Le couple et l’amour à vendre

Parler de couple et d’amour dans une société comme la notre, c’est extrêmement difficile. Difficile parce qu’on nous parle d’amour et de sexe sans arrêt, parce que le sexe et l’amour, dans notre société, c’est quand même un peu comme les frites, finalement: des biens de consommation.

Lafâme est un bien de consommation, mais on aurait tort de limiter le phénomène « sexe à vendre » à la prostitution, à la pornographie et aux femmes qu’on déshabille pour vendre du yaourt, des voitures et des couches jetables. Ou du véganisme, tiens. Merci Peta.

Image destinée à attirer l'oeil du mâle blanc hétérosexuel moyen et heu... Lui donner envie de manger de la viande?

Il n’y a pas que les filles à poil qui rapportent de l’argent: le mariage est un bien de consommation. Le couple est un bien de consommation. Je ne listerai pas ici tout ce qui se vend et s’achète pour que les gens se maquent ensemble, à commencer par les sites internet du genre meetic, adopteunmec ou autres. On a tous un jour pouffé de rire en lisant les petites annonces « rencontres amoureuses » dans le journal, mais qui s’est arrêté un instant sur la dose massive de désespoir, de solitude et d’abandon qui pèse sur ceux qui les écrivent? Finalement, c’est peut-être pour ça qu’on en rigole: on est pas à ce point au bout du rouleau.

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C’est quoi le bonheur au fait?

Je reviens sur un article d’il y a deux semaines, Le bonheur est dans l’assiette.

En lisant les commentaires et en écoutant certaines réactions, j’ai eu l’impression que beaucoup de gens n’ont pas compris mon propos. Certains m’ont même accusée d’imposer une vision du bonheur, ce qui est un comble, car je ne disais pas dans cet article ce que le bonheur est, mais je me bornais à montrer ce qu’il n’est pas.

Je n’accorde qu’une importance très mineure à certains types de critiques. Notamment, ceux qui ont vu dans cet article un plaidoyer pour le véganisme étaient bien sur totalement à côté de la plaque, sans doute aveuglés par leur besoin imaginaire de viande et d’autres produits animaux, ou plutôt par la peur d’en manquer. Je n’ai ni écrit, ni sous-entendu, ni même pensé que le véganisme est nécessaire au bonheur. J’ai d’ailleurs longuement disserté sur ce même blog, autour du fait que le véganisme est un comportement désintéressé: on ne devient pas végane pour régler ses propres problèmes, mais pour ne pas nuire injustement à autrui, pour incarner le changement nécessaire vers une société plus juste.

 

Ce qui manquait cruellement dans ce texte, c’était justement une vision du bonheur. Je n’ai fait qu’effleurer très légèrement le sujet. Il me semblait important de commencer par dire ce que le bonheur n’est pas, car on nous transmet une idée du bonheur. Cette même idée qui fait dire aux gens « comme tu dois être malheureuse sans viande ni fromage! ».

 

J’ai aussi expliqué que c’était une réaction typiquement française. Non pas que les autres cultures aient toutes une meilleure idée du bonheur, je n’en sais rien. Mais je trouve tout de même amusant que tant de français estiment qu’on ne saurait être heureux sans viande ni fromage. En France, presque tout le monde mange viande, fromage et autres produits animaux, de façon quotidienne et routinière. C’est aussi le pays où l’on consomme le plus d’anti-depresseurs au monde.

 

Je ne suis pas en train de dire que les produits animaux rendent malheureux ceux qui les consomment, mais force est de constater qu’ils n’apportent pas le bonheur, ce qui a l’air de ficher un coup à la fierté nationale. Liberté, Egalité, Fromage qui pue?

 

De fait, tous ces gens qui me regardent avec pitié ou condescendance, plaignant mon malheureux destin d’herbivore, ne sont pas spécialement des gens heureux. A vrai dire, je suis obligée de constater que ce sont précisément des personnes qui ont particulièrement du mal à être heureuses.

 

Ainsi en était-il de Sophie, qui, outre les typiques petits travers dont je me suis gentiment moquée, attirait difficilement la sympathie parce qu’elle était toujours sur les nerfs, malgré un environnement incitant plutôt à la détente et à la découverte. On sentait toujours une tension entre elle et son copain (de même qu’entre elle et tout le monde), et pourtant on ne les connaissait pas. On aurait dit qu’il faisait profil bas en permanence pour éviter les engueulades. Je sais qu’il peut paraitre exagéré de donner un avis péremptoire sur quequ’un je n’ai cotoyé que trois jours, mais quelque chose en moi est convaincu que Sophie n’était pas heureuse. En tous cas, elle ne l’était pas pendant ce temps-là, et à mon avis, elle n’y est pas habituée. Et ce n’était certes pas faute de manger viande, fromage et autres trucs frits.

 

Ce n’est qu’un exemple bien sur. Si je parle de Sophie, c’est qu’il y en a beaucoup, des Sophies (aussi bien chez les hommes que chez les femmes).

Si vous demandez à une Sophie si elle est heureuse, elle vous répondra que oui, merci, tout va parfaitement bien, elle est parfaitement heureuse. Il est en effet socialement dévalorisant d’être malheureux, ou du moins de montrer ou d’admettre qu’on l’est.

 

Je n’écoute jamais les gens quand ils me disent qu’ils sont parfaitement heureux. Je ne les crois pas. S’ils étaient heureux, ils ne parleraient pas ainsi du bonheur. Ils en parlent comme quelque chose que l’on possède, et même comme quelque chose qu’on a acheté. Et de fait, le bonheur qu’ils visent est souvent un bonheur qui s’achète, ou qui se construit en tous cas sur un modèle: avoir un copain ou une copine, avoir un travail, une maison etc…

Je pense que les gens qui ont même une très vague idée de ce qu’est le bonheur ne peuvent pas dire: « je suis parfaitement heureux » d’un ton aussi désinvolte, comme si le bonheur était quelque chose qui se proclame en société.

 

Être heureux n’est pas facile dans une société qui nous vend une idée si grossièrement fausse du bonheur. D’où ma tentative, dans « le bonheur est dans l’assiette », d’expliquer ce que le bonheur n’est pas. Sinon, j’ai surtout parlé de plaisirs, et non pas de bonheur. Notamment une exemple sur lequel beaucoup de gens se sont focalisés, comme si, à travers l’exemple d’un plaisir particulier, je voulais définir le bonheur. Ce n’est bien sur pas le cas.

 

Qu’est-ce que le bonheur? Je ne sais pas. Mais quand je me pose la question, une personne me vient à l’esprit. La personne la plus heureuse que j’ai jamais rencontrée. Ironie du sort pour les défenseurs du bonheur-fromage, c’est quelqu’un qui se nourrissait exclusivement de riz.

 

happydog.jpg A suivre

Le bonheur est dans l’assiette

En France, on a une conception particulière de la bouffe.

Et en même temps, on a une conception particulière du bonheur.

Et en fait, c’est la même chose. C’est ça qui est triste

Je veux dire que le bonheur et la bouffe, dans la culture française, sont des notions qui ne sont pas vraiment distinctes l’une de l’autre.

Et ça tout de même c’est assez incroyable. Et assez lamentable en même temps.

Bien sur, on se targue d’avoir la meilleure cuisine du monde, la plus fine gastronomie, les meilleurs chefs… Là où le bât blesse, c’est que, d’une part, beaucoup de français prétendent avoir la meilleure cuisine au monde alors qu’ils ne connaissent pas les autres et ne veulent pas les connaître; ils ne goûteront une nourriture nouvelle que pour la comparer à celle bien d’chez nous. Et, d’autre part, on a peut-être des bons cuisiniers et des grands restaurants que le monde entier nous envie; mais la cuisine française de tous les jours, elle, n’a finalement rien d’extraordinaire, si ce n’est sa teneur en acides gras saturés. Bon, je ne connais pas bien la cuisine française en réalité, j’ai plutôt été élevée dans des goûts nord-africains (le couscous de ma maman étant bien sur le meilleur du monde). Mais, avant d’être végétarienne, j’ai quand même essayé pas mal de nouvelles choses, et je n’ai pas trouvé que la cuisine française était plus subtile que n’importe quelle autre cuisine. Ma pote Sophie, qui se vantait d’habiter la capitale mondiale de la gastronomie, ne se rendait visiblement pas compte que des escargots avec une sauce à l’ail, hé bien non, ça n’a rien de particulièrement fin, même si c’est un plat français. En tous cas, ça ne vaut pas le couscous de moman.

Mais bon. En France, on est comme ça, et d’ailleurs, je rigole de Sophie, mais grâce à elle et à quelques autres Français rencontrés sur la route, j’ai mieux pu voir les petits travers que j’étais susceptibles d’avoir moi aussi. Lire la suite