Quatre préjugés sur le polyamour

L’amour c’est comme les bactéries: c’est pas sale.

Mmh… Non. L’amour c’est comme les bactéries parce que y en a partout mais on ne le voit pas.

Non c’est pas ça. L’amour en fait c’est comme les bactéries parce qu’on le cherche dans les chiottes de bar alors qu’en fait ça se trouve surtout à l’intérieur de nous.

Mmh… Non, pas terrible, on essaye encore:

L’amour, c’est comme les bactéries: quand ça se divise, en fait ça se multiplie.

Parole de Biologiste.

Mensonges et préjugés sur le polyamour

Après cette brillante introduction, et avant de rentrer dans le vif du sujet, je vais encore vous casser les noix deux minutes avec une question sémantique. C’est la première fois que j’utilise le terme « polyamour » sur ce blog. Parce qu’il est pas beau, il a le hiatus disgracieux et mon éditeur de texte persiste à le souligner en rouge, ce qui fait bobo à mes yeux. Et aussi parce que j’arrête pas de dire à qui veut l’entendre que j’aime pas les étiquettes (sauf celles sur les fruits, je les aime bien et je les colle sur le frigo ou dans mes cahiers, et quand j’étais petite je les collectionnais et tout, mais à part sur les fruits je n’aime pas les étiquettes). Mais bon ce qui est pratique avec les mots comme « véganisme » ou « polyamour » c’est qu’outre constituer des étiquettes, ils servent surtout à émettre un concept long à expliquer à travers un seul mot. Ainsi, quand vous en avez marre de répéter « je mange pas de viande pas de poisson pas de produits laitiers pas d’œuf et je porte pas de cuir pas de laine blablablablabla pour des raisons éthiques de respect des animaux blablablablabla » vous dites simplement « je suis végane ». Ce qui est justement en fait le but d’une étiquette. Malheureusement l’étiquette vient souvent avec tout un ensemble de préjugés et de clichés, et c’est pourquoi je ne les aime pas (sauf sur les fruits) même si elles sont bien pratiques (sauf sur les fruits parce que des fois quand on fait pas gaffe on les mange). Et c’est justement aujourd’hui les préjugés sur le polyamour que je vais évoquer. Et attention parce que j’en ai gros sur la patate.

Quand tu dis que tu es polyamoureux…

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Attachement et autonomie chez l’enfant: considérations éthologiques et ethnologiques

J’ai expliqué dans l’article précédent en quoi nos conceptions actuelles de l’éducation, et en particulier de l’acquisition de l’autonomie, reposent sur des prémisses héritées du patriarcat. Selon ces théories, la relation mère-enfant fusionnelle serait étouffante et nocive non seulement pour l’enfant mais également dangereuses pour la famille. De plus, sans une rupture précoce et provoquée par les parents (traditionnellement par le père, mais avec la complicité de la mère, bien qu’il y ait des variantes dans les théories actuelles), l’enfant n’apprendrait jamais l’autonomie et resterait toujours dépendant, fragile et vulnérable.

Dans ces théories, le lien mère-enfant est considéré avec une très grande méfiance, comme quelque chose de potentiellement dangereux. De plus, les besoins de proximité exprimés par le petit enfant sont souvent qualifiés de « caprices », comme n’étant pas des « vrais besoins ». Quant à l’attachement de la mère à son enfant, il serait carrément criminel…

Retour aux bases : d’où vient l’attachement?

I- Le lien mère-jeune chez mes mammifères: généralités

L’attachement entre la mère et l’enfant n’est pas propre à l’espèce humaine. De tels liens d’attachement existent chez tous les mammifères(1). L’attachement apparait très vite dans le comportement du jeune. Chez les mammifères nidifuges, comme le mouton, il apparait dans les heures ou les quelques jours suivant la naissance (c’est un peu plus rapide pour la mère). Chez les nidicoles, comme le chien, il est un peu plus tardif car le nouveau-né est limité dans ses capacités sensorielles et met un peu plus de temps à être capable de reconnaître sa mère. Il est cependant assez rapide puisque les chiots seront attachés à leur mère à peu près au moment où ils ouvriront les yeux, vers l’âge de 15 jours, parfois 3 semaines. De plus, quelle que soit la maturité du jeune à la naissance, la mère s’attache rapidement à sa progéniture et réagira à ses vocalisation de détresse (le tout jeune chiot ne sait pas reconnaître sa mère mais criera néanmoins s’il a froid, faim ou s’il est seul).

Qu’est-ce que l’attachement et comment s’exprime-t-il? L’attachement est un comportement naturel chez le jeune mammifère. Il se manifeste par un bien-être de l’individu réuni avec le partenaire d’attachement, et au contraire par un état de détresse lors de la séparation, et bien sur par un comportement de recherche de contact (puisque ces contacts sont source de bien-être). En éthologie on mesure l’attachement par l’observation des comportements mais aussi par des marqueurs physiologiques: par exemple la séparation va provoquer une augmentation de l’activité locomotrice, des vocalisations de détresse, et une augmentation des marqueurs de physiologiques de stress: accélération respiratoire et cardiaque, élevation du taux d’hormones comme l’adrénaline ou le cortisol. A l’inverse, la réunion avec le partenaire, mais aussi les contacts physiques avec celui-ci, sont sources d’apaisement qui peut également se mesurer par des marqueurs physiologiques: baisse du rythme cardiaque, production d’hormones apaisantes comme l’ocytocine, baisse du cortisol, etc.

Il y a, principalement, trois choses importantes que j’ai apprises au cours de mon travail sur les comportements d’attachement chez le jeune mammifère: Lire la suite

Ne le prend pas dans tes bras

Quelle mère n’a jamais entendu ça? « Ne le prend pas dans tes bras, il va s’habituer ». « Laisse-le pleurer, ça lui fera les poumons ». La violence éducative commence tôt, très tôt. L’enfant à peine né, il faut couper le cordon, se garder d’être trop « fusionnel », le laisser seul pour qu’il « s’habitue ». L’envoyer à l’école le plus vite possible. Le séparer, vite. S’il pleure, c’est la faute de la mère. Elle est trop fusionnelle. Elle étouffera son enfant, l’empêchera de grandir, de vivre…

Même en n’en sachant que très peu sur les enfants, il m’a toujours semblé que ces gentils théoriciens du « ne le prend pas dans ses bras, il pourrait s’habituer » en savent encore beaucoup moins que moi. Ont-ils déjà regardé un bébé? Non pas vu, mais regardé. Ont-ils déjà réfléchi à ce qu’est un bébé?

Autonomie. Solitude. Apprentissage. Pleurs. Communication. Langage. Fusion. Ces mots reviennent sans arrêt sur le tapis dès qu’on parle des bébés. Mais ont-ils encore un sens? Plusieurs mots en revanche sont curieusement absents du vocabulaire couramment usité. Amour. Attachement. Détresse.

Je ne veux pas parler ici de façons de s’occuper des enfants, ce n’est pas vraiment le sujet. Je veux encore parler de théories sur l’éducation. De violence éducative. Car la première violence que subit l’enfant est cet ensemble de théories savantes qui ne le regardent pas, qui ne l’écoutent pas, qui décident pour lui ce qu’il est, ce dont il a besoin. Et qui, au final, peuvent le maltraiter, même avec les parents les plus aimants et dévoués au monde.

La mère et l’enfant dans les théories psychanalytiques

Un bébé, pour beaucoup de gens, c’est un tube digestif armé de puissantes cordes vocales. C’est une vision très culturelle des bébés parce que dans notre culture, les bébés pleurent beaucoup et sont difficiles à calmer. Je reviendrai là-dessus.

Un bébé, pour moi, c’est un être vulnérable, sans la moindre autonomie, totalement dépendant de ses parents (et en particulier de sa mère chez la plupart des mammifères non-humains et dans de nombreuses cultures humaines) pour sa survie, son bien-être et son développement. Cela me semble une évidence, mais cette vision des choses est très peu partagée, comme nous allons le voir. Lire la suite

L’utilité de la prostitution

La prostitution. Il y a les pour, les contres, et y a celles qui savent pas. Il y a celles qui n’en ont qu’une très vague idée, et il y a celles qui le font, ou l’ont fait, et témoignent. Il y a celles qui fantasment, parfois un peu trop, en bien ou en mal. Et puis il y a la réalité, multiple, changeante, complexe. Alors, évidemment, devant un phénomène si mal compris, si compliqué, on se divise, on est pas d’accord, on débat, on se contredit, on se met sur la gueule parfois… Mais, quand on reste entre féministes, il y a quelque chose, ou plutôt quelqu’un, qui est curieusement absent du débat : le client.

Je veux dire par là que, non seulement le client ne s’exprime que très rarement sur le sujet dans ces débats (et quand il le fait, il a souvent un discours très partial, ignorant tout ou une partie du problème, s’imaginant des choses tout à fait fausses sur les prostituées qu’il fréquente), mais surtout qu’on ne parle que très peu de lui. Et quand on en parle, c’est d’une façon totalement biaisée et partiale. Pour certains abolitionnistes, le client prostituteur est un immonde pervers, un démon, un horrible bonhomme qui cherche absolument à dominer la pauvre prostituée par l’argent, prêt à payer pour lui faire subir les pires avanies(1). Pour les « pro-sexe », le client est un pauvre gars gentillet, qui n’arrive pas à draguer parce que, hé bien, par exemple, il est handicapé, le pauvre, ou bien trop moche; et du coup ben il a besoin de sexe et d’amour, sinon il est stigmatisé socialement, et c’est pas bien de stigmatiser les gens. Ou alors, il a des désirs un peu bizarres, il ose pas en parler à sa femme, le pauvre. Il est trop frustré.

Tout ça est bien trop caricatural. Lire la suite