Sophie ou la gastronomie française

Comme je l’ai expliqué dans mon article sur le véganisme en voyage, nous ne rencontrons jamais vraiment de difficultés pour manger, sauf quand nous passons par des agences qui vendent des tours (mais il y a des endroits qu’on ne peut pas visiter seuls, donc on n’a pas trop le choix). Mais le plus pénible avec les agences c’est qu’il faut encore se taper la compagnie de personnes dont on se passerait bien, en particulier à table.

Nous voici donc en compagnie d’un culturiste australien, d’un cuturiste écossais, d’un couple d’allemandes, et d’un couple de Français, appelons-les Sophie et Jean-pierre parce que j’ai oubliés leurs vrais noms. D’ailleurs on s’en fiche.

 

Sophie ou la gastronomie Française

Ou comment des véganes frustrés alimentairement par leur régime carencé

se vengent sur une pauvre grastronome innocente.

 

Ce jour-là, nous venions de nous taper 5 heures de 4×4 à travers des routes pourries pour aller visiter la Pampa. Le type de l’agence nous avait évidemment assuré, comme d’habitude, qu’il n’y aurait aucun problème, et nous avait demandé d’envoyer un e-mail pour dire ce que nous mangions ou non, juste pour être sûrs. Ce que nous avions fait, avec moultes précisions. Nous nous retrouvons donc, dès le premier repas, devant une assiette de viande hachée.

 

Bon. Ok. Alors ça fait rien, on va réexpliquer le principe. On est gentils et patients. Alderanan explique qu’on ne mange aucun produit animal. Les assiettes de viande sont donc remplacées par des assiettes d’oeufs brouillé (parce qu’un repas sans protéines animales peut mener à la mort, c’est bien connu).

Là, on commence évidemment à perdre patience, puis on nous sert une assiette de riz et de chou (l’accompagnement en fait), un truc vraiment pas mangeable d’ailleurs, mais au moins, c’est végétal.

Alors que je regarde mon riz en me demandant si j’ai assez faim pour manger ça ou pas, les autres convives s’enquièrent de savoir pourquoi nous refusons tout produit animal. Les allemandes ne font aucun commenaire. L’écossais a lu un truc là-dessus, il parait que c’est bon pour la santé. L’australien est admiratif, il trouve ça formidable, mais bon, lui, il ne pourrait pas, c’est trop restrictif. Alors que je commence à penser à lui expliquer que ce n’est pas vraiment une question de volonté mais de façon dont on considère la nourriture, Sophie l’ouvre grand, et lâche:

-Moi je pourrais pas, j’aime vraiment trop la nourriture.

Boum. Comment mettre les pieds dans le plat (qui ne contient déjà pas grand chose de mangeable, alors par pitié…). Ceci annoncé sur un ton d’une suffisance insupportable, du genre « nous, les Français, on sait vivre, on connait la vraie bouffe »(1). Sans prendre le temps de m’énerver, je réponds presque automatiquement, le sourire aux lèvres:

-Ha bon, parce que tu crois les végétariens n’aiment pas la nourriture?

-Non, mais heu, j’aime la viande, j’aime le fromage… (<- ton suffisant)

Alors que je suis en train de me demander ce qui est le plus idiot là-dedans entre considérer que la seule nourriture est d’origine animale, croire que les végétariens n’aiment pas la nourriture quand on ne connait visiblement pas la cuisine végétarienne, et prétendre croire que le végétarisme est une question de goût alors qu’on parlait d’éthique 30 secondes avant; et comment essayer d’exprimer ça sans paraître agressive, Alderanan tranche:

« Ce n’est pas une question de goût. C’est une question de savoir si j’accepte qu’un animal doit mourir pour mon petit luxe et mon petit confort ».

Vlan. Au moins c’est dit. Les végétaliens vont encore passer pour des emmerdeurs, me dis-je, en regardant mon riz d’un oeil torve, l’autre partie de mon cerveau étant occupée à décider que non, vraiment, j’ai pas assez faim pour manger ça.

Evidemment, ça a jeté un froid. On parle donc d’autre chose, après un long silence pesant. Enfin, ils parlent d’autre chose, puisque je décide d’aller prendre des photos des chats et des poulets plutôt que de subir des conversations emmerdantes en regardant mon riz.

Au cours du séjour, qui durera trois jours et deux nuits, Sophie ne cessera de multiplier les remarques idiotes et les petites phrases choquantes (peut-être sans intention méchante, mais cela reste pénible; peut-être aussi était-elle volontairement antipathique pour s’être faite remballer lors du premier repas). Par exemple après que nous ayons eu la chance de rencontrer un groupe de charmants singe-écureuils: « Je gouterai bien du singe, il faut tout essayer dans la vie ».

« Dans ce cas, tu n’as qu’à goûter un morceau de ton propre cul », répliquais-je, juste assez fort pour n’être entendue que d’Alderanan. Nous pouffons de rire très mesquinement, comme à chaque fois que Sophie en sort une bonne sans s’en rendre compte. Jean-Pierre, lui, regarde son assiette ou ses pieds, de l’air du mec qui trouve que sa copine dit décidément beaucoup de conneries, mais qui ne veut pas être privé de sexe (Sophie appartenant vraisemblablement à la catégorie décrite par Alderanan comme: « chieuses qui font du chantage au sexe »).

Il a l’air délicieux.

 

En fait, je remercie Sophie, qui a finalement su égayer notre séjour dans la Pampa (ça parait formidable de voir des singe-écureuils, mais nous venions de passer 3 jours dans la jungle dans un endroit merveilleux dont il faudra d’ailleurs que je reparle, et ou on avait déjà vu des singe-écureuils et d’autres espèces de singes… Et nous étions un peu désabusés par rapport au service un peu minable, les guides qui ne savaient pas de quoi ils parlaient, etc).

A chaque fois qu’il y avait une connerie à dire sur la bouffe, c’était pour elle. Elle ne se rendait vraisemblablement pas compte qu’elle aggravait son cas en vantant à l’Australien la cuisine Française. Sophie était de lyon, « la capitale mondiale de la Gastronomie », et elle en était plus que fière.

Le plus délicieux avec Sophie, c’est que quand nous avions des scrupules à nous payer sa fiole en chuchotant tel deux puérils collégiens, elle n’hésitait pas à nous rappeler que nous avions de bonnes raisons en se montrant exagérément antipathique. Ainsi, Jean-Pierre étant revenu de la pêche au piranha avec un énorme pansement sur le doigt, nous avions d’abord ricané discrètement en nous disant que c’était ça d’avoir un mauvais karma et qu’il ne fallait pas chercher des crosses à certains poissons qui savent se défendre (c’était une faible consolation au vu des cadavres de poissons fraîchement tués qui envahirent rapidement la table). Mais notre empathie (pas seulement pour les poissons) avait repris le dessus, et nous lui avions expliqué qu’il fallait faire attention avec les morsures d’animaux, qu’ils avaient généralement la bouche pleine de bactéries, et que si ça gonflait pendant la nuit, on pourrait lui donner des antibiotiques. Sophie nous avait alors carrément agressés:

-Non mais ça va hein, c’est rien du tout, c’est juste une morsure, il va pas mourir!

-Non mais c’est juste qu’une fois je me suis fait mordre par un rat et ça a gonflé, alors heu…

-Mais les rats c’est normal ça bouffe n’importe quoi! » (un cliché se cache dans cette phrase, sauras-tu le trouver?)

 

Nous n’avions donc pas le moindre scrupule à nous payer la tête de Sophie. Le pauvre JP en prenait aussi pour son grade, victime de cette étrange solidarité qui lie les couples (si on devait pourtant être d’accord avec la moindre connerie que dit l’autre, comme si chaque personne n’en disait pas assez pour elle-même…). En plus, il dut affronter nos sourires goguenards quand nous le vîmes verser du ketchup sur ses oeufs brouillés dès le petit déjeuner, alors que ce n’était certes pas lui qui bassinait tout le monde avec la Gastronomie Française.

 

En fait, Sophie présentait un assez sévère syndrôme de Tintin au Congo: quand elle voyait un animal, elle voulait le manger. Alderanan ayant trouvé un superbe escargot dans un marais, elle se mit à louer encore une fois la cuisine française auprès de l’Australien et à lui expliquer à quel point les escargots étaient délicieux. Pour elle, la nature était un grand réfrigérateur.

Oeufs d’escargot. C’est sûrement délicieux avec une sauce au vin (et un peu de ketchup?)

 

Le comble de la rigolade fut atteint un matin, au petit-déjeuner. Moi et Alderanan venions de faire une razzia sur tout ce qui était sur la table et qui ne contenait pas de matières animales (c’est à dire, des fruits) et nous commencions à nous ennuyer. Le reste de la nourriture était essentiellement composé de diverses fritures, de pancakes et de l’horrible machin pâteux à base de lait qu’on sert à toutes les sauces en Amérique Latine (j’ai nommé le Dulce de Leche ou confiture de lait). Avisant une assiette remplie de sortes de beignets,  je demandais à nos amis français, par simple curiosité, ce qu’il y avait dedans.

« J’en ai aucune idée », répondit Sophie, qui venait pourtant d’en manger plusieurs et semblait les apprécier.

 

Cela ne vous parait peut-être pas très drôle. Mais après deux jours à entendre parler de la capitale mondiale de la gastronomie, et de la finesse et de la subtilité de la cuisine française qui est la Meilleure du Monde, par quelqu’un qui aime teeeellement la nourriture, beaucoup plus que nous pauvres végétariens… Nous trouvions tout simplement très drôle de constater que notre amie que Sophie mangeait ce qu’il y avait devant elle sans chercher du tout à savoir quel goût ça avait (en fait c’était des beignets de fromage). Sophie aimait tellement le fromage qu’elle ne pourrait pas s’en passer, mais elle ne sait pas quand elle en mange… Peu importe, ce truc est frit dans l’huile, il est donc bon.

 

Au risque de tomber dans le même travers que celui que je reproche à certains Français (prétendre mieux savoir vivre que les autres), je dirais que ça ne m’étonne pas. Il suffit de se rendre sur n’importe quel blog de cuisine végane pour constater que les véganes aiment manger et produisent une cuisine souvent très fine, joyeuse et colorée, variée en textures et en saveurs, et qui n’a pas grand-chose à envier à la cuisine omnivore (curieusement, ce serait plutôt le contraire). A partir de là, il est évident que le souci du « plaisir de manger » en opposition au végétarisme cache en réalité autre chose. Les gens qui l’invoquent n’aiment pas plus la nourriture que les autres, bien souvent, sont loin d’être des gastronomes, se contentant d’avaler ce qu’on met dans leur assiette, bigmac ou foie gras. Ce prétendu souci de la gastronomie cache en réalité une addiction aux produits gras en général, et à la viande en particulier.

 

Ce jour-là, Sophie nous lança un regard noir tandis que nous reposions la question au guide à propos de ce que contenaient les beignets. Peut-être avait-elle compris l’origine de nos ricanements, ou en tous cas elle était agacée par nos messes basses.

Sans raucune, Sophie, tu sais bien que les véganes sont sectaires.

 

 

(1) Même si ça ne parait pas évident à l’écrit, le ton est très important. L’australien dit qu’il ne pourrait pas être végétarien, mais c’est sans aucun rapport avec la déclaration de notre chère Sophie, qui trouve vraisemblablement cela tellement idiot de se passer de délicieuse viande que ça transpire dans son intonation, même quand elle parle en anglais.

49 réflexions au sujet de « Sophie ou la gastronomie française »

  1. Si j’ai bien compris cet article, depuis, Sophie est devenue ta meilleure amie, c’est ça ? ^^

  2. « Il suffit de se rendre sur n’importe quel blog de cuisine végane pour constater que les véganes aiment manger et produisent une cuisine souvent très fine, » là je sais pas pourquoi mais mon petit doigt hurle « échantillon biaisé, auto-sélection » :-) Enfin, je suis d’accord sur le fond : bien sûr qu’on peut cuisiner bon et végane. Mais on peut aussi manger des pâtes au ketchup des fois…

    À part ça j’aime bien aussi le syndrome de Tintin au Congo, je note.

    • Je suis sure qu’il y a d’excellents blogs de cuisine omnivore. Mais par exemple quand je suis sur la page d’accueil d’over-blog, j’ai des articles de cuisine qui s’affichent, et franchement ça ne donne pas envie du tout… Des fois c’est même pas ce que j’appelle de la cuisine (Faire griller une cotelette? C’est autant de la cuisine que mettre des pâtes dans l’eau chaude) et des fois heu… « tarte au surimi » O_o beuh. Enfin il y a de tout quoi. En général je trouve la cuisine végane plus fine, car en l’absence de viande, on peut plus se remplir de gras et on est obligés de penser aux autres saveurs.

  3. Je me demande si les réactions acerbes/agressives des omnivores ne sont parfois pas à interpréter comme en fait destinées à eux-mêmes : une façon détournée de reconnaître qu’il n’est pas moralement justifié de manger les animaux, mais comme c’est pas évident de se remettre en question, et ben on attaque l’autre. Et dire « j’adoooore la nourriture » tout en avalant n’importe quoi, n’est-ce pas une jolie dénégation : en rajouter du côté du soi-disant plaisir, pour masquer en fait un « dégoût » plus ou moins inconscient ?
    Quant au syndrome de Tintin au Congo, ou c’est de la provoc’ mal placée, ou bien c’est carrément de la perversité crasse.
    Je ne dirais pas que tous les omnis sont des vg refoulés, mais une bonne partie peut-être… (je pense que je l’étais moi-même avant le déclic il y a deux ans)

    • En effet je pense qu’il y a une certaine culpabilité mal placée. D’ailleurs elle avait beau avoir une grande gueule, quand Alderanan lui a sorti « ce n’est pas une question de goût etc » sur un ton un peu sec, elle n’a rien répondu… Que veux-tu répondre à ça?

      Je pense que beaucoup d’omni ne me croiront pas, mais maintenant que je regarde en arrière, je me rend compte que la viande a toujours été une source de culpabilité pour moi, mais je ne le savais pas. C’est fou quand on y pense.

      • J’ai revu le film 99F récemment, que j’avais vu bien avant mon véganisme. Le film présente un passage compilation d’images de l’élevage et de l’abattage industriels. La première fois que je l’ai vu, je me souviens très bien que j’avais éprouvé une grande culpabilité face à cette souffrance sans pour autant pouvoir me l’avouer. En le revoyant, le soulagement que j’éprouve de ne plus y participer me paraît pourtant très clair.
        Donc oui, je pense que la compassion est à portée de tous, et que la plupart des carnistes sont des vg en puissance. De là à se l’avouer, il reste toujours un gouffre.

  4. Peut-être aussi parfois l’image attendue ou qu’on pense devoir projeter, quand on est à l’étranger, du Français, et qu’en tant que Français, on doit affirmer qu’on a la meilleure gastronomie au monde, et qu’on est gourmet, même si c’est pas vrai.

    Je pense à ça parce qu’ici, on a déduit du fait que j’étais Français que je devais m’y connaître en vin, alors que pas du tout.
    Il y a peut-être quelque chose de similaire ici. Pas dans l’attente des de l’Australien et des Allemands, mais peut-être dans le fait que lors du repas, Sophie, prise d’une crise de nationalisme, a décidé qu’elle se devait de faire la promotion de la France et de sa gastronomie mondialement réputée. Alors qu’en fait, tant qu’elle mange, ça lui va.

    • haha ^^ c’est assez marrant comme idée. C’est vrai que l’Australien et l’Ecossais  se sont étonnés de savoir qu’Alderanan ne buvait jamais d’alcool, donc pas de vin. Et ce ne sont pas les premiers. Je trouve quand même que des fois le nationalisme est mal placé. En tant que vegane en angleterre tu ne dois pas être un très bon représentant de la France, et pourtant tu n’es pas moins français qu’un amateur de boeuf bourguignon…

  5. @l’elfe : oui, bien sûr. C’est dans l’autre sens que je le pensais : les végans qui postent des recettes de cuisine sur la toile font a priori partie de ceux qui s’intéressent à la bonne cuisine. S’il y a des végés qui mangent des pâtes au ketchup à midi et des lentilles en boîte le soir, avec une salade en sachet et de la vinaigrette en bouteille, ils vont probablement pas en parler beaucoup sur le web… (On rejoint ton article précédent sur la vitrine et le fait que les vg sont pas tous pareils, notamment dans leur rapport à la bonne cuisine.)

    • Pas faux. D’ailleurs c’est drôle que tu en parles parce que pendant ce séjour dans la Pampa, la nourriture était vraiment pas terrible, et j’ai fini par manger des pâtes au ketchup, bien que cela ne m’était pas arrivé depuis plusieurs années! C’est dire si j’avais faim. Mais dans l’ensemble, je suis beaucoup plus sensible aux saveurs qu’avant, à la cuisson des aliments, à leur qualité etc. Le véganisme m’a rendue beaucoup plus gastronome. D’ailleurs ce fameux riz, je n’ai pas pu l’avaler, alors que les autres l’ont mangé sans se poser de question, j’ai eu l’impression qu’il n’y avait que moi à m’être rendue compte que c’était pas bon. Pourtant le riz peut être délicieux.

      Je connais effectivement quelques véganes qui ne mangent que des pâtes. La plupart cependant adorent la nourriture, enfin j’en l’impression. Mais c’est vrai que c’est toujours ceux qui aiment la bonne cuisine qui en parlent le plus !

  6. J’ai jamais été un bon représentant de la France, n’ayant jamais aimé le fromage, les escargots et les grenouilles et n’y connaissant rien en vin. Et achetant plutôt du pain de mie que du pain. Alors si à ça t’ajoute le véganisme, les gens ne peuvent qu’avoir une fausse idée des Français s’ils se basent sur moi !

    Mais bon, j’suis un être humain, pas une vitrine, donc c’est pas grave. ^^

    • Alors là je te comprend. Les escargots, j’ai goûté ça une fois, j’ai failli gerber. Et les cuisses de grenouille, la première et dernière fois ou j’en ai mangé, c’était dans un restaurant thaïlandais. En fait je parle de oeuf bourguignon je sais plus dans quel article, mais je ne sais même pas ce que c’est… La seule chose qui sauve la face c’est que je ne crache pas sur un bon vin. D’un autre côté c’est plutôt bien de ne pas être de bonnes vitrines, puisque les gens tombent les préjugés!

      • Le bœuf bourguignon c’est des morceaux de bœuf qui ont mariné 4h dans du vin rouge avec des carottes et autres légumes. C’est très bon quand c’est bien préparé mais c’est infect quand c’est surgelé. Comme tous les plats, en fait.
        On me servait tout le temps ça à la cantine de mon école. Berk.

    • Il y a quelques années, parce que j’estimais que la France c’était la bonne bouffe et que quiconque voulait découvrir le pays devait goûter à nos plats nationaux, j’avais réussi à obtenir d’une Allemande de manger des escargots. À la réflexion, je lui aurais donné une bien meilleure image de notre gastronomie en lui préparant un plat végétalien.

  7. Bonjour,

    Le végétarisme est quelque chose de tout nouveau pour moi (j’ai eu le « déclic » mercredi soir) et je dois dire que c’est en grande partie grâce à la lecture de cet article.
    Quelques jours après l’avoir lu, j’ai retrouvé Sophie ! Nous avons partagé un repas (mon dernier repas carné) avec d’autres amis (car oui, je connaissais cette fille ou du moins croyais la connaître avant cette expérience) et le sujet du végétarisme et de ses raisons (notamment l’antispécisme) est venu sur la table.
    Ma Sophie (qui est Toulousaine et non Lyonnaise, mais tout aussi « gastronome ») m’a dit avec ce fameux ton supérieur qu’elle était épicurienne, qu’il était donc hors de question pour elle de se passer de viande. Lorsque j’ai suggéré que les animaux aussi avaient le droit de vivre, elle m’a dit texto « L’animal est là pour me servir et me nourrir. L’homme est le plus intelligent et le plus fort (sous-entendu, ça rend la boucherie légitime). »
    Auparavant mon mari avait eu le malheur de dire que tous les animaux avaient « une utilité », en prenant comme exemple les coccinelles qui nous rendent bien service en mangeant les pucerons. Elle a rétorqué que seul l’humain était utile, que c’était le plus utile de tous.
    J’ai failli m’étrangler et j’ai répondu du tac au tac (révélant à moi-même des convictions que je ne soupçonnais même pas) que l’humain n’était utile qu’à lui-même, que même lorsqu’il prenait des dispositions en faveur des animaux ou de l’environnement (ce qui est très bien du reste), ce n’était que pour réparer ce qu’il avait détruit ou mis en danger auparavant et que la nature se porterait très bien sans lui.
    Ce à quoi elle a répondu : « Le lion quand il chasse la gazelle, il ne sert à rien » !
    Ne me demandez pas ce que c’est censé signifier, je me pose encore la question.

    Bref, suite à cette soirée sinistre, j’ai très vite réalisé qu’en continuant à manger de la viande, j’irais dans son sens et que mon discours, digne d’une vraie végétarienne (du moins j’imagine) serait complètement hypocrite si les actes ne suivaient pas.
    Comme si l’idée que l’homme ne vaut pas mieux que l’animal n’était pas un argument suffisant (à quoi s’ajoute la découverte que la viande n’est pas du tout un aliment indispensable à l’alimentation de l’homme, une évidence pour les végétariens mais malheureusement pas pour les lambdas –dont j’étais jusque-là- qui écoutent les conseils du PNNS comme parole d’évangile), j’ai visionné Earthlings le lendemain matin. Ca n’a fait qu’entériner ma nouvelle position, ça va de soi.
    Il faut savoir que mon mari et moi avons depuis peu des amis véganes qui nous ont un peu ouvert la voie (et notamment conseillé de voir ce film). C’est d’ailleurs parce que mon mari postait régulièrement sur facebook des recettes véganes qu’on testait ensemble que le sujet du végétarisme est venu sur le tapis lors du fameux repas avec Sophie, lancé non pas par nous, mais par un ami curieux de savoir si nous étions devenus végétariens (ce n’était qu’une question de temps finalement).
    Cet ami a également sorti une perle, à ce propos ! Il s’est mis à parler des mérites du foie gras (d’ailleurs c’est la première chose qui vient à l’esprit des gens de notre entourage à l’annonce de notre végétarisme : après « Mais qu’est-ce que vous allez manger ? » et avant « Et le poisson –variante/ la volaille- c’est permis ? », la grande question c’est « Alors vous n’allez plus manger de foie gras ? », suivi de la fascinante réflexion « Pourtant vous étiez de bons vivants ! Vous appréciez la nourriture… », mais je sors du sujet, là…), je disais donc, cet ami parlait du foie gras et nous a dit d’un air très sérieux : « OK, il faut gaver le canard, mais c’est pas grave, il s’en rend pas compte… Parce que c’est con comme animal, un canard. Au mieux il a de l’instinct, il sait qu’il doit dormir ou manger, mais sinon c’est vraiment con un canard. »
    Vous admettrez que ça fait beaucoup pour une seule soirée…

    Je relis mes mots et réalise que mon commentaire sort un peu de sa fonction et devient presque un article à lui tout seul. J’espère que vous aurez eu un tout petit peu plaisir à me lire, comme je me régale de découvrir vos articles un à un : certains me font beaucoup réfléchir et tous me font beaucoup de bien dans cette période transitoire vers un nouveau mode de pensée et un nouveau mode de vie.
    Si au contraire, vous estimez que je viens flooder votre article en racontant ma vie, n’hésitez pas à le supprimer, je comprendrai.

    Dans tous les cas, je vous remercie et remercie toutes les Sophie pour nous faire ouvrir les yeux sur la réalité du spécisme dans notre société et prendre des mesures en conséquence (dont le végétarisme, probablement suivi plus tard par le végétalisme).

    Si vous le permettez, je posterai probablement quelques commentaires (nettement moins longs, je n’ai pas besoin de raconter ma vie sous chaque article) sous d’autres articles de votre blog. Merci encore !

    • Ha oui en effet ça fait une sacrée entrée en la matière… Mais le monde est plein de Sophies, et n’importe quel convive à table peut devenir une Sophie d’un instant à l’autre, mieux vaut donc s’y habituer le plus vite possible! Bon courage :)

  8. Ping : Etre vegan, c’est dur? | Les Questions Composent

  9. Ping : Le bonheur est dans l’assiette | Les Questions Composent

  10. Je respecte tout à fait le véganisme, je suis moi-même omnivore mais je pense de plus en plus à arrêter la consommation régulière de viande.

    Par contre, j’ai vraiment du mal avec l’argument anthropomorphique du « l’animal à le droit de vivre ». Les animaux carnivores/omnivores se mangent entre eux, c’est comme ça, et je n’ai pas de remords à manger un autre animal. En revanche, la dérive de l’élevage/abattage est absolument odieuse (je repense de plus en plus à ma lecture de « Elizabeth Costello » de Coetzee, qui n’a jamais cessé de me hanter…), et c’est ce qui me poussera, bientôt je pense, à devenir végétarien. Mais ça ne m’empêchera pas de manger un oeuf pondu par une poule dans une ferme, par exemple (j’ai du mal à percevoir la cruauté animale dans ce cas). Je ne m’interdirai probablement pas de consommer de la viande « artisanale », même si j’imagine qu’à terme j’arrêterai complètement.

    • Si tu n’as pas de remords à tuer un autre animal, je trouve ça étrange. Tu n’as pas de remords non plus à tuer un humain? Ce que j’entends, personnellement, par « droit de vivre », c’est que les animaux n’existent pas pour nous, pour qu’on les mange ou qu’on se serve d’eux d’une façon ou d’une autre. Ce sont des êtres qui existent pour eux même, qui sentent la douleur, le plaisir, la peur, etc. Ils aiment la vie et donc tout simplement mettre fin à leur vie est injuste (si c’est juste pour les manger en plus, l’intérêt de la viande est très limité, ok ça peut être « bon » et nourrissant, mais est-ce que ça vaut le coup de tuer un animal juste pour ça franchement?).
      Les animaux se mangent entre eux… Non. Certains animaux mangent certains autres animaux. Est-ce qu’on doit faire pareil ou se demander ce qu’on veut, ce qu’on doit faire, ce qui est le plus juste, NOUS en tant qu’humains? Parce que sinon, les animaux se bouffent aussi entre eux, hein, certains bouffent leurs petits, ou leurs parents… Donc on devrait faire pareil? Non, je pense pas :)

      Pour ce qui est des oeufs, dans l’industrie (y compris en bio), les poules sont tuées à l’âge d’un an, et tous les poussins mâles sont tués à la naissance dans une broyeuse (ou par gaz dans certains cas, c’est plus rare). D’où l’intérêt de se nourrir sans oeufs. Pour le lait c’est un peu pareil, les veaux mâles sont tués, les vaches maltraitées, etc. L’industrie agro-alimentaire est un vaste merdier et dès que ça touche des êtres sensibles, c’est pas pour leur faire du bien.

      • Je vais me permettre de te citer, non pas pour entamer une quote-war fastidieuse, mais parce que je veux être très précis (sachant que, à part sur cette question de curseur, je suis proche de ton point de vue !).

        « Si tu n’as pas de remords à tuer un autre animal, je trouve ça étrange. Tu n’as pas de remords non plus à tuer un humain ? »
        Deux distinctions extrêmement importantes : je n’ai pas parlé de « tuer » mais de « manger ». Je trouve bien évidemment odieux de maltraiter/blesser/tuer un animal par simple plaisir. Mais l’acte de tuer un autre animal pour se nourrir est caractéristique des carnivores et omnivores dont nous sommes. La distinction, je le répète, est pour moi absolument cruciale.
        Deuxième point, donc : la comparaison directe homme/animal. Elle est faussée (je ne le répèterai plus pour fluidifier le discours, mais ce que je dis est seulement mon avis à ce moment de la conversation ; je peux avoir tort et/ou changer d’avis =)). Un animal n’est pas un humain, et du point de vue humain, vaut moins. C’est, là encore, normal. Ça ne veut pas dire qu’il faut délibéremment nuire aux animaux, mais si je dois choisir entre sauver un bébé et sauver un chiot, je n’hésiterai pas un quart de seconde (et toi non plus j’en suis certain).

        « Parce que sinon, les animaux se bouffent aussi entre eux, hein, certains bouffent leurs petits, ou leurs parents… Donc on devrait faire pareil? Non, je pense pas :) »
        Bien sûr que non, mais là on frôle la caricature. Je ne brandis pas l’argument « c’est naturel » à tout bout de champ (on fait des tas de choses « contre-nature », à tel point qu’on peut se demander si ce n’est pas une caractéristique de… notre nature humaine =)). Je dis juste que quand un lion mange une gazelle, il n’y a pas de cruauté, il y a un besoin et un ordre naturel. Que nous cherchions à nous en affranchir, c’est une chose (avec laquelle je suis plutôt d’accord), mais que cela soit ramené à quelque chose d’horrible comme un meurtre, je refuse de l’accepter.

        Pour finir cette (trop longue) réponse :
        « dans l’industrie (y compris en bio) »
        Tu as tout à fait raison, et ce que tu racontes est une des raisons qui font que je m’éloigne intellectuellement de plus en plus de ce système (l’industrie agro-alimentaire) infâme. Mais mon message parlait bien de « ferme », c’est-à-dire d’élevage humain. Ma grand-mère adorait ses poules, même s’il devait lui arriver d’en manger à l’occasion, et je peux t’assurer qu’elle ne broyait pas les poussins. C’est ces œufs-là que je veux continuer à manger.

        • O_o Donc on a pas le droit de maltraiter un animal……
          SAUF pour le manger?
          Mais ou est la logique? Pourquoi dès que ça rentre dans le champ « nourriture », ça échappe à l’éthique?
          Parce que nous sommes « omnivores »?
          Mais c’est absurde. C’est pareil que justifier le viol parce que nous sommes « sexués ».
          Nous ne sommes pas des lions ou des hyènes ou des mantes religieuses. Nous avons le choix de tuer des animaux ou non, pour les manger ou non. Il n’y a aucun domaine de la vie, à mon sens, qui ne sorte du domaine de l’éthique et de la justice. Et si on estime que la nourriture ne concerne pas l’éthique, alors il faut le justifier, et autrement que par des arguments naturalistes qui peuvent justifier absolument n’importe quoi.
          (Article en rapport)

          • « O_o Donc on a pas le droit de maltraiter un animal……
            SAUF pour le manger? »
            Non, on n’a pas le droit de maltraiter un animal MÊME pour le manger. Mais tuer un animal pour se nourrir, c’est naturel (je trouve que c’est un peu facile de requalifier ça « naturaliste »).
            Qu’on cherche à trouver des alternatives, c’est louable, et comme je l’ai dit, je me sens de plus en plus proche de cette démarche. Mais je refuse d’accepter les raccourcis du genre « manger un animal = tuer un animal pour le plaisir = tuer un être humain ».
            J’ai lu ton article, et je trouve certains arguments très pertinents, et certains autres (en quantité moindre) fallacieux. Mais surtout, une de tes hypothèses est que les animaux ressentent la douleur, contrairement aux végétaux. Or, la vie végétale est de la vie, et les plantes, si elles n’ont pas à proprement parler d’émotions, ne sont pas seulement des « machines » mais ont un comportement intelligent. Ça remet en question le véganisme ?

          • Pour en finir avec le cri de la carotte

            On a pas le droit de maltraiter un animal, mais le tuer si?

            Donc maltraiter est plus grave que tuer? Un animal préfère être tué que frapper? Ou alors s’en fout d’être tué? Drôle de conception des animaux! Tu as déjà vu un animal dans ta vie?

            Je veux dire appelons ça comme c’est: tuer un animal juste pour un petit plaisir. Même si c’est « normal » ou « naturel », quelle différence y a-t-il entre égorger une poule pour la manger et le gars qui égorge son chien pour se défouler parce qu’il a passé une mauvaise journée? Dans les deux cas, on prend la vie d’un animal pour vraiment pas grand chose.

  11. « Ils aiment la vie »

    Un animal peut-il vraiment aimer ? Définition de l’amour ? (aussi bien pour un humain que pour un animal). :-)

    • Un chat peut aimer des croquettes, aimer se détendre au soleil, aimer chasser, aimer les caresses, et pas aimer la vie?
      Pas besoin d’aller dans des définitions philosophiques complexes de l’amour, si?
      Il y a beaucoup de sens donnés au mot « amour » (j’en ai parlé ici mais ça ne répondra pas à ta question)

  12. En réponse à Gus:

    « Mais je refuse d’accepter les raccourcis du genre « manger un animal = tuer un animal pour le plaisir = tuer un être humain ». »
    Manger un animal quand on peut vivre sans, c’est accepter qu’on tue un animal pour son plaisir. Et que ce soit « naturel » ne change rien.

    « Mais surtout, une de tes hypothèses est que les animaux ressentent la douleur, contrairement aux végétaux. Or, la vie végétale est de la vie, et les plantes, si elles n’ont pas à proprement parler d’émotions, ne sont pas seulement des « machines » mais ont un comportement intelligent. Ça remet en question le véganisme ? »
    Notre corps a aussi un comportement « intelligent », il a un système immunitaire, il s’adapte à l’environnement… Et ces choses-là ne dépendent pas de notre conscience. Donc vivant =/= conscient. Et franchement, as-tu déjà eu l’impression qu’une pomme avait une conscience?
    Donc peut-être que ça nous échappe et que végétaux souffrent, mais il n’y a pas le moindre soupçon que ce soit le cas. Et donc aucune raison de remettre en question le véganisme.

    • Je réponds à l’elfe mais cela répond (je crois) également aux arguments de Bastr.

      « Pour en finir avec le cri de la carotte »
      Ton article est à mon avis très, très subjectif. Tu écartes la valeur de la vie végétale parce que telle ou telle règle à été établie pour dire qu’elle était suffisamment éloignée de nous, ou que son comportement face à la souffrance ou la mort n’était pas conforme à ce que tu estimes valide pour mériter une attention particulière. C’est ce type d’arguments que tu réfutes pourtant, à raison, quand les gens balaient d’un revers de main les horreurs de l’industrie de la viande.

      « On a pas le droit de maltraiter un animal, mais le tuer si?
      Donc maltraiter est plus grave que tuer? Un animal préfère être tué que frapper? Ou alors s’en fout d’être tué? Drôle de conception des animaux! Tu as déjà vu un animal dans ta vie? »
      J’écarte l’argument (?) ad hominem de suite : oui, j’ai déjà vu un animal. J’adore les animaux, je m’en suis occupé de plusieurs quand j’étais petit, et quitte à être ridicule, j’ai même toujours un léger regret quand je tue un moustique pour mon confort.
      Pour en revenir à la maltraitance, ma phrase visait simplement à dire que « tuer pour manger » c’est normal (j’y reviendrai) et que ça ne justifiait pas la maltraitance. Donc non, une vache n’aime pas être tuée, elle n’aime pas être battue, mais si elle va être abattue pour de la nourriture, elle devrait l’être sans souffrance.

      « Je veux dire appelons ça comme c’est: tuer un animal juste pour un petit plaisir. Même si c’est « normal » ou « naturel », quelle différence y a-t-il entre égorger une poule pour la manger et le gars qui égorge son chien pour se défouler parce qu’il a passé une mauvaise journée? Dans les deux cas, on prend la vie d’un animal pour vraiment pas grand chose. »
      Ton « pas grand chose » est ultra subjectif, or tu le présentes comme une évidence. Donc, non, la différence n’est pas « pas grand chose » : il s’agit de se nourrir. Tu es biologiste et tu le sais mieux que moi, mais les êtres vivants ont besoin de s’approprier de l’énergie et des éléments extérieurs pour vivre, et ça passe par manger (donc tuer) d’autres êtres vivants (sauf pour l’énergie solaire). Tu parles aussi d’évolution : si l’homme a évolué en conservant (en renforçant ?) sa consommation de viande et de lait, c’est aussi peut-être parce que cela lui confère un avantage non-négligeable ?

      • Ha donc 5 minutes de plaisir dans ta bouche ont plus de valeur que la vie d’un animal.

        Libre à toi de le penser (si tu le penses vraiment). Personnellement je trouve ça arrogant, inique, et profondément abject. Mais bon, si tu m’affirmes que le plaisir que tu prends à manger de la viande est plus valable que la vie de l’animal que tu manges, alors ok, très bien. Mais arrête de te cacher derrière « les animaux mangent d’autres animaux ». Moi je ne mange pas de viande (ne fais-je pas partie des animaux?). Tu as le choix de manger des animaux ou non. Aucune science, aucune nature, aucun dieu ne t’ordonne de le faire, tu choisis de le faire.

      • « Donc, non, la différence n’est pas pas grand chose : il s’agit de se nourrir. »

        C’est qui le « se » dans « se nourrir » ? Le veinard nanti qui vit dans le bon pays du monde ?
        Certainement pas l’habitant du « tiers monde » à qui on retire ses protéines (végétales) pour produire (beaucoup moins) de protéines animales avec.

        « Donc, non, la différence n’est pas pas grand chose : il s’agit d’affamer certains humains pour en nourrir d’autres, en perdant beaucoup de bouffe dans l’affaire et en sacrifiant un bestiau. »
        Voilà, c’est corrigé.

  13. Aïe. Je crois avoir été toujours très respectueux dans cette conversation. Si j’y participe, c’est d’une part parce que je partage de nombreux points avec toi et que je suis en train de franchir le pas « intellectuel » d’aller à l’encontre de mes habitudes et de mon éducation pour renoncer progressivement à « la viande ». C’est aussi parce que, les commentaires étant ouverts, j’ai cru sincèrement que c’était une invitation à la discussion constructive, à l’échange d’idées, dans l’espoir fou, qui sait, que chacun puisse sortir avec une conviction renforcée (qu’elle soit conforme à celle de départ ou qu’elle ait évolué).

    Autant dire, du coup, que je ne prends pas très bien les raccourcis genre « tu tue pour 5 minutes de plaisir dans ta bouche » et autres « tu tues le tiers-monde ». Je vais tâcher de répondre posément à ces arguments, parce que je pense sincèrement qu’ils sont faux. Mais si la conversation ne peut pas rester respectueuse, j’en resterai là (je sais que vous regretterez mes phrases longues comme un jour sans pain bio).

    « Ha donc 5 minutes de plaisir dans ta bouche ont plus de valeur que la vie d’un animal. »
    Non.

    « Mais bon, si tu m’affirmes que le plaisir que tu prends à manger de la viande est plus valable que la vie de l’animal que tu manges, alors ok, très bien. »
    Toujours pas.

    « Mais arrête de te cacher derrière « les animaux mangent d’autres animaux ». Moi je ne mange pas de viande (ne fais-je pas partie des animaux?). »
    On peut pas dépasser le pinaillage technique ? J’ai dit « les », j’aurais pu dire « des ». Les lions mangent des animaux. Souvent déjà morts, d’ailleurs. De nombreux animaux sur terre sont carnivores ou omnivores et mangent d’autres animaux, qu’ils tuent eux-mêmes ou pas. L’homme est omnivore. Est-ce qu’il doit le rester ? Je ne sais pas. Mais lier cette réalité historique et évolutionnaire, c’est de mauvaise foi, d’autant plus venant d’une biologiste.

    « Tu as le choix de manger des animaux ou non. Aucune science, aucune nature, aucun dieu ne t’ordonne de le faire, tu choisis de le faire. »
    Aucune science, non. Aucun dieu, non plus, pas plus que n’importe quel autre être imaginaire. Aucune nature, par contre, c’est faux. Il suffit de regarder l’histoire, de regarder les animaux à l’état naturel.
    Le vrai argument pertinent, c’est que l’Homme passe son temps à s’affranchir de la nature. Et que, donc, en effet, il est tout à fait noble de s’interroger sur le fait qu’on doive ou non continuer à consommer des animaux. Mais affirmer que c’est contre nature, c’est archifaux. D’ailleurs, je note avec regret que tu ne réponds pas souvent à mes arguments à moi : que tu es bien d’accord qu’il y a une hiérarchie des espèces puisque tu protègerais un bébé humain plutôt qu’un bébé phoque, ou encore que la consommation de viande a conféré un avantage évolutionnaire à l’Homme (ce qui ne veut pas dire qu’on a ENCORE besoin de manger de la viande, j’insite).
    J’aimerais d’ailleurs revenir sur la notion de souffrance : si l’on endort le veau avant de le tuer et qu’il ne souffre pas, c’est bon du coup ? Et, puisque bien sûr ça n’est pas bon, pourquoi, puisque tu avances l’argument de la souffrance ressentie pour dire qu’on peut consommer les végétaux ?
    Et surtout, si l’on conserve cette histoire de délimiter les êtres vivants, pourquoi mettre le curseur à la souffrance ? Si je raisonne par l’absurde, je pourrais dire « je ne mange que les animaux qui sont incapables d’exprimer leur souffrance par le langage ». Je veux en venir au fait que, si l’on est d’accord qu’il faut respecter la vie, je trouve cela très compliqué de placer le curseur, et que les arguments (pertinents !) qu’on applique pour protéger les animaux pourraient également être appliqués aux végétaux. Quid des insectes, d’ailleurs (question premier degré) ? Après tout, on nous annonce que c’est ça qui nous nourrira tous dans 20 ans.

    Venons-en à Ribz, à qui je ferai la grâce de ne pas être vulgaire (la réciproque n’ayant pas été vraie) : si tu m’avais lu depuis le début au lieu de me sauter à la gorge comme tu viens de le faire, tu aurais lu que, si j’ai des réserves face aux arguments éthiques de l’elfe, je suis en revanche farouchement opposé à l’industrie et à l’élevage de masse, qui cause les problèmes que tu cites, entre autres. Je parle de « fermes à l’échelle humaine », par opposition à l’élevage de masse qui nuit à la planète, aux humains, et aux animaux massacrés dans des conditions ignobles.
    Au passage, je ne résiste pas au plaisir de te dire que certaines populations sont affamées car la « mode » bio crée une demande de leurs céréales, et qu’ils finissent par en manquer pour eux-mêmes, n’ayant pas les moyens de les acheter (un article au pif, il y en a des kilos d’autres : http://www.cbc.ca/news/business/story/2013/01/17/business-quinoa-prices.html ).

    • Merci pour l’info. Bah, je mange genre 500g de quinoa par mois. Dans l’idéal je devrais pas bouffer un truc qui vient de l’autre bout du monde ? Oui, tu as raison.

      Lu dans l’article que tu cites :
      (“Any time you take a traditional item for one person and turn it into a commodity for someone else, there’s going to be destruction,” Koc says.) “But there are far more serious food problems to worry about than quinoa.”
      « And all the amount of tofu consumed by humans in the world is nothing compared to the amount of rainforest destruction in Brazil to grow soybeans to feed to animals, he notes. »

      Bref, pardon pour la vulgarité.

      • Je te disais ça pour l’exemple. Là encore, bien sûr que l’élevage de masse est destructeur, c’est pour ça que je suis contre, comme je l’ai dit à plusieurs reprises.

        • L’élevage « pas de masse » consiste à tuer des animaux pour le plaisir de les manger, sans aucune nécessité biologique de survie. Je me fiche pas mal que les élevages soient « de masse » ou non. D’ailleurs les élevages en France sont plus petits que ceux des Etats-Unis mais les animaux sont strictement maintenus dans les mêmes conditions abjectes. Et quand bien même ils ne le seraient pas, (ce qui revient à admettre qu’ils ont un intérêt à profiter de la vie), il est d’autant plus injuste de les tuer juste pour le plaisir.

    • Je n’ai aucune envie de lire tes justifications pour manger de la viande. C’est la faute à la nature, c’est la faute à la société, et gnagnagni, et gnagnagna. Et toi, si on t’endort avant de te tuer, ça te dérange pas? Tu sentiras rien, promis. Ce qui est dommage, c’est que les veaux que tu manges n’ont pas été endormis, ils ont gueulé comme des veaux quand on les a pris à leur mère, ils ont gueulé quand on les a égorgés, ils se sont étouffés avec leur sang, et ils sont morts pour toi, pour que tu puisses avoir 5 minutes de plaisir en mangeant une escalope de veau, et pour ce petit plaisir ils ne pourront plus jamais courir dans l’herbe, sentir la douceur de téter ou de se coucher près de leur mère. J’espère donc que tu apprécies le goût d’une escalope de veau à sa juste valeur, puisque tu as supprimé tout ça et bien plus encore; et si tu es mal à l’aise avec ça, c’est TON problème, pas le mien. Je n’y peux rien, ce n’est pas moi qui décide. Les lions et les gazelles n’y peuvent rien, la Nature n’y peut rien, le quinoa bolivien n’a rien à voir avec la choucroute, tu devrais plutôt chercher à être à l’aise avec toi-même plutôt qu’à faire approuver par ma petite personne ton choix de manger de la viande. Si la vie d’un veau ne vaut rien d’autre pour toi que le plaisir que tu tires de manger sa chair, alors c’est ton système de valeur et je n’ai aucun pouvoir de le changer. Mais franchement, si c’est le cas, je te plains sincèrement. Je te plains parce que ce que m’apporte le fait de laisser vivre est infiniment supérieur à l’intérêt que je pourrais retirer à tuer, et j’en suis profondément heureuse. Et si ce n’est pas le cas, je te plains aussi, parce que tu ne feras jamais que te débattre dans tes contradictions sans jamais pouvoir être en accord avec toi-même.

      (Article en rapport).

      • Bon, tu m’accuses de choses que je n’ai pas dites et tu ridiculises mes arguments sans jamais y répondre. Par exemple, tu écartes mon opposition de la souffrance (« si je te tue après t’endormir, c’est pas grave ? ») alors que l’argument de la souffrance est employé par toi dans « La carotte ne crie pas » pour justifier qu’on peut manger des végétaux, qui sont des êtres vivants.
        Mais bon, tu n’as déjà pas lu ou souhaité répondre à mes arguments précédents donc on va en rester là. Je suis sincèrement désolé de pas pouvoir continuer la discussion, peut-être que le blog est trop public pour avoir une discussion dépassionnée.

        • Sans regret. Cette discussion ne sert à rien de toutes façons. Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

          • Oui, malheureusement tu ne veux pas entendre mes questions (pourquoi le végétal ?) ou tu ne me lis qu’à travers le prisme de tes préjugés (en m’envoyant vers un article « je me fiche de savoir pourquoi vous mangez de la viande » alors que je répète depuis le début que je veux cesser d’en manger).
            Tu n’es pas obligée de publier cette réponse si tu ne le souhaites pas ; ça m’embête juste de passer pour ce que je ne suis pas auprès d’un autre être humain =)

          • O_o franchement si tu te soucies de « passer pour ce que tu n’es pas auprès d’un autre être humain », j’espère pour toi que tu vis tout seul au fond d’une grotte sous-marine !
            Et je ne répondrai pas à cette question, c’est à toi d’y répondre, tu connais très bien la réponse.

          • On devrait admettre qu’il n’y a pas de différence de nature entre « végétaux » et « animaux » ?
            C’est ce que tu demandes à l’Elfe, qui a une formation de biologiste, de faire pour continuer le débat ?
            Ok …

            Même si on admettait ton hypothèse (moi je la trouve ridicule, ne le prends pas mal), de deux maux on peut choisir le moindre … T’as pas besoin d’abattre un arbre pour manger des fruits. Si la question de la souffrance des végétaux te torture vraiment, tu peux devenir fruitarien.

  14. Ping : NON, une lasagne, ça ne se mange pas ! | Les Questions Composent

  15. Le « scandale » Spanghero ayant récemment ébranlé toute l’Europe (en quoi c’est mieux de manger un boeuf qu’un cheval, expliquez-moi je vous prie!), Sophie & Co montrent qu’en effet, beaucoup d’omnis ne savent pas ce qu’il y a dans leur assiette.

    Ce qui me rappelle une p’tite anecdote qui j’espère amusera quelques lecteur-ices :
    J’ai une amie qui a toujours été une grande farceuse, et un soir qu’il y avait des invités à dîner chez ses parents, l’idée lui vint d’échanger le pâté habituel avec…Le pâté du chat. Je suppose que je ne vous apprendrais rien en disant que le chat n’a pas protesté contre cette amélioration subite de sa bouffe. Par contre ce qui est marrant c’est la réaction des parents et des invités : non seulement personne n’a remarqué la supercherie, mais en plus les exclamations ont fusés :
    « Aaaaah mais c’est un pur délice ce pâté, où est-ce que vous en achetez du si bon? Ah mais moi aussi je suis toute étonnée, il vient du supermarché mais il est meilleur que d’habitude! Mais, chouchoutte, pourquoi tu n’en prends pas? C’est délicieux tu sais! »

    On ferait manger des trucs funky aux gens, des fois!…

    • O_o c’est dingue, et ils osent dire que la bouffe végane c’est pas bon! (la plupart du temps sans y avoir goûté d’ailleurs)

      • Exact! Et lorsqu’on essaye de leur ouvrir les yeux sur leur nourriture, que ça soit les conditions d’élevage ou même, dans un registre moins « polémique », le fait qu’il y ait masse de saloperies dans la bouffe industriel (conservateurs par exemple), on a droit au magnifique :
        « Mais arrête enfin, tu va me couper l’appétit avec tes histoires!  »
        Eh oui, tant qu’à manger de la merde en boîte autant ne pas le savoir …

  16. « Jean-Pierre, lui, regarde son assiette ou ses pieds, de l’air du mec qui trouve que sa copine dit décidément beaucoup de conneries, mais qui ne veut pas être privé de sexe. »

    Tu m’as pliée en deux, c’est génial!! En plus d’être lucide sur le monde tu es un tres bon juge de caractère!

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