Lepen à la manifestation pour les animaux: et pourquoi pas?

Le 24 mars, ce samedi donc, aura lieu une grande manifestation pour les animaux, en vue des élections de 2012.
Je ne rentrerai pas ici dans des considérations du style « faut-il voter ou est-ce que c’est pareil que pisser dans une contrebasse »… A vrai dire je n’en sais rien. Ce qui m’intéresse, c’est que manifester est un acte politique. Et que si on veut avoir la moindre influence sur la vie des animaux, c’est bien joli de mettre du lait de soja dans son café, mais encore faut-il le revendiquer.
Revendiquer que l’animal n’est pas une marchandise, revendiquer que le spécisme est une discrimination au même titre que le sexisme, le racisme, l’âgisme et d’autres encore. Que l’utilisation de l’animal est une forme d’oppression intolérable qui, comme toute oppression, n’a rien à faire dans une société civilisée.

Bon, moi j’apprends à mon retour en France l’existence de cette manif. Je me dis chouette, un mouvement politique pour les animaux, exactement ce qu’il faut. J’ai cherché le site de la manif, donc, pour en savoir un peu plus.

Et là, je déchante. Mais vraiment. Je suis effroyablement déçue. Je n’ai lu que la première phrase du manifeste, et déjà, cette manifestation qui se veut « unitaire » annonce d’emblée la couleur, en excluant les véganes abolitionnistes et l’idée même d’abolition. Le manifeste commence ainsi:
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Débat: faut-il réformer l’industrie?

L’article « Pourquoi je ne participerai plus aux actions réformistes » a suscité de nombreuses réactions. En voici quelques-unes, juste pour donner un aperçu, mais le débat continue dans les commentaires de l’article, donc n’hésitez pas à aller lire la suite pour en savoir plus.

L’avis d’Yves Bonnardel

Merci pour cet article, très réfléchi, argumenté et ordonné de façon très logique. Je l’ai apprécié, l’ai lu avec plaisir, et pourtant je ne suis pas du tout d’accord avec ses postulats de base, ni donc avec ses conclusions.
Je m’en explique, parce que je pense que ce que je peux en dire ici revêt une grande importance pour le développement d’un mouvement animaliste abolitionniste fort – en France et dans le monde.

Je suis moi-même abolitionniste, très investi dans la promotion de l’idée d’abolition de la viande à l’échelle mondiale (cf. le site http://meat-abolition.org), et me sentant également très proche de L214 (dont je fais partie ; ceci dit, ci-dessous, je parle en mon nom et non au nom de L214, et mes analyses ne concernent que moi). Je ne vois en fait aucune contradiction à participer à des actions de L214 du type « contre les oeufs de poules en batterie chez Monoprix » et militer pour l’abolition de la viande. Je pense que la distinction qui est faite ici entre « welfarisme » et « abolitionnisme » est peu intéressante, et même nuisible, et part d’un présupposé très dommageable à la cause animale.

Lisant l’article, mais tout aussi bien la plupart des commentaires, je vois que l’auteure focalise sur le message qui est adressé aux passant-es dans la rue, à qui l’on demande de signer des cartes qui vont être remises au directeur du supermarché. L’auteure dit qu’on n’a alors pas le temps ni la possibilité vraiment de discuter avec les personnes en question pour leur expliquer qu’en fait il faudrait cesser de manger des oeufs, et non seulement s’abstenir de manger ceux issus de poules en batteries. Que ce faisant, on développe un discours qui cautionne finalement le principe d’une exploitation animale, et que vue l’énergie que demande l’organisation de ce type d’action, on ferait mieux d’agir directement en parlant de veganisme, en disant donc aux gens directement et explicitement ce qu’on pense.

Mais c’est là je pense que se trouve le malentendu. Un malentendu qui est lourd de conséquences et, tout aussi grave, qui est lourd de causes. Lire la suite

Pourquoi je ne participerai plus aux actions réformistes

Pour répondre à des questions et remarques pertinentes des commentaires, cet article a pour but de partager mon opinion sur le réformisme ou sur ce que Gary Francione appelle le néowelfarisme.

Néowelfarisme: Il s’agit d’organiser ou de participer à des campagnes pour le bien-être animal, tout en visant l’abolitionnisme.

Suite à mon dernier article, plusieurs personnes m’ont objecté que les campagnes néowelfaristes pouvaient également aider à viser l’abolition de l’exploitation animale. Et j’ai tenu à peu près le même discours qu’eux, mais depuis j’ai changé d’avis, donc je vais essayer de répondre à ces objections, et sans vraiment chercher à convaincre, mais plutôt à expliquer pourquoi je ne souhaite plus participer à des actions welfaristes.

Pour développer mon propos, j’utiliserai un exemple en particulier, celui de la campagne de L214 contre les oeufs de batterie. J’expliquerai les points forts de ce type d’action, puis la façon dont je suis venue à remettre en question ces atouts. Enfin, je finirai par quelques remarques sur le discours abolitionniste, en revenant sur les raisons pour lesquelles il est parfois écarté au profit d’un discours welfariste.

L214 contre les oeufs de batterie

Vous vous rappelez de l’article que j’ai écrit l’année dernière pour mon anniversaire? Ce jour-là, j’étais en photo dans le journal, déguisée en poulet. C’était l’action la plus typiquement welfariste à laquelle j’ai participée. Il s’agissait d’une campagne contre l’élevage des poulets de batterie, organisée par l’association L214 et relayée par plusieurs collectifs dans toute la France, dont le CLAM.

Le déroulement de l’action

L’action se répétait dans plusieurs villes, avec deux militants itinérants de L214 et des personnes en renfort sur place (collectifs, etc). Elle était double puisqu’étaient visées à la fois l’offre et la demande. D’abord la demande, en abordant les gens dans la rue afin de les sensibiliser au sort misérable des poulets de batterie, et de les informer sur les différents types d’oeufs et les codes correspondants: 0 pour le bio, 1 pour le plein air, 2 pour l’élevage au sol, et 3 pour les batteries. Puis on leur faisait  signer des cartes postales pour protester contre les conditions de vie des poules en batterie. Ces cartes  permettaient, plus tard dans l’après-midi, d’intervenir au niveau de l’offre: On se rendait dans un supermarché, accompagnés de journalistes, avec toujours un militant en poulet. On demandait à rencontrer un responsable, puis on s’entretenait  du problème avec lui en lui remettant les cartes.

poule L214

Moi en poulet chez Intermarché, vérifiant les codes des oeufs devant les journalistes (c'étaient des oeufs code 3, de batterie donc). Dans mon autre aile, une partie des cartes postales signées par les passants. Je ne me lasse pas de voir ma photo dans le journal...


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