurs est très important en lui-même : si Monoprix retire les

    • J’allais publier ton message en article, mais je crois qu’il manque la fin, tu t’es arrêté au milieu d’une phrase.

      Je pense que ce calcul selon lequel il nait plus de personnes qu’on peut en rendre véganes, est biaisé. Le véganisme est un mouvement social de réponse à la domination sur les animaux. Ce calcul ne tient pas compte du fait que la société est en train d’évoluer, ni que chaque végane rend autour de plus plusieurs personnes véganes, et particulièrement ses enfants (même si pas dans 100% des cas). Je ne vois pas la stratégie de conversation comme une éthique de la vertu, au contraire. Pour moi le véganisme n’est pas une question de vertu ou de pureté personnelle, mais une attitude politique. Et le véganisme ne peut avoir de poids si on est si peu nombreux. Car il n’a pas de sens en tant qu’attitude individuelle, mais seulement en tant que réponse collective.

      La stratégie de pointer monoprix du doigt pose problème: c’est que si monoprix accepte, ça leur fera une bonne image et de la pub, alors qu’ils continuent à vendre des animaux. Lors de campagnes ciblées on explique aux entreprises que c’est du donnant-donnant: on arrête de dire qu’ils sont méchants s’ils font ce tout petit effort… Peut-on vraiment faire du donnant-donnant avec l’exploitation des animaux? Est-ce qu’on ne leur donne pas vraiment quelque chose en retour?

  14. Je ne comprends pas du tout ce projet d’abolition de la viande.

    On vit dans une société où le spécisme est si profond que j’ai beaucoup de mal à imaginer cela. Manger de la viande est aussi naturel que de respirer pour 99,9% de la population. La société n’acceptera ja-mais d’abolir la viande.

    Pourquoi est-ce qu’elle soutiendrait une telle revendication? Ca lui paraîtra tout simplement arbitraire et pour cause, ça l’est. Et encore une fois, le message est confus: pourquoi seulement la viande ? pourquoi pas la fourrure aussi alors ? pourquoi pas les cirques ? pourquoi pas les delphinariums ? les animaleries ? la soie ? n’est-ce pas spéciste de vouloir abolir seulement la viande ? pourquoi n’abolirait-on pas toute utilisation des animaux en une fois?

    Comment comptez-vous mettre sur pied une puissance politique pouvant revendiquer l’abolition de la viande, sans une population végane politiquement viable pour vous appuyer, sans éducation végane derrière ?

    Vous attaquez une des industries les plus puissante au monde, capable d’injecter des milliards de dollars en propagande, de front, sans s’attaquer à son point faible, l’éducation végane ?

    En demandant à une société qu’on n’éduque pas à réfléchir sur le statut des animaux d’appuyer cela?

    « Les activités qui causent des torts majeurs à autrui ne relèvent pas de la liberté de chaque individu. Il appartient à la société de les interdire par la loi. »

    La loi est très claire: les animaux ne sont pas autrui, les animaux sont des objets, des choses, des marchandises, ils ont un statut légal de propriété. Ils n’ont pas un statut de personne. Il est légal de les tuer (et toute autre atrocité) à partir du moment où ça engendre un bénéfice économique pour le propriétaire.

    Jamais, dans une société non-végane, la viande ne sera abolie, tant que ce statut juridique de propriété ne sera pas modifié en statut juridique de personne.

    Et ce n’est que lorsqu’on atteindra une population végane politiquement viable, et il n’y a que par l’éducation végane positive et créative qu’on y arrivera (ce que refuse, voir s’obstine, de faire la grande majorité du mouvement des « droits des animaux »), que l’on pourra abolir ce statut de propriété.

    Je ne comprends pas la démarche, demander l’abolition de la viande sans éduquer la société derrière. Viser une puissance politique sans rien derrière.

    Lorsque L214 fait des campagnes ciblées contre les œufs en batterie comme contre Monoprix :

    -on présente implicitement les œufs plein-air, au sol, bio comme moralement différenciables
    -on présente implicitement tous les autres produits animaux (laits, fromages & co) comme moralement différenciables
    -on sous-entend que le fournisseur est responsable du problème et pas le consommateur
    -on ne remet pas en cause le statut de propriété des animaux

    Pire, avec ce genre de campagne, L214 est une association de « droits des animaux » qui fait passer quel message au public ? : il n’est pas immoral de consommer des produits animaux en soi (l’utilisation n’est pas problématique, les animaux sont là pour nous), ce qui est problématique c’est la façon dont c’est produit (traitement). Selon moi, c’est un message tout simplement catastrophique pour les animaux.

    Je ne comprends pas comment des abolitionnistes peuvent s’engager dans ce genre de campagnes contreproductives.

    Vous renforcez le spécisme de notre société et espérez y
    mettre fin ?

  15. zut ! effectivement, mon texte était trop long, et a été coupé sans que je m’en sois rendu compte ;

    du coup, je publie ici la suite…

    Or, on le voit bien avec ce texte, le mouvement animaliste peine à concevoir ses modes d’action d’une façon politique, comme le ferait (presque) n’importe quel autre mouvement qui veut changer le monde (mouvement contre le racisme, mouvement féministe, syndicalisme, etc.) ; il les conçoit toujours « individualisés », comme s’adressant aux individus pris isolément, et, pire, comme s’adressant avant tout aux consommateurs, et non aux « citoyens » (qu’on me pardonne l’usage de ce mot ; je veux dire : aux personnes en tant qu’elles sont acteurs moraux et politiques).
    Ici, dans cet article, tout est ramené à quoi dire aux passants, quel message leur délivrer, comment les convaincre. Comme si c’était là le but de l’action, comme si l’objectif principal était de sensibiliser les passants à la question animale ! Tant mieux si ça peut aussi être fait ce faisant, c’est toujours ça de gagné, mais ce serait désespérant que de cantonner ses espoirs à la possibilité d’influer plus ou moins sur les comportements de quelques individus ! L’idée de L214, selon toute vraisemblance, est de gagner publiquement un combat, qui puisse servir de tremplin vers d’autres victoires, et ainsi de suite. Chaque combat d’ailleurs est très important en lui-même : si Monoprix retire les oeufs en batterie de ses rayons, ce seront des dizaines de millions d’oeufs qui cesseront d’être produits de la sorte. Rien que ce seul objectif est infiniment plus important que le fait de convaincre quelques personnes de devenir vegans. Mais il y a une sorte de réflexe conditionné dans notre mouvement, un aveuglement, une myopie, qui font qu’on n’arrive pas à raisonner en termes de campagnes, de rapports de force à gagner, de culture à changer, etc. Penser au-delà de l’individuel, au-delà du court terme, au-delà de l’acquis immédiat (une personne vegan en plus), mais se projeter dans l’action politique à moyen et long terme, dans l’action qui vise à changer la société (et non spécifiquement les individus).
    Or, ici, c’est bien de cela qu’il s’agit. Comme je le disais, remporter une victoire avec Monoprix est important dans le cadre d’une stratégie politique à moyen terme. Il est illusoire actuellement, pour obtenir quelque gain que ce soit, d’arriver à faire plier un gouvernement qui se met tout entier au service de l’agro-industrie. Restent les acteurs privés, les circuits de la grande distribution, sur lesquels on a quelques moyens de pression à notre portée.
    Il y a de nombreuses raisons globales de mettre en avant tout spécialement le problème des oeufs en batterie. Outre le fait que les gens désavouent déjà ce mode de production tout en continuant pourtant de les consommer, il y a surtout le fait que la filière aviaire doit changer les cages en janvier 2012, pour des cages à peine plus grosses (mais qui vont lui coûter très cher, ce qui fait qu’une fois les changements faits, la filière bloquera tout espoir d’amélioration ultérieure). Lancer un message fort en direction de la filière, comme quoi il existe une opposition grandissante et de plus en plus active à ce type d’exploitations, peut amener un plus grand nombre de producteurs à se tourner d’emblée vers des exploitations un peu moins monstrueuses, comme les élevages au sol ou en plein air. Ce qui alors fragilise un peu plus la sous-filière « batterie » et permettra de plus facilement continuer à l’attaquer dans le futur. Etc. Le but étant que, dans un effet « cascade », chaque succès constitue le tremplin vers des victoires futures, qui chacune non seulement transforme la vie des animaux concernés, mais aussi a un impact sur la façon dont la société considère les animaux.

    Bon. Mais au lieu tenter d’évaluer les actions menées avec des critères globaux, qui tiennent compte de l’état actuel du rapport de force politique, le mouvement animaliste continue de parler de rendre des gens vegans. Francione, par exemple, qui se dit abolitionniste, continue de considérer la promotion du veganisme comme l’action à mener par excellence pour changer le monde pour les animaux. Je l’ai déjà expliqué, on n’a jamais changé une société en agissant sur les individus un à un. Ni non plus, à mon avis, en s’adressant au consommateur et non au « citoyen ». C’est pourquoi, je le répète, je milite pour que se développe à l’échelle mondiale un mouvement pour l’abolition de la viande, qui soit un mouvement de revendication, calqué sur le modèle de n’importe quel autre mouvement revendicatif.

    Les Lausanimalistes ont fait une conférence lors d’un congrés de militants pour les droits des animaux, qui s’intitulait « Pour l’abolition de l’exploitation animale. Pour l’abolition du veganisme. » Ils ont le chic pour trouver des titres choquants. Tant mieux. Il ne s’agit pas pour eux de critiquer le fait de refuser tous produits de l’exploitation animale ; il ne s’agit pas pour eux d’opposer végétarisme à véganisme non plus ; ils sont quasiment tous vegans eux-mêmes. Alors, de quoi s’agit-il ?
    Ils veulent dire ainsi que le veganisme, c’est-à-dire, l’idéologie qui affirme que l’on va changer le monde pour les animaux en convaincant chacun de devenir vegan, est un cul-de-sac politique. Une idée néfaste, et même désastreuse, pour les animaux. Et que qui veut « l’abolition de l’exploitation animale » doit rompre avec cette idéologie, et commencer à réfléchir à comment agir politiquement, comment intervenir dans « la vie de la cité » pour en changer la morale, les idées, les structures, les institutions. A un niveau global. Et non pas individuel. En revendiquant publiquement, en prenant pour matériau les sensibilités, la culture, la conscience politique, les rapports de force concrets, etc.
    Les opposant à l’esclavage au XIXe siècle ne se cantonnaient pas à promouvoir le boycott du coton ou du sucre, fruits du travail des esclaves. Ils utilisaient ces boycotts comme rapport de force, et comme promotion concrète de l’idée qu’il fallait abolir l’esclavage. Leur action portait fondamentalement sur une modification du rapport culturel de leur société à l’esclavage, en revendiquant publiquement l’abolition – cette revendication en soi était une action importante, en ce qu’elle imposait l’idée que l’esclavage n’était pas « une affaire privée » mais bien une question politique et sociale comme d’autres questions importantes.

    Je pense comme les Lausanimalistes, et comme d’autres antispécistes italiens et français, qu’il faut rompre avec l’idéologie du veganisme. Je trouve que cet article illustre bien les travers vers lesquels elle nous entraîne à notre insu, et auxquels on a du mal à résister. Pourtant, il nous faut nous battre au mieux que nous pouvons pour les animaux : ils n’ont que nous comme espoir !

    Des textes à ce sujet existent déjà. « Au sujet de la pureté », de Françoise Blanchon, Cahiers antispécistes n°7, juin 1993 (http://www.cahiers-antispecistes.org/spip.php?article53) ; l’excellent « Diffuser le mode de vie vegan : une critique », de Antonella Corabi, dans la brochure Réflexions sur la Veggie Pride
    (http://www.veggiepride.fr/home/documents/reflexionsVP/4-modeDeVie.html). Et aussi, « Faut-il promouvoir le véganisme ? Mode de vie et action politique » de Cécile Bourgain, aux Estivales de la question animale (http://question-animale.org/fr/his/e09/cnt/161.html). Enfin, le livret « La végéphobie ou le rejet du végétarisme pour les animaux et la discrimination des personnes végétariennes. Quelques réflexions à propos des causes, des conséquences et des perspectives de lutte » (http://grenier.veggiepride.fr/2011/livret_v%C3%A9g%C3%A9phobie_pour_lecture.pdf) argumente que l’écueil du véganisme (et du fait de se définir vegan, c’est-à-dire selon un mode de vie, plutôt que par un projet politique) serait un des effets pernicieux de notre propre végéphobie intégrée.

    • Bon ben je publierai (et relirai plus attentivement) ton message quand j’aurai un peu de temps, parce que je veux aussi répondre et pour l’instant je dois aller à bangkok… merci d’avoir pris la peine d’expliquer ton point de vue

  16. Je ne doute pas une seconde de la sincérité de cette revendication politique (même si j’ai de sérieux doutes quand à sa réussite sans une éducation végane du public).

    Mais quand je lis les compte-rendus de la JMAV (http://fr.m-eat.org/wiki/JMAV2010_compte-rendus_francophones), il faut bien se rendre à l’évidence que ce n’est qu’une campagne abolitionniste présentée autrement. Rien de plus.

    Animal Equality, un groupe abolitionniste, fait la même chose, couramment, sans attendre une « journée mondiale » pour faire passer un message clair que TOUTE notre utilisation des animaux implique souffrance et mort inutile. La différence avec votre mouvement c’est qu’on explique aux gens comment et pourquoi agir individuellement.

    Et ils balayent le welfarisme contreproductif de leur action, pas de campagne ciblée sans promotion du véganisme et mise en avant du problème du spécisme, pas de campagne spéciste, pas de campagne réformiste.

    Voilà, pour moi, un groupe de droits des animaux efficace et cohérent.

    Si les organisations des droits des animaux utilisaient systématiquement leur temps et leurs ressources à faire ce qu’Animal Equality fait, vous n’allez pas me faire croire que le nombre de vegan n’augmenterait pas de manière significative. Le spécisme serait de plus en plus remis en question dans notre société et la revendication pour l’abolition, non pas de la viande, mais de tout l’esclavagisme animal ne pourrait être que prise de plus en plus au sérieux.

    La revendication politique de l’abolition de la viande est une idée intriguante, même si je ne vois vraiment pas comment y arriver sans l’appui de notre société spéciste, jamais remise en cause par les groupes dominants de « droits des animaux ».

    Mais le welfarisme n’a pas sa place dans le mouvement des droits des animaux et dans le mouvement abolitionniste.

    Je maintiens que les campagnes de L214 sur les oeufs en batterie sont inutiles et contreproductives si on vise un jour la revendication politique de l’abolition. Une perte de temps et de ressources.

  17. A noter que le message au public lors de cette JMAV est complètement confus :

    https://picasaweb.google.com/meat.abo.day/USAPhiladelphia#5436358207515001906: La pancarte à gauche mentionne « what’s wrong with milk and eggs » et la fille au milieu porte une pancarte de PETA (une organisation connue pour marcher main dans la main avec les exploitants et pour son sexisme) avec bien évidemment Pamela Anderson « join the VEGETARIAN revolution »… ?

  18. kwaice, il y a un truc qui me gêne dans ta stratégie d' »éducation végane », c’est que tu te places vraiment comme maître à penser, qui fait de l’éducation morale ;
    je ne crois pas qu’il soit nécessaire d' »éduquer les gens au véganisme » dans le sens où les gens ne sont pas si insensibles que ça : la preuve, c’est que très peu de gens peuvent soutenir les images de maltraitance et de meurtre des animaux (vidéos L214 par ex.) ,
    je trouve que dire aux gens : regarder, la production de viande ce que c’est , pour qu’ils déduisent d’eux même que c’est immoral d’en manger,
    c mieux que de dire « devenez végans » , qui ressemble bcp à un ordre . (je pense aux gens qui affichent « go vegan » dans les rues ou ailleurs)

    Il est juste de faire remarquer que les animaux sont considérés comme des objets dans la loi ; eh ben justement , est-ce que ça ne serait pas judicieux de bosser à faire changer cette loi plutôt que convaincre les gens 1 par 1 (ce qu’il est bien de faire parallèlement certes, mais est-ce que ça vaudrait pas le coup de passer du temps et de l’énergie à faire changer cette loi? c’est-à-dire s’adresser au bon dieu plutôt qu’à ses sains, c-à-d attaquer le pb à la base) ?
    Je ne crois pas que ni les campagnes abolitionniste de la viande, ni les campagnes Monoprix ni les campagnes d’éducation végane déservent la cause animale , parce que qu’elles ont toutes le mérite de faire parler de la souffrance animale, sujet ostensiblement occulté dans nos sociétés;

    – moi ce qui me fait peur dans les actions ciblées c’est que les gens se rabattent sur un autre produit sur lequel ils n’auront pas été informés ; le poisson par ex., en pensant que c’est moins pire. (je crains aussi que la formulation « abolition de la viande » encourage les gens -qui en ont entendu parler sans s’être renseignés vraiment sur la campagne et sans avoir lu les communiqués en entier- à préférer le poisson … )

    – pourquoi abolition de la viande et pas de la fourrure ? parce que la production de « viande » (mot qui inclut tous les produits de l’élevage , de la pêche et de la chasse dans les campagnes SMAV ) concerne 99,8 % des victimes du spécisme et la fourrure 0,001% ; parce que dans une société où la viande serait abolie, il serait IMPENSABLE d’autoriser le commerce de la fourrure, ou la corrida, ou la vivissection.

    (et même si la population n’a pas été « éduquée » vegan, je pense pas qu’il y aura des manifs pour qu’on recommence à tuer et à bouffer les animaux ; cf. article d’E. Reus dans La Raison des + forts, où elle montre à quel point les gens sont « suivistes », en prenant l’exemple du don d’organe post mortem)

    -les campagnes d’éducation véganes je veux bien, sauf que comment tu le décrit, on dirait que le véganisme est une religion, LA religion à laquelle il faut adhérer, et que tu en es le prophète.

    Est-ce qu’un seul militant ici est en mesure de dire sincèrement, avec suffisamment de recul , et en laissant son égo de côté, qu’il connait la stratégie la + efficace ?
    je ne crois pas ; alors envisageons deux secondes que ça n’est pas nous qui avons la science infuse, et tentons de coopérer pour toutes les propositions ; parce que pendant que l’humain débat … y a comme qui dirait urgence pour d’autres.

    • ce n’est pas parce qu’on a pas LA réponse absolue qu’on ne doit pas se poser la question.

      Faire de l’éducation végane, c’est pas ordonner aux gens de devenir véganes, mais informer et proposer des alternatives. Bien sur qu’il faut aborder la question sous un angle politique, mais on n’arrivera jamais à changer la loi tant que 99,9% des gens seront pour l’exploitation des animaux. Comment serait-ce possible? Encourager les gens à devenir végane n’est pas une fin en soi, c’est une étape d’une stratégie de changements politiques. Etre végane est aussi un acte politique.

  19. Tu penses qu’il n’est pas nécessaire d’inciter les gens à se diriger vers le véganisme, qui est la meilleure action à faire pour aider les animaux? Je pense qu’on touche là au problème fondamental: le véganisme est présenté par les militants des droits des animaux eux-mêmes comme tabou, comme extrême, on ose pas en parler. Pourquoi ? Par peur de froisser les gens? Pourquoi on ne distribue pas systématiquement ce genre de tracts par exemple ?

    http://www.abolitionistapproach.com/media/pdf/ARAA_Pamphlet_French.pdf

    ou http://vegan.fr/media/pdf/tract-emancipationanimale.pdf

    En effet, les gens ne sont pas si insensibles, mais qu’est-ce qu’on constate aujourd’hui ? : la consommation de produits animaux par personne est en augmentation parce que l’action actuelle du mouvement se concentre sur la régulation de l’industrie ou suggère aux gens de plutôt choisir des produits « heureux », qu’on peut être un omnivore consciencieux en consommant des produits animaux éthiques. Je pense que c’est vraiment problématique.

    Comme l’a dit l’elfe, l’éducation végane ce n’est pas attraper les gens dans la rue et leur dire « devenez vegan! », c’est avoir un discours cohérent pour les droits des animaux :

    c’est les amener à réfléchir que si on est contre l’exploitation animale, pour les droits des animaux, le premier droit fondamental à leur reconnaître est le droit à ne pas être la propriété de quelqu’un et que, dès lors, la meilleure chose à faire pour les aider (je pense qu’on peut tous être d’accord là-dessus), c’est de ne pas les manger, ne pas manger leurs produits, ne pas les porter, ne pas les utiliser; en gros, c’est de se diriger vers le véganisme (quand bien-même à leur rythme, ce n’est pas le problème). Quand on suggères aux gens de plutôt acheter des oeufs bio pour réduire la souffrance, c’est mentir et trahir l’objectif final de l’abolition car l’animal sera toujours exploité et la demande sera toujours là. C’est approuver la régulation de l’exploitation.

    Je suis devenu vegan avec un tract abolitionniste, ca m’a fait réfléchir au statut des animaux. Tout le monde peut réfléchir sur cette question. Penser que les gens ne sont pas capables de faire cette réflexion, je trouve ça élitiste.

    Le but de l’éducation végane c’est de planter une graine pour que les gens ne réfléchissent plus au problème du -traitement- des animaux, ce que fait la grande majorité du mouvement des droits des animaux, mais bien à leur -utilisation- en soi, qui ne peut être justifiée moralement dans notre société.

    A partir de là, les gens considèreront le problème sous un autre angle, un angle qui ne leur est jamais présenté, seront confrontés au spécisme. Pour l’instant, on ne fait jamais passer ce message, ou très rarement.

    Y aura toujours des gens qui hausseront les épaules, mais si on veut un jour abolir ce statut de propriété, changer la loi, il faut une population végane politiquement viable. Et sans promotion du véganisme comme norme minimale de décence, je vois très très mal comment y arriver.

    Tant qu’on présentera le véganisme (si on ose même le présenter) comme un « moyen optionnel » de réduire la souffrance animale au lieu d’une norme minimale de décence à adopter pour les animaux, on n’avancera pas.

    Animal Equality y arrive: ils présentent le problème du spécisme et encouragent le public à se diriger vers le véganisme (tracts, dégustation de produits vegan, stands d’information, etc..), je trouve ce groupe cohérent avec l’objectif visé: l’abolition.

    http://www.animalequality.net/about-us

  20. Tout d’abord, merci à toutes et tous pour vos commentaires. Je ne suis pas l’auteure du billet, mais je trouve que c’est agréable de lire de tels commentaires, autant que l’article, donc je remercie !

    Ensuite, il semblerait qu’on retombe à chaque fois dans le sempiternel même débat, même si Yves tente de l’élever vers la dimension politique, qui certes manque en France, et que, certes bis, L214 tente, c’est clair, de viser, avec une immense réflexion quant aux stratégies qui a été le préalable de sa campagne Monoprix. (Moi aussi je suis « une L214 ».)
    Il n’en reste pas moins que (en ce qui me concerne) :
    – je continue de m’interroger sur les conséquences de devoir remercier / féliciter Monoprix (cf plus haut le développement d’elfe)
    – tous les militant-e-s ne peuvent se sentir forcément à l’aise avec le style de messages fort peu antispéciste soudain véhiculé
    – tout cela nous mène à l’habituel fossé entre ceux que j’appelle les Théoriciens (cf « Militer permet de… ») et les gens qui se coltinent le terrain
    – mais pourquoi, finalement, ne pas imaginer que des actions puissent être complémentaires et que le parfait militant n’a pas à s’impliquer dans tous les combats ni surtout dans toutes les façons de combattre ? Il est évident que nous ne pourrons jamais tous être d’accord pour nous battre de telle ou telle façon. Et il me semble que politiser le schmilblick, c’est déjà et avant tout passer par une nouvelle (pour beaucoup d’entre nous) façon de se positionner en parlant de soi (cf les propos très pertinents d’Yves, à ce sujet). Je suis très partante pour une « pédagogisation » constante des militants, tout comme des non-militants végés et véganes, sur ce thème. Cela me paraît même primordial, en fait. Peut-être, ainsi, rien qu’en se présentant, par exemple, comme un opposant à l’exploitation animale plutôt que comme un végane, nos troupes d’activistes ne feraient que croître. Car le pb est-il que nous ne faisons pas tous pareil, ou que nous ne sommes pas assez nombreux pour nous permettre de ne pas faire tous pareil ?

  21. Tellement vrai, Sandrine ! Je ne me suis jamais intéressé à la politique justement parce que ce n’était pas un parti qui en affrontait un autre, mais chacun pour soi (ce qui, à mes yeux, ôte d’emblée toute crédibilité aux idées soutenues, qui reflètent dès lors plus d’égoïsme que d’idéologie).

  22. Zut, j’avais écrit une longue réponse ce matin, et mon logiciel a crashé, du coup, c’est perdu ! :(

    bon, je vais tenter de reprendre ; ça portait sur l’un des points abordés par elfe : ne fait-on pas de la pub à Monoprix ?

    Oui, sans doute… Si on « communique » sur le fait que Monop’ retire les oeufs en batterie de ses rayons, c’est sûr qu’on lui fait de la pub – ça m’étonnerait hélas que ça se ressente pour autant beaucoup sur son chiffre d’affaire (ce serait une bonne nouvelle !). Mais d’une certaine façon, ce ne sont pas nos affaires ; ça concerne Monop’ et ses concurrents ; je doute que à cause de notre comm’, les gens se mettent à consommer encore plus que par le passé… Par contre, ça fait avancer nos affaires, qui sont autrement moins mesquines : des dizaines de millions d’oeufs de batterie consommés en moins, et l’idée qui progresse nécessairement qu’on ne doit pas consommer n’importe quoi à n’importe quel prix moral. Même si on est loin du compte (c’est vraiment la moindre des choses que de ne pas faire torturer des poules en les enfermant dans des petites cages toute leur vie, et on est encore loin de l’idée qu’il faudrait carrément refuser tout type d’exploitation, même prétendument « bien-traitante »), on part de tellement loin dans la tête des gens, à ce propos, qu’il faut bien commencer quelque part. Reprocher de focaliser sur les oeufs en batterie, c’est un peu comme reprocher de faire une campagne spécifique sur le foie gras ; est-ce que s’attaquer au foie gras en particulier, ce n’est pas avoir un message implicite comme quoi les autres types d’exploitation d’animaux seraient moins pires (puisqu’ils ne font pas en priorité l’objet d’une campagne particulière, eux) ? Peut-être ; certainement, même. Et alors ? On ne peut pas tout faire, du moins pas tout en même temps ; si on veut remporter une victoire sur le foie gras, alors il faut focaliser sur ce thème. Si on remporte cette victoire, ça ouvre la porte à d’autres victoires : ça permet de promouvoir une campagne quasiment entièrement centrée sur les intérêts des premiers concernés, les canards (je pense que c’est une première en France, une campagne qui ne noie pas le poisson avec d’autres types d’arguments), et par voie de conséquence de casser le tabou bien français comme quoi c’est hors de question d’interdire quelque aliment que ce soit pour des raisons de considérations des intérêts des animaux…
    Bon, je me suis éloigné un peu de mon sujet premier, Monop’…
    Je crois que si on ne veut pas se « salir les mains », on se condamne à l’inactivité ou à l’inefficacité. Par exemple, je fais partie des éditions tahin party, et pour sortir des infos et des analyses des ghettos militants, on vend aussi des livres dans les FNAC et les Centres Leclerc, alors qu’on est bien évidemment contre la concentration des capitaux qu’ils représentent, et contre leur position monopolistique dans le domaine de la librairie française. Mais on a fait ce choix par désir de nous donner les moyens de toucher le maximum de gens, et pas seulement des personnes déjà convaincues, pas que des gens « politiquement corrects », pas que des militants… Quitte à cautionner en passant des entreprises qui n’ont pas besoin de nous de toute façon pour se faire de la pub : Fnac ou Monop’, pareillement, se fichent bien de nous à ce niveau-là.
    Ce qui importe, à mon avis, est moins de garder une pureté politique (« pas de contacts avec nos adversaires », ou bien « pas le moindre avantage accordé à ces salauds », pour ne pas se « salir ») que de faire avancer le rapport de force pratique en notre faveur. Pas à n’importe quel prix non plus, évidemment ; mais tout de même, ici, entre le faire de donner une nouvelle occasion à Monoprix de se donner une belle image positive (ce qu’il fait déjà sans nous) et le fait de remporter une manche qui, outre le fait qu’elle concerne des centaines de milliers de poules, peut ensuite permettre de faire plier le reste de la grande distribution, d’abord dans le domaine des oeufs en batterie, puis peut-être demain dans celui des lapins (en batterie ; mais ils constituent 99% de la prod. nationale commercialisée dans ces enseignes), puis peut-être les cochons, puis les poissons de mer, puis d’aquaculture (ou l’inverse), etc.
    Autre exemple : je suis anarchiste (eh oui !); ça n’empêche que je peux tout à fait soutenir des luttes qui réclaments ponctuellement de changer des lois, par exemple. Quelque part, ça peut sembler reconnaître le droit de l’Etat de me gouverner… Tant pis ! Ça n’empêche pas que dès que je le peux par ailleurs, je lutte contre le fait d’être gouverné, pour que l’ensemble de la population au final prenne ses affaires en mains sans représentants, et que dans la réalité je ne reconnais pas ce droit-là (de me gouverner) à quiconque, Etat ou société. Mais dans plein de cas particuliers, c’est utile concrètement de demander un changement de lois ; je le fais alors…
    Enfin, voilà, quoi, sur ce thème. Je trouve que à un moment donné, il faut se demander si on veut vraiment changer les choses, et s’en donner les moyens, même si ça veut dire ponctuellement rencontrer des intérêts qui ne sont pas les nôtres…
    On ne va pas attendre le grand soir qui annonce les lendemains qui chantent pour avancer des pions…

  23. C’est là qu’on voit la grande différence entre l’approche abolitionniste et l’approche neo-welfariste. Entre Animal Equality et L214 par exemple lorsqu’elle fait une campagne contre les œufs de batterie vendus par Monoprix. Ce ne sont aucunement des approches complémentaires comme beaucoup aiment le penser, ce sont des approches –complètement- opposées. On a actuellement un mouvement des droits des animaux dominant qui freine littéralement le véganisme.

    « je doute que à cause de notre comm’, les gens se mettent à consommer encore plus que par le passé… »

    Je pense sincèrement que vous vous bercez d’illusions : lorsque qu’un groupe des droits des animaux présente le véganisme comme un moyen optionnel de réduire la souffrance au lieu d’une norme minimale de décence à adopter, lorsqu’il fait passer le message spéciste implicite que le consommateur peut être un omnivore consciencieux et réduire la souffrance en consommant certains types de produits animaux (et nous savons tous que c’est complètement faux, c’est un mensonge qu’on dit aux gens, une trahison pour les animaux), lorsque ce groupe pense que les réformes de l’industrie n’aident pas l’industrie à prospérer ou lui fait des « dégâts » alors que le contraire a été démontré par a+b depuis 200 ans car ces réformes ne prendront jamais en compte l’intérêt des animaux mais celui de leur propriétaire, lorsqu’on s’attaque à l’industrie la plus puissante au monde sur le terrain où elle est le plus fort sans s’attaquer à son point faible, il est très clair que les 2 approches sont radicalement opposées et n’ont tout simplement rien à voir.

    L’une vise l’abolition politique à long terme par l’éducation végane, l’autre n’apporte rien d’autre que plus de welfarisme et draine les ressources de l’éducation végane.

    « des dizaines de millions d’oeufs de batterie consommés en moins »

    Et alors. C’est une victoire pour qui encore une fois : pour l’association qui peut crier « victoire » auprès de ses membres (€), une victoire pour le consommateur qui est conforté dans son idée qu’on peut manger des produits animaux à partir du moment où c’est fait humainement (après tout, c’est une association des droits des animaux qui l’a dit), une victoire pour Monoprix qui reçoit littéralement une campagne de pub gratos faite par une association des droits des animaux et peut fièrement déclarer : « Chez Monoprix, on se soucie des animaux ». Une défaite pour ? : ah oui, les animaux. Que les œufs soient de batteries ou pas, ça ne change significativement RIEN à leur calvaire et ça renforce leur statut de propriété.

    « et l’idée qui progresse nécessairement qu’on ne doit pas consommer n’importe quoi à n’importe quel prix moral »

    Le neo-welfarisme invalidé par ses propres termes : vous venez d’écrire que votre action fait progresser une idée spéciste : que l’utilisation des animaux, leur statut de propriété, de marchandises, n’est pas problématique en soi, c’est le traitement qui l’est. C’est là que je suis entièrement d’accord quand Francione dit que les associations welfaristes et neo-welfaristes n’aident pas à combattre le problème, mais qu’elles font bel et bien partie de celui-ci.

    « Reprocher de focaliser sur les oeufs en batterie, c’est un peu comme reprocher de faire une campagne spécifique sur le foie gras »

    Ce sont deux campagnes radicalement différentes : l’une se focalise sur le traitement, l’autre sur l’abolition d’une pratique (sur l’utilisation de l’animal à des fins de plaisir). Je pourrais comprendre la campagne d’abolition du foie-gras SI le message passé au public est que l’utilisation d’un animal sentient pour notre plaisir gustatif ne peut se justifier et que dès lors il faut clairement arrêter d’en acheter et SI on fait passer le message que cette utilisation en soi n’est pas différente de toutes les autres et que dès lors, si on est concerné par le problème, il faut dès lors envisager le véganisme, pas le végétarisme, pas du foie-gras bio (message clair au public, Animal Equality le fait). Si la campagne contre le foie-gras se focalise sur le traitement, ce n’est pas une campagne abolitionniste et elle sera contreproductive.

    « Je crois que si on ne veut pas se « salir les mains », on se condamne à l’inactivité ou à l’inefficacité »

    Il n’y a pas d’inactivité ou d’inefficacité dans une campagne de promotion du véganisme. J’ai du mal, beaucoup de mal à croire (en fait j’y crois pas une seconde) qu’une association abolitionniste qui utiliserait les mêmes ressources allouées à la campagne contre les œufs en batterie de Monoprix, pour faire à la place la promotion du véganisme de manière créative ne fera pas réfléchir bien plus de personnes au problème de l’utilisation, pas du traitement, des animaux et les encouragera à se diriger vers le véganisme. Et plus de vegans, c’est faire avancer le rapport politique en notre faveur et c’est aider les animaux.

    « peut ensuite permettre de faire plier le reste de la grande distribution, d’abord dans le domaine des oeufs en batterie, puis peut-être demain dans celui des lapins (en batterie ; mais ils constituent 99% de la prod. nationale commercialisée dans ces enseignes), puis peut-être les cochons, puis les poissons de mer, puis d’aquaculture (ou l’inverse), etc. »

    On plie rien du tout. On régule l’industrie, on continue à renforcer le spécisme et le statut de propriété, on continue à faire passer les exploitants pour des gens qui se soucient du bien-être, on continue à rendre le public plus à l’aise avec la consommation de produits « heureux », en espérant que ça mènera à l’abolition. Il n’y a aucune logique à ce que plus de régulation mènera à l’abolition. Ca fait 200 ans que le welfarisme fait ça, et les animaux n’ont jamais été massacrés en si grand nombre qu’aujourd’hui. Je me répète et je le pense sincèrement : tant qu’on présentera le véganisme comme un moyen optionnel d’aider les animaux, au lieu d’une norme minimale de décence si on est pour leurs droits, on n’avancera pas.

    http://fr.abolitionistapproach.com/2009/08/30/le-neowelfarisme-invalide-par-ses-propres-conditions/

  24. Je trouve que les arguments de Patrice Hermenault sont quand même très justes. Devenir vegan est loin d’être si facile que ça pour une grande partie de la population. Par contre, une fois qu’on l’est, il est aisé de le rester. Mais le processus et le résultat, ce n’est pas la même chose. On peut être immédiatement convaincu par une notion morale, mais trouver que sa réalisation demande un changement si radical qu’il dépasse nos forces. C’est complètement humain, le sentiment de difficulté (qu’il soit justifié ou pas) et la faiblesse de caractère. Nous avons tous des limites. Nous pouvons tous travailler à les repousser, mais le fait est que nous en avons tous, à des niveaux différents. Il est primordial de le prendre en compte. Sinon, on prend le risque de rebuter d’emblée beaucoup de gens, qui, même s’ils sont d’accord avec notre raisonnement, sont prêts à aller jusqu’à l’absurde ou l’irrationnel pour ne pas en assumer les conséquences (« Oui mais la viande/les oeufs, c’est bon. »).

    Je considère donc qu’une argumentation qui a des chances d’aboutir à des mesures concrètes ressemble, dans l’ordre et en gros, à ça : « Les conditions de vie des poules sont terribles. On peut se passer entièrement d’oeufs. Si vous ne vous en sentez pas encore capables, ce qui est compréhensible, faites votre possible pour prendre en compte la misère de ces êtres sensibles, tout en sachant que la vraie et la seule solution est de ne plus vous servir d’eux. Faites de votre mieux, et surtout faites de mieux en mieux en ayant toujours à l’esprit la solution réelle : l’abolition. »

    Le rôle des véganes convaincus, c’est de montrer que c’est possible, viable et aisé. De rappeler en permanence qu’il faut avoir pour horizon l’abolition, et qu’elle est réalisable. Mais en même temps, d’être tolérant envers une faiblesse humaine bien compréhensible. Faire les deux de front, c’est possible. Testez les limites de vos interlocuteurs, parlez toujours de la nature réalisable de l’abolition, mais adaptez-vous à leurs limites. Ne leur laissez jamais entendre qu’un compromis est une solution, mais montrez-leur que c’est déjà le premier pas (qu’il faut faire le plus grand possible) d’un voyage qui a une destination très claire et sur le chemin duquel il ne faut jamais s’arrêter définitivement. On peut être moralement intransigeants mais humainement tolérants, je pense même que c’est nécessaire pour être écoutés : comprendre la faiblesse des autres et montrer que nous avons été comme eux est une attitude honnête qui entraîne la sympathie. Personnellement j’arrive à comprendre que des gens soient rebutés par l’impression que nous nous prenons pour des saints qui ont tout compris à tout et font mieux que tout le monde sans efforts. Peut-être avons nous en effet compris quelque chose, mais il y a l’art et la manière de le faire savoir (par exemple « pour moi aussi c’était dur au début parce que j’adorais le fromage, mais vous verrez on finit par y arriver et alors on se sent vraiment libéré/on est fier de soi/ça devient naturel etc. »).

    Je pense honnêtement que peu d’entre nous sont devenus du jour au lendemain concrètement et complètement véganes. Il est possible d’être convaincu en une minute. Mais le réaliser concrètement nous a pris à la majorité d’entre nous, je pense, un peu de temps. N’avez-vous pas, à vos débuts, « fauté », par exemple au restaurant ou lors d’un dîner chez des amis ? On s’en veut, on sait qu’on contribue à quelque chose d’inacceptable, on se dit qu’on ne le fera plus, mais sur le coup, c’est soit accepter ce petit bout de fromage, soit devenir morose et pleurer de frustration. C’est en tout cas mon histoire, même si j’en ai honte (comme lors de la transgression de tout interdit moral) et malgré que je sois entièrement convaincue par la nécessité du véganisme. Si c’est aussi la vôtre, alors peut-être serait-il utile de vous en rappeler et de vous adapter à cette réalité que d’autres vivent à leur tour.

    Si tout le monde avait l’abolitionnisme en tête et faisait en permanence de son mieux pour y arriver, alors on passerait certes par la consommation d’oeufs de type 0, mais sans contribuer durablement à l’augmentation de cette production puisque l’on continuerait d’encourager les gens à stopper entièrement leur consommation d’oeufs. Ainsi la production passerait par une période de « moins pire » tout en s’amenuisant régulièrement et sûrement.

    Mais surtout n’oubliez pas que je suis d’accord avec vous sur un point : la nécessité de l’abolitionnisme devrait être systématiquement et mille fois plus mise en avant. Mais je trouve que c’est humain d’avoir besoin d’étapes pour y arriver, surtout quand le changement est aussi radical par rapport au comportement majoritaire. Vous le dites vous-mêmes, les gens changent leurs habitudes plus ou moins vite, même en ayant le même degré de conviction. C’est une réalité. Si nous la prenions plus largement en compte, peut-être parviendrions nous à mettre plus de gens sur le « droit chemin ».

    • C’est justement parce que devenir végane PARAIT difficile qu’il faut montrer aux gens qu’il n’en est rien. Car franchement devenir végane n’est pas difficile. Les gens ne deviennent pas véganes parce qu’ils ont peur de le devenir.

      Je ne suis pas d’accord avec un tel discours pour les oeufs. Parce qu’il présente le véganisme comme quelque chose de difficile, de quasi impossible, réservé à une élite… Tout le monde peut être végan. Je ne veux pas mentir aux gens en leur disant qu’il est difficile de se passer d’oeufs. Quant à dire aux gens qu’ils doivent faire de leur mieux en ayant à l’esprit que la solution est l’abolition, encore faudrait-il qu’ils en soient convaincus. Or, ils n’en seront jamais convaincus tant qu’ils penseront qu’il est difficile/impossible de vivre sans produits animaux.

      Je ne comprend pas pourquoi ces histoires de « faute » au restaurant ou du temps qu’on a mis ou pas à être véganes. Ce n’est vraiment pas le sujet. J’ai mis plus d’un an à être végane et les premiers temps j’ai fait quelques exceptions, et en plus je connais des véganes qui en font parfois, franchement je ne vois pas ou est le problème. Je ne comprend pas cette idée selon laquelle l’éducation végane consisterait à dire aux gens « devenez véganes, et tout de suite, et sans exception ». Ce sont aux gens de devenir végane, pas à nous de  véganiser les gens. C’est leur décision. On a simplement à leur faire comprendre que c’est possible et beaucoup plus facile qu’ils ne se l’imaginent. Le reste ça les regarde, c’est pourquoi il est primordial de croire en eux. Je crois en l’éducation végane car je vois que les gens sont sensibles. Le problème c’est qu’on arrivera jamais à les aider à se mettre sur la voie de l’éthique si on leur présente ça comme quelque chose de très difficile.

  25. Vous dites d’un côté qu’il est facile de devenir végane et de l’autre qu’on peut mettre des années à le devenir, je trouve quand même que ça montre que le processus concret n’est objectivement pas si facile… Mais une fois ce processus réalisé, une fois de nouvelles habitudes mises en place, il en est effet facile pour n’importe qui de le rester. C’était bien ce que je voulais dire, il est normal que les gens que l’on tente de convaincre aient besoin pour une période temporaire de se raccrocher à quelque chose de « moins pire ». Je n’ai justement jamais dit qu’il fallait que les gens « deviennent véganes, tout de suite, et sans exception », c’est bien le contraire que je demande ! Mais j’ai pourtant l’impression que dans votre refus de parler des compromis temporaires (oeufs type 0 etc), le message que vous envoyez aux gens est justement qu’il n’y a pas de compromis possible, même temporairement. Moralement il n’y en a pas, mais humainement il est naturel d’avoir besoin de faire quelques compromis temporaires, comme nous l’avons fait nous-mêmes. Si les gens ont peur de devenir véganes, je ne pense pas que ce soit tellement parce qu’ils ont l’impression que c’est la galère au quotidien (à mon avis le simple fait que nous continuons de l’être sans problème prouve que non, et plus nombreux nous serons plus ce sera prouvé), mais parce que ça leur demande (moralement) d’abandonner d’un coup d’un seul une énorme partie de ce qu’ils aimaient manger (alors que même nous en général ne l’avons pas fait d’un coup d’un seul). Si on leur laissait entendre qu’y aller progressivement est une solution à cette peur, peut-être que ça les rassurerait et qu’ils commenceraient à travailler à devenir véganes.

    Je pense vraiment qu’il est tout à fait possible d’être entièrement convaincu par une idée morale tout en trouvant difficile de la réaliser concrètement. Par exemple je suis convaincue que partir vivre une vie simple dans une petite maison de campagne avec mon propre jardin et une consommation énergétique minime serait moralement une des meilleures choses que je puisse faire, pourtant à l’heure actuelle je n’ai pas la force de le réaliser. Ca demande trop de changements d’un coup alors que je ne suis pas encore prête à abandonner ma vie actuelle. Devenir végane c’est pareil (et non pas l’être une fois qu’on a réussi à le devenir au bout d’une ou plusieurs années ; une fois que je serai bien installée dans ma petite maison de campagne il n’y aura plus rien de difficile dans le fait d’y résider, par rapport à la difficulté de faire le choix d’abandonner le confort, le matériel technologique, un abandon qui peut aussi se faire progressivement). C’est objectivement un changement énorme dans notre société actuelle. Je pense qu’affirmer le contraire c’est en quelque sorte nier la réalité, du coup les gens ne nous entendent pas, parce que même s’ils voient que notre mode de vie n’a rien de compliqué, ce mode de vie est objectivement très éloigné du leur, et choisir le même mode de vie leur demanderait objectivement un gros effort de volonté sur le coup. Et aider les gens à faire cet effort en le répartissant dans le temps, c’est leur parler des compromis temporaires associés à la réduction progressive de leur consommation des produits animaux.

    Donc, je crois en la capacité de tous de devenir vegan, mais je comprends que ce soit dans notre société actuelle un choix difficile à faire. Il faut que les gens sachent qu’y aller progressivement est acceptable et que nous l’avons presque tous fait ainsi. D’un autre côté, plus on est convaincu par la nécessité du véganisme, plus ce choix est facile à faire, donc l’éducation végane est en effet primordiale.

    Un autre exemple : est-ce que dans vos études vous n’avez pas eu un jour un prof qui vous énervait terriblement parce que quand vous n’arriviez pas à faire un exercice, il vous disait « c’est facile, pourtant ! » ? Rien de plus énervant : ça nous fait nous sentir stupide et ça nous démotive, alors que s’il nous aidait étape par étape en étant compréhensif face à nos difficultés on serait tout à fait capables de le faire, cet exercice. Est-ce que ce n’est pas un peu la même situation quand on dit à des gens qui trouvent le véganisme trop difficile comme choix « c’est facile, pourtant ! » ? Y aller par étapes et se sentir compris quand on trouve quelque chose difficile, ça aide beaucoup. Il ne s’agit pas de « véganiser » les gens, il s’agit de leur donner des pistes pour les aider à réaliser concrètement leur conviction morale. Bien sûr il faut donc à la base être convaincu au moins par l’idée. D’où la nécessité de l’éducation végane.

    Donc concrètement je ne participerais pas à une action militante si la consommation d’oeufs de type 0 apparaît comme une fin en soi. Mais je participerai à une action militante si le noyau de l’action est l’éducation végane associée à une sensibilisation à une consommation plus éthique pour la période de transition tout en encourageant à la diminution progressive de cette consommation. Peut-être que si on faisait une action d’éducation végane sans parler des compromis temporaires, on parviendrait à convaincre une personne de passer quasiment du jour au lendemain au véganisme, alors que si on avait parlé des compromis temporaires, cette personne aurait continué un peu plus longtemps à consommer au moins quelques oeufs type 0. Mais je pense qu’en associant éducation végane et présentation des compromis temporaires, on parviendrait à sensibiliser beaucoup plus de personnes qui se mettraient au moins sur le chemin du véganisme. Après c’est à nous de continuer à être présents dans leur vie pour que tout au long du processus elles n’oublient pas la finalité de leur début d’action : l’abolition.

    • Bien sur, mais c’est dans la tête que c’est difficile. Le reste est très facile. Si on met des années à devenir végane c’est qu’on est pas prêt, ce n’est pas du tout un problème matériel et concret d’accès à la nourriture. Car dans notre société on a de la nourriture à ne plus savoir qu’en faire, et en plus la nourriture végane n’est pas chère. C’est un blocage dans la tête… Le problème c’est qu’en présentant le véganisme comme quelque chose d’extrême et de difficile, on augmente encore – voire on créé – cette résistance chez les gens. Encore une fois, tu dis « ça leur demande (moralement) d’abandonner d’un coup d’un seul une énorme partie de ce qu’ils aimaient manger » Mais qui le leur demande? Eux-même? Toi? Moi? L’important c’est ce qu’eux veulent. tu dis aussi « Il faut que les gens sachent qu’y aller progressivement est acceptable et que nous l’avons presque tous fait ainsi. » Mais pourquoi penseraient-ils que ce n’est pas acceptable? Surtout si on ne fait que leur proposer des alternatives… A priori c’est leur choix… Bien sur il y a des façons de communiquer, et c’est drôle que tu dises ça (et ça montre que c’est pertinent, aussi) parce que je disais justement: Il faut faire comprendre aux gens que c’est facile MAIS il faut aussi leur faire comprendre que tu comprends que ça puisse leur paraitre difficile. Donc oui, se contenter de dire « c’est facile » est un piège (sous entendu vous êtes nuls parce que vous y arrivez pas… ou alors les gens vont juste penser que tu ne les comprends pas et que donc ce n’est pas pour eux) Mais il faut leur faire comprendre que, même si tu sais et que tu comprends que ça leur parait difficile, c’est plus facile qu’ils ne se l’imaginent. Mais même si ça leur parait difficile, tant qu’on ne fait que proposer quelque chose, tant que les gens ne se sentent pas agressés ou culpabilisés ou montrés du doigt, tant qu’on arrive à les intéresser sans leur dire « devenez véganes », il n’y a aucun problème avec le fait que ça leur paraisse difficile.

  26. Je crois qu’au fond on est d’accord…

    Il doit y avoir un juste milieu entre présenter le véganisme comme extrême et difficile, et le présenter comme facile et évident. Certains aspects du véganisme sont difficiles (faire le choix de se différencier du reste de la société, trouver la volonté de changer entièrement ses habitudes alimentaires), d’autres sont très faciles (avoir accès matériellement et financièrement aux aliments, aux informations). Le blocage est en effet « dans la tête », pas dans les conditions matérielles. Je l’ai déjà écrit d’ailleurs dans un article, en général le seul véritable obstacle ce sont les gens eux-mêmes, et il faut le leur montrer (il n’y a pas d’excuse de santé vraiment valable, d’excuse environnementale, économique ou que sais-je encore). Mais même si ce n’est « que » mental, ça peut être un obstacle très important qu’il faut prendre en compte et essayer de dépasser en douceur, en rassurant les gens.

    Et il me semble que toute attitude qui ne prône (volontairement ou pas et même seulement en apparence) que le « tout ou rien » n’est pas une attitude apte à rassurer les gens et à les amener doucement mais sûrement sur la voie du véganisme. S’ils ne se sentent pas capables du « tout » alors la plupart ne feront « rien ». Mais si les véganes eux-mêmes montrent clairement qu’une période de transition est possible et qu’en tant qu’êtres humains compréhensifs nous admettons que cette période soit nécessaire à certains, je pense sincèrement que notre message touchera plus de monde. La majorité des gens veulent sincèrement faire bien. Il faut d’une part leur montrer très clairement ce qu’est ce « bien » (être végane pour l’abolition et seulement pour l’abolition) et d’autre part leur pointer du doigt des chemins praticables pour y accéder à terme sans trop de difficultés (« manger de moins en moins d’oeufs et seulement des oeufs de type 0 » comme chemin de rando que tous peuvent d’emblée commencer à emprunter plutôt que tout de suite l’ascension du pic du Mont-Blanc du « 0 produits animaux » que peu ont la force de tenter d’emblée, même s’il faut absolument toujours l’avoir devant les yeux comme objectif ultime).

    Or il me semble évident (mais peut-être que je me trompe ! ce n’est que mon impression) qu’il va falloir un bon bout de temps à l’humanité avant que l’attitude végane devienne au moins une majorité puis une norme. Je trouve que c’est réaliste de dire ça. Je pense sincèrement qu’on peut y arriver, mais que ça va être long. Donc, si on prend en compte la difficulté que c’est à l’heure actuelle pour n’importe qui de passer d’un coup au 100% végane (façon de parler puisque c’est concrètement impossible mais on se comprend), il y aura forcément une très longue période de transition avec (je l’espère) diminution très progressive mais régulière de la production animale. C’est pourquoi développer ou encourager malgré tout les élevages vraiment beaucoup plus éthiques me semble nécessaire, pour limiter les dégâts durant cette période, tout en gardant en tête que ces élevages « éthiques » devront aller sans cesse vers une moindre productivité jusqu’à la disparition. Leur fonction n’est pas de remplacer l’élevage industriel en quantité, mais de prendre le relais sur le chemin de la diminution jusqu’à l’abolition. Je sais que ça peut être une aberration de parler d’une production vouée à la baisse vu le système économique actuel, mais vu que cette diminution sera progressive, il me semble que les producteurs auront le temps de se diversifier puis de se reconvertir dans une activité 100% végane.

    Tout ça pour dire que si mon raisonnement tient la route, il existerait bien une manière très spécifique d’encourager la production animale éthique sans jouer contre l’objectif abolitionniste : en envisageant cette production éthique uniquement comme une transition nécessaire face à la difficulté (mentale mais réelle) de passer du tout au rien d’un seul coup, et comme une production vouée d’emblée à disparaître.

    • il n’y a pas de production animale éthique aujourd’hui en europe. Appeler les oeufs en plein air « production éthique » est à mon sens une grave erreur. « Un peu moins contraire à l’éthique », peut-être… Mais la différence est mince. De plus il ne s’agit pas vraiment d’un juste milieu entre présenter le véganisme comme extrême et de le présenter comme facile. Il s’agit de faire comprendre aux gens que le véganisme est facile, tout en leur montrant que l’on comprend en quoi il peut paraitre difficile et extrême. C’est assez différent.

  27. J’aurais juste dû mettre des guillemets à chaque fois mais oui, une production animale éthique ça n’existe pas. Par contre il y a réellement des degrés dans le contraire à l’éthique… Même si le « vraiment moins contraire à l’éthique » est aujourd’hui très rare…

    • oui il y a des degrés, enfin je pense qu’on peut dire ça. Par exemple je préfèrerais être un animal chassé qu’un animal d’élevage… mais après il ne faut pas non plus les surévaluer, d’autant plus que parmi toutes les horreurs que l’on fait subir aux animaux, il devient très difficile de savoir ce qui est pire ou moins pire. Est-ce que le calvaire de la vache laitière en stabulation est pire ou meilleur que celui de la poule pondeuse plein air? et si on compare le transport et l’abattage d’un cochon bio, habitué au grand air, sa détresse  est-elle plus grande ou moins grande que pour un cochon industriel habitué au confinement et au bruit, et peut-être même à la terreur elle-même?

      Je pense qu’on doit encourager toute action en faveur des animaux, même celle des gens qui se préoccupent de la provenance de leur viande (ce qui est déjà rare). mais je ne pense pas qu’on doive dépenser trop d’énergie pour ça, ni être hypocrites (genre « holala c’est super ce que tu fais »). Il serait contreproductif d’envoyer balader les gens parce qu’ils ne choisissent pas tout de suite de devenir véganes…

  28. une très belle analyse que je partage presque entièrement (à l’exception de ce passage) : « On ne doit pas leur mettre sous le nez des images d’animaux morts sans qu’ils l’aient demandé, car, qu’on le veuille ou non, c’est une agression et cela tend à les culpabiliser, or ils culpabilisent déjà. »
    Il n’est pas forcément question de faire culpabiliser les gens – dont une part non négligeable est incapable de culpabilise, j’aime trop la viande, le foie gras sonne est l’argument massue – mais de leur faire prendre conscience d’une réalité effroyable. J’ai vu, il y une vingtaine d’années un reportage de la PMAF, sans lui, je ne serais peut-être pas un militant de la cause animale. Bravo pour cette brillante analyse, en tout cas, mais il semblerait que nous soyons peu nombreux à la faire.
    Dom

  29. bonjour Elfe, tu as écrit :
    « Oui, j’ai été mise au courant de cette action et j’ai essayé de discuter avec les organisateurs pour tourner ç!a d’une façon un peu plus positive et constructive. Non pas qu’ils ne m’aient pas écouté, mais ils n’ont pas été d’accord avec mon avis. Et je trouve que, même si ça a le mérite d’être abolitionniste, ça risque de ne rendre personne végane… :/ a quoi sert de protester contre l’ordre établi sans proposer d’alternatives… J’espère que ça donnera quelque chose, mais je suis sceptique. »

    Je me souviens de mail que nous avons échangé mais j’avoue humblement ne pas y avoir vu des propositions d’alternative ou je n’ai pas bien compris.

    Bien sûr que des alternatives existent dans notre façon de consommer, …Le veganisme, si on y arrive, modifiera en profondeur le comportement de l’être humain dans sa façon de vivre, de sa relation aux autres. Nous devons travailler sur ce point.
    Dom

    • Salut dom. J’ai pas trop le temps de relire les mails (je te réponds un peu en coup de vent), mais je pense que j’ai du mal m’exprimer. En fait julie voulait faire un truc festif et tu lui as dit que c’était pas vraiment l’idée; moi j’avais proposé (mais peut-être que j’ai pas été assez claire, je me rappelle plus) de faire plutôt un truc non pas festif mais quand même d’informer sur les alternatives a l’utilisation d’animaux, mais comme tu m’as dit qu’on faisait déjà de l’information et que tu trouvais que ça ne marchait pas, je n’ai pas insisté.

      Cela dit, après l’échange que j’ai eu avec Yves ici, je comprends un peu mieux ton point de vue. Et c’est vrai que comme il a été dit dans les coms, il est nécessaire de protester maintenant et pas de se contenter de dire aux gens de devenirs vegans. Mais je pense quand même qu’on a pas fait assez d’information, ou qu’on l’a mal fait. Bien sur tu as plus d’expérience que moi. Mais en tous cas en ce qui me concerne je pense que je n’ai pas assez essayé d’informer les gens sur les alternatives et j’ai beaucoup d’espoir dans cette démarche.

  30. Bonjour,

    Je suis un tout jeune militant dans la PA et n’ai pas le dixième de l’expérience de n’importe laquelle des personnes ayant jusque là participé à la discussion. Mais je suis tout de même frappé en lisant les diverses publications animalistes que la plupart des actions actuelles (je participe tant que je peux à celles de L214 entre autres, association envers laquelle je suis très admiratif) ont été lancées voici 10 ou 20 ans, sans progrès sensibles du point de vue abolitionniste. Même si je suis conscient qu’en s’engageant dans la PA, il faut s’attendre à devoir « tenir » plusieurs décennies avant de voir les premières réalisations concrètes sur un plan politique/législatif.

    Concernant le débat entre la recherche d’avancées concrètes sur le plan social/économique et l’éducation au véganisme, je vois mal comment on peut dissocier les deux. Je comprends tout à fait avec Yves la nécessité d’avancées progressives servant de tremplins aux suivantes, mais une fois que nous les auront obtenues, on fait quoi ? On fait quoi une fois que toutes les poules pondeuses sont en plein air, une fois que des petits malins ont trouvés le moyen de faire grossir les foies sans gavage, s’il n’y a pas une population végane suffisante pour réclamer le passage à de vraies mesures abolitionnistes ? Toutes les campagnes actuelles ont une chance d’avancer parce qu’elles peuvent avoir le soutien d’une population welfariste, mais ensuite ?

    Pour l’éducation au véganisme : je n’ai malheureusement pas pu être présent à la manif de samedi pour cause de méchante fièvre, mais en voyant la vidéo je comprends que je ne me serai pas senti à ma place. Pourtant je suis à 100% d’accord avec le message, et je connais l’engagement total et la sincérité des personnes qui étaient présentes. Mais la seule présence de slogans du type « omnivore c’est la mort », et l’absence d’une vision positive d’une alternative à côté de la présentation lugubre de la réalité (ce qui ne veut pas dire que la réalité ne doit pas être présenté ainsi puisqu’elle l’est, mais qu’il faut y associer autre chose) annihile à mon avis la perception du message.

    J’essaie de me remettre dans mon esprit d’omnivore d’il n’y a pas tant d’années que ça, qu’aurais-je pensé ?
    – je me sens jugé et insulté pour quelque chose à laquelle je n’ai jamais pensé, qui n’est même pas de l’ordre de l’existant pour moi (même si je sais maintenant que c’était en germe depuis longtemps) ; je me sens insulté, traité d’assassin, pour quelque chose dont je ne suis pas coupable puisque c’est de l’ordre de l’impensé ; des réactions de défense se mettent en place, je ne suis plus du tout disposé à recevoir le reste du discours ;
    – on me dit que le carnisme c’est le mal, sans me dire que ce n’est pas une fatalité et qu’on peut vivre autrement, sans me proposer quelque chose de concret = « ces gens-là planent totalement » ;
    – « ces gens-là ont l’air parfaitement lugubres, ça doit pas être cool d’être végétaliens, j’ai pas envie d’être comme ça » ;
    – je suis abreuvé d’images sur les malheurs du monde humain, et ces gens me parlent de ceux des animaux alors même que jamais personne ne m’a expliqué les rapports entre les deux, ils peuvent pas s’occuper de vrais problèmes plutôt que jouer les amis des bêtes ?

    Je ne pense pas, au vu des insultes qu’on se prend pour la moindre petite action un peu abolitionniste mais pas trop, être trop loin de la réalité de ce qu’il se passe dans la tête de pas mal de gens.

    Une action efficace devrait s’attacher à désamorcer autant que faire se peut ces représentations, réussir à commencer quelque chose dans l’esprit de l’omnivore moyen, qui fera son chemin parmi tous les obstacles qu’une éducation spéciste y a placé, sans en ajouter d’autres :

    – D’abord ne parler *que* des animaux, ne pas donner lieu à disgression ou réaction négative sur des sujets accessoires. Donc *aucun* message concernant les omnivores (de toute façon quelqu’un qui commencera à faire les liens pertinents comprendra lui-même ce qui a cloché dans son passé d’omnivore sans qu’on ai besoin d’appuyer lourdement). Et aucun message concernant le veganisme non plus, le but n’étant pas de propager un style de vie (ce qui n’aurait d’ailleurs aucun sens au cas où l’animalisme serait destiné à devenir la norme sociale dans le futur), et le risque étant de sous-entendre que passer à l’animalisme = entrer dans un petit groupe fermé (c’est concrétement le cas, mais c’est plus un effet malheureux de notre petit nombre actuel que la volonté d’appartenir à une élite, la subtilité n’étant pas forcément perçue immédiatement de l’extérieur). En revanche, lorsqu’on parle des animaux, ne pas édulcorer.

    – Accompagner systématiquement le discours forcément choquant sur les animaux d’un discours positif et attirant sur les alternatives et leur viabilité (sans tomber dans le travers « c’est bon pour votre santé et votre ligne », encore que ça peut être un discours bienvenu pour les gens qui auront ensuite à justifier leur changement d’alimentation auprès de leurs proches, dans les premiers temps).

    – Elargir secondairement le discours aux conséquences du spécisme dans la société humaine.

    À partir de là on peut associer un visuel très fort et sombre sur les conséquences du spécisme, et quelque chose de beaucoup plus festif et coloré pour ce qui est de proposer les solutions.

    Animal Equality a effectivement l’air d’être bien avancé sur cette réflexion.

    Lauren, qu’envisagiez-vous de votre côté ?

    • Merci pour ton point de vue, je suis assez d’accord avec ton approche. Je suis assez choquée par le slogan « omnivore c’est la mort ». Non pas que ce soit faux, là n’est pas la question, mais c’est contre-productif. L’effort d’empathie que tu fais, quand tu essaies d’imaginer comment tu réagirais si tu étais omnivore, est, je pense, une partie importante du travail de militant. (même sil faut aussi garder à l’esprit que les réactions sont variées). Les gens se sentent agressés tout simplement parce que nous les agressons, y compris quand ce n’est pas ce que nous cherchons à faire. Je pense que ces agressions sont d’ailleurs injustes à l’encontre de gens qui, certes ont un comportement néfaste en terme de conséquences, mais ne font rien d’autre que ce qu’ils ont toujours fait, et perpétuent ce qu’ils ont appris, comme tout humain (même les vegans, car même réfléchir et se remettre en question sont des choses qui s’apprennent d’une façon ou d’une autre).

  31. Juste un petit mot ; je suis désolé de ne pas répondre plus ; j’ai des pbs d’internet et je viens de mettre deux heures à relire tous les commentaires ici.

    Je trouve que les discussions sur lesquelles portent les commentaires illustrent bien l’énorme difficulté que nous avons à nous décoller de l’idée qu’il nous faut convaincre les gens uns à uns. Quasiment tout le débat, dans les commentaires, porte sur quel message donner aux gens !!!

    Pourtant, le débat initial partait de l’action Monoprix ; je le redis : l’action Monoprix ne visait pas particulièrement à délivrer un message aux gens ; certes, c’est tant mieux quand on peut toucher les gens dans la foulée de l’action, mais c’est anecdotique. Si en passant, on peut parler des animaux aux gens, c’est très bien ! Mais le but est de faire plier Monoprix. Pas d’« éduquer » ni même d’informer les gens. Pas dans ce type d’action !

    Je fais aussi des actions qui s’adressent aux gens : des actions pour l’abolition de la viande, des actions contre le spécisme, pour l’égalité animale ; des présentations/débats, des actions « sang des bêtes » (si vous ne connaissez pas, tapez dans un moteur de recherche ou regardez sur le site animauzine.net : ce sont des actions « contre le spécisme et pour l’abolition » qui ont été assez suivies à une époque), des articles, etc. Je ne parle d’ailleurs pas systématiquement de végétarisme ou de végétalisme dans ce type d’actions, parce que ce n’est bien souvent pas nécessaire ; les gens en viennent généralement naturellement d’eux-mêmes à devenir végétariens ou liens. Et ce n’est pas ce qui importe ; ce qui importe est qu’ils deviennent militants contre l’exploitation animale, qu’ils aient une claire conscience non seulement de son « inacceptabilité », mais aussi du fait qu’il s’agit d’un fait politique qui concerne une société tout entière, qui doit être combattu politiquement, à l’échelle d’une société de dizaines de millions d’individus (pour se cantonner à la France). Le reste arrive de surcroît, et insister dessus à mon avis peut même carrément se montrer contre-productif – en laissant croire que le but serait que chacun change son mode de consommation dans son coin, au lieu que ce soit que la société change.
    Cf. par exemple ce fil de discussions, sur le blog de Sandrine :
    http://afleurdeplume.over-blog.com/article-efficacite-96167452-comments.html#anchorComment

    Je fais des actions qui s’adressent aux gens ; parce que c’est nécessaire, évidemment. Mais il est nécessaire aussi de faire des actions qui visent à changer la culture générale, à changer les institutions, etc. Ce sont des choses différentes, qu’ici tout le monde ou presque semble confondre. Ou plutôt, personne (ou presque) n’accorde d’importance à la seconde catégorie d’actions, et quasi tout le monde retombe longuement dans des considérations mille fois discutées, sur la meilleure façon de s’adresser aux gens, de « les rendre véganes ».

    Quand je fais une présentation/débat, par exemple, il m’importe plus que l’info soit diffusée dans les média et sur le net que le nombre de personnes qui vont venir ; parce que l’impact a beau être plus diffus, je pense qu’il est à terme plus important. Je ne peux guère le prouver, mais il me semble qu’une société évolue essentiellement par diffusion culturelle (politique)… Ceci dit, les travaux de sociologie des changements culturels vont dans ce sens.

    Le gros problème du véganisme, ou du végétarisme (en tant qu’idéologies), c’est qu’ils squeezent (écartent, aveuglent, empêchent de considérer) les autres façons de faire. Et qu’à mon avis, ils ne constituent pas les façons les plus percutantes de changer le monde. La façon que pour l’instant pour ma part je pense la meilleure est de faire comprendre aux gens que la question animale est une question morale fondamentale, au même titre que des questions humaines similaires ; qu’elle est donc une question politique au même titre. Quand on parle d’abolition de la viande (rien que le fait d’en parler !!!), c’est ce qu’on fait ; l’impact est considérable dans la tête des gens : ils comprennent immédiatement que des personnes considèrent la question animale comme une question justiciable d’une réponse de l’ensemble de la société, et d’une réponse catégorique, radicale.

    Nous ne travaillons pas pour le court terme ; mais nécessairement dans le long terme ; tout événement public (médiatique, dans la rue, etc.) qui remet en question le spécisme, ou même simplement les aspects les plus extrêmes du spécisme (comme une action « anti-oeufs en batterie » – mais de toute façon, comme je l’ai dit, ce n’est pas là je pense le but non plus des actions « Monoprix »), du fait qu’il est public, a un impact très différent d’une simple communication inter-personnelle. Et les modifications culturelles sont très importantes. Par exemple, dans le texte d’appel à une manif mensuelle contre l’exploitation animale, il est dit qu’il n’y a pas eu de progrès depuis belle lurette : mais le fait que le tabou sur la question animale soit tombé, et dans le même temps le tabou sur le végétarisme, le tabou sur la viande, le tabou maintenant sur l’abolition de la viande, c’est quelque chose d’énorme, qu’on n’osait pas imaginer il y a vingt ans, ni même vraiment il y a dix ans ! ça ne change pas grand chose pour l’instant pour les animaux, mais c’est pourtant à mon avis le meilleur encouragement qu’on ait depuis plus d’un siècle et demi que le mouvement animaliste existe ! Ça laisse espérer qu’un jour l’opinion puisse vraiment basculer. Ce n’est pas quelque chose d’individuel, c’est quelque chose de sociétal, qui n’a pas (ou peu) été obtenu en convaincant des gens autour d’une bière ou d’une tasse de thé, mais en faisant du bruit médiatique, en publiant des livres, des articles, en organisant des débats ou des colloques, en rendant publique une opposition, etc. Il me semble que c’est ce « bruit » qu’il nous faut surtout organiser sans relâche.

    • Salut Yves, côté connection j’ai aussi quelques problèmes, j’ai un accès difficile en ce moment. Ce que je ne comprend pas dans ce que tu dis, c’est : comment combattre une industrie puissante et rentable sans changer la demande? Les industries ne sont pas idiotes, elles savent bien jusqu’où céder sans que leur chiffre d’affaire en pâtissent, non? Car c’est la seule chose qui les préoccupe. Et ce ne sont pas deux pelés et trois tondus qui vont renverser l’industrie des animaux, car regardons les choses en face, nous sommes très peu nombreux à nous soucier de leur sort. J’ai aussi l’impression qu’en dénonçant la viande dans une société qui en est (ou s’en croit) si fortement dépendante, c’est renforcer le tabou. Même si ce n’est pas sur la conversion individuelle qu’il faut compter, mais sur une communication plus large, en ça je te suis complètement, les réactions individuelles donnent des indices précieux sur les réactions des gens à plus grande échelle. Et j’ai souvent remarqué que les gens se sentent culpabilisés, agressés et se ferment au message. Ce qui est d’autant plus facile quant on à affaire à une poignée de hippies à banderoles (je caricature… mais les gens le font encore bien davantage, du reste). Faire des stands n’est évidemment pas le seul moyen d’action possible, je pense aussi qu’il est très important d’être le plus présents possible dans les médias en général. On a vu des affiches dans le métro contre l’abandon, pourquoi pas demain contre l’exploitation des animaux et pour le véganisme? Je pense aussi que le véganisme ne règlera pas tous les problèmes et qu’il y a beaucoup de solutions à beaucoup de problèmes. Mais même si le véganisme en lui-même ne change pas le monde, il fait partie de la solution, il est nécessaire mais non suffisant.

  32. Bonjour,

    Je comprends tout à fait la préoccupation de Yves d’élever le débat au plan politique et médiatique. Mais je me demande si tu ne sous-estimes pas l’importance des individus sur ce terrain. Parce qu’au final, les gens qu’ils faudra convaincre de prendre certaines décisions qui feront avancer les choses, ce sont des élus, des journalistes, des dirigeants d’entreprises, des consultants… brefs des individus. Et un (une) élu, un journaliste, un dirigeant, etc., qui passe devant un message mal calibré et vécu pour lui/elle comme agressif et coupé des réalités (y compris par simple négligence de notre part), c’est un relai de perdu, probablement définitivement. Nous n’avons pas suffisamment de relais dans la société pour nous permettre de les gaspiller.

    De plus, lorsqu’il s’agira de prendre les décisions, il faudra que ce soit poussé par un discours porté par un nombre conséquent de personnes, médiatique, politique, scientifique, et tout simplement par la présence dans la rue. Là aussi c’est une question de nombre, il n’est pas nécessaire d’être majoritaire pour porter un progrès, mais peut-être une personne sur 5.000 ou 10.000 en comptant les sympathisants (et en étant optimiste) c’est un peu court.

    Vraiment, je pense comme toi que toute action politique ou médiatique doit être pensée aussi en terme d’éducation du public ; mais que parallélement toute action d’éducation/d’interpellation doit être pensée en terme de préparation à la réception de notre message, des arguments animalistes. Pas forcément sur un plan purement rationnel, on peut taper fort sur la souffrance et la mort des non-humains, mais en ayant comme préoccupation seconde (juste après les animaux) de ne pas nous aliéner le moindre membre du public qui serait susceptible d’être sensible au message. Parce que c’est peut-être ce membre-là qui fera un jour pencher un peu plus le rapport de force.

    Maintenant, des exemples d’actions que je trouve intelligemment réalisées :
    http://www.beveg.ca/about-the-campaign.php, ma préférée. Ils ont affiché les trois panneaux dans le métro à Toronto, imaginez l’impact sur les supports de la ratp !!! Couplé à un programme d’animations de rue, de débats/colloque, d’interventions médiatiques, de publications… on n’aura jamais autant parlé de l’animalisme que pendant ces quelques mois de campagne.
    http://www.animalequality.net/actions
    http://www.flickr.com/photos/igualdadanimal/6653987997/in/photostream
    http://www.flickr.com/photos/igualdadanimal/6647954999/in/photostream
    http://www.flickr.com/photos/igualdadanimal/6648184551/in/photostream
    http://animaux.l214.com/manifestations/2011/09-24-animaux-morts-en-elevage/02-animaux-morts-en-elevage-24-09-2011

    Dans toutes ces actions il y a des images et un discours sans concession, mais toujours une ouverture sur quelque chose de positif. Les vêtements des militants ne sont pas noir, les visuels pas monochromes, et on compte autant sur le plaisir gustatif que sur le discours et les images désagréables pour prouver aux gens qu’une autre façon de vivre est possible et souhaitable… D’ailleurs les animaux présents sur les stands d’animal equality sont vivants et beaux. Et beaucoup de créativité. Et surtout, surtout, on tape sur les représentations sociales, mais jamais sur les omnivores. Et ce n’est pas juste un détail.

    Les gens qui évolueront sont des gens qui, par définition, sont capables de se remettre en cause. Il n’est pas utile, et il est même à mon avis nuisible, de vouloir forcer une évolution intérieure. Mais on peut donner aux gens les moyens de se remettre en cause, les bonnes infos et les idées qui pourront les sortir du carcan du carnisme.

    Pour le fait que le tabou sur la question animale soit tombé, j’ai honnêtement des doutes, par rapport à ma toute petite expérience personnelle. Avant d’intégrer les assos de PA je n’avais jamais entendu parler d’animalisme ou de spécisme, pourtant je lis pas mal et un peu de tout. Les gens à qui j’en parle tombe des nues, j’ai une réputation de martien (tout vert, bien entendu). Si on ne cherche pas spécifiquement ce genre d’informations, la seule chance d’en entendre parler est de croiser un jour un vegan et que la discussion tombe sur le sujet, c’est-à-dire statistiquement, hem… Par contre on parle de la réduction de la consommation de viande, pour la santé et la planète, mais attention, « pas question bien sûr d’arrêter totalement d’en manger ».

    • C’est vrai. Une personne végane peut faire beaucoup autour d’elle. Un scientifique végane, un vétérinaire végane, un journaliste, un médecin, un vendeur dans un magasin bio, ou même une esthéticienne qui sensibiliserait sa clientèle au problème des produits testés sur les animaux… Et que dire d’un politique… Ce n’est pas une fin en soi, mais ça aide à faire passer le message à une plus large échelle, ça fait avancer le mouvement. Car c’est un mouvement, et non pas des gens qui mangent du tofu.

  33. Pour l’action à Toronto : la phrase qui suit est à lire au conditionnel, sur ce que nous pourrions faire (peut-être) à Paris. Ce n’est pas une description de ce qu’ils ont fait à Toronto. Mais disons que je pense que ce que nous pourrions faire c’est viser la complémentarité et la cohérence entre les actions, qui se répondraient, avec un calendrier. Et avec derrière, en amont, pendant et en aval, un travail de contact aux plans médiatique et politique. Enfin, ce sont juste des propositions en l’air…

  34. Ping : Débat: faut-il réformer l’industrie? | Les Questions Composent

  35. Je voulais savoir ce que peuvent faire les travailleurs à une abeille dans sa vie de telle sorte que c’est -il pas de suite qui ne pouvaient pas offrir une réponse pointilleux .

  36. Bonjour.
    Je souhaitais simplement te remercier, car j’avais souvent pensé dans le passé à devenir végétarien, mais sans trop me poser de questions et avec une motivation moyenne. Je trouvais ça moralement « moyen » de tuer des animaux pour les manger. Mais j’avais jamais compris à quel point c’était mal (et pas seulement « moyen »), le fait de les tuer en soi. Et j’ignorais beaucoup sur les « à-côtés » (du genre : poussins jetés dans des broyeuses, modes d’abattage…) comme beaucoup de gens d’ailleurs. Du coup, maintenant grâce à ton blog j’ai pris conscience qu’il fallait que j’arrête de manger non seulement de la viande, mais des produits laitiers et à base d’œuf (alors qu’à la base, si j’avais pensé au végétarisme, j’aurais JAMAIS pensé au végétaLisme tout seul).

    Certaines personnes te reprochent d’avoir un style très direct et de heurter de front les gens. Perso, je préfère de toute façon qu’on me dise franchement les choses, même si c’est négatif pour ma pomme, mais je conçois que certains puissent être heurtés. Ceci étant dit, ton blog fait réfléchir. Et justement, il heurte, ce qui parfois est salutaire aussi.

    Et les gens les plus agressifs avec toi (et/ou qui sortent le plus d’excuses bidon au kilomètre, de la viande heureuse au cri de la carotte en passant par le naturalisme), je pense, ça les fait aussi réfléchir ou au moins les rend mal à l’aise. Et le conflit entre leur conscience qui leur dit « c’est mal la viande » et leur sens du plaisir qui leur dit « ça a bon goût » les travaille, du coup, ils s’en prennent à toi mais au fond c’est entre eux et eux-mêmes. Et c’est bon signe (aussi relou que ça puisse être, je l’imagine très bien, pour toi et les végétariens/liens/végans en général), parce que ça veut dire qu’au fond, ils SAVENT que vous avez raison et qu’ils sont pas forcément très loin de craquer. Enfin, c’est mon avis.

    PS : C’est pas le sujet ici, mais j’apprécie beaucoup tes articles sur le féminisme (l’étant moi-même), le couple (étant polyamoureux), et la prostitution. Sur ce dernier sujet, la lecture de blogs (dont le tien) m’a aussi fait réfléchir, et je dois avouer que maintenant je ne sais plus quoi en conclure (faut-il interdire ou non la prostitution), mais au moins, ça a remis en cause, ici encore, mes certitudes.

  37. « la vraie nature humaine »… des fois y a des expressions qui nous échappent. :)

    Le débat est riche et transposable à d’autres champs politiques. Une remarque, à propos du fait qu’« en cas de succès de la campagne, si la chaine accepte de ne commercialiser que des oeufs plein air, nous devrons l’en féliciter […]. » Pourquoi les félicitations seraient-elles obligatoires ? On ne va pas donner de cookies à Poire parce qu’il ne harcelle pas de filles dans la rue : y a rien de glorieux à ne pas se comporter de façon craignos. Et ce n’est pas ça qui lui ôtera le reste de ses privilèges. Alors, non, on ne va pas le féliciter. Et s’il se vante, on peut lui faire remarquer le reste de ses comportements de dominant. Et peut-être qu’il est possible de faire jouer un effet d’engagement, là-dedans…

    Bon, mais je compare ici une entreprise capitaliste dont l’action est surtout guidée par le profit avec une personne, alors je vois bien les limites.

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