Rétrospective: les actions welfaristes en question

Aujourd’hui, je suis végane depuis 2 ans et 5 mois.

Mon point de vue a beaucoup évolué depuis le premier jour où j’ai décidé de franchir le pas. (C’était un jour de juin 2009. J’y reviendrai peut-être, si j’ai le courage de le raconter. Bref).

Dans ce blog, je me suis exprimée contre le welfarisme (ici et par exemple), que j’ai assez rapidement considéré comme non satisfaisant du point de vue des animaux. Néanmoins, j’ai continué à participer à des actions welfaristes au moment où je m’exprimais ici même contre le welfarisme lui-même, et même un peu après avoir publié ces articles.

Dans cet autre article, j’expliquais à l’époque pourquoi je continuais à participer à ce type d’actions.

En relisant cet article, je pense que je ne l’écrirais plus aujourd’hui. Il y a quelques remarques pertinentes mais j’y vois surtout plusieurs failles logique. Pourtant, certaines personnes à l’époque m’ont fait remarquer ces failles, mais je pense que je n’ai pas tout à fait compris leur raisonnement, et je n’ai d’ailleurs pas compris que je n’avais pas compris.

Je vais donc me répondre à moi-même, faire une critique de mon propre article.

En résumé, j’y expliquais que, si le welfarisme est une idée inaboutie et non satisfaisante, je n’étais pas opposée à toute forme de communication welfariste, ces formes de communication pouvant se révéler positives. Je vais expliquer ici en quoi mon point de vue a évolué sur la question:

1) Le welfarisme encourage-t-il les gens à faire du mal aux animaux?

Dans l’article en question, j’écrivais notamment ceci: « J’ai du mal à comprendre comment un végan peut considérer qu’on puisse exploiter les animaux la conscience tranquille, étant donné que c’est justement l’exploitation qu’il condamne moralement. »

En fait, je suis toujours d’accord avec cette phrase. A l’époque, j’ai eu un raisonnement que je continue de considérer valable, mais je n’avais pas pris en compte certains aspects du problème:

On m’avait dit, ou j’avais lu, que le welfarisme était nuisible parce qu’il encourageait les gens à consommer des animaux, puisque cela était fait d’une façon plus « douce ». Autrement dit, que plus on allégeait la détresse des animaux utilisés, moins on avait d’arguments pour lutter en faveur de l’abolitionnisme. Certains abolitionnistes vont jusqu’à dire que rendre moins terrible la souffrance de certains animaux-esclaves est contre-productif  puisque cela encourage les gens à les utiliser, ou que cela donne des arguments en moins à ceux qui luttent contre l’esclavage des animaux. Evidemment, je ne suis pas d’accord avec ce raisonnement. C’est ce que david Olivier appelle « la politique du pire » dans cet article. Citation:

« Récemment, à Paris, j’ai entendu une militante dire, d’un air triste et inquiet, que la souffrance infligée aux animaux était de pire en pire, et que finalement, le seul espoir était peut-être là : que ça devienne tellement horrible que les gens en soient dégoûtés, et arrêtent de manger les animaux.
Je retrouve le même motif dans le texte de Cohen, mais dans l’autre sens : il regrette explicitement que l’abattage puisse devenir plus « compassionate », parce que ça va donner bonne conscience aux gens, et donc permettra qu’ils continuent à manger les animaux ; ce qui est très mal, parce que la seule chose vraiment importante, aux yeux de Cohen, c’est qu’on n’abatte plus les animaux.

Ce raisonnement présuppose pourtant implicitement ceci : que l’argument le plus fort, voire le seul, pour amener le public à cesser de manger les animaux, c’est l’horreur des conditions d’élevage et d’abattage. En effet, si on regrette que ces conditions s’adoucissent, c’est bien qu’on considère qu’auprès du public, c’est l’horreur des conditions d’élevage et d’abattage, et non le simple fait de mettre les animaux à mort, qui peut être efficace.
Il y a quand même là un truc très bizarre. Cohen, Francione et autres sont, eux, motivés principalement, voire exclusivement, par l’abolition de l’abattage lui-même, mais tiennent pour parfaitement impossible que le public puisse partager cette motivation-là ! »

Comme David Olivier, je trouve parfaitement illogique – et cynique – de regretter l’amélioration des conditions de vie des animaux, comme si cela allait empêcher les gens de devenir véganes. Je suis végane et je suis abolitionniste, je crois à l’abolition, ce qui signifie que je ne crois pas au welfarisme; ces convictions sont suffisamment fortes pour penser que le public est, lui aussi, capable de se rendre compte que l’esclavage des animaux est une mauvaise chose en soi, sans qu’il y ait nécessairement besoin qu’on lui mette sous le nez ce qui se ferait de pire en matière de torture. 

Mais il y a un mais. Je pense que ce que je n’avais pas vu à l’époque, c’est que le welfarisme fait partie intégrante d’un système global d’oppression. Aujourd’hui, je n’affirmerais pas que le welfarisme encourage forcément l’exploitation des animaux, encore moins qu’il faille que le sort des animaux soit terrible pour que les gens s’y intéressent. En revanche, je pense qu’il est juste de dire que le welfarisme fait partie du système d’exploitation des animaux, et que, dans une certaine mesure, les gens qui organisent des actions welfaristes peuvent avoir pour objectif de continuer à exploiter les animaux.  

En effet, le welfarisme vise à utiliser des animaux à des fins humaines, tout en le faisant d’une manière aussi peu cruelle que possible sans avoir à sacrifier le moindre intérêt des humains (ou dans une mesure complètement ridicule). Le véritable objectif du welfarisme n’est donc pas de libérer les animaux, mais de prendre soin de notre conscience en tant qu’êtres humains.

Certains welfaristes utiliseront même des arguments totalement spécistes pour « défendre » les animaux: comme le fait que frapper un animal nuit à la dignité humaine. Ainsi le welfarisme prend forme dans une perspective humaniste, qui se construit en opposition à l’animalité et tend à la dominer, et qui au final est la raison d’être de l’esclavage des animaux.

Si améliorer les conditions d’élevage n’encourage pas, en soi, les gens à utiliser des animaux, le fait qu’il existe un mouvement welfariste est indispensable à la bonne conscience de la plupart des gens qui participent à l’exploitation animale. Il n’y a pas d’esclavage sans une pseudo-éthique des esclavagistes. Tout comme il n’y a pas de sexisme sans galanterie, qui donne un vernis respectueux au patriarcat et lui permet de continuer à exister, comme le souligne Yves Bonnardel dans Pour un monde sans respect (cahiers antispécistes N°10):

« c’est typiquement un de ces respects qui, dans un cadre général de domination, engagent au strict minimum : la galanterie exige qu’un homme laisse passer les femmes devant lui, qu’il laisse sa place dans le bus aux femmes enceintes, mais elle n’exige nullement qu’il passe la serpillère ou torche les mômes, qu’il fasse les courses ou accepte que sa moitié travaille (pour ne prendre que quelques exemples). La galanterie exige des témoignages de considération qui coûtent peu, mais qui rapportent beaucoup : ce sont des témoignages, publics, et largement publicisés, qui prennent chacun à témoin de combien Untel traite bien les femmes et les tient en haute estime. La pratique de la galanterie fait coup-double, en entretenant la confusion chez les dominées («mais, non, il n’y a pas mépris, puisqu’il y a respect»), et en confortant le dominant dans le beau rôle. »

Le welfarisme est donc au spécisme ce que la galanterie est au sexisme. Sans la galanterie, le patriarcat pourrait-il continuer à exister? Plus de galanterie signifie-t-il moins de droits des femmes? Je ne sais pas, mais quoi qu’il en soit, je ne me verrais pas faire des campagnes pour que les hommes tiennent la porte aux femmes afin de lutter contre le sexisme. Il faut avoir de sacrées oeillères vis-à-vis du sexisme pour considérer que les hommes galants ont quoi que ce soit à voir avec le sexisme et la libération des genres (je ne parle pas de la libération des femmes car je pense que les personnes des deux genres sont victimes du sexisme, même si le genre masculin a le rôle dominant).
Remarquons au passage qu’il serait également peu pertinent de considérer que la libération des genres serait plus rapide et facile à obtenir si les hommes claquaient la porte au nez de leurs femmes plutôt que de la leur tenir. Certes, le partiarcat serait privé de son vernis respectueux, mais j’imagine qu’on trouverait autre chose pour rendre le sexisme plus « joli » et acceptable. Après tout ce n’est qu’un vernis.

Donc en résumé, je crois qu’on peut dire que le welfarisme fait partie du système d’oppression des animaux, et que dans une certaine mesure, l’encourager revient à cautionner l’existence de ce système, même si cela peut être fait de façon très indirecte. Je ne sais pas dans quelle mesure cela porte à conséquence, mais il est au moins possible que ce soit le cas.

2) Modération, quand tu nous tiens

Plus loin dans l’article, j’expliquais que « le welfarisme étant « modéré« , et trouvant un champ d’écoute plus large, des avancées peuvent être obtenues ». 

Je considérais que le côté extrême du véganisme pouvait faire fuir les gens et les empêcher de s’intéresser au sujet. A vrai dire, je le pense toujours, mais je vois le problème différemment. C’est vrai que le véganisme est extrême par rapport aux normes sociales, du moins certaines d’entre elles. Mais je suis plus confiante dans la capacité des gens à remettre les normes en question, d’autant plus que j’ai pris conscience que, si le véganisme est opposé à certaines normes sociales, il a pourtant pour origine d’autres normes sociales, puisqu’il est le produit de la société exploitrice d’animaux. Il est assez paradoxal qu’en poussant jusqu’au bout certaines normes sociales, on arrive à en contredire d’autres; mais le fait que les normes sociales se contredisent les unes les autres n’est pas nouveau (Francione parle de schizophrénie morale, ce qui est une façon dont cette contradiction sociale existe dans l’esprit des gens).

Ne pas se tromper de combat, voilà ce qui est important. Car cette phrase (le welfarisme étant « modéré », et trouvant un champ d’écoute plus large, des avancées peuvent être obtenues ») pourrait être reformulée de la façon suivante: nos exigences sont extrêmistes, revoyons-les à la baisse. Je suis peut-être plus optimiste aujourd’hui, je ne sais pas. Ou plutôt, j’essaie de voir davantage sur le long terme. Mais en tous cas, je ne crois pas que nous devrions demander autre chose que ce que nous demandons, sous prétexte que ce que nous demandons est difficile à obtenir. Je crois qu’au contraire nous ne devons plus nous perdre en revendications diverses, car puisque notre but est difficile à atteindre, autant mettre toutes nos ressources là-dedans. Et puisque l’extrêmisme du véganisme est un obstacle, alors plutôt que de nous perdre en le coutournant, combattons-le: faisons du véganisme quelque chose de normal. Après tout, je l’ai évoqué plusieurs fois dans ce même blog, notamment à propos de la viande de chat: les normes, les attitudes culturelles sont fluctuantes, changeantes, elles évoluent naturellement. Pourquoi ne pas les faire évoluer dans le bon sens? D’ailleurs, cette évolution, je le pense, est déjà en marche.

3) Alléger le martyre des animaux: à quel prix pour eux?

J’écrivais ensuite: « même si je suis contre l’esclavage des animaux, je dois avouer que je préfèrerais qu’il se fasse dans des conditions moins horrible ». Je suis toujours d’accord avec cette affirmation, mais il y a un aspect important du problème que je n’avais pas pris en compte. C’est que les campagnes welfaristes demandent énormément de ressources, et que le point faible du mouvement abolitionniste est justement le manque de ressources. Ainsi, quand j’écrivais « Je pense (…) qu’une campagne welfariste est souvent mieux que rien« , il y avait une faille dans mon raisonnement, c’est que pour que cette logique mène quelque part, il faut encore trouver une situation dans laquelle on a effectivement le choix entre une campagne welfariste et rien. Et ces situations, si elles existent, sont extrêmement rares (tout comme les situations hypothétiques, si prisées pas l’omnivore défendant, où l’on a le choix entre manger des produits animaux ou rien: il est bien plus intéressant de considérer quoi faire quand on a le choix entre des végétaux et des produits animaux, comme c’est le cas tous les jours dans nos vies).

Je dispose, comme tout un chacun, de ressources limitées, mais j’ai par contre la liberté de les investir là où je le souhaite. J’ai donc la possibilité d’utiliser mes ressources à des fins abolitionnistes; et après mûre réflexion, il est de notre devoir, en tant que militants pour les animaux, de réfléchir à la façon dont nous utilisons nos ressources, afin de les utiliser d’une façon optimale.

La plupart des gens vont, comme je l’ai fait, participer à n’importe quelle action en faveur des animaux, sans forcément réfléchir plus que ça. Si ce blog aborde si souvent la question de notre rapport aux animaux, c’est justement parce que je crois nécessaire de réfléchir avant d’agir, afin d’agir de la meilleure façon possible.

Bien sur, il faut pour cela avoir conscience de cette liberté. Je pense que c’est ce qui me manquait (outre le fait d’avoir suffisamment lu/réfléchi). Car je ne faisais que suivre des actions qui existent déjà, je n’avais donc pas l’impression de gaspiller mon temps et mon énergie, puisque je n’avais pas conscience que je pouvais les investir autrement, par exemple en créant moi-même des actions qui correspondraient à ce que j’attend d’un mouvement de libération des animaux.

 

Etre vegan, c’est incarner le changement qu’on souhaite voir dans le monde. En tant que militant, on se doit également d’incarner le changement que l’on veut voir dans le mouvement pour les animaux.

En conclusion, je ne participerai plus à des campagnes pour le bien-être des animaux. En revanche, je me pose toujours la question de ma participation à certaines campagnes ciblées (notamment les manifesations contre les cirques), mais quoi qu’il en soit, je compte m’investir davantage dans des actions abolitionnistes et j’encourage tous les militants pour la libération animale à faire de même.

17 réflexions au sujet de « Rétrospective: les actions welfaristes en question »

  1. 1/ Tes articles sont de mieux en mieux

    2/ Mon point de vue sur la question: en bon darwiniste social, je vois la situation d’un oeil extrêmement cynique. L’abolitionnisme est une forme de pensée si « radicale »ment différente de la « norme » que je la crois effectivement inaccessible au public, voir pouvant nuire. Y’a pas 5 ans si j’avais marché sur la place de la comédie en voyant des gens sous une bannière « Libérons les animaux » j’aurais eu un mix des réactions suivantes:

    1/ Aha des bisounours lololol je suis si viril et musclé moi et ma viande
    2/ Ils nous font encore chier avec leurs combats idiots ?
    3/ Mais ou trouvent-ils leurs protéines ? (on m’a posé cette question deux fois hier)

    Je pense que cette stimulation mentale aurait renforcé mon opinion sur un sujet que je ne connais pas, par simple processus de répétition (d’ou les réactions qu’on a parfois de gens qui peuvent te sortir un « Oh encore des végétariens qui nous font encore chier avec ce qu’on bouffe ! » –> Bien sûr il n’y a pas eu la moindre once de réflexion ici, et pourquoi y en aurait-il ?

    3/ Mon opinion sur la bonne stratégie: je suis un fervent partisan des campagnes publicitaires sexistes et idiotes de PETA avec pleins de nichons dedans. Parce que je suis convaincu que les végéta*iens sont stigmatisés et que c’est la première raison pour laquelle il y a peu de végéta*iens.
    La pression sociale est quelque chose de mosntrueux, car elle nous empêche d’affirmer notre identité à l’extérieur, mais aussi a l’intérieur (de notre propre cerveau). Il est bien plus facile de croire ce que croit le voisin.

    En faisant rentrer à coup de buzz des idées égoïstes dans la tête des gens, et surtout en changeant la perception du végéta*isme (–> Le végéta*isme c’est cool et branché) , j’ai honte de le reconnaître mais je pense que c’est la méthode la plus efficace.

    En gros, je suis partisan de ne pas appeler a l’empathie du peuple mais a son égoïsme: non pas les raisons pour lesquelles c’est FONDAMENTALEMENT BIEN d’être végéta*ien, mais les raisons pour lesquelles c’est BON POUR TOI. Mais oui tu perdras du poids, mais oui « vegans have better sex », mais oui tu te sentiras mieux et d’ailleurs tu sentiras bon, tu te reconnecteras avec le monde, tes réseves d’ocytocines seront moins abimées, tes cheveux arrêteront de tomber, ta peau sera de meilleure qualitée (Tout cela est vrai par fondements scientifiques d’ailleurs…)

    Le gros plus de cette stratégie c’est qu’elle communique très bien auprès de 100% des gens. Tu prend les gens par là ou ils veulent être pris, tu les amènes sur ton territoire de pensée, et là ils peuvent commencer à découvrir la vérité derrière le végétalisme, qui est évidemment notre volonté d’abolir complètement les souffrances animales humaines.

    Le gros, gros moins de cette stratégie: quelqu’un qui arrête la viande pour des mauvaises raisons a toutes les chances de la reprendre très vite car les gens n’ont aucune volonté.

    Je pense que je vais me forcer à continuer la musculation et à reperdre du poids. Quand les gens me demandent comment je fais pour être si sain, je vais cligner de l’oeil, faire un sourire bright et dire: « Végétalisme, baby. »

    Ton opinion sur mon opinion m’intéresse…

    • Je pense que tu as surtout une mauvaise image du militantisme pour l’abolitionnisme.

      A noter que Peta est décrite comme une association de bien-être animal, du moins par les abolitionnistes. Je ne pense pas qu’on puisse dire que Peta est abolitionnisme. Il y a aussi le problème du sexisme (montrer des femmes nues pourquoi pas, tout dépend pourquoi et comment). Mais au-delà de ça, je suis d’accord avec toi sur l’effet que provoquerait un groupe de trois hippies avec des banderoles. En fait, le type de militantisme que j’imagine est plus proche de ce que toi tu fais au niveau individuel en parlant aux gens que ça intéresse et en leur disant pourquoi tu est vegan. Sauf que ce serait à un peu plus grande échelle. Ce qu’il faut c’est une approche active, positive, non culpabilisante. Par contre « vegans have better sex », si c’est du second degré oui, sinon c’est prendre les gens pour des cons. Mais parler aux gens de leur santé et de gastronomie, c’est important dans une certaine mesure. Pour ce qui est du côté « négatif », je pense que c’est un sujet délicat, mais en gros je suis pour mettre en avant les aspects positifs pour que les gens puissent eux-même se poser des questions sur l’exploitation animal en ayant un certain recul et en sachant qu’il existe des alternatives. Ce qui permet d’en parler avec eux de façon plus posée, quand la demande d’information vient d’eux.

      Je pense que tu dois en avoir l’expérience au niveau individuel: quand tu vas voir quelqu’un et que tu lui expliques que les poulets sont maltraités, il s’en fout. Alors que quelqu’un qui voit que tu es végan et en bonne santé, et qui un jour te parle des poulets, il t’écoute. Et ensuite il réfléchit. C’est ça qui est important. Je pense que c’est ça la bonne approche.

      Peta prend les gens pour des cons. Le problème c’est que, pour en arriver à mettre des femmes à poil de façon à attirer le mâle hétérosexuel, il faut vraiment être à court d’idées. Les gens ont sans doute ue certaine dose d’égoïsme, mais supposons qu’ils ne sont pas idiots. On leur met des femmes à poil pour leur vendre des voitures et des yaourts, et puis du végétarisme… C’est de la daube. Ca n’a aucun sens. Je sais pas si t’as vu l’image de pamela anderson « all animals have the same parts », je pense que le mâle hétérosexuel omnivore voit ça et ça lui donne envie de sexe et de viande en même temps.

      Et c’est un problème de taille, parce que « vendre » le véganisme comme on vend des voitures et des yaourts, ça sous-entend qu’on n’apporte rien de plus aux gens que ce que la société de consommation a de triste et d’inutile à leur offrir. Alors que l’abolitionnisme a de solides bases philosophiques et qu’il s’inscrit naturellement dans l’évolution de la société. Pour mieux comprendre, reportons le problème à d’autres types de discriminations: si les militants contre l’esclavage avaient fait défiler des Noires à poil en disant « youhou l’anti-esclavagisme c’est trop cool » ? Bon ce n’est pas exactement la même chose, mais le parallèle aide, je trouve, à faire comprendre que même si on doit amener un message positif aux gens, ce n’est pas un sujet de rigolade et on a mieux à offrir que des nichons.

      Si Peta mettait des hommes et des femmes en petite tenue pour dire « les végans sont en pleine forme », je serai pour, à condition aussi que le discours ne s’arrête pas là mais qu’il y ait une possibilité de dialogue avec les gens. Mais là c’est plutôt: « hé, regarde, des nichons! Hop, t’as regardé l’affiche! Deviens végétarien maintenant! » comme le dit Gary Yourofski dans sa vidéo, voir des nichons ne rend personne végan. C’est vrai que du coup la communication va toucher beaucoup de gens, mais l’important est surtout, au niveau où on en est, de toucher les bonnes personnes.

      Il y a une différence importante entre prostituer son combat et en faire n’importe quoi pour allécher n’importe qui, et avoir un discours positif, dynamique, ouvert, sincère et non-culpabilisateurs. Je pense que si j’organise des actions de promotion du véganisme, je partirai du principe que les gens savent déjà que la viande c’est des animaux morts et qu’ils culpabilisent déjà à ce sujet sans avoir besoin de leur mettre des images gores sous le nez, et qu’il faut leur proposer des alternatives attrayantes (tout en gardant de la documentation en disposition et en oubliant pas pourquoi on est là). D’ailleurs je commence à avoir vu pas mal de militants ayant différents types d’approche, au Brésil, en Bolivie, en Nouvelle-zélande, en Australie… Et au vu de cette expérience je dirais que c’est ça qui marche le mieux.

      Pour ce qui est de la norme sociale, elle sera déjà modifiée quand tout le monde aura entendu parler du véganisme et saura que ça existe. Plus le véganisme se répand, moins les gens ont besoin de transgresser la norme sociale: les précédents l’ont déjà fait pour eux.

  2. Je suis d’accord dans l’ensemble, mais il y a peut-être un point à préciser et un autre à ajouter:

    – il ne faudrait pas abuser de la comparaison entre galanterie et welfarisme. La galanterie ne prend pas forcément source dans un contexte d’exploitation, et être galant n’est selon moi pas sexiste, bien qu’un certain machisme puisse, comme tu le dis, l’utiliser pour préserver les apparences. Le welfarisme, lui, s’inscrit clairement dans un contexte d’exploitation des animaux. (Encore que, il faut clairement définir le welfarisme: si celui si est simplement un désir d’augmenter le bien-être des animaux, on peut être à la fois welfariste ET abolitionniste. Mais si le désir de continuer l’exploitation est dans la définition même du welfarisme, alors mon énoncé avant la parenthèse est analytique)

    – La domination sur les autres animaux est aussi une conséquence de l’ignorance quant à leurs capacités propres. Montrer ce que certains animaux sont capables de faire change forcément la vision que nous avons d’eux, qui est parfois presque mécaniciste. Peut-être faut-il donc partager aussi beaucoup de vidéos et d’anecdotes sur leurs comportements. Et surtout combattre la domination au niveau philosophique et pas seulement éthique: presque toute la tradition philosophique s’est faite dans la dénégation de qualités à l’ « animal », d’une manière une et indivisble, au profit de l’ « homme », toujours de manière indivisible. Remettre les choses dans leur contexte et montrer la caducité de telles vues (partagées pourtant par les plus grands: d’Aristote à Kant (SURTOUT Kant, et Descartes), mais aussi Heidegger, Lévinas pour citer des contemporains. L’intention de Derrida dans « L’animal que donc je suis » est donc primordiale…

    • La galanterie n’est pas sexiste en elle-même, mais pas plus que de « bien traiter » un animal en général n’est spéciste.

      Je pense que dans une certaine mesure, on peut dire que le désir de continuer l’exploitation est dans la définition du welfarisme, ce qui ne veut pas dire que les gens qui participent à relayer des actions welfaristes sont eux-même pour l’exploitation.

      Pour ce qui est de notre connaissance des capacités des animaux, je pense que la mentaphobie est surtout le résultat d’une rationnalisation a posteriori de nos pratiques. Autrement dit, nous leur nions l’intelligence et la sensibilité pour les exploiter, mais aussi nous le faisons parce que nous les exploitons. Si nous n’avions pas de raisons particulières de nier les capacités cognitives des animaux,  ce serait beaucoup plus facile de les mettre en évidence. Dans ce domaine, ce n’est généralement pas le principe de parcimonie qui est appliqué, mais on admet qu’un animal a la capacité mentale de faire quelque chose uniquement quand il n’y a aucune autre explication (ce qui n’est pas très scientifique).

  3. La sensibilité, peu de gens sérieux la nient (et cependant, ils n’en déduisent pas une norme éthique, alors que logiquement, il le faudrait, et ça c’est quand même assez reconnu depuis déjà Bentham). Par contre, d’autres qualités sont niées dans une perspective réellement philosophique. Même un végétarien comme Rousseau qui, a priori avait les meilleures intentions du monde, se trompe et leur dénie l’entièreté du libre-arbitre que nous aurions. Chez les vrais penseurs, l’exploitation est, en théorie en tout cas, justifiée après déploiement de leur doctrine (Kant et Descartes surtout); d’autres ne parlent même pas de les exploiter mais leur nient simplement beaucoup de choses, et pas forcément de grands mots comme la Raison ou comme la Liberté, mais aussi comme la réponse, ou le pouvoir de mentir sur son mensonge (dire A pour faire croire que c’est B, alors que c’est A). Enfin bref, il me semble qu’il ne faut pas tout rapporter au carnisme non plus.

    Par contre, pour Mr & Mme toul’monde, je suis plutôt d’accord avec toi.

    • D’accord je comprend mieux. Mais à quoi ça servirait de faire remarquer qu’un animal ne peut pas mentir sur son mensonge si ce n’est pas un profond besoin de s’en distinguer? On est encore dans la scission culturelle « animal / Homme » où l’on s’exprime d’ailleurs sur « l’Animal » alors que ça n’a rationnellement aucun sens puisqu’il n’existe pas d’ « Animal » mais « des animaux ». Donc je pense que cela fait partie, à un autre niveau, de la même dynamique de construction de l’humanité dominante par rapport aux animaux. Et c’est ce qui fait que les gens tiennent à manger de la viande, mais aussi je pense que le fait de manger de la viande leur permet difficilement de voir les choses autrement.

  4. J’aime cet article.

    Pour les campagnes ciblées, je pense qu’il est vraiment important de les présenter comme une petite partie de l’exploitation animale et de systématiquement présenter le véganisme comme finalité si on est pour les droits des animaux.

    Dans toute manif ciblée, un pamphlet vegan complet (droits des animaux, santé, écologie) devrait être mis à disposition du public. Le pamphlet abolitionniste est assez bien foutu.

    • Oui je pensais aussi à ça pour les campagnes ciblées; enfin pour le moment je ne suis pas fixée exactement sur ce que je veux faire, mais j’essaie d’imaginer comment je veux militer à l’avenir, notamment si je reviens à Montpellier. Je trouve qu’on manque d’une véritable promotion du véganisme (même s’il y en a, entre autres choses). Pourtant il y a des militants véganes.

  5. Bonjour !

    J’entends tes arguments contre l’efficacité du welfarisme pour la libération animale.

    Toutefois, j’ai l’impression que tu mets totalement de côté le protectionnisme, selon lequel les mesures welfaristes avec comme but ultime la libération animale sont un bon moyen de faire avancer les choses.

    Tu passes d’un « extrême » à un autre en parlant, d’un côté, de welfarisme, à savoir vouloir améliorer le bien-être des animaux sans vouloir changer leur statut (produit pouvant être utilisé par l’humain), à l’abolitionnisme, c’est-à-dire la libération animale avec refus des mesures welfaristes. Et si la réponse se trouvait dans l’entre-deux, donc dans le protectionnisme (ou new welfarism/néo-réformisme, comme les appellent les abolitionnistes) ?

    J’ai l’impression que tu vois une action en faveur des animaux comme étant soit en faveur de leur bien-être, soit en faveur de leur libération. Pourtant, rien n’interdit d’avoir les deux discours : le but ultime est que vous deveniez végétalien, mais si vous ne vous en sentez pas capable pour l’instant, alors pourquoi ne pas au moins réduire les souffrances que vous leur infligez dans l’immédiat ?

    L’argument du « confort » dans lequel s’inscriraient les gens qui déculpabiliseraient à consommer un produit moins cruel me semble bancal : il me semble qu’au contraire, une personne qui oserait payer ses œufs ou sa viande plus cher pour des raisons éthiques le fera parce qu’il pense que le bien-être animal mérite de dépenser quelques euros de plus. Selon cet argument abolitionniste, cela voudrait dire que cette personne a moins de chances de se tourner vers le végétalisme par la suite qu’une personne qui ne paie ses produits d’origine animale qu’au prix le plus bas, avec le bien-être animal comme cadet de ses soucis.

    Enfin, je ne suis pas non plus d’accord avec ta comparaison entre galanterie et bien-être animal, car dans le cas de la galanterie, sa présence ou son absence ne changerait concrètement pas grand-chose au bien-être féminin, tandis que les mesures welfaristes changent concrètement les choses. Si j’avais le choix entre vivre dans une cage minuscule et vivre dans une cage de taille moyenne, je ne me dirais pas « peu importe, c’est du pareil au même ». Et si on explique toujours aux gens que leur achat d’œufs bio n’est pas « bon » mais qu’il est « moins pire » que l’achat d’œufs de poules élevées en batterie, on évite, me semble-t-il, tous les écueils que tu reproches au welfarisme.

    • je suis desolee de ne pas pouvoir te repondre en detail faute de temps, car la question que tu souleves est tres pertinente et d’ailleurs j’ai ete du meme avis que toi jusqu’a recemment. J’ecrirai sans doute un article sur le sujet, mais en attendant tu pourrais peut etre fouiller du cote du blog de gary francione (l’approche abolitionniste) tu y trouveras peut etre une reponse satisfaisante. En gros je dirais qu’il s’agit d’un probleme d’investissement des ressources militantes. si quelque chose doit etre fait, faisons-le: luttons pour l’abolition. comme le dit encore Francione (je crois), nous ne voulons pas de plus grandes cages, mais pas de cages du tout.  Cela dit j’ai conscience que cette reponse est peu convaincante, faute de pouvoir developper davantage. On en reparle bientot donc.

    • merci, le travail que tu fais est vraiment precieux, et en plus je trouve tes traductions de tres bonne qualite.

  6. Bonjour !
    Je suis de retour sur ce blog et je le trouve toujours aussi super. Merci pour cet article passionnant. J’aime le ton extrêmement réfléchi et posé de tes articles, c’est un bonheur de te lire.
    Bon, cependant, je suis d’accord avec Patrice Hermenault sur ce coup là. Même si le but est l’abolitionnisme, le welfarisme peut signifier des avancées concrètes. J’en parlais avec un ami vegan l’autre jour, à qui je reproche de s’être « coupé » des animaux sous prétexte qu’il est vegan. Ce que je veux dire par là : devenir vegan, pour lui, a signifié ne plus avoir de contacts du tout avec les animaux. Parce que les chats et les chiens mangent de la viande, il ne veut rien avoir à faire avec, etc ; parce qu’il est abolitionniste, il ne veut pas participer à des actions contre le foie gras ou l’élevage en batterie. Je ne suis pas d’accord avec ça. Déjà, c’est mon amour des animaux qui m’a menée à cesser d’en manger, et vivre sans eux m’est impossible ; dans cette même optique, même si je suis contre le fait qu’on tue des animaux tout court, il y a pour moi une différence entre l’oeuf de plein air et l’oeuf de batterie, entre la vache tuée « d’un coup » et la vache tuée par abattage rituel sans engourdissement préalable, entre le canard à viande qui meurt vite et le canard à foie gras qui subit les souffrances atroces du gavage qui meurt à petit feu. Il y a des degrés dans l’horrible et refuser de voir ça au nom de l’abolitionnisme, comme le fait mon ami, ça me choque, je trouve ça cynique et « déconnecté » de la réalité. En cette période de Noël, j’essaie de faire un maximum de sensibilisation sur le foie gras… et bien sûr, cela ne me satisfait pas complètement, mon message devrait être « ne tuez pas les animaux », pas « ne gavez pas les canards », mais je sais qu’il faut faire preuve de pédagogie, essayer de forcer les gens à ouvrir les yeux sur les choses les plus choquantes et les plus évidemment cruelles. J’ai des amis omnivores, je sais que j’ai plus de chances d’être entendues en leur disant « est-ce que tu sais que le gavage est illégal dans tous les pays de l’UE sauf 5 ? qu’il va à l’encontre de la convention de juillet 98 sur les conditions d’élevage ? que c’est un reste de barbarie qui doit disparaître car ce sont de grandes souffrances affreuses pour les animaux ? » , plutôt qu’en leur disant directement « deviens vegan ». Et je pense comme Patrice H. qu’une personne qu’on a sensibilisée et qui cesse de manger du foie gras, a plus de chances qu’une autre de glisser tout doucement vers la prise de conscience qui la fera cesser de manger de la viande. Je le sais car ça c’est passé comme ça pour moi. D’abord plus de foie gras, puis plus de viande de mammifères, puis plus de viandes de volaille, puis plus de poisson, puis plus de lait, etc. Je crois plus à la pédagogie qu’à l’attaque frontale. C’est un autre débat avec un de mes amis, qui est partisan des attaques très « dures », du genre aborder un parfait inconnu et dire « est ce que tu sais que tu manges un cadavre ? » Je pense que les gens se sentent agressés, attaqués, et risquent plus de détester les vegans que de cesser de manger de la viande, et qu’une approche en douceur fonctionne mieux. Même si c’est dur parfois de réfréner sa colère et son dégoût….
    Voilà, c’était les réflexions du soir ;) Merci pour ton super article.
    Lily

    • Je t’invite à lire mon article sur l’amour des bêtes. Je pense que le concept d’amour que tu évoques n’est pas exactement bien défini. Peut-être n’en vois-tu pas toute la portée philosophique et pratique. Quand je te lis je me dis que toute ma vie j’ai aimé les animaux, et que ça a fini dans un laboratoire à faire de la neurochirurgie sur des agneaux. Et c’est là que j’ai réalisé que dans la plupart des cas, ils se passeraient bien de mon amour.  Et que, même si c’est difficile de vivre sans animaux pour moi, je pense que c’est finalement une forme d’amour beaucoup plus pure et désinteressée.

      http://lesquestionscomposent.fr/lamour-des-betes/

      Pour ce qui est des moyens d’agir, je me répète, mais je n’ai jamais dit qu’il fallait aller vers les gens et leur dire « deviens végan ». Je pense que faire ça c’est se fermer soi-même la porte au nez. L’approche à laquel je pense est beaucoup plus amicale, positive et subtile. Je me répète encore, mais si le véganisme apparait comme extrême, nous ne devons pas contourner cet obstacle, mais l’abattre, en un mot normaliser le véganisme. Les normes sociales sont en réalité changeantes et flexibles, même si elles sont fixes et incontournables dans l’esprit des gens. Mais pour cesser de me répéter, je compte répondre à toutes ces objections pertinentes dans un prochain article…

  7. Énorme cet article … peut-être le meilleur du blog …
    J’ai juste 2 ou 3 choses à y redire mais j’ai pas le temps … ma fille de 4 ans militante anti agiste vient de me forcer à regarder bambi que j’avais jamais vu … du coup, je vais l’obliger à regarder 24h chrono … qu’elle réfléchisse un peu sur l’utilitarisme …

    Ah pis si … juste 2 trucs avant que 24 démarre …

     » . On ne doit pas leur mettre sous le nez des images d’animaux morts sans qu’ils l’aient demandé, car, qu’on le veuille ou non, c’est une
    agression et cela tend à les culpabiliser, or ils culpabilisent déjà. »

    Je suis carrément pas d’accord …
    Moi, c’est un discours hyper culpabilisant ( où on me comparait à un nazi) qui m’a fait devenir antispé …
    De même, je pense que le tract des années 90  » ceux qui s’opposent à la viande sont ceux qui s’opposèrent à l’esclavage au 19eme siècle  » était très efficace sur le long terme … et pourtant, c’est un tract pour le moins culpabilisant et pour le moins violent pour le mangeur de viande …

    Deuxième truc, mettre un bébé dans son congélo est très loin de ce que l’humain est capable en pire ^^
    D’ailleurs, ça paraît logique de mettre un bébé mort au congélo … c’est là où on met les cadavres … du coup, je comprend pas pourquoi tout le monde s’étonne de ça …

    Mais franchement, ça fait du bien de lire un tel article !

    • Merci ^^

      Tu n’as pas entièrement tort, mais la culpabilisation est un trucs très très délicat, à manier avec précaution. Surtout, les gens ne doivent pas se sentir accusés, montrés du doigt comme coupables. On doit se sentir coupable qu’auprès de soi-même, dans une attitude constructive d’amélioration de soi, et si la culpabilité te prend à la gorge, si on t’accuse, te traite d’assassin en même temps que la société entière, c’est dur d’être constructif. Beaucoup de gens ont une telle culpabilité qu’ils n’osent même pas l’affronter. Comme la nana d’hier qui tenait absolument à me dire pourquoi elle mangeait de la viande, et à la MOINDRE remarque que je lui faisais, genre « ben ouais mais là tu dis un truc avec lequel je suis pas d’accord », elle m’accusait de l’accuser (très accusatrice elle-même d’ailleurs), de vouloir  la « convertir » et de vouloir la faire culpabiliser. En fait, elle s’agressait déjà elle-même… Donc tout ce que je pouvais dire sur le sujet était une agression. Mais sans aller jusqu’à ce comportement extrême, beaucoup de gens se sentent mal à l’aise quand on leur fait remarquer qu’ils font quelque chose de mal, et ils essaieront alors de justifier ce qu’ils font. C’est en ça que j’aime bien le discours de Gary Yourofski, car il fait comprendre aux gens qu’ils encouragent malgré eux un système qu’ils désapprouvent au fond d’eux-même, ce qui est généralement vrai. Je pense que la culpabilité est déjà extrêmement présente dans l’esprit des gens. Ecoute leurs grands discours sur « les indiens d’amérique qui tuent les animaux mais gentiment et en faisant une prière pour son esprit »… Si c’est pas de la culpabilité… De plus ils savent bien que cela ne se passe pas comme ça, comme tous les fervents partisans de la viande bio que j’ai rencontrés acceptent dans les faits de manger n’importe quelle viande.

      Et mettre des photos d’animaux mort sous le nez des gens, je pense que c’est une agression. Déjà parce que c’est choquant, donc ça fait mal de les voir, et moi je n’aime pas qu’on me mette sous le nez des choses que je ne veux pas voir alors que je n’ai rien demandé. Puis les gens entendent « regarde ce que tu fais! »  alors que ce n’est pas ça. Les gens ne massacrent pas directement des animaux, il faut tenir compte de ça, l’approche doit être plus subtile. Face à un animal qui souffre, soit ils sont indifférents, et alors à mon avis ils ne deviendront jamais véganes; soit ils compatissent et dans ce cas il est tout à fait maladroit de leur dire ou de leur sous entendre que c’est de leur faute, car ils essaieront de se défendre contre ça. Après tout, ils ne font que ce qu’on leur a appris… Ca aussi on doit en tenir compte.

      Bon le truc des bébés, c’est ce qui m’est venu à l’esprit mais de toutes façons je n’ai pas envie de parler des pires horreurs, celle ci est déjà pas mal on va dire.

      Bon visionnage de bambi – d’après certain, le plus puissant document antichasse…

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