Pourquoi je ne suis pas pro-sexe

D’un côté y a les pro-sexe, de l’autre des gens qui ne se diront jamais anti-sexe.
Un jour, alors qu’on parlait de la prostitution, une amie m’a dit: « je suis pro-sexe ».
« Mais moi aussi je suis pro-sexe », ai-je pensé. Qui songerait à être anti-sexe? Seulement, la prostitution, c’est du sexe pour les clients. Pour les prostituées, c’est un peu plus compliqué. C’est à elles de le dire, mais j’ai l’impression que c’est avant tout du travail. Et que ça concerne surtout la sexualité des clients.

Mais pourtant j’ai pensé: mais moi aussi, je suis pro-sexe. Le sexe, je suis même hyper trop pour. Personne ne se dirait anti-sexe, après tout. Le sexe, c’est cool, tout le monde aime le sexe.

Moi je suis pro-sexe, dans la mesure où je pense que la sexualité de chacun devrait lui appartenir, donc ok on devrait avoir le droit de vendre un service sexuel, mais aussi on devrait avoir le droit de ne pas le faire, et ça c’est compliqué dans un monde régi par l’argent. Et si on a le droit de l’acheter, on a peut-être aussi l’obligation de le vendre, non?

Moi je suis pro-sexe, dans la mesure où j’aimerais que le sexe soit libre, le consentement éclairé, loin des contraintes qui toujours poussent les femmes (en particulier) à faire du sexe sans désir, juste parce qu’il faut manger ou juste parce qu’il faut « sauver son couple », pour sauver son couple il faut s’allonger, pour sauver son couple il faut sucer, c’est écrit dans Elle. Et sauver son couple, c’est une question de survie. Je suis pro-sexe parce que je voudrais que le sexe soit libéré de toutes ces contraintes et soit autre chose que quelque chose qu’une femme donne à un homme en échange de conversation, d’argent, de sécurité affective, de mariage, de cadeaux, de lessive ou de vaisselle. Je voudrais que le sexe soit pour le sexe, qu’on fasse l’amour pour les raisons qu’on veut, mais que ces raisons ne soient pas des contraintes, ne soient pas des pressions, des injonctions.

Et puis, ça se fait pas de dire qu’on est anti-sexe. Avant y avait d’un côté, les cathos anti-sexe très coincés, et de l’autre les jeunes cools et décoincés. Il y avait d’un côté les bigots qui interdisaient le sexe sauf dans les liens sacrés du mariage, et de l’autre les super rebelles qui envoyaient chier tout ça et qui faisaient l’amour quand ils voulaient, comme ils voulaient. Et il y avait d’un côté la fille coincée qui voulait se préserver pour le mariage et se respecter, et de l’autre la fille libérée sexuellement qui s’en foutait de tout ça et qui voulait juste s’amuser.

Or, on le sait maintenant, le patriarcat récupère tout. C’est facile, parce que le patriarcat c’est surtout des injonctions contradictoires, alors si tu en envoies balader une, il te cerne avec les autres. L’échec de la libération sexuelle, c’est quand les femmes ont voulu libérer leur sexualité et qu’on les a mises au service sexuel des hommes. On disait qu’y avait rien de mal à être une pute et que c’était mieux qu’être une sainte, parce que les saintes elles baisent pas. Ce faisant, on a bien pris soin de conserver ces deux catégories. La différence avec avant c’est que toutes les femmes peuvent être un peu des putes avant d’être des saintes. Comprenez qu’elles peuvent un peu se mettre au service sexuel des hommes, avant de se caser.

Avant il fallait surtout pas être une salope. Maintenant il faut pas, mais quand même un petit peu, sinon tu es une coincée, et être une coincée, c’est mal.

Et c’est ça être anti-sexe: être coincé. Si tu es anti-sexe, tu fais forcément partie de ces bigots, de ces coincés, de ces bourges catho frigides. De ces mal baisées. Un bon coup de pine leur ferait du bien, elles seraient plus détendues ensuite. Elles sauraient que le sexe c’est BON, que le sexe c’est BIEN, que le sexe c’est de l’amusement et du fun.

On me traite de bigote parce que j’aimerais un monde non seulement sans salariat d’aucune sorte, mais aussi sans prostitution parce que je pense que « vendre son cul ou ses bras », non, c’est pas forcément exactement la même chose. Que peut-être être contraint à des actes sexuels n’est pas la même chose qu’être contraint à quoi que ce soit d’autre. Qu’une agression sexuelle n’équivaut pas à une agression tout court. On me traite de bigote parce que je pense que se forcer à du sexe pour sauver son couple, c’est plus violent que se forcer à faire un effort sur la régularité du lavage de vaisselle. Que le sexe, oui, c’est quelque chose de particulier, qui touche à l’intime. On me traite de coincée, de frigide. Ça doit être ça, je dois être juste « mal baisée », je vois pas à quel point le sexe c’est Le Bien.

Peut-être que c’est vrai, au fond, que je suis mal baisée.
Mais tu vois, si j’étais la seule au monde à être mal baisée, on s’en foutrait pas mal, non?

Ça se fait pas, de dire « je suis mal baisée ». C’est la honte, c’est la honte suprême. Et pourtant, mal baisée par qui?
Ça se fait pas, de se dire anti-sexe. Parce que le sexe, on l’a dit et redit, le sexe, c’est BIEN. Répétez après moi: le sexe, c’est bien. Le sexe, c’est de l’amusement, du fun, du rigolo, de la jouissance.

Toutes ces réflexions en étaient à peu près là quand je tombais sur une citation de Rochefort sur le blog de Crêpe Georgette.

L’oppresseur qui fait le louable effort d’écouter (libéral intellectuel) n’entend pas mieux. Car même lorsque les mots sont communs, les connotations sont radicalement différentes.
C’est ainsi que de nombreux mots ont pour l’oppresseur une connotation-jouissance, et pour l’opprimé une connotation-souffrance.
Ou : divertissement-corvée. Ou loisir-travail. Etc.
Aller donc communiquer sur ces bases.

Alors je ne suis plus pro-sexe.

Je ne suis plus pro-sexe parce qu’on nous impose que le sexe, c’est forcément bien, c’est forcément bon, c’est forcément ce truc que tu peux pas être contre. Sinon tu es une bigote coincée mal baisée, etc.

Je suis plus pro-sexe. Je passe dans le camp des frigides hystériques. J’en ai marre d’être pro-sexe parce que le sexe, c’est pas QUE bien. Dire que le sexe c’est QUE bien, dans une perspective féministe, c’est un peu se mettre du côté des dominants, des hommes. Oui, pour les hommes, le sexe c’est bien et il faut en avoir le plus possible. Mais on sait très bien que si ça l’était aussi pour les femmes, il y aurait un équilibre, on baiserait et c’est tout, les uns seraient pas toujours aussi systématiquement en demande(1) par rapport aux autres.

Dire « la prostitution c’est du sexe », à mon avis c’est se placer du côté des clients: pour des prostituées, et pour pas mal d’épouses également d’ailleurs, c’est pas avant tout du travail? Dire « le viol c’est du sexe », c’est se placer du côté des violeurs, parce que pour les victimes, c’est pas du sexe, bien sur ça impacte leur sexualité peut-être, du moins pour une partie d’entre elles, mais le viol pour les victimes c’est une agression, c’est injuste, c’est révoltant, ça concerne leur corps mais pour elles, c’est pas un acte sexuel. Et dire « le sexe c’est fun » c’est se placer du côté des hommes, parce que le sexe c’est pas QUE fun pour les femmes.

Attentions, je dis pas que les femmes n’aiment pas le sexe. A mon avis, les femmes apprécient plus le sexe que ce qu’on veut bien raconter. À titre personnel, j me suis toujours demandée comment faisaient les femmes qui font du « chantage au sexe » en mode: si tu fais pas la vaisselle, pas de sexe. Elles ont jamais envie? Peut-être qu’elles salissent davantage de vaisselle dans l’espoir que leur Jules la lavera et gagnera le droit de les baiser? ou peut-être qu’elles aiment juste pas ça, jamais?

N’empêche qu’on le voit avec cet exemple, le sexe n’est pas que de l’amusement pour les femmes. C’est une monnaie d’échange pour obtenir quelque chose. C’est du travail, donc. Et si c’est du travail, c’est pas forcément marrant.

Et dans le cadre conjugal, le sexe c’est même au-delà du travail, ça devient carrément une corvée. Il faut lire comment les femmes parlent de sexe sur les forums de mères. « moi j’arrête pas pendant les grossesses, sinon c’est plus dur de s’y remettre après ». Une fois j’ai demandé si ça dérangeait pas leurs mecs de les baiser alors qu’elles n’en éprouvent visiblement aucune envie. J’ai dit: mais ça doit se voir, que vous avez pas envie, que vous attendez que ça se termine, et ils s’en rendent même pas compte? J’ai eu une réponse du style « ho tu sais les hommes, si tu les prends par le bon bout, une fois qu’ils sont partis ils font plus attention à rien ».

Gerbe.

Et il faudrait que je sois pro-sexe, dans cette société où le sexe, c’est ça?

On nous pousse à être pro-sexe, à être « pour le sexe », à considérer le sexe comme uniquement drôle et marrant, avec des pressions sociales qui sont à base de stigmates (le stigmate de la coincée, de la prude, de la « catho », surtout dans les milieux militants d’ailleurs, mais pas que). Ce faisant, les dominants, ceux pour qui le sexe n’est que drôle, s’approprient les termes du débat.

Je suis pas pro-sexe parce que j’ai pas envie d’être du côté de celui qui s’amuse avec le corps de l’autre, peu importe à quel point il trouve ça marrant et jouissif. Je suis pas pro-sexe parce que non, le sexe c’est pas que marrant. Le sexe est travail, le sexe est douleur, le sexe est souffrance, le sexe est pénétrations forcées, dans ou hors des liens sacrés du mariage de mes deux, ça fait toujours autant mal. Le sexe est vaginite, le sexe est mycoses, le sexe est envie de se doucher avec de la javel pour faire partir « ça », le sexe est sang et larmes.

Alors, baisez si vous voulez, dans toutes les positions du kama-sutra, jouissez, prenez votre pied, avec ou sans sentiments, baisez, faites l’amour, expérimentez, jouissez et re-jouissez. Et si pour vous le sexe c’est que ça, alors tant mieux. Mais quand vous parlez de sexe en public, n’oubliez pas que le sexe n’est pas QUE de l’amusement. N’oubliez pas d’être un peu du côté de celles (et parfois même ceux) pour qui le sexe n’est pas que marrant.

 

(1) Encore que les hommes sont loin d’être aussi en demande de sexe que ce qu’on dit. Mais il y a un effet « renforcement du stéréotype »: on rabâche tellement que les hommes aiment le sexe…

NB: ce texte se veut une critique du terme « pro-sexe » mais pas forcément du mouvement féminisme « pro-sexe » que je connais très mal. Je pense que toute féministe se disant « pro-sexe » peut prendre en compte cette critique du terme et voir si cela s’applique à son militantisme ou pas.

54 réflexions au sujet de « Pourquoi je ne suis pas pro-sexe »

  1. « 1) Encore que les hommes sont loin d’être aussi en demande de sexe que ce qu’on dit. Mais il y a un effet « renforcement du stéréotype »: on rabâche tellement que les hommes aiment le sexe… »

    As tu lu cet article des fesses de la crémière? Ca raconte l’époque ou le sexe était un « besoin » plus fort chez les femmes que chez les hommes, comment ça s’est inversé, et comment le patriarcat s’est adapté dans les deux situations pour que les femmes soient les perdantes.

    http://lesfessesdelacremiere.wordpress.com/2013/04/07/quand-les-femmes-partie-1/

    • Ah, merci pour le lien, c’est exactement le texte auquel m’a fait penser l’article de l’elfe, mais je ne le retrouvais plus.

      Une amie me disait recemment: « J’ai l’impression qu’avec ses slutwalks, ses ‘yes means yes’, et son opposition diametrale a la pudibonderie, le mouvement feministe moderne m’a donne les pleins pouvoirs pour dire oui, pour m’autoriser a baiser qui je veux quand je veux. Mais je ne sais toujours pas dire non. » C’est terrifiant mais ca me semble lucide.

  2. L’idée du « mâle viril qui aime le sexe le plus possible », ça m’a rappelé un article d’un autre blog, où une ancienne star du X expliquait justement que dans ce domaine, les hommes avaient des contraintes à cause de ça : ils doivent passer pour le mâle viril et dominant, donc sont soumis à des atteintes parfois plus hautes que pour celles des femmes devant la camera. Mais bon, là, ça reste autre chose que la prostitution je pense.

    Après globalement, je suis assez d’accord, je ne suis pas forcément pro-sexe… le truc du type qui commentent ses interactions avec des filles de joies en faisant clairement comprendre qu’une femme, ça doit juste être un beau corps quitte à ce que ce soit superficiel, être très libérée dans le sexe parce que monsieur n’aurait pas supporté que les madames puissent avoir leurs propres envies et j’en passe… Et c’est quelque chose qu’on retrouve malheureusement dans la vie courante. Sur le papier, si une femme n’a pas envie de faire une fellation par exemple, c’est son droit le plus strict. Dans la pratique, c’est devenu tellement une norme, tellement considéré comme un des préliminaires indispensables qu’une femme qui ne le fait pas, elle approche souvent plus de la case « coincée du cul » forcément :/

  3. À propos du terme « pro-sexe » également : j’ai l’impression qu’il y a une injonction permanente à la sexualité avec cette expression. Or, et c’est bien là le problème aussi, qui rejoint toute la thématique des prudes et des mal baisé-e-s, il y a des gens qui ne baisent pas. Genre les asexuel-le-s. J’ai l’impression que ce terme les occultent totalement…

    Je sais que ça a pas de rapport avec la prostitution là, mais on ne remet jamais en question ce terme, et de ce fait on oublie une bonne partie des gens qui ne baisent pas et/ou ne veulent pas baiser pour pleins de raisons. C’est aussi pour ça que je me suis toujours dite « sex negative » (anti-sexe sonne effectivement assez mal en français), alors même que je suis pas abolitionniste ou quoi hein, mais je me reconnais pas dans ce mouvement dit pro-sexe.

    Bref tout ça pour dire que je te rejoins totalement. Ce serait vraiment bien, hein, qu’on puisse tous-tes baiser (ou ne pas baiser, du coup) comme on l’entend, mais dans une société pareille c’est pas le cas, et c’est un truc qu’il faut prendre en compte.

    • En fait ma réflexion est partie de la prostitution, mais ça concerne pas uniquement la prostitution. ce qui me gêne c’est les significations différentes données au mot « sexe », mais la prostitution n’est qu’un exemple / qu’une partie du problème.

  4. Je ressens aussi d’un côté cette pression sociale à l’acte sexuel. Si on n’a pas baisé au moins une fois dans sa vie on dirait qu’il y a un « âge limite » pour que ça soit acceptable. J’ai 23ans, n’ai jamais couché avec personne, et ça surprend beaucoup de monde. Ca n’est pas pas conviction, ou par volonté de me préserver, c’est juste que je n’ai pas envie de sauter sur la première opportunité venue et dire « Haa ça y est, je l’ai fait, je suis comme tous le monde maintenant » Alors que ça n’a rien changé.
    On dirait que coucher c’est une obligation, que si on ne l’a pas fait, hé bien ‘est qu’on est moche, marginal(e), étrange, extravagant(e). Alors que non, il y a tout un tas de personne qui n’ont pas envie de s’envoyer en l’air avec n’importe qui parce que ça se fait.

    J’aime énormément ce texte. Et je me demandais si je pouvais le faire suivre sur Facebook pour que les gens puissent lire et s’informer sur ce dictat du sexe.

    • Je connais quelqu’un qui a attendu la trentaine (environ) pour sa « première fois ». C’est sans doute plus répandu qu’on ne le pense, d’autant que certaines personnes dans ce cas ne l’affirment pas forcément en public (pression sociale, tout ça).

      Je ne vois pas non plus l’utilité de se jeter à tout prix sur la première opportunité si l’on n’en a pas envie, juste pour « faire comme tout le monde » (d’autant plus que non, tout le monde ne fait pas comme ça justement, très loin de là).

    • Wow! Merci pour ton commentaire: à 23ans, je n’ai toujours « rien fait » non plus, et j’en ai tellement honte que je le cache à tout le monde. Je suis tellement mal à l’aise quand les gens en parlent. Je n’ai pas non plus envie de le faire pour le faire, même si parfois je me dis qu’en me poussant un peu à le faire, et passer ainsi un moment qui me laissera probablement de mauvais souvenirs, sera tout de même moins désagréable que la honte de ne pas l’avoir fait.

      • C’est plutôt bien de ne pas avoir eu de relations sexuelles plus jeune, au moins tu sais ce que tu veux et évites de le faire avec n’importe qui. Pour résister à la pression sociale, vous devez avoir de la force de caractère. Je ne pense pas qu’il vaut mieux se forcer à y passer non. En revanche il doit être difficile d’éviter que la première fois prenne une importance un peu démesurée si on l’a attendue / repoussée longtemps!

        • Je sais que la première fois peut ne pas être ydillique, tout comme elle peut l’être. et je pense que dès que c’est avec une (la) personne qu’on aime… ça passe un peu au second plan. C’est d’abord un échange intime, l’expérience vient avec la pratique ensuite.

          • Salut Airin,
            Juste pour te dire que j’étais dans la même situation que toi, luttant contre la pression sociale, etc..
            Et bien, au final, je ne changerais rien. J’ai vécu ainsi car je suis moi. Tu vis ainsi car tu es toi. Et, au final, pour moi, la première fois, c’était comme si je l’avais fait toute ma vie. La vie, l’amour, quand tu suis tes sentiments, tes désirs, sans peur, sans honte, c’est presque simple.
            Suis ton chemin, sois heureux(se), et f** les peurs des autres :)

    • connaissez-vous la « chansonnette à celle qui reste pucelle » de Brassens? Une de ces strophes dit:
      « Quoi que l’on raconte,
      Y’ a pas plus de honte
      A se refuser,
      Ni plus de mérite
      D’ailleurs, ma petite,
      Qu’à se faire baiser. »
      Amitiés

  5. Andrea Dworkin <3, Les Femmes de Droite, sa description des mouvements de libération des années 60 et de leur récupération, tout y est, j'ai hoché la tête d'approbation pendant des dizaines de pages…

  6. Merci beaucoup pour cet article, qui me permet de mettre des mots sur une impression, des sentiments, que j’éprouvent souvent. Surtout quand je suis confrontée à des images sexuelles un peu partout dans l’espace public. Des images qui me mettent mal à l’aise, et pas parce que je suis « contre le sexe », mais parce qu’elles me sont imposées. Selon moi, il y a des situations où ce genre d’images/de propos/de discours a sa place, et l’inverse est tout aussi vraie. Oui, vive la sexualité libre, mais non au diktat de la sexualité à tout prix, en tout temps et en tout lieu. Non à la norme unique, et oui aux différentes façons d’aborder la sexualité Parfois, je me mets à la place des personnes asexuelles, et je me dis que ce genre de chose est un reniement pur et simple de leur existence! :/
    Et puis, en ce qui me concerne, ce genre de norme rend ma vie sexuelle plus culpabilisante. Je souffre de vestibulodynie diffuse depuis bientôt deux ans, et ça complique beaucoup ma sexualité. Pourtant, j’adore faire l’amour. J’adore faire l’amour avec mon partenaire. J’adore mon partenaire, et notre relation fusionnelle. Faire l’amour avec lui, c’est partager un moment d’intimité absolu. Or, cette maladie mal connue, mais pourtant très répandue (la vestibulodynie touchera 24% des femmes au cours de leur vie), vient gêner le tout. La société me fait sentir coupable d’avoir mal, de ne pas pouvoir faire l’amour quand j’en ai envie, mais seulement quand mon corps me le permet. Heureusement, j’ai un partenaire compréhensif et sain. Malheureusement, je sais qu’il en souffre, mais qu’il n’ose pas me le dire pour ne pas me brusquer, parce qu’il respecte mes refus en toute sincérité. Bien sûr que j’aimerais pouvoir être l’agent de ma propre vie sexuelle, et répondre à mes désirs dès que j’en ressens le besoin. Mais la réalité est tout autre. Je ne contrôle pas mon corps. Je ne contrôle pas la douleur, les irritations, l’inflammation. Selon la société, je devrais serrer les dents, et faire plaisir à mon partenaire d’un autre façon que par la pénétration. Et ce, peu importe que mes envies ne puissent être satisfaites. Comme si les miennes ne comptaient pas. Comme s’il n’était pas grave que je trouve excitant les cris de plaisir de mon partenaire, et que je ne puisse demander la même chose en retour. Comme si le plaisir féminin comptait autant que le masculin! Alors je suis tout le temps ballotter entre mon désir de ne faire qu’un avec mon amoureux et la réalité de mon corps qui ne peut nous offrir ceci, à lui et à moi. Heureusement, comme je l’ai déjà dit, mon copain est très compréhensif. Il est le premier à désapprouver cette importance que la société accorde au plaisir masculin au détriment de celui des femmes. Il est le premier à considérer la sexualité comme étant à la fois DONNER et RECEVOIR, comme un partage et l’écoute de l’autre. J’ai de la chance en fait. J’ai un chum conscient de la culture du viol et de l’importance du consentement. J’ai un copain qui ne regarde pas de pornographie, et qui n’est pas influencé par cette façon de voir les choses. Mais ce n’est pas pour autant que cette maladie ne nous fait pas souffrir, tous les deux. Car nous ne pouvons pas être épanouie dans notre vie sexuelle comme nous le voulons. Car lui n’ose jamais faire les premiers pas par crainte de me faire mal. Car je n’ose que trop peu faire les premiers pas par peur de souffrir le lendemain. Et selon cette société, il faudrait pourtant coucher ensemble au moins trois fois par semaine, et ce, peu importe l’état de ma vulve, dans un tas de positions qui me seraient douloureuses, car le sexe, c’est fun, c’est du plaisir, c’est l’expression de notre amour… Mouais… Et, si moi je me considère très chanceuse malgré tout, grâce à cet amour fusionnel, patient et doux, qui me permet de traverser cette épreuve avec espoir, je n’ose imaginer la façon dont se sentent les femmes qui n’ont pas la chance d’avoir un partenaire compréhensif et à l’écoute!
    Voilà, c’était mon petit pavé dont je ne sais même pas s’il sera utile à quelqu’un, mais je souhaite faire tomber le tabou qui entoure cette maladie, et toutes les autres dans le même genre. Tabou, parce qu’elle touche le corps des femmes. Tabou, parce qu’elle nie le plaisir.

    • Comme si le plaisir féminin NE comptait PAS autant que le masculin!*
      Ça fait plus de sens dit comme cela, parce que le sarcasme de ma phrase était trop difficile à détecter. ;)

    • Première fois que je commente ici, mais je lis avec passion.

      J’ai lu il n’y a pas si longtemps un article (« Le feu dans la culotte, mon cul dans la bassine », dont il me semble qu’il vient du Tigre) sur une jeune femme qui souffrait, pareillement, de vestibulodynie (et là mon correcteur orthographique ne reconnaît même pas le mot, à croire qu’il ne fait pas partie du vocabulaire. Sympa). Elle avait consulté de nombreux médecins, gynéco, kinés, rebouteux en tous genres avant que la maladie ne soit diagnostiquée, et encore, aucune solution ne lui avait été proposée.

      Puis elle a arrêté sa pilule. Ça ne peut pas forcément marcher pour tout le monde (je ne sais pas si vous êtes sous pilule ou pas), mais si tel est le cas, ça peut valoir la peine d’essayer. Elle avait interprété sa vestibulodynie comme une réaction anti-conceptionnaire excessive, un genre « pas être enceinte, donc interdire l’accès » que son corps aurait mise au point. Mais elle a arrêté sa pilule, et elle n’a plus eu aucun problème. Elle a retesté avec une pilule microdosée, mais le problème est revenu, donc elle a laissé tomber et elle et son copain utilisent des préservatifs, et ont une vie sexuelle enfin épanouie (on le leur souhaite).

      Nous nous gavons, on nous gave d’hormones tous les jours, et ça ne réussit pas à tout le monde. C’est peut-être votre cas.

      Je suis désolée, ce commentaire ne fait pas avancer le débat, mais si l’info peut aider quelqu’un, je me suis dit que ça en valait quand même la peine.

      En dehors de ça, merci, Elfe, d’écrire, et de dire que le sexe c’est plus qu’une poignée de main. Que le sexe ce n’est pas que du fun, et que bien plus de contraintes s’y appliquent, même quand on en a envie, par rapport au désir de boire un verre d’eau. Le sexe c’est intime. Du coup on ne peut pas être pro-sexe, selon moi, on ne peut qu’être pro-liberté de le pratiquer ou pas. On ne peut être que pro-sa propre activité sexuelle. Sans quoi ça revient à imposer un diktat, et on en a déjà assez comme ça sur le dos.

      • J’ai arrêté la pilule il y a quelques années, lorsqu’elle m’a fait perdre am vésicule biliaire… Elle m’a occasionné de nombreux autres problèmes, dont une castration chimique et la perte de ma capacité à lubrifier, et ce, même au coeur de l’excitation sexuelle… Je soupçonne aussi la pilule d’être peut-être à l’origine de mon problème, mais une mauvaise relation sexuelle où un homme m’a fait mal sans mon consentement pourrait aussi en être la cause… Où c’est peut-être même tout simplement une mycose qui a fait commencer tout cela! Je ne pense pas que je le saurai un jour, mais je tente d’avoir conscience de tout afin de ne rien refouler, et pouvoir embrasser le chemin de la guérison, en quelque sorte. ;)
        Pour guérir sur le plan physique, d’ailleurs, je suis une physiothérapie. Mais le processus est très long.

  7. Outre la violence du sexe (je suis totalement d’accord avec ce que tu dis pour le coup mais j’ai pas grand chose à rajouter…), pour pas mal de femmes, dont je fais partie, coucher c’est cool, mais ça amène effectivement pas mal de stress… Le sexe veut souvent dire épilation (donc payer pour être épilée, souffrir, passer du temps à se raser, se couper…), contraception (bien souvent à la charge de la femme si c’est sans capote, rendez-vous chez le toubib ou le gynéco, insertion d’un stérilet, prise quotidienne de la pilule, devoir gérer toutes les situations « oh mince une gastro » qui y sont associées…), comme tu l’as dit, potentielles infections genre mycoses après coup…personnellement tout ça me fout beaucoup de pression. C’est souvent difficile d’être spontanée. Le sexe est une putain de source de stress.

  8. Ah, je ne veux pas commenter l’ensemble du texte, puisque je n’ai rien à contredire. Tout me semble aller de soi.

    Mais j’allais quand même ajouter une remarque sur le fait que « le sexe, c’est que de l’amusement, mais pour les dominants » venait aussi en partie d’un formatage du côté hommes (Puisque quasi-systématiquement, quand on analyse un système d’oppression ou une particularité de ce système d’oppression, on peut se rendre compte que le formatage se fait des deux côtés pour perpétuer la chose).
    Mais finalement, j’ai vu que tu l’avais ajouté dans la note 1).

    Je poste quand même un lien vers quelque chose que j’ai vu aujourd’hui, qui va dans ce sens : http://www.madmoizelle.com/viol-hilarant-video-insoutenable-242930
    (Pour moi, ce truc reste une réflexion naissante, j’ai besoin d’y réfléchir un peu plus.)
    Et ça aussi, tant que j’y pense : http://projetcrocodiles.tumblr.com/post/72756371386/je-me-demande-combien-dhommes-jouent-comme-lui-a

  9. Si je peux apporter mon témoignage, pour moi, le sexe n’est pas cool du tout et ne l’a jamais été.

    Après plusieurs agressions sexuelles dans mon adolescence, je suis passée par des années d’errances sexuelles de toutes sortes et sous alcool, sans aucun désir évidemment. Puis j’ai subi dix ans de devoir conjugal, toujours sans désir, devoir que je me suis surtout imposé par soumission à ces impératifs sociaux que vous décrivez si bien dans votre post, et pour satisfaire la libido de mon partenaire. Ce n’était d’ailleurs pas plus satisfaisant pour lui que pour moi.

    Après notre séparation, j’ai décidé que je n’aurais plus rien d’autre que des rapports sexuels désirés *au préalable* : plus de sexe « pour faire plaisir », plus de sexe « en espérant que ça va venir », plus de sexe « sous la pression de » qui que ce soit ou quoi que ce soit, plus de sexe sous l’effet de l’alcool, uniquement du sexe dont j’aurais *vraiment* envie.

    Ce n’est jamais arrivé. Certes, il existe un homme que je désire depuis longtemps, mais ce n’est pas réciproque. Jamais au grand jamais je n’imposerai à cet homme que j’aime – ou ne chercherai à obtenir de lui – ce dont, moi, j’ai tant souffert : du sexe sans désir, sans envie, sans passion et sans partage. Et j’avoue que je ne comprends pas comment on peut imposer ça à un ou une partenaire qu’on est censé aimer, ou, même sans l’imposer, comment on peut ne serait-ce que s’en contenter.

    Pour ma part, j’ai tout simplement arrêté les relations sexuelles depuis des années. Je ne me suis plus jamais forcée. Bien sûr, je regrette que l’homme que j’aime et moi, nous n’ayons jamais pu nous rencontrer comme j’en rêvais, mais c’est ainsi. Même si ça paraît triste, même si je peux sembler frustrée, « mal baisée » (ce qui n’est même pas le cas, en l’occurrence !), je me sens bien plus libre et bien moins contrainte aujourd’hui qu’à l’époque où je m’imposais cette fastidieuse corvée. J’ai pu parfois manquer d’une certaine tendresse, mais ça ne durait pas et aujourd’hui, le plus souvent, je m’accommode très bien de la situation, qui me convient tout à fait.

    J’ai dû repousser les amicales (et insistantes) pressions d’une copine à me (re)trouver un partenaire parce que ce n’était pas normal pour elle que je ne souffre pas de solitude ou du manque de sexe. Mais de ce que j’ai vu de sa recherche à elle, ça m’a paru plus proche de la volonté de recruter un auxiliaire de vie (bricolage, plâtrerie-peinture, divers travaux de réparation, garde d’enfant, baise occasionnelle et porte-monnaie d’appoint) que de la recherche d’un amoureux. Franchement, quelle tristesse que ces « entretiens d’embauche » sur des sites de rencontres ! Alors bof bof, non merci, moi je n’ai besoin de rien de tout ça.

    En ce qui me concerne, aujourd’hui (et depuis un certain temps déjà), je me fous complètement des jugements d’autrui sur mon choix de ne pas avoir de sexualité : c’est mon cul, j’en fais ce que je veux, et je n’en fais rien si je veux. Et alors vraiment, du fond du coeur, j’emmerde les sexologues et autres décréteurs de normalité qui pourraient me voir comme une tarée dysfonctionnelle. Ce n’est pas moi la tarée, et ce n’est pas moi qui dysfonctionne.

    Je précise toutefois que j’ai mis du temps à atteindre cet état d’esprit. Pendant longtemps, j’ai en effet cherché à « me soigner ». Il existe une norme, ce n’est jamais facile d’en être écartée, même volontairement. Mais quand je pense à ce que ça m’a coûté et à l’échec de toutes les thérapies que j’ai pu suivre, je me dis qu’il y a certaines professions pour lesquelles ces injonctions à la sexualité sont extrêmement profitables. Tout ce système doit finalement sacrément en arranger certains, même s’ils s’auto-convainquent qu’ils agissent pour le bien de leurs « patients ». Parfois, ces psys ou autres n’ont même pas une idée claire des pressions et injonctions multiples que subissent les femmes au quotidien, tout en étant de bonne foi car eux n’y sont pas soumis, de par leur sexe et dans leur milieu (pensent-ils). Ce n’est pas très encourageant pour l’efficacité des soins mais bon… il paraît que certaines thérapies fonctionnent, alors je vais essayer de ne pas faire de mauvais esprit.

    Il y a tout de même une chose que j’apprécierais beaucoup : qu’on arrête de me coller des fesses et des seins féminins sous le nez toute la journée, à longueur d’affiches dans la rue, dans le métro, de pubs à la télé, partout. C’est vraiment très chiant. Et surtout, c’est d’un monotone… On dirait des fruits et légumes de supermarché : calibrés tous de la même taille, de la même forme, de la même couleur, du même volume, du même photoshop. A force, c’est seulement insipide, moche et sans fantaisie. En plus, ce ne sont que des pesticides et du silicone.

  10. Je n’aime pas du tout le sexe alors je laisse mon mari aller voir les prostituées (en fait, surtout une) pour être tranquille. Suis-je une mauvaise femme ? Il est vrai que j’ai jamais vu ça mal, sa prostituée « régulière » me connait, on discute parfois et elle n’a pas l’air de mal le vivre. Par égalité, on a convenu que j’avais le droit à la même somme que celle qu’il met dans cette activité pour mes petits plaisirs personnels.

    • Je parle de la prostitution dans « le client est roi » donc je vais pas me répéter ici. Après sur le principe de laisser son partenaire s’amuser ailleurs, je vois pas le problème. D’ailleurs, quand bien même la consommation de prostitution ne me poserait aucun problème éthique, je comprend pas pourquoi payer pour ce qu’on peut obtenir gratuitement.

      • Sans vouloir cautionner la prostitution, l’assertion que tout le monde peut avoir accès au sexe « gratuitement » est peut être un peu rapide.

        Je travaille avec une population masculine extrêmement défavorisée et certains souffrent énormément de la situation qu’engendre leur handicap (qu’il soit physique et ou psychique) et leurs conditions de vie « marginales ». Ce n’est pas une généralité mais je constate que certains n’arrivent pas à avoir une relation avec une femme.
        Je suis une personne par exemple qui se sent très sale d’avoir été voir une prostituée après deux ans sans sexe. Le pire est qu’il s’est véritablement ruiné pour cela (500 euro en une nuit) et qu’il s’est senti sur le moment et par la suite très sale d’en être arrivé la… La misère sexuelle est une sordide réalité ..

        • Et les femmes? Elles ont pas de besoin d’acheter du sexe? Bizarre… Peut être justement parce que le sexe est davantage travail ou souffrance que plaisir.

    • Je trouve que c’est un raisonnement tout à fait cohérent et sain. Ca permet de ne pas te forcer toi à avoir un rapport sans volonté. Ne pas forcer ton partenaire à avoir un rapport qui ne lui apportera qu’une courte satisfaction physique. Et… l’important restent les sentiments. Si la situation vous convient à tous les deux (trois) alors personne n’a rien à y redire.

  11. C’est toujours un plaisir de te lire, j’adore ton écriture.

    Moi aussi pendant des années sans y penser réellement je prenais le sexe comme une chose que j’avais une obligation morale de faire. Pour lui faire plaisir, il a l’air d’en avoir envie et ça fait longtemps qu’on l’a pas fait etc…. et puis j’ai décider de quitter cette homme pour qui en réalité je n’avais plus de désir de puis bien longtemps et là je me suis promis à moi même de ne plus le faire par obligation/pour faire plaisir et j’ai rencontré un homme géniale qui considère mon plaisir aussi important que le sien et avec qui on fait l’amour quand on en a envie tous les deux et c’est tout et depuis ce moment là oui pour moi le sexe c’est bien fun et jouissif.
    Mais je sais aussi que ça n’est pas que ça et qu’il faut en permanence essayer de se libérer des diktats pour pouvoir jouir en paix. et des fois c’est compliqué.

  12. C’est « marrant » parce que c’est justement pour les mêmes raisons que je me considère pro-sexe -là encore en parlant d’un simple terme, sans chercher à étudier tous les mouvements féministes sous ce label et leurs variantes-.

    C’est justement parce que je considère qu’il FAUT parler de sexe, et en parler entièrement, pas seulement des morceaux choisis, que je suis pro-sexe.

    J’ai grandi dans une famille où le sexe n’était pas un tabou, mes parents répondaient à mes questions, m’ont toujours dit de faire ce que je voulais, comme je le voulais, du moment que je me protégeais, et c’est parce qu’il y avait une ambiance saine à la maison que j’ai eu une éducation correcte en ce qui concerne la contraception, les MST, etc. Au lycée, c’est ma mère qui m’achetait des capotes quand j’en avais besoin. On ne se raconte pas tout, tout le temps, bien sûr, mais je savais en grandissant que s’il y avait un souci je pouvais en parler à mes parents.

    Et c’est l’intérêt d’une démarche pro-sexe -tout comme la plupart des démarches féministes-, banaliser les mots du sexe, appeler un chat un chat, car si l’on ne communique pas positivement sur la sexualité, les sexualités ‘alternatives’ ignorées par la société mainstream, les absences de sexualités, les problèmes rencontrés, le fait qu’un vagin dès l’adolescence et au cours d’une vie ce n’est pas souvent la salle des fêtes alors oui, on a le droit de ne pas être à l’aise avec. Le fait qu’on n’a pas besoin d’une chatte pour être une femme. Le fait qu’on peut aimer, préférer même le sexe sans pénétration, qu’on a le droit d’être frigides, fatiguées, bloquées, mal baisées, nymphos, salopes, ça n’est qu’une facette de ce que l’on veut bien montrer, une petite part de nos personnalités que l’on choisit d’explorer ou non, pas une étiquette que les autres peuvent nous coller.

    Pour moi être pro-sexe c’est justement ouvrir sa gueule pour parler de tout ce que la société ne mentionne pas, c’est soutenir les travailleu(r)ses du sexe qui ont le droit de gagner leur croûte comme ils le veulent/peuvent sans que l’état ne les stigmatise encore plus, c’est défendre les actrices porno quand des connards qui se branlent sur leurs photos les méprisent ensuite, c’est rappeler que Deep Throat était un snuff movie et qu’il est injuste de continuer à appeler Ovidie une actrice X.

    C’est dire qu’une personne en retours de couche souffre physiquement et moralement, et que ce n’est pas au partenaire de chouiner parce que le cul lui manque. Dire que le sexe et les corps humains c’est sale parfois, que les femmes ne gueulent pas comme dans les pornos mais aussi que les orgasmes simultanés des films à l’eau de rose sont très rares.

    J’ai la chance d’avoir un partenaire idéal, il n’insiste pas quand je ne veux pas, il comprend que parfois c’est plus simple quand mon vibro s’invite dans la partie, il est à la fois actif et passif, nous parlons, beaucoup, il comprend quand je dis que je ne veux pas ou n’aime pas quelque chose et n’estime pas que mon vagin lui est dû. J’aimerais que tout le monde ait une relation aussi ouverte et franche que nous deux, mais ce n’est pas en se taisant que les gens apprendront, au contraire.

    La sex positivity est le seul moyen de banaliser la communication, les sexualités différentes du basique, les absences de sexualités, toutes les multiples options possibles. C’est avec une démarche pro-sexe qu’on peut apporter une éducation sexuelle correcte, et l’éducation sexuelle ben ça sauve littéralement des vies (MST, VIH, grossesses…). C’est en étant capable de parler de sodomie sans rougir qu’on peut défendre ses points de vue et apporter des critiques constructives sur la représentation actuelle de la société.

    Bref, désolée pour le pavé mais je ne vois vraiment pas comment on peut vouloir rester « à côté » d’un sujet si important à notre époque. Il est urgent de désacraliser le sexe, de sexualiser plus les hommes et moins les femmes, que tout le monde fasse la paix avec ses parties intimes -parce que quand ta chatte a été sexualisée depuis toujours, c’est pas évident de prévoir par exemple une grossesse et de bien vivre des tas de médecins qui explorent ce qu’on t’a pudiquement appris à réserver « au bon »-, c’est pas en restant sur le côté qu’on fera passer le message que chacun devrait pouvoir faire ce qu’il veut, comme il le veut.

    • C’est compliqué d’importer des expressions qui ont autant à voir avec la culture du pays ou elles ont été inventées…Sex positive, sex negative, c’est les expressions anglaises qui ont été traduites en français en pro-sexe, plus tard anti-sexe qui tombe dans le ridicule et que personne n’a spontanément envie d’assumer, parce qu’elles ne correspondent pas au contexte français, ou le patriarcat est globalement pro-sexe.

      The Ethical Prude, pareil, c’est incompréhensible hors-contexte, c’est à dire sans savoir le succès du bouquin The Ethical Slut, qui pose qu’on peut s’engager dans des pratiques sexuelles variées avec de nombreux/ses partenaires sans traiter autrui comme moyen, et hop à la poubelle.

      Le sexe n’est pas en soi le problème, alors il faudrait choisir pour ou contre, c’est le sexe en tant que terrain d’expression privilégié de la haine des femmes. C’est pour ça qu’on nage dans le malentendu, avec des positions pro-sexe et anti-sexe ici qui sont basées sur les mêmes constats et conclusions ! Ici un article que j’aime bien sur la sodomie, qui ne dit pas pour ou contre la sodomie, mais explique en quoi la sodomie, sa diffusion depuis la culture porno et les pratiques autour d’elles, ignorantes du corps des femmes et peu sensibles à la violence qui leur est faite (la douleur d’une sodomie pas préparée, la honte qu’il y a derrière cet acte), et qui exploitent à fond l’asymétrie pénétréE-dominéE/pénétrant-dominant, pourquoi la sodomie peut accompagner la violence patriarcale… ou pas, si la préparation est un don de soi, si les hommes acceptent de se faire pénétrer, etc. http://gendertrouble.org/article195.html?lang=fr

      Je trouve qu’on n’a pas intérêt à adopter un discours binaire. En groupe de discussion non-mixte il est déjà arrive qu’on me réponde qu’on a le droit de ne pas aimer le sexe, et que l’asexualité est respectable. Oui, sûrement, mais on passe un peu vite au refus du sexe comme solution pour des femmes qui refusent simplement une sorte de sexe, celle qui n’est pas attentive à leur plaisir ! Et on propose l’asexualité à des femmes qui savent qu’elles sont très sexuées, et qu’elles peuvent avoir beaucoup de plaisir au lit, mais qui sont démunies quand elles se demandent comment et avec qui dans cette société ou le sexe est globalement construit de manière androcentrée. Donc ni pour ni contre, mais autrement, en introduisant des exigences féministes, dont le refus de sexe fait évidemment partie…

  13. ce site va vous ravir
    il m’a fait penser à un nouveau genre de PUA pour mecs branchouillés très stylés…
    http://hommesimple.fr/conseils-pour-la-vie/

    http://hommesimple.fr/comment-bien-faire-lamour-a-une-femme/

    http://hommesimple.fr/femmes-aiment-hommes-nouveaux/

    nan mais faut comprendre aussi hein en cet période de quarante ans d’effondrement économico-social, y’a des gens qui sont prêts à n’importe quoi pour soigner et se relever de leur blessure narcissique… donc, le sexe, comme c’est l’expression la plus basique de la libido, ben ils concentrent tout dessus, et quand ils ont quand même un peu d’imagination, ils mettent du maquillage…

  14. Comme toujours, un article bien rédigé et intéressant qui me touche particulièrement !

    À la sombre époque où je faisais partie de ces féministes qui partent du principe que chaque acte fait par une femme est dans son essence féministe, j’avais cette tendance sex positive (moi j’aime bien les termes anglais :) ) qui veut qu’on revendique que la sexualité c’est génial, que le BDSM c’est libérateur aussi pour les femmes, que toutes les pratiques sexuelles sont supers (donc même la prostitution, le porno, etc.) tant qu’elles sont consentantes.

    Puis j’ai évolué, vu des conférence de Gail Dines (activiste anti-porno) et me suis un peu éduquée sur la question. Et aujourd’hui, clairement j’assume mes opinions sex negative, je questionne le pourquoi de certaines pratiques, etc. et surtout je cherche à lutter contre cette injonction du sexe omniprésent et omnipotent.

    Cette injonction à une sexualité débridée, épanouie, constante met de côté et stigmatise tous ceux qui font le choix de vivre autrement (ou qui n’en font pas le choix d’ailleurs).
    Je suis moi-même asexuelle ET panromantique et je me sens complètement invalidée, effacée par cette société où tout est cul, tout est sexe, où ne pas vouloir, ne pas ressentir le besoin de faire du sexe fait de vous un être anormal qu’il faut réparer… Ce tout-cul permanent c’est le rappel incessant que TU n’es pas normal, que tu DOIS vouloir du sexe quoiqu’il arrive, c’est recevoir sans arrêt des propositions sexuelles pour corriger mes « problèmes » parce que seule une « bonne bite » pourra me faire comprendre qu’en fait, j’en veux j’en veux j’en veux !

    C’est en ça que je suis sex negative : ras le bol de ces injonctions ! Je suis écœurée au possible quand je lis des témoignages d’anciennes actrices porno, de jeunes femmes qui acceptent des pratiques pour faire comme dans les films X : toujours plus loin, toujours plus violent. Je suis sex negative et ça fait du bien de le dire !!

    • Voici un article intéressant qui explique et critique cette idée (très individualiste) que chaque choix que fait une femme est par essence un choix féministe. C’est une théorie développée sous le nom de choice feminism…
      http://www.herizons.ca/node/519

      In contrast to political philosophies that explore the ways in which structural inequality limits freedom, choice feminism tells us that every individual is free to choose and that choice is empowering, no matter what the choice actually is.

      The result is that the term choice is now employed in feminist debates about everything from the sex industry to marriage and makeup. Choice feminism dictates that any time a woman makes a choice it is an act of feminism.

  15. Ping : Lutter contre le viol | Pearltrees

  16. Oh, mes appels ont été entendus :D

    C’est très agréable de tomber par hasard sur ce genre d’articles. Il est épuisant de ne lire qu’éloges et cantiques au sujet du sexe – et ça devient carrément humiliant lorsqu’on a le malheur d’être hors-jeu, pour une raison ou une autre.
    Perso’, je souffre de vaginisme depuis que j’ai porté plainte pour viol – ça fait un an, mon fiancé est un ange terrestre mais le reste du monde m’en a mis plein la gueule (et que tu vas te faire larguer, et que rholala j’aimerais pas être à ta place, et que faudra compenser ma pauvre, et que t’as un autre orifice). Pourtant, il ne m’a pas quittée, comme quoi, il y a un monde en dehors du sexe.

    Du coup je vais lire le reste du blog. Si l’auteur me lit, je souhaite lui exprimer ma reconnaissance et mon adhésion à son style percutant :)

  17. Salut l’elfe,

    La plus grosse erreur des 50 dernières années a été de croire que la libération des mœurs devaient passer par la libération sexuelle. Les années 70 ont été un fléau, tout était bon pour enfreindre les bonnes mœurs. Pour certains aspects oui cela avait du bon, mais pour le sexe, l’erreur était grossière. Il s’avérait que tous était en quête de libération sexuelle mais pas de libération spirituelle ou tout simplement réalisation de son humanité. Les années 70 nous ont fait connaître le développement des films érotiques et pornographiques. La libération de ces années n’étaient pas celle des carcans de la société mais la libération de ce qui se faisait déjà dans l’ombre. Cela n’a été que la légitimité du sexe sa

    • (suite désolé…) sans aucune limite et si une réserve était émise, n’importe qui était considéré comme rétrograde.
      Je ne suis pas attiré par le sexe, je ne suis donc pas pro-sexe mais je ne suis pas non plus anti-sexe. Je peux seulement m’en passer. Je le fais parfois mais surtout pour ma petite amie. J’ai une satisfaction mais je pourrais le faire moins souvent et surtout je le ferais mieux si cela était introduit par une bonne séduction. Mais ce n’est pas le cas, une femme ne séduit pas, c’est l’homme qui prend… A mourir de détresse…
      Certaine femme voyant que je n’étais pas sensible à leur séduction (qu’elles peuvent parfois utiliser à des fins personnelles) m’ont dit que j’étais homosexuel suite à un refus. J’ai douté un instant mais non je n’étais pas en manque de mec non plus… Comment veux tu faire l’amour avec quelqu’un qui n’est pas présent aux autres ni à soi? Ignorant de ton propre état émotionnel, souhaitant t’enjôler pour ne satisfaire que ses besoins et objectifs personnels… Et bien j’ai beau être un mec cela me refroidit grave, cela me rend même un poil désagréable. Que veut l’autre, uniquement que tu lui fasse vivre ce qui est standardisé de vivre, un bon gros sexe mais tais toi stp! Une obligation à t’offrir des choses, c’est déprimant…
      J’en ai parlé à un ami « mâle », il ne trouve rien d’autre à me dire que je vis le rêve de tous les hommes, avoir une femme qui demande cela… grrr Je ne suis pas un animal (borde.!), je peux être un humain sans devoir prouver ma puissance sexuelle pour être respecté, je peux être passé à autre chose depuis mes 20 ans?! Je peut avoir d’autre envies dans la vie que de me taper les gonzesses qui passent, j’ai réellement envi de penser à autre chose et à parler normalement à des êtres humains sans espérer un plan parce que ces êtres humains sont de sexe opposé… Finalement, j’ai envi de leur dire qu’ils agissent comme des bêtes et que cela affligeant quand cela n’est pas dramatique. Tout est bon pour tirer son coup pour eux et là tu te sens seul, mais grave seul et si encore cela n’était que les mecs qui étaient comme cela mais comme je l’indiquais précédemment, on m’a déjà déclaré homosexuel pour cette raison par des femmes.
      Alors oui, je ris, je leur explique (car rien ne vaut une bonne vérité, rien ne sert d’insulter), je leur dis oui tu ne peux pas m’acheter avec le vil, la pulsion corporelle et j’en suis fier. Je ne suis pas une bête. Mais c’est une évidence! et aujourd’hui ne pas être piégé par la séduction sexuelle est pour moi une véritable force, si je dois tomber pour quelque chose cela ne sera pas pour une question de mœurs, j’adore dire « je ne baise jamais avec une inconnue » et c’est une fierté que personne ne comprends!
      Bonne continuation dans tes posts

  18. Deux remarques de mon point de vue d’homme:

    1) Une idée qui a mis un temps fou à mûrir dans mon esprit, et dont j’ai la conviction qu’elle est vraie:

    LA PLUPART DES HOMMES N’AIME PAS LE SEXE.
    Ce qu’ils aiment, c’est autre-chose: c’est se branler dans le corps des femmes, avoir leur petite décharge de sperme et de plaisir, et surtout, surtout, ils aiment la sensation de soulagement et de triomphe que ça leur procure.
    C’est pas ça aimer le sexe.

    Au moment où j’ai eu cette idée, je l’ai soumise un peu partout à mes proches et connaissances.
    –> Réponse des hommes: « huh? Mais je ne suis pas comme ça voyons, pour moi faire l’amour est une expérience proche de la mort et de la renaissance, durant laquelle je touche du doigt les facettes les plus intimes de l’âme de ma partenaire, et l’intégralité de l’univers. »
    C’est ça ouais, et la marmotte…

    –> Réponse des femmes: il y a du vrai dans ce que tu dis, malheureusement. Mais ça varie beaucoup d’un homme à l’autre.

    Comme quoi, entre l’oppresseur et l’opprimé, entre celui qui baise et celui qui se fait baiser, on ne parle pas de la même chose, en effet…

    2) En parlant de se faire baiser…

    Je voulais juste préciser qu’en termes purement mentaux, une femme peut baiser un homme.

    Je le redis autrement: une femme peut prendre un homme, l’enculer comme une chienne, et le jeter en lui vomissant son mépris à la gueule et en se gargarisant de petites phrases bien balancées, histoire d’aller plus loin dans l’indécence en prétendant que c’est la victoire ultime du bien contre le mal.

    C’est là que je rejoins ta conclusion: si c’est pour subir ce genre de conneries, le sexe n’a absolument aucun intérêt!

  19. C’est assez libérateur de lire un tel article. Surtout lorsque l’on est ado et plus vierge depuis un bout de temps. Qu’on se cherche puisque, justement, on nous a berné avec des images tellement simplifiées de ce que pouvait être le sexe.

    En tant qu’ado, on est exposé à ces normes, lois sociales, tôt. Les à-priori sur le sexe sont notre quotidien. « Ils sont ensembles depuis longtemps, ils ont du coucher ensemble, c’est sur! », « elle n’est plus vierge, ce sera plus facile de la faire découcher », « Petit puceau », ou le pire, en tant que jeune fille, c’est le discours du garçon qui se veut respectueux « On le fera quand tu sera prête ». Et si, tout simplement, j’ai pas envie? Si tout simplement ça ne devenait pas une libération tant ATTENDUE?
    Ou alors le: « Il vient dormir chez toi? On demande pas ce que vous allez faire! ». Quoi, vous avez deviné que l’on va faire une partie d’échec?

    Imaginez, nous faisons partis des jeunes qui à 17 ans se posent déjà la question.
    « Vous êtes bien trop jeunes, vous ne respectez pas vos corps et ne savez pas ce que vous faites. » Cependant, la pression sociale qui pèse sur le sexe, et les normes que l’on m’impose, je l’ai ressens malheureusement depuis bien des années.

    Si en tant qu’adultes ils le ressentent, ils le font ressentir.
    Et ça donne des jeunes (une minorité peut-être, je ne suis pas dans l’intimité de tout le monde) qui ont une sexualité « inventée » ou « magnifié » que « tous les potes » connaissent mais surtout une sexualité réelle qui est taboo et complexée.

    Et ça, pardonnez du terme, mais ça craint.

    • Je pense que c’est très vrai ce que tu dis, d’ailleurs j’avais les mêmes impressions étant ado

  20. Ping : Féminisme sexe-positif ou pro-sexe : pas sexe-obligatoire | les fesses de la crémière

  21. Je crois que l’un des noeuds de ton malaise, c’est que le terme « pro-sexe » est trop simplificateur. Avec un terme aussi mal adapté à ce qu’il désigne, on finit par croire et nous faire croire que pour ne pas être catalogué(e) « anti-sexe », il faudrait dire ‘amen’ à tout ce qu’on nous désigne comme « le sexe » et tu décris ça très bien. Et ça t’amène (toi et d’autres) à rejeter le terme, et donc potentiellement les idées féministes qui vont avec. Et ça, c’est dommage, même si c’est évidemment pas de ta faute.

    Les anglophones utilisent préférentiellement le terme « sexe-positive », qui à mon avis a un sens bien plus nuancé : on n’est pas pour le sexe par principe, mais on s’oppose à une culture qui au contraire voit le sexe comme mauvais par principe quand il sort d’un cadre normatif très étriqué (ce que les anglophones appellent donc la culture « sexe-négative »).
    J’ai traduit l’article d’une sexbloggeuse et féministe britannique qui fait un peu le point sur sa façon de voir, et qui fait un intéressant écho à ton article :
    http://lesfessesdelacremiere.wordpress.com/2014/06/13/feminisme-sexe-positif-ou-pro-sexe-pas-sexe-obligatoire/

    • Merci pour l’article (enfin je l’ai déjà lu, mais d’autres pourront le lire). En effet, c’est presque purement un problème de vocabulaire, en fait. Je voulais ici m’attaquer à la notion selon laquelle « SEXE = BIEN » qui n’est que peu remise en question, et je le fais à travers un mot qui est représentatif de cet état de fait. Mais je pense que le terme « sexe positive » est beaucoup plus parlant que « pro-sexe » (qui ne veut pas dire quand chose en fait). Bon après je rejette le terme, mais je ne veux pas non plus jeter le bébé avec l’eau du bain. Je veux juste dire que le sexe n’est pas QUE marrant, n’est pas QUE du divertissement, contrairement à ce que tout un pan de la société essaie de faire croire. Le pire c’est les magasines féminins, ils arrivent à faire croire que le sexe n’est que pur divertissement et plaisir, tout en te le faisant envisager presque comme un travail, un service à rendre à autrui. C’est dingue.

  22. J’aime beaucoup tes réflexions, Elfe, que je trouve approfondies, fines et argumentées. Merci de partager ce travail de pensée avec nous. Je suis heureuse de constater que des personnes refusent de se laisser enfermer dans les diktats véhiculés et relayés plus ou moins consciemment dans l’espace social.
    Pour situer ma réflexion, car celle-ci naît aussi de mon expérience personnelle, après avoir « bien » débuté ma vie sexuelle (découverte de mon corps dans un premier temps, informations sur l’anatomie, du corps de l’homme par la suite, un premier rapport sexuel très heureux même si techniquement raté) j’ai été abusée par un cousin de mon âge très proche de moi.
    Evènement qui inaugure pour moi une longue période d’expériences sexuelles multiples à la recherche du « bon » partenaire.
    Que j’ai fini par trouver sans coucher avec de suite comme avec les autres, et qui m’a permis de vivre mon premier orgasme total (embrasement de mon corps, sentiment d’éclatement, tremblements, chaleur extrême) que j’ai connu a été un orgasme sans pénétration ni caresse sexuelle directe, juste dans les bras de l’homme que j’aimais et qui caressait tout mon corps nu sans aucun autre but que de partager un doux moment ensemble. Moment qui a suffit à me persuader pour ma vie entière que seul l’abandon total à l’autre dans la confiance et dans l’amour pouvait vraiment me faire jouir de cette jouissance assez mystérieuse car pas liée directement ni au vagin, ni au clitoris. (orgasmes couramment et régulièrement éprouvés mais que je trouve bien fades au regard de cette jouissance là).

    Ce qui me conduit à en venir à ma réflexion actuelle, qui est que je pense que les 2 sont très intimement liés et c’est là où je veux en venir : lors d’un rapport sexuel réussi c’est à dire vraiment satisfaisant pour les deux partenaires, il n’est pas seulement question de son corps, il est question de son être tout entier, et il est surtout question de relation. Quelle est donc cette relation avec cette personne qui me conduit à désirer me donner à l’autre, qui me conduit à désirer recevoir l’autre ? Qu’est-ce que peut vouloir dire désirer du sexe, aimer le sexe ??? Désirer le sexe pour le sexe, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’il est possible de se retrouver avec une autre personne ou avec soi-même ou avec plusieurs personnes juste pour baiser et basta ? Je ne sais pas qui peut prétendre que ces pratiques sont réellement épanouissantes, enrichissantes, occasion de croissance personnelle et d’enrichissement mutuel. Je ne sais pas si on peut réellement être heureux en utilisant le corps de l’autre pour se donner du plaisir, même si les 2 partenaires ont la même démarche. Je trouve ça plutôt triste 2 personnes non-intimes en train de baiser et d’avoir du sexe pour du sexe, même avec un total consentement mutuel et une recherche de plaisir personnel, pour moi c’est 2 personnes en train d’utiliser le corps de l’autre pour se masturber… Ce que je veux dire c’est qu’avant qu’il y ait du sexe, il faut qu’il y ait relation. Le sexe n’est qu’une forme d’expression de la relation qui existe entre 2 personnes. Est-ce une relation client-travailleur, dominant-dominé, une relation entre 2 personnes qui s’amusent, relation entre 2 personnes qui s’aiment…
    Peut on vraiment s’amuser avec le sexe ? Est-ce réellement « fun » de jouer avec sa bite ou sa chatte ?
    Pour une femme, avoir un rapport sexuel avec pénétration, n’est-ce pas toujours quand même une nécessité d’accueillir l’autre en soi, de s’ouvrir réellement et profondément à l’autre ? Peut on vraiment faire cela avec « n’importe-qui-du-moment-que-les-deux-sont-d’accord » sans risque de dissocier son affectivité et son corps ?
    Souhaites t’on réellement promouvoir l’utilisation du corps de l’autre pour son plaisir, du moment que les 2 sont d’accords et libres de toute pression sociale ou autre ?? Personnellement, je répond non.
    Je rêverai soit promu un « chacun fait comme il veut, dans la mesure où cela contribue à sa croissance intérieure personnelle et à celle de l’autre »
    Car quoi de plus important que de grandir en humanité et en amour ?
    Peut on réellement promouvoir la liberté totale en se passant de toute valeur morale et spirituelle ?

    J’ai essayé d’être le plus claire possible, je ne sais pas si c’est cohérent, mais voilà, mon expérience personnelle me dit qu’il est vraiment merveilleux d’aimer et de s’abandonner à l’autre en confiance, et qu’il est bien dommage de perdre son temps et son énergie à explorer d’autres voies (comme le sexe pour le sexe par exemple) juste parce qu’on est libre de faire ce qu’on veut. Quand on a senti qu’une voie était vraiment belle et bonne et juste, on a envie de la faire partager à tous, et on a envie de mettre en garde les autres contre les sirènes de la pseudo liberté. De la même façon que disait Rabelais « science sans conscience n’est que ruine de l’âme », je dirai que le sexe sans amour est aussi ruine de l’âme. Je dirai aussi que la liberté sans l’amour est aussi ruine de l’âme.
    Enfin, tout simplement, la vie sans amour est perdition.
    (je parle ici de l’amour sous toutes ses formes et pas seulement du sentiment amoureux)

    En bref, moi non plus je ne suis pas pro-sexe, je suis pro-amour :-)

  23. Hello,
    Je découvre ton blog et ai lu attentivement ce billet qui n’est pas inintéressant.
    Bon, je trouve que dans ta manière de vouloir faire preuve d’objectivité sur ce qu’est le pro-sexe, l’anti-sexe, tu deviens limite méprisante envers les personnes qui se diraient justement pro-sexe. Je tiens un blog qui justement se veut « féministe pro-sexe » pour reprendre ce terme à la mode. Mais ce que je souhaite mettre en avant, c’est justement l’inverse de cet ascendant patriarcal, c’est l’égalité. Les hommes passent toujours pour ceux qui « veulent plus de sexe que nous les femmes », ceux qui constituent la demande et nous l’offre. Mais non, désolée, je suis une jeune femme et j’aime le sexe. Moins que certains hommes, autant que d’autres et bien plus que d’autres !! Je suis en demande autant que je peux m’offrir et j’estime avoir le droit de l’affirmer quand je le souhaite. On ne devrait pas avoir honte d’aimer cela. Ce qui me gêne le plus, c’est cette culpabilité qu’on a posé sur les femmes qui aimeraient le sexe, le vivraient comme un amusement, plus que comme un devoir envers l’autre. Une culpabilité mise en avant par un seul mot : Salope. Voire pute. Non, être féministe pro-sexe, ce n’est pas être une pute. Et ce n’est pas non plus renier le fait que certaines femmes puissent souffrir du sexe, car obligées à se vendre ou violées. Mais des hommes aussi peuvent vivre ces situations (même si cela semble beaucoup plus rare). Oui, il y a des maladies sexuellement transmissibles dégueulasses et dangereuses auxquelles il faut faire attention, oui le sexe doit être consentant. Tout ceci est indéniable. Mais oui, le sexe doit aussi être positif, vu comme un jeu, un amusement, quand il se fait dans le respect mutuel et avec désir.
    Dans mon féminisme pro-sexe, je ne dénigre aucunement les hommes et femmes qui ne penseraient pas comme moi. Je respecte tout un chacun. Mais, dans ma manière d’affirmer mon identité sexuelle, mon désir, mes fantasmes, mon amour du sexe, je suis loin de me soumettre au schéma de l’homme tout-puissant qui aurait réussi à me faire jouer le rôle de soumise à ses désirs qu’il souhaitait. Loin de là. Il s’agit là de mon envie, de ma pensée, de moi ! Et si cela ne plaît pas aux messieurs, c’est pareil. Justement, on a trop voulu nous faire croire que nos désirs dépendaient de ceux de la gent masculine, et je considère qu’il n’y a rien de mal à montrer que notre volonté sexuelle peut émaner de nous. Qu’on se sente asexué, bourré de désir, pro-sexe, anti-sexe ou ce qu’on veut, que chacun vive sa sexualité comme il l’entend et qu’il ose l’assumer. Femme, homme, transgenre. Qu’importe.
    Et quelque part, être pro-sexe selon moi, c’est être capable de respecter toutes ces formes de sexualité.

    • Je ne pense pas être méprisante et je ne suis absolument pas dans le slut-shaming si c’est ce que tu veux dire. Les femmes ont parfaitement le droit d’aimer le sexe et de s’envoyer en l’air avant autant de partenaires qu’elles veulent. J’observe simplement que le sexe n’est pas, contrairement à ce que beaucoup voudraient faire croire, uniquement du plaisir. Si tu observes des femmes, de tous âges, origines, conditions sociales etc, si tu les écoutes, pour beaucoup d’entre elles (pas toutes), le sexe n’est pas QUE plaisir. Pour certaines c’est aussi souffrance, pour d’autres c’est aussi peur, pour d’autres encore c’est aussi travail, travail sexuel (prostituées ou épouses), travail reproductif, pour certaines c’est aussi corvée, pour certaines c’est dégoût de soi, culpabilité, honte. Pour toute une partie des femmes (et aussi sans doute certains hommes et encore pour des personnes sans genre), le sexe n’est MÊME PAS synonyme de plaisir. Et, si on observe ce qui se passe au niveau des genres, sociologiquement on va dire, pour la plupart des hommes le sexe c’est surtout du plaisir, alors que chez les femmes c’est beaucoup plus compliqué.

      L’approche pro-sexe est à mon avis importante. Il y a bien sur un travail à faire pour que le sexe cesse de devenir source de gêne, de honte, de dégoût de soi. Mais en faisant cela, il ne faut pas oublier que le sexe n’est pas que du plaisir et que ce n’est pas du plaisir pour tout le monde.
      J’ai bien précisé dans l’article que je ne m’attaque pas ici au féminisme pro-sexe, mais au TERME pro-sexe. Je pense que ce terme est, si ce n’est mauvais, porteur d’une certaine confusion. Ou peut-être d’un certain jugement de valeur. Peu de gens osent se dire « anti-sexe », donc ça n’a pas vraiment de sens de se dire « pro-sexe ». Je suis plutôt favorable à un mouvement qui travaille à rendre la sexualité aux gens et à en faire quelque chose de positif pour chacun et à le dégager des hiérarchies sociales, quand bien même ce mouvement s’appellerait quand même « pro-sexe ». Mais le terme me dérange, et le bruit qu’on fait autour du sexe me dérange, pas forcément ce qu’en font les féministes, mais ce qui en est fait après par le grand public. Le patriarcat se saisit de la moindre avancée pour la transformer en recul. D’une permission de jouir, à une injonction à jouir, il y a un fossé, qui est vite franchi par certains.

      Une femme a le droit d’aimer le sexe et de pratiquer autant de sexe qu’elle veut avec qui elle veut (entre adultes consentants), mais elle a aussi le droit de ne pas aimer le sexe, et/ou de ne pas s’y intéresser, elle a le droit de trouver ça chiant ou même de trouver ça dégueulasse, elle a le droit d’être « coincée » ou « frigide ». Des mots tellement péjoratifs mais il n’en existe pas d’équivalent masculin, ce qui à mon avis n’est pas un hasard. Il s’agit encore de contrôler la sexualité des femmes, c’est comme le slut-shaming mais dans l’autre sens.

  24. Tout d’abord félicitations pour ton article et pour ton blog en général (pour la plupart des articles que j’ai lu, je me suis vraiment retrouvé dedans), et je voulais te remercier de m’avoir fait réfléchir et prendre consciences de certaines choses sur moi même comme sur le sexisme et autres sujet où n’étant pas bien renseigné, je n’avais qu’un avis personnel et incomplet sur la question. Cet article (qui m’a poussé à en lire d’autre et a faire mes propres recherches) m’a fait réaliser qu’effectivement le sexe n’était pas si cool que ça pour beaucoup de gens, et que ça ne s’arrêtait pas à la simple notion de plaisir dans notre société. (Là c’est le moment où je déballe ma vie), j’ai, depuis plusieurs années embrassé la cause anarchiste, me retrouvant dans ses idées libertaires et égalitaires, et à force de fréquenter des gens pensant comme moi, je me suis construit une bulle de fausse tolérance et d’idées, essayant d’être ouvert d’esprit et me disant contre l’étiquetage des personnes en fonction de leur sexe,mais véhiculant malgré moi ces clichés en moi. J’étais devenu un gentil mec de gôche qui désespérait dans son célibat et contribuait à colporter et à nourrir les clichés qu’il voulait combattre, et ton blog m’a vraiment aidé à prendre conscience de ça. Alors aujourd’hui j’ai toujours ces idées reçues et ces clichés en moi, je ne me fait pas d’illusions elles ne partiront pas en un claquement de doigts, mais maintenant j’essaie de beaucoup plus réfléchir sur moi et de débattre avec d’autres personnes pour ne pas rester seul avec mes idées. Et c’est en grande partie en lisant et en réfléchissant beaucoup à tes articles que j’ai pu faire cet examen de conscience et me sentir beaucoup plus honnête avec moi même. (Cette partie était plus sur l’ensemble de ton blog, alors que celle qui vient sera sur cet article ^^)
    Je suis bisexuel, et comme dit précédemment, j

    • (Désolé pour le fail)
      Et comme dit précédemment j’étais frustré de ne pas être en couple, mais surtout d’être encore puceau, ce qui est apparemment la honte suprême pour un homme, et ce n’est qu’après ma période d’introspection que j’ai commencé à essayer d’ignorer la pression sociale, je ne cherchait pas à être célibataire par pur esprit de contradiction, mais attendait plutôt quelqu’un que j’aimerais et avec qui je voudrais être, et c’est pendant cette période où j’ai pu prendre du recul que j’ai pleinement réalisé les attentes qui pèsent sur les femmes comme sur les hommes au niveau de la sexualité, et à cet instant, j’étais toujours dans l’opinion « faites ce que vous voulez, point ». (Je continue d’ailleurs de penser que c’est ce qu’on devrait dire aux jeunes quand on leur parle, plutôt que de les laisser se faire une image déformée et stéréotypée comme cela m’est arrivé.) Je me suis alors considéré comme anti-sexe dans la mesure où ce n’était rarement que du plaisir, consentit et mutuel, mais une obligation sociale, voire un travail (on en est vraiment là é_è ) pour beaucoup de femmes. Puis j’ai rencontré un homme dont je suis tombé amoureux, et avec qui j’ai découvert que le sexe au sens où je l’attendait existait réellement, que ce n’était plus un devoir conjugal ou une norme sociale, mais juste un instant de partage, d’amour, de plaisir et de sensations délicieuses, quand il était fait par deux personnes consentantes, en passant à travers les clichés sexistes (et j’entends par là touchant les femmes et les hommes, même si ils sont moins nombreux) et les normes et pressions sociales, faire l’amour c’est juste beau.
      Après, ceci est juste mon expérience personnelle, et, même si ça n’apporte pas grand chose, je tenais à délivrer un message (a ceux qui auront lu jusque là) : à tous les « gentils garçons », ceux qui désespèrent d’êtres célibataires, parce qu’ils sont trop timides pour aller vers les gens, comme je m’était, goûtez votre solitude, appréciez là et profitez en pour réfléchir sur vous même et pour trouver les réponses aux questions que vous vous posez, vous allez voir, vous n’aurez ni baisé, ni choppé des filles, mais vous vous sentirez beaucoup mieux ;)

  25. C’est toujours triste pour moi de voir le féminisme en plein accord avec le patriarcat. Dire que le sexe ça n’est QUE du fun pour les hommes, c’est abonder dans l’hétérocentrisme et l’hétéronormativité. C’est considérer que les hommes ne peuvent qu’être prédateurs et les femmes ne peuvent qu’être proies. Qu’on ne peut pas violer un homme. Que le sexe ne peut pas être une source de douleur ou d’humiliation pour un homme.

    Et c’est bien dommage, parce qu’en occultant complètement cet aspect des choses, non seulement on prive hommes et femmes d’aspects entiers de ce qu’ils peuvent être, voire de ce qu’ils sont, mais on réduit justement le discours pro-sexe à une opposition « jouissance-pudibonderie ». Ça fait partie des raisons pour lesquelles je me dis plus volontiers sex-positif que pro-sexe, en expliquant à chaque fois que c’est considérer qu’il n’y a ni honte ni gloire à tirer d’avoir des relations sexuelles comme de ne pas en avoir.

    • Je pense pas que je réduise le discours pro-sexe à quoi que ce soit, c’est le terme qui me fait tiquer. D’ailleurs le terme « sex-positive » est beaucoup plus adapté je trouve.
      Et oui bien sur les hommes peuvent être victimes de viol ou d’abus j’ai jamais dit que le sexe était QUE du fun pour les hommes, ce serait ridicule de dire ça. C’est un très grossier raccourci des idées que je développe ici. Tu peux pas nier qu’il y a néanmoins un privilège masculin et que, disons en général, pour les hommes, le sexe, c’est surtout du fun. Et pour les femmes, c’est beaucoup plus compliqué que ça. En plus, outre le clivage hommes-femmes, qui n’est pas toujours ce qu’on croit, en présentant le sexe comme quelque chose d’uniquement positif et uniquement source de plaisir, on se met pas vraiment « du côté des hommes » mais du côté de ceux qui justement sont pas victimes. Désolée si c’est pas très clair mais j’ai du mal à formuler le truc.

Les commentaires sont fermés.