Réponse à une critique

Bon alors, ces critiques constructives, ça vient?

 

C’est ce que je me suis demandée. Puis j’ai trouvé ceci:  Diffuser le mode de vie végan : une critique

 

C’est un article très long qui critique plusieurs aspects du véganisme et du fait de promouvoir ce style de vie.

Il y a beaucoup de critiques sur beaucoup de points. Evidemment, je ne suis pas d’accord avec l’auteur sur nombre de ces points. Mais elle soulève des remarques importantes qui m’ont donné à réfléchir.

Donc je pense que c’est un bon article, même s’il témoigne parfois de certaines incompréhension. Sa principale qualité est de mettre le doigt sur les pièges dans lesquels tombent les végans eux-mêmes en voulant bien faire. Pas de « tout ou rien » ou autres raisonnements absurdes, quelques malentendus parfois, et je dois l’avouer, certains passages me paraissent carrément mauvais et à côté de la plaque. Mais l’ensemble du texte est plutôt constructif et surtout, certaines critiques pertinentes doivent être prises en considération.

 

Beaucoup de vegans n’ont pas aimé cet article. J’ai moi-même critiqué l’aspect très exagéré de certains passages (sur le forum végéweb):

« C’est plein de préjugés et on dirait que ça a été écrit en se basant sur les pire pisse-vinaigres qui existent parmi les vegans et en oubliant tous les autres.
Allez je vais être méchante: certains passages, on dirait même que ça a été écrit par un ovo-lacto-flexitarien frustré qui vivrait au milieu de vegans chiants et moralisateurs. »

 

Ce que j’ai dit (du moins la partie citée ici) est toujours valable, mais je pense que je me suis laissée emporter par cet aspect exagéré de certaines parties et j’ai peut-être zappé l’essentiel.

Je pense que cet article mérite d’être discuté ici, mais je le ferai en plusieurs fois car il est long et fluctue entre remarques pertinentes, critiques constructives, exagérations crasses et parfois vire carrément à l’incompréhension manifeste. Les points soulevés sont très nombreux et méritent chacun des réponses.

 

Comportements individuels vs question politique

La première critique abordée, et non des moindres, concerne la diffusion du mode de vie vegan qui serait trop centrée sur l’individu, et sur  ses choix de vie. Comme s’il s’agissait de quelque chose de purement personnel.

 

« La raison d’un si grand engouement pour les changements individuels en tant que puissants facteurs de transformation culturelle est certainement à chercher dans une conception du système social comme « somme » d’individus, une conception selon laquelle, donc, la mise en mouvement des forces qui déterminent les processus de changement social dépend de la simple augmentation du nombre de militants et de la rigueur manifestée par chacun de ceux-ci. Une telle vision des choses ne prend donc pas en compte le fait que l’exploitation animale a un caractère en réalité institutionnel, qui du fait de son ancienneté et de son omniprésence s’est retrouvé pleinement intégré dans les fondements de notre culture, élément structurel dans lequel, transcendant les individus et prenant un caractère supraindividuel, la relation entre changement individuel et projet de libération animale est faible et soumise à d’innombrables facteurs médiateurs. »

 

L’auteur reproche aux vegans de se concentrer sur les aspects personnels de leur comportement de consommation, et de se contenter d’encourager les gens à devenir vegans, comme s’il s’agissait d’un choix de vie comme un autre. Selon elle, la lutte pour les animaux doit être politique. Il s’agit d’une modification en profondeur de la société.

Elle poursuit en reprochant aux vegans de « dépenser leur énergie » à essayer d’améliorer, de perfectionner leur comportement individuel jusque dans des détails  qui lui paraissent insignifiants.

Il est difficile de répondre à cet argument parce qu’il y a là, à la fois une remarque pertinente sur ce que doit être ou ne pas être le véganisme, et une confusion.

 

D’abord l’auteur a raison de faire remarquer que l’exploitation des animaux a un aspect politique. Et selon moi, le véganisme n’est pas qu’un choix de vie individuel. Il doit être politique.

Il y a une confusion entretenue par une très grande subtilité dans le discours de ceux qui, comme moi, souhaient promouvoir le style de vie végane. En effet, nous disons qu’être végane est un choix personnel. Ca l’est et ça ne l’est pas en même temps. Ca l’est parce qu’on ne peut pas forcer quelqu’un à devenir végane dans une société qui ne l’est pas. Ce serait tout simplement invivable.

Et en même temps ça ne l’est pas, parce qu’il implique d’autres êtres: les animaux, et il concerne en même temps la société entière, en ce qu’il remet en question des aspects importants de la société, des facteurs économiques, des aspects culturels, etc…

Manger de la viande n’est pas un « crime sans victime » comme disent ceux qui se croient tolérants avec les végans quand ils déclarent « chacun mange ce qu’il veut, ce qui veulent manger de la viande en mangent et ceux qui n’en veulent pas n’en mangent pas ». Ils ont tort, car en voulant mettre tout le monde d’accord, ils occultent complètement l’existence des animaux qui sont les victimes du fait que des gens veulent continuer à manger de la viande (et surtout, comme le fait remarquer Antonella Corabi, du fait que ce soit accepté socialement) et donc ils occultent aussi les raisons pour lesquelles certains ne veulent pas manger de viande. Dire « chacun mange ce qu’il veut » fait passer le véganisme pour un choix personnel individuel, alors que c’est un choix qui implique beaucoup de personnes… Ce serait vrai si c’était une question de goût, et on se bat aussi chaque jour pour faire entendre aux gens que ce n’est pas une question de goût, mais une question politique.

 

Mais essayer de faire changer les gens individuellement, ce n’est pas essayer de faire en sorte qu’ils arrêtent de manger de la viande et des produits laitiers. C’est plutôt essayer de faire en sorte qu’ils comprennent les implications de la production des produits animaux. Leur ouvrir les yeux sur l’exploitation animale. Que ces réalités fassent en sorte qu’ils décident eux-même de se passer de produits animaux.

 

Je suis beaucoup plus heureuse quand quelqu’un me dit « tu as raison, l’exploitation animale est vraiment terrible, c’est un problème important mais je ne me sens pas prêt(e) à changer pour le moment » plutôt que quand quelqu’un décide de devenir végétalien pour perdre du poids. Le premier deviendra peut-être végétarien ou végétalien un jour. Le second ne le restera probablement pas bien longtemps, et s’il n’a rien compris au problème de l’exploitation animale, j’estime que c’est un échec.

 

Le véganisme est une question politique, il ne concerne pas seulement les individus. Il concerne la société. Mais essayer de faire changer les individus, ce n’est pas juger ou contrôler le contenu de leur assiette, ou les classifier en méchants et gentils. Non, c’est essayer d’introduire un changement social. Faire savoir aux gens que le véganisme existe et qu’il répond à un problème de taille, que ce problème existe et qu’il existe une solution.

 

En ce sens, je rejoins à moitié l’auteur car je ne suis pas d’accord avec la façon dont certains essaient de répandre le mode de vie végan, en le faisant passer pour un choix uniquement personnel, pour quelque chose qui concerne soi et uniquement soi. Car c’est un choix altruiste avant tout. Celui qui veut préserver sa santé mangera moins de viande, mais rien de lui interdit d’en manger un peu de temps en temps… Je pense que les gens ne sont pas des crêtins, pas si égoïstes qu’on le pense, qu’ils préfèrent avoir une bonne opinion d’eux-même et qu’un changement social est possible.

 

Mais d’un autre côté, il faut bien présenter le véganisme sous son aspect positif, sinon les gens ne nous écouterons pas. Je ne le dis pas assez sur ce blog, mais je suis heureuse d’être végane. C’est la meilleure chose que j’ai fait dans ma vie (et je suis en train de faire le tour du monde, ce qui est formidable, mais je pense qu’être végane est la meilleure chose que je fasse, la plus importante). J’ai eu peur de devenir végétarienne au début, j’avais peur parce que je pensais que plus on donne aux autres, moins on a. Je ne voulais pas m’investir dans quelque chose qui allait me bouffer. Mais ma vie n’a fait que s’améliorer depuis. Je suis beaucoup plus heureuse qu’avant. Mais je n’ai pas fait ce choix pour moi, je l’ai fait pour les animaux. Le message que je voudrais faire passer aux gens, c’est que plus on donne aux autres, plus on a envie de donner, et le bonheur est dans ce qu’on donne et non pas dans ce qu’on garde. Ce n’est pas facile à dire, ça parait absolument compliqué, la seule solution pour que ce soit simple, c’est de le vivre. Certains ne le vivront jamais, et je les plains. Sincèrement. Il n’y a rien de méprisant ou de dévalorisant, je suis passée à un cheveu de ne rien changer dans ma vie, et je pense que dans un sens, j’ai beaucoup de chance.

 

Les vegans sont toujours heureux d’avoir fait ce choix, sinon ils l’auraient abandonné car personne ne va les punir pour ça. Y aura même des gens pour les applaudir quand ils redeviendront « normaux ». Y aura toujours  beaucoup de gens pour vous mépriser et quelques-uns pour vous ensencer, quoi que vous fassiez… Il faut bien dire que quand on est végan, on est en bonne santé et heureux, car ça intéresse bien sur les gens. Mais il faut aussi avoir un discours juste et sincère. Le véganisme n’est pas la solution à tous vos problèmes, et ce n’est pas un choix qu’on fait pour soi-même.

Bref, un équilibre est nécessaire, entre présenter le véganisme sous ses aspects positifs et rester honnêtes et réalistes sur nos motivations, si on espère introduire un changement social. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Je suis bien consciente que le fait que je ne mange pas de viande, à moi toute seule, ne change pas le sort des animaux trainés à l’abattoir. Mais le véganisme est un mouvement collectif, un mouvement de réplique à un système social injuste et barbare qui transforme des êtres sensibles en machines. Etre vegan est faire entendre sa voix, un peu comme voter.

Je l’ai déjà expliqué: être vegan, ce n’est pas être un unique flocon de neige. C’est vouloir un changement pour les animaux, mais surtout ça a du sens parce que plusieurs personnes le veulent. Le mouvement est encore trop petit et marginal pour que ce soit évident, mais c’est un mouvement collectif.

 

Pour finir, je voudrais faire une remarque importante. Le véganisme est dit marginal parce que peu représenté de nos jours dans la société, et en désaccord avec des philosophies et pratiques sociales jugées normales. Mais il ne se veut pas marginal, au contraire. Nous sommes marginalisés par certains carnistes qui nous jugent extrêmistes et nous traitent d’emmerdeurs donneurs de leçons(1), mais le veganisme se caractérise justement par la volonté de changer la société de l’intérieur, et de vivre dans cette société malgré tout ce qu’il lui reproche. La démarginalisation du véganisme est un élément capital du militantisme pour les animaux. Le fait qu’il soit impossible de vivre sans jamais utiliser le moindre composant animal est connu de nombreux végans, et ils acceptent cet état de fait, car ce qu’ils veulent, ce n’est pas être purs et parfaits, ni s’isoler dans une grotte. Ce qu’ils veulent, c’est continuer à vivre dans cette société, et la rendre un peu plus juste, un peu meilleure.

 

 

(1) Il existe probablement des vegans emmerdeurs et moralisateurs, mais le but des vegans est que les gens réfléchissent et fassent ce qu’ils considèrent, eux, comme le bon choix. Toute tentative de faire la morale aux gens, de les juger ou de les cupabiliser, m’emmerde. Ca ne sert à rien, ça ne fait rien du tout pour les animaux, et je n’aime pas qu’on m’emmerde et qu’on me fasse la morale, qu’on me dise ce qui est bien ou mal, alors je ne le fais pas aux autres. Si je parle aux gens de l’exploitation animale c’est parce que je pense que les gens sont intelligents et peuvent comprendre en quoi c’est un problème.

19 réflexions au sujet de « Réponse à une critique »

  1. Mais les gens qui pensent qu’on leur fait la morale sont justement ceux qui voient parfaitement le problème. Et notre simple présence leur rappelle que le problème existe toujours et qu’on pourrait faire quelque chose. Donc, rien qu’en étant là, nous leurs rappelons qu’ils ne font rien, et ils s’estiment critiqués… Les gens aiment bien se complaindre dans un « c’est triste mais on ne peut rien faire » et dès qu’on leur prouve que si, pour quoi que ce soit, ils y voient une critique. J’ai souvent constaté qu’on reprochait au végan de ne pas « subir ». On m’a souvent dit que le problème n’était pas que je ne mange pas comme tout le monde, mais que j’avais fais ce choix moi-même, que je n’étais pas forcée… On m’a souvent dit « si encore c’était tes parents qui t’avaient apprit, ou ta religion qui t’obligeait… ». Donc réellement, ce qui énerve, c’est de leur prouver que si ils n’ont pas encore fait ce choix, ils sont sûrement les seuls responsables.

  2. Je n’ai pas grand chose à rajouter si ce n’est que c’est vraiment délicat de faire comprendre aux « gens normaux » (dans le sens, ceux qui acceptent et vivent dans la norme sociale et politique actuelle), le bien-fondé et l’importance crucial de ce mouvement… Trouver les mots justes… Et oser. Sortir de sa bulle. Penses-tu que le véganisme antispé (mais les deux vont ensemble cela va de soit, enfin pas pour tout le monde (j’ai halluciné à la lecture d’une critique de l’antispécisme de la part d’un végan…), peut être considéré comme une solution constructive parmi tant d’autres pour rendre cette société un peu moins barbare et un peu plus juste ou penses-tu que c’est LA solution à tous nos problèmes, le reste n’étant que du chiqué ? J’espère un jour pouvoir te rencontrer en chair et en os et échanger sur ce sujet et tant d’autres… :) Bonne continuation dans ton tour du monde.

    • Tu as lu une critique de l’antispécisme de la part d’un végan? Il explique pourquoi il est végan? Je veux bien le lien si tu le trouves! En tous cas je pense que le véganisme est une, peut-être la solution, mais seulement à un des nombreux problèmes de ce monde, et il existe bien des injustices qui ont, ou pas, des solutions qui ne sont pas le véganisme… Pour le reste: santé, écologie, c’est une des solutions, mais elle doit être complémentaire avec beaucoup d’autres.

  3. Et puis il y a ceux qui essaient de réduire, qui se disent écolo et aiment sincèrement la planète, les animaux, ils sont absolument sincères dans leur démarche, ils s’en foutent pas et quand on les connaît, on ne peut que les féliciter en toute bonne foi, un peu est déjà mieux que rien. Mais ils ne souhaitent pas pour autant aller jusqu’au bout, trop extrême selon eux, c’est restrictif et ils apprécient le goût des « produits » animaux (parce qu’habitués casi depuis leur naissance.). Ils font « de leur possible », à leur petite échelle et trouvent que c’est déjà bien… Que leur dire ? Certainement pas les juger… Et ces personnes là sont plus nombreux que l’on ne le pense…

    • Extrême, extrême… Je comprend pas l’équation extrême=mal. Tu sais je juge personne, mais je pense que déjà quand on est vegan, on fait pas forcément tout son possible. Faire son possible c’est surtout essayer de s’améliorer, donc ça veut pas forcément dire être 100% vegan, mais au moins diminuer petit à petit sa proportion de produits animaux. Enfin après ça dépend de quoi on parle: tu parles d’écologie, de la Planète… L’écologie est à propos d’un système, le véganisme est à propos d’individus. En cela, le véganisme et l’écologie sont quasiment opposés !

  4. Eira, par rapport à ces personnes, je fais attention à ne pas les « féliciter » des efforts qu’ils font. J’ai remarqué que le simple fait de dire que ce qu’ils font est déjà bien leur permet d’apaiser leur conscience et de s’arrêter en chemin.

  5. Ah bah non, ça sera pas commentaire court aujourd’hui ^^

    Je viens de lire la critique que tu critiques, et je la trouve moyenne.
    En fait, ce qui me dérange essentiellement, c’est l’impression d’une opposition privée/public. Que pour l’auteur, tout se joue au niveau public, citoyen, collectif, et que le niveau privé, individuel, propagation du veganisme par contagion/diffusion du mode de vie vegan est limite anecdotique.
    Je suis pas du tout d’accord. Porter des idéaux d’abolition de la viande, c’est bien, je suis tout à fait d’accord pour repolitiser le truc et remettre les animaux au centre, mais à l’échelle de moi-même et de mon quotidien, ma cohérence, mon boycott maximal est très important pour moi. Acheter des produits avec des EXXX issus d’animaux, non. C’est donner de l’argent à une entreprise qui participe à l’exploitation animale. Donc non. Et diffuser le mode de vie vegan est important. Augmenter la somme des individus vegan est important, car plus on sera nombreux, plus ça sera facile de parvenir à l’abolition de l’exploitation animale. Que cette diffusion se fasse en montrant ce qu’est le veganisme au quotidien est inévitable, tellement cela semble être un monde à part aux omnis, et il est important qu’ils prennent conscience que ce n’est pas insurmontable concrètement. Comprendre les idéaux, c’est essentiel, comprendre la pratique, faut pas non plus le négliger.
    Mais bien sûr, et c’est ce qu’on dit toi et moi régulièrement, dans cette diffusion du veganism du niveau individuel, là aussi il faut recentrer le sujet sur les animaux, pas sur la santé et l’état de la planète.
    Bref, tout ça pour dire que l’opposition public/privée n’est pas du tout pertinente, c’est une complémentarité, et que dans les 2 sphères effectivement, il faut bien recentrer le pb sur les animaux.

    • Je ne suis pas d’accord, à vrai dire, avec l’ensemble de ce texte, mais globalement il m’a donné à réfléchir sur plusieurs points, c’est pour ça que je pense que c’est une bonne critique. L’auteur a notamment raison de dire que les changements individuels ne suffisent pas. Selon moi ils sont nécessaires, même si pas suffisants. Il ne faut pas se reposer sur nos lauriers…  Le truc c’est que le texte est long et parle de beaucoup de choses différentes dans chaque paragraphe, c’est pour ça que je compte écrire plusieurs articles autour de ce texte.

  6. Je lisais pas plus tard qu’hier une critique similaire sur certains points : http://www.images.plantbasedpeople.com/BoycottVeganism.pdf Un point commun entre les deux est l’opposition, infondée à mon avis, entre action individuelle et politique : comme le dit Fuschi, les deux sont plus complémentaires qu’opposés.

    Ceci dit, je pense que c’est en effet un piège à éviter, que ce soit personnellement ou dans sa façon de militer, et c’est bien de le rappeler : le véganisme tout seul ne suffit pas.

    À part ça, je suis parfaitement d’accord que « le veganisme se caractérise justement par la volonté de changer la société de l’intérieur, et de vivre dans cette société malgré tout ce qu’il lui reproche. » et je trouve que sur le plan personnel c’est une étape énorme, d’apprendre à la fois à vivre dans une société et à travailler activement à la changer.

    • En effet. Je ne comprend pas comment les gens peuvent espérer changer des choses importantes dans le monde s’ils ne sont pas prêts à modifier quelques petites habitudes chez eux.

  7. L’article n’est certes pas toujours très clair, mais je suis d’accord sur le fond.

    L’auteure ne cherche pas à critiquer le véganisme en tant que tel, mais la manière de le promouvoir et la manière de le pratiquer de certains. Il me semble que l’auteur critique surtout le mouvement vegan anglo-saxon, notamment les francioniens. Les antispécistes français que je connais (les cahiers antispécistes, L214, la veggie pride…) n’ont pas ces défauts, ou beaucoup moins.

    1. Mains propres et ventre propre vs efficacité réelle

    Un très bon article sur le sujet est celui ci : http://www.cahiers-antispecistes.org/spip.php?article53

    Toujours d’actualité depuis 20 ans. A lire.

    Cette attitude « mains propres » consiste à se focaliser sur la pureté morale de la consommation directe plutôt que sur l’impact global sur les animaux. Le commentaire de Fushicho est caractéristique : « Acheter des produits avec des EXXX issus d’animaux, non. C’est donner de l’argent à une entreprise qui participe à l’exploitation animale ».

    Cette phrase est d’une grande naïveté. TOUTES les entreprises exploitent les animaux. Que sont quelques milligrammes de matières animales face aux milliers de rongeurs que chaque usine fait agoniser à coup de mort-aux-rats ? Le simple fait d’acheter du pain implique de faire souffrir des animaux, car chaque agriculteur écrase sans vergogne des dizaines d’animaux quand il moissonne les blés, et les silos sont protégés par des pièges et du poison. Les routes et les bâtiments sont construits sans se soucier de l’habitat des animaux, nos impôts servent à subventionner les éleveurs, à tuer des pigeons dans les villes, à massacrer les rats dans les égouts, à « réguler » la population des sangliers, à financer l’expérimentation animale. Tout produit commercialisé a été testé à un moment ou à un autre sur des animaux, si ce n’est pas le produit fini ce sont ses composants. Et pourquoi se focaliser sur les additifs des aliments et beaucoup moins sur ceux de l’emballage ?

    J’en connais qui refusent le miel mais qui mangent du sucre de canne sans se soucier des insectes qui vivent dans la tige et qui sont broyés dans le processus d’extraction.

    Alors, qu’on me comprenne bien : bien sûr qu’il faut s’efforcer de boycotter les produits de l’exploitation des animaux, mais l’exploitation des animaux dépasse la confection des denrées alimentaires et des biens de consommation, et passer du temps à éviter deux ou trois mg de EXXX est totalement inefficace. (mais je ne suis pas contre non plus, chacun fait comme il le sent).

    Inversement, les francioniens sont intransigeants même sur les détails. Le livre « Vegan Freak » écrit par des francioniens est exemplaire de ce travers : des pages et des pages sur les additifs, sur la micro-goutte de caséine que contient chaque préservatif, le µg de vitamine D3 dans les corn flakes. On s’adresse au consommateur, à l’agent moral, mais jamais au citoyen.

    2. Conversion vs revendication politique

    Sur ce point, il faut faire la différence entre ce que pensent les végans et ce que perçoivent les non-végans. Nous pensons que promouvoir le véganisme = populariser l’idéologie sous-jacente (l’antispécisme). Et il nous parait évident que les propositions morales sont universelles. On ne l’explicite donc pas. Mais ce n’est pas évident pour le reste de la population, surtout sur un sujet où règne la mauvaise foi. Le veganisme peut facilement passer pour une éthique de la vertu, un choix personnel, certes louable mais surérogatoire. C’est ce que les gens ont envie de penser. J’ai moi-même subi ces reproches : tu es trop puriste, c’est quoi cette volonté de pureté, ce jusquauboutisme. Tout était ramené à une volonté personnelle d’avoir les mains et le ventre propre, alors que je n’argumentais que de manière universaliste (je suis conséquentialiste). Mais le simple fait d’expliquer mon propre comportement de consommateur, même par des raisons éthiques claires, a incité mes interlocuteurs à cataloguer le truc dans la vertu perso.

    La tendance puriste pinaillage sur les EXXX accentue le phénomène.
    En s’adressant au citoyen par des propositions politiques (« il faut interdire le gavage », « il faut abolir la viande », « il faut mettre fin à l’exploitation des animaux », etc) on évite cet écueil. Rien n’interdit ensuite (bien au contraire !), une fois la question posée en termes politiques, d’ajouter « en attendant, vous devez agir dès aujourd’hui en devenant végan ».

    D’autre part, la « stratégie de la conversion » utilisée par le mouvement végan est vraisemblablement bien moins efficace que la « stratégie de la revendication ». Sur ce point, il faut lire ce texte : http://www.fichier-pdf.fr/2011/10/06/strategieanimaliste6/strategieanimaliste6.pdf

    ou en version présentation powerpoint (mais dans un fichier pdf) : http://www.fichier-pdf.fr/2011/10/06/presentation-abolition-of-slavery-abolition-of-veganism/presentation-abolition-of-slavery-abolition-of-veganism.pdf

    • En effet c’est important de souligner que l’auteure n’est pas contre le véganisme en lui-même. Ce texte a beaucoup déplu aux véganes, moi y compris d’ailleurs, dans un premier temps, mais néanmoins, certains ont affirmé qu’elle était contre le véganisme et je trouve important de dire que c’est faux, d’ailleurs elle le précise à la fin. Reste une question: jusqu’à quel point doit-on se préoccuper des détails de son comportement de consommateur? Changer ses habitudes de vie est très important, je veux dire on ne peut simplement pas être antispéciste et cautionner l’exploitation animale en mangeant de la viande et autres. Il faut bien mettre une limite. Mais enfin c’est le sujet de mon autre article qui paraitra normalement demain (enfin je crois, mais je ne sais plus très bien quand est-ce qu’on change de jour en France, bref). Chose très importante aussi, dès qu’il y a beaucoup de véganes, on a tendance à se regrouper, ce qui est bien, à s’influencer les uns les autres, ce qui est pas mal, mais, revers de la médaille, on a aussi tendance à se sentir jugés les uns par les autres, et déjà qu’il est difficile de passer outre quand quelqu’un vous juge alors qu’il ne comprend pas votre philosophie, se faire juger par un autre végane quand on est végane soi-même, ça nous influence beaucoup plus. Sans parler des quelques-uns qui font effectivement la morale aux autres, « t’es pas végane parce que tu fais ceci ou cela »… En réalité, ce qui est nécessaire c’est bien sur l’action politique antispéciste, mais quel poids peut-on avoir dans la balance quand on représente 0,01% de la population (chiffre donné totalement au hasard)? Plus les gens deviendront véganes, plus on pourra lutter efficacement contre le spécisme. C’est peut-être un peu naïf, mais ça me semble la solution la plus efficace.

  8. Entièrement d’accord avec ton commentaire, lelfe.
    Pour augmenter le nombre de vegans, je pense qu’il faut agir sur les 2 fronts : la conversion, çàd au niveau individuel, par le bas, et au niveau politicomédiatique, par le haut, grâce à des asso comme L214 ou meat-abo. Les 2 sont à mon avis indispensables.

  9. Pour ce coup-ci, je suis pas trop d’accord avec ta lecture et ta critique du texte. Je l’ai lu avant de lire ton article et j’étais pas mal d’accord avec le contenu, et il me semble qu’il faut faire attention à ne pas mal le lire.

    L’auteur ne fait pas une simple distinction public/privé en disant qu’il faut avant tout faire entendre la contestation politique sans trop s’occuper d’en parler au niveau individuel; il me semble qu’il insiste surtout sur le fait que l’important n’est pas les détails du style de vie, mais bien la revendication éthique que ce dernier comporte.

    Ainsi, le débat au niveau individuel ne s’en trouve pas dénigré, mais renforcé: il s’agit de faire entendre le message politique de l’antispécisme, de discuter du vrai problème, plutôt que des détails du style de vie, afin que les gens se rendent compte du bien-fondé éthique de notre discours:

    « Pour briser ce cercle vicieux, il pourrait être utile d’essayer de se soustraire à la provocation, en refusant simplement la fausse logique de ceux qui veulent prendre les végans en défaut de cohérence, et en manifestant une indifférence explicite à corriger les imperfections éventuelles de la vie concrète, au profit d’un effort pour imposer un débat dans lequel il est admis dès le départ que nous sommes tous incohérents et où il s’agit de parler des animaux et des cages dans lesquelles ils vivent et des privations qui leur sont imposées, en évitant la dérive vers les discours superficiels sur la plus ou moins grande perfection des modes de consommation individuelle. »

    C’est pour ça qu’Antonella Corabi fait la distinction entre « consommateur » et « citoyen »: plutôt que d’insister sur le comportement dans le magasin et de faire culpabiliser, il faut faire entendre le message politique et éthique et essayer de changer les mentalités.

    Ainsi, je ne vois absolument aucune opposition entre ta vision des choses et la sienne. La distinction ne porte pas tant sur le niveau strict public/privé, mais sur ce dont il faut se focaliser: les habitudes alimentaires privées/l’exploitation animale institutionnalisée.

    Ce texte n’est donc pas un pamphlet contre le débat entre individus, mais dénonce plutôt le recentrement du sujet sur les choix personnels individuels plutôt que sur l’exploitation généralisée.

    Et pour ma part, j’ai eu pendant tout le texte l’impression que l’auteur était elle-même végan et qu’elle cherchait à améliorer la force de la contestation végane…

    Je suis assez d’accord avec sa conclusion:

    « Ce que l’on peut souhaiter, c’est que les animaux redeviennent les protagonistes absolus de la revendication animaliste et qu’à la place de la gentille requête que l’on devienne végan on entende l’explicite et courageuse exigence de voir l’exploitation prendre fin. »

    Elle ne nie pas que de cette exigence émergera une conscience de l’exploitation chez les individus, qui les poussera à devenir végans. Mais insister avant tout sur le fait que les gens deviennent végans à tout prix avant d’insister sur les cause du mode de vie végan n’est pas la bonne manière de procéder.

    • Je ne sais pas, j’ai trouvé qu’il y avait des exagérations. Peut-être se base-t-elle, comme le fait remarquer Pierre Sigler, sur le véganisme « à l’américaine ». Là ou j’ai du mal à être d’accord avec elle justement, c’est que des végans chiants et pinailleurs j’en connais, mais y en a pas tant que ça, et franchement quand on lit cet article on a vraiment l’impression que tous les vegans sont comme ça. Bien sur elle ne remet pas en cause les fondements du véganisme, mais, peut-être j’ai mal lu, je sais pas, j’ai l’impression qu’elle s’oppose carrément à promouvoir le style de vie végan de par l’approche individuelle. Alors que oui, elle a mille fois raison de dire que ça ne suffit pas et que c’est avant tout une question politique, mais il est tout de même nécessaire de montrer aux gens qu’être végan c’est un style de vie sain, qu’on mange plein de choses, il est nécessaire d’avoir un comportement de consommateur responsable etc etc…

    • Houla… je pense que je le lirai plus tard car c’est très très fouillis et brouillon comme texte, on a du mal à suivre… En tous cas écrire des trucs du genre « l’antispécisme n’existe pas » ou « il ne remet pas en question le capitalisme » (ha ben alors ça sert à rien) ou encore que le spécisme est inconscient (merci captain obvious) ça m’a quand même l’air de quelqu’un qui a pas les idées tout a fait ordonnées dans sa tête…

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