Le destin des animaux

Après avoir abordé le mystère de la viande de chat et des diverses façons dont elle engendre ou non un tabou, et dont ce tabou est justifié, je voudrais revenir sur un élément de ce tabou qui est particulièrement révélateur de la façon dont l’animal est pensé dans la société.

D’abord un bref résumé des attitudes des gens vis-à-vis de la viande de chat. En simplifiant un peu (mais pas tant que ça), il y a deux catégories de réactions:

 

1) Cela ne me dérange pas de manger du chat, puisqu’on mange d’autres animaux.

2) Ca me dérange / C’est mal de manger du chat.

Elles-mêmes se déclinent en plusieurs sous-catégories:

1-a) Ca ne me dérange pas du tout de manger du chat

1-b) Ca ne me dérange pas de manger du chat, à condition de ne l’avoir pas vu vivant avant

etc…

 

2-a) C’est mal de manger du chat et il n’y a pas besoin de l’expliquer car tout le monde le sait

2-b) C’est mal de manger du chat parce que les chats sont fondamentalement différents des animaux que l’on mange (vaches, cochons, poules).

2-c) C’est mal de manger du chat parce que les chats ne sont pas élevés pour être mangés, mais si c’était le cas, ça cesserait d’être mal.

 

C’est sur cette dernière proposition que je souhaiterais me pencher.

Notons que 2-b et 2-c peuvent être regroupées en une proposition qui dirait que les chats ne sont pas faits pour être mangés. Mais quand quelqu’un justifie ainsi le tabou de la consommation de viande de chat, on ne sait pas s’il se réfère plutôt à 2-b, donc s’il pense que les chats ne peuvent pas être mangés parce que ce n’est pas dans leur nature; ou s’il se réfère à 2-c, donc s’il pense que les chats ne peuvent pas être mangés parce que ce n’est pas dans notre culture. Dans ce dernier cas, cela pourrait changer.

 

Je voudrais revenir sur 2-c parce que c’est une position que j’ai adopté quand j’étais plus jeune et que je mangeais de la viande. J’avais été scandalisée parce que j’avais appris qu’en Chine, on mangeait des chats et des chiens. J’avais discuté de cela avec des gens qui m’avaient objecté, à juste titre, que moi aussi je mangeais de la viande. Mais ce n’était pas pareil, soutenais-je, parce que les animaux que je mangeais étaient élevés pour être mangés, alors que les chats ne l’étaient pas. Je me souviens qu’un ami m’avait répondu qu’en chine, on élevait des chats et des chiens pour les manger, donc que c’était pareil.

Je me souviens avoir très mal encaissé cette discussion. J’étais à court d’arguments rationnels. On ne peut pas élever des chiens pour les manger ! Puis j’avais fini par admettre que ce n’était pas si mal que ça, mais seulement si c’était des chiens élevés pour être mangés et non pas des chiens ayant vécu comme animaux de compagnie. La pilule avait tout de même du mal à passer, mais je n’avais plus aucun argument. Seulement des sentiments…

Ai-je remis en question ma propre consommation de viande pour autant? Non.

 

Beaucoup plus récemment, après que j’ai cessé de manger des animaux, je me souviens avoir abordé avec une amoureuse des chevaux, qui aimait l’équitation, la question de la viande de cheval. Je sentais que la viande de cheval n’était pas un sujet auquel elle aimait penser. Sa position sur le sujet tenait en une phrase: Elle ne trouvait pas immoral la consommation de viande de cheval, mais à condition qu’il s’agisse de chevaux élevés spécifiquement pour cet usage. Je ne compris pas pourquoi, et je lui demandais de développer. Mais elle fut incapable de me dire le pourquoi de sa position. « Je ne sais pas », me répondit-elle. (Si je me souviens bien, je lui avais pas dit que j’étais végétarienne, ce qui permet parfois d’avoir des discussions plus posées). J’insistai un peu, mais je ne pus pas avoir plus de précisions… Si ce n’est qu’elle ne trouvait pas si moralement neutre que cela d’élever des chevaux pour les manger, puisqu’elle-même n’en mangeait pas. Mais tant qu’ils étaient élevés pour ça, ça allait.

 

Je me rappelai alors que, bien des années plus tôt, ma position avait été la même en ce qui concerne la viande de chien et la viande de chat.

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Image tirée de marksdailyapple.com, où l’auteur justifie la consommation de viande de cheval par le fait que « les autres animaux aussi sont intelligents et ont des sentiments ». Etrange quand on y pense…

 

 

Etant maintenant végétarienne, je peux désormais penser à ce genre de problèmes d’une façon nouvelle, dénuée de culpabilité. Etre végétarien permet de réfléchir quasi objectivement aux problèmes de la viande. Les gens qui mangent de la viande n’aiment pas trop en parler, ni y penser. A chaque fois qu’on aborde le sujet, on sent qu’ils sont mal à l’aise et ils sautent souvent sur la première occasion de passer à autre chose. Si je n’avais pas été végétarienne, je n’aurais surement pas pu écrire le long article d’hier sur la consommation de viande de chat !

 

Donc j’ai pu me souvenir assez clairement de ce que je pensais de la viande de chien, de la façon de l’obtenir et de la raison qui m’avait poussée à soutenir qu’il est mal de manger de la viande de chien, parce que les chiens ne sont pas élevés pour leur viande.

En fait au cours de la conversation, j’étais subtilement passé de la position 2b à la positon 2c. Au début, je pensais que les chiens ne pouvaient pas être mangés, un point c’est tout. Mise en face de mes contradictions, j’avais fini par passer à la position 2c: ils ne peuvent pas être mangés parce qu’ils ne sont pas élevés dans ce but. Tout simplement parce que même si 2c n’est pas logique, il recèle au moins un semblant de logique, alors que 2b est encore moins logique. Les chiens ne sont pas faits pour être mangés… Pourquoi? Par qui sont-ils « fait » ou « pas faits » pour un usage précis par rapport aux humains? Dieu? La nature? Une entité divine quelconque qui créé les animaux pour un usage précis? 2c est moins mystique, puisqu’elle répond: par l’homme. Les chiens ne sont pas faits pour être mangés par l’homme, puisque l’homme fait les chiens pour lui servir de compagnons, et les cochons pour lui servir de nourriture.

 

Bien sur je ne me serais pas satisfaite de cette réponse si je n’avais pas une profonde aversion par rapport au fait de penser aux façons de produire la viande. Si je me suis contentée d’un 2c, c’est parce que cela me permettait d’avoir reglé la question et de pouvoir penser à autre chose. Voilà malheureusement comment souvent, l’esprit humain fonctionne.

 

En analysant ce qui m’avait tellement indignée en imaginant que les Chinois mangeaient des chiens, un mot me vient à l’esprit: trahison. Les chiens sont nos amis, les emmener dans un abattoir pour les tuer, c’est les trahir. J’avais alors été obligée d’envisager que les animaux domestiques élevés pour leur viande subissent eux aussi une trahison. Mais je m’étais rassurée en me disant qu’ils n’avaient pas ce contact privilégié avec l’homme, qu’ils ne lui faisaient pas confiance.

Bien sur ce n’était pas aussi clair dans mon esprit que ce que j’énonce là. C’était flou et ça avait tout intérêt à le rester.

En effet, s’il est bien triste de prendre un chien de compagnie et de l’emmener confiant à l’abattoir,ça reste beaucoup moins cruel du point de vue de l’animal que de prendre un chiot et de l’élever de telle sorte qu’il faille l’y traîner sans qu’il n’ait aucune confiance. Mais dans le second cas, il n’y a pas vraiment cette idée de trahison…

 

Je suis maintenant étonnée de constater qu’on peut se mentir à ce point. Ce raisonnement était absurde. En fait ce n’était pas un raisonnement, c’était un non-raisonnement. Chez l’omnivore confronté à la viande, l’émotion l’emporte généralement sur la raison. Seuls les végétariens peuvent réfléchir objectivement à propos de la viande.

 

Je ne suis pas la seule à avoir eu ce genre d’idées décousues. Je viens d’aller faire un tour sur un forum d’amoureux des chiens, et sur 13 pages, les gens sont outrés, scandalisés que dans d’autres cultures on mange de la viande de chien. Ce qui est intéressant, c’est qu’ils changent d’avis quand on leur fait remarquer qu’eux-même mangent d’autres animaux. Ils changent d’avis… Sur la consommation de chien. Pourquoi pas sur la consommation d’autres animaux? Sans doute parce qu’il est difficile moralement de comprendre qu’on a toujours fait quelque chose de mal.

 

Les raisonnements tordus qu’on déploie malgré soi pour ne pas être quelqu’un de mauvais ne font pas de nous des personnes meilleures, malheureusement.

 

Si l’on se défait des normes sociales et qu’on essaie de savoir, en soi-même, ce qui est le plus juste, il faut cesser de se laisser emporter par ses émotions négatives. La seule façon de savoir ce qui est juste est de se mettre à la place des autres. On est obligé de constater que les animaux se fichent de savoir pourquoi ils ont été élevés et que ça ne rend pas leur mort moins douloureuse d’avoir été élevés pour la viande. Au contraire,  le chien tué par une main amie ne meurt-il pas plus heureux que le chien qu’on a trainé de force jusqu’à l’abattoir, et qui sentait déjà la mort bien avant de voir ses congénères subir leur sort? Si on regarde les choses de façon absolument objective, on se rend compte que le premier était moins stressé, qu’il a eu une mort plus douce.

Je ne pense pas que les chevaux que mangent les gens devraient être élevés dans ce but. Je pense qu’il serait plus charitable pour les chevaux que ce soit leurs amis humains qui les tuent, plutôt que des inconnus qui les terrorisent déjà quand ils les approchent. Maheureusement, ce serait plus charitable pour l’animal tué, mais moins pour celui qui tient le couteau. En réalité, tuer un animal n’est déjà que trop difficile, pour nous les humains.

 

Peut-être que le fait qu’un animal soit destiné à mourir rend sa mort moins difficile à supporter, parce que c’était déjà triste, depuis le début. Peut-être que ce renversement de situation (que l’animal destiné à vivre soit soudain destiné à mourir) est trop violent, trop brutal, pour que nous puissons le supporter. Finalement, notre compassion trop partielle rend plus pénible encore le sort des animaux.

Le gars qui mangeait des chats

Zerh
◦    tain jai un mec dans mes contacts
◦    on me di qu’il mange des chats
◦    not sure if serious

L’elfe

◦    Oo
◦    sérieux??

Zerh

◦    ouais
◦    enfin
◦    je lui ais pas demandé
◦    on me raconte peut etre des bobards
◦    même si je vois pas pourquoi

L’elfe
◦    mais genre il mange des chats
◦    il les trouve ou?
Zerh
◦    sois a la spa soit il les capture
◦    je vais lui demander tiens
L’elfe

◦    bonne idee

Zerh
◦    je lui ai parlé une fois dans ma vie avant quil majoute sur facebook, genre ya 6 mois
◦    premier second contact: « SALUT, TU MANGES DES CHATS ? »
◦    jespere presque que la réponse est oui sinon cest moi le mec bizarre
L’elfe
◦    XD
◦    alors?
Zerh

◦    il me dit que oui mais je pense qu’il se fout de ma gueule
◦    je joue le jeu pour voir

L’elfe

◦    ha bon
◦    il dit ou il les trouve?

Zerh

◦    « tu as jamais eu de probleme a piquer les chats des voisins? »
◦    le mystere demeure semi entier
◦    je penche pour la connerie
◦    mais
◦    on vit dans un monde ou on sait jamais
L’elfe

◦    il dit pas ou il les a trouvé?
Zerh

◦    soit en dons soit ceux des voisins
L’elfe

◦    …

Zerh

◦    il tend des pieges aux chats de la rue en donnant a manger il me dit
L’elfe

◦    et il les tuerait et les cuisinerait
Zerh

◦    voila
L’elfe

◦    demande lui ce qu’il fait avec les peaux
Zerh

◦    des abats jours
◦    je penche pour la connerie

L’elfe

◦    là oui
◦    tu devrais lui dire que les moufles ça rapporte plus que les abats jours

Zerh

◦    oui ^^
◦    ah tiens

◦    -et tu connais Sophie* ?
◦    -Oui

◦    elle y croyait vraiment (pffff qu elle est naïve cette petite)
◦    moi: croyait vraiment que quoi?
◦    que je mangeais des chats
◦    moi: ah c’est faux en fait ?

L’elfe

◦    merde j’aurai pas d’abat jour en peau de chat
Zerh

◦    pourquoi tu mangerais pas de chats ? c’est une idée plutot bonne en réalité
◦    je veux dire, au prix de la viande

L’elfe

◦    yen a plein les refuges…
Zerh

◦    voilà
◦    ok ça devient bizarrre:

◦    tu connais la moule voyageuse ? »
◦    moi: je connais le concombre masqué
◦    « bon, la moule, c est la pussy … »
◦    moi: la quoi ?
L’elfe

◦    je sais pas s’il mange des chats, mais il est bizarre.
Zerh

◦    il mange pas de chats

 

*Le nom a été changé pour préserver la vie privée des anonymes amis de Zerh

Ce dialogue (authentique, sur facebook) est étrange. En effet, que se passe-t-il? L’individu non-nommé, appelons-le Robert, fait courir le bruit qu’il mangerait des chats. Zerh lui demande confirmation, au risque de passer lui-même pour quelqu’un de bizarre, le fait de manger des chats étant totalement hors-norme. Robert déclare qu’il capture des chats et les mange, espérant sans doute créer un effet de provocation. Si c’est le cas, c’est totalement raté.

Mis en face de son propre canular, Robert ne sait plus l’expliquer. Pourquoi est-ce bizarre de manger des chats, et, finalement, pourquoi ne le fait-il pas? Il se met alors à raconter n’importe quoi pour changer de sujet.

 

Le canular n’est pas drôle, parce que l’idée de manger du chat n’est pas incongrue dans l’absolu, elle l’est dans un certain contexte et son incongruité peut très vite devenir nulle.

 

Je ne vais pas ici développer ce qu’est le carnisme, idéologie définie par la sociologue Melanie Joy. Il existe une bonne page Wikipedia à ce sujet, Cela a également été abordé dans les cahiers antispécistes. Le point important est que le carnisme, qu’on peut définir brièvement comme une idéologie selon laquelle il est éthique de manger certains animaux et pas d’autres, le point important, donc, c’est que la carnisme est l’idéologie dominante.

 

Lorsque j’ai abordé le sujet du welfarisme et de la façon dont la protection des animaux, si elle est logique, aboutit nécessairement sur l’abolitionnisme, j’ai évoqué, peut-être à travers les lignes, l’idée d’une rupture sociale. Par exemple dans l’article au titre explicite: « Du welfarisme à l’abolutionnisme, ou comment la cohérence éloigne des normes« . Extrait:

 

« il ne faut pas se voiler la face, il est nécessaire de renoncer à énormément de ses croyances et des idées que l’on a apprises, pour aller jusqu’à l’abolitionnisme. »

 

Celui qui veut protéger les animaux et rester cohérent doit donc rompre. Rompre avec l’idéologie dominante. Rompre surtout avec la pensée naturaliste qui permet au spécisme d’exister. Et rompre avec le carnisme qui rend tabou certaines viandes et non pas d’autres. Une fois qu’on est plus solidaire de cette idéologie, on peut encore moins comprendre la blague.

Manger du chat ?

Me rappelant cette conversation, je me suis demandée, par curiosité, si les gens mangeaient parfois des chats et comment ils percevaient cela en général. Car je sais intuitivement qu’ils le perçoivent différemment de moi. Ne serait-ce que parce que mon point de vue a considérablement changé suite à cette rupture. Vous pouvez remarquer le ton assez calme de la conversation, on parle de manger des chats, sans savoir si l’histoire du mangeur de chat est vraie ou non. Il y a quelques années, j’aurais été outrée, scandalisée, d’apprendre que quelqu’un attirait de pauvres chats innocents et les tuait pour ensuite les manger. J’aurais ressenti un profond dégoût à l’évocation d’une pratique aussi cruelle.

 

Aujourd’hui, je m’en fiche. Me soucier qu’un type attire des chats chez lui, les tue et les mange ? Certes, l’idée ne me remplit pas de bonheur. Mais il faut avoir conscience de certaines réalités. En France, un milliard d’animaux terrestres sont tués par an pour la consommation humaine. Un milliard, et sans compter les poissons et autres animaux marins, ni nombreux  qu’on ne peut même pas les compter (et en plus, il faudrait compter aussi ceux qui sont rejetés à l’eau mort ou agonisants, ainsi que les baleines et dauphins piégés par les filets). Et ces animaux ne sont pas moins innocents que d’éventuels chats errants. Un grand nombre ne sont encore que des bébés (veaux, agneaux, mais aussi les poulets de chair âgés de 36 jours) et la plupart sont très jeunes.

Alors, si je devais me mettre dans tous mes états parce qu’un seul barge capture des chats et les mange, je n’aurais pas fini de hurler aux quatres vents. D’ailleurs, serait-il vraiment si barge que ça? Après tout, comme dit Zerh, la viande coûte cher et les chats sont gratuits. Il y en a trop, même. On les tue de toutes façons  dans les refuges, en grand nombre, et personne n’arrive jamais vraiment à savoir ce que deviennent leurs cadavres, on dit qu’on en ferait des farines, de la colle… C’est plausible. Mais les manger, apparemment, serait transgressif, alors qu’on élève des animaux spécialement pour ça.

Sur Facebook, à une époque, il y avait eu un scandale parce qu’une bande de jeunes avaient cuisiné et mangé un chat. On criait à la cruauté. Les photos étaient assez explicites, avec les étapes de dépeçage du chat, des morceaux de pattes coupées dans l’évier… On voyait les étapes de la préparation du cadavre puis les jeunes attablés en train de manger le chat. On peut encore voir ces images sur ce site, et on peut aussi constater  à quel points les commentaires sont haineux. Je me souviens de m’être étonnée de ça à l’époque, alors que la plupart des gens que je cotoie mangent de la viande. On m’avait répondu que c’était scandaleux que les jeunes filles soient « morte de rire » en mangeant le chat. Je n’ai pas l’impression qu’à Noël autour des tablées de foie gras et de dinde, les gens se sentent obligés de tirer la tronche parce qu’ils mangent des animaux morts, et en plus, si on me tuait pour me manger, je ne pense pas que ça me toucherait beaucoup que les gens fassent la gueule en mon honneur. A plus forte raison si j’étais un chat (ou une dinde).

 

Etudiantes mangeant un chat

Les rapaces et les chatons

Je me souviens aussi d’un article sur le blog d’une vétérinaire, qui était scandalisée parce qu’elle avait rencontré un éleveur de rapaces qui nourrissait parfois ses oiseaux avec des cadavres de chatons. Je lui avais demandé ce qu’il y avait là de si horrible alors qu’elle achetait elle-même des parties d’animaux tués pour les manger, y compris des bébés animaux (car, à tort ou à raison, je sentais que c’était le genre de personne à me répondre qu’on peut tuer des adultes mais pas des petits(1) ). Sa réponse fut renversante: ce n’est pas la même chose, parce que les animaux qu’elle mangeait « étaient vendus directement découpés dans des barquettes« , et non pas entiers. Je lui fis remarquer qu’il y avait certaines opérations nécessaires pour qu’un animal vivant soit transformé en morceaux dans des barquettes, et que mêem si on ne les voyait pas, elles étaient tout aussi désagréables, sinon plus; mais il n’était guère facile de discuter avec elle, car c’était un sujet très sensible pour elle et elle avait du mal à être calme et à s’exprimer de façon logique (2). L’argument de la nécessité de manger de la viande était impossible à brandir car elle savait parfaitement que les rapaces ont davantage besoin de viande pour vivre que les humains. Finalement, plutôt que d’admettre qu’il n’était pas éthique de tuer des animaux pour s’en nourrir sans nécessité, elle finit par déclarer que finalement, il était éthique de nourrir les rapaces avec des cadavres de chatons, mais qu’il fallait tuer les chatons sans qu’ils ne souffrent, ou quelque chose comme ça. Puis, l’article disparut de son blog.

 

(1) Quand on y réfléchit, le fait qu’il soit plus éthique de tuer des adultes que des jeunes est souvent assené comme s’il s’agissait d’une évidence, alors que cela mériterait discussion. Personnellement, je ne sais pas si tuer des bébés est beaucoup plus grave que tuer des adultes. J’aurais tendance à dire que s’il m’apparait grave, intuitivement, de tuer des enfants, c’est avant tout parce qu’ils sont sans défense. Mais il en est de même de la plupart des animaux de boucherie, petits ou grands. Et d’ailleurs, tuer un être sans défense nous révulse, mais est-ce vraiment plus grave que de tuer un être à qui l’on a donné une chance de s’en sortir? Et si oui, pourquoi? Je trouve difficile de répondre.

(2) Certains attribuent aux végétariens le rôle de personnes irrationnelles et contrôlées par leurs émotions, face à des omnivore supposés rationnels. C’est généralement plutôt le contraire en réalité.

 

Pourquoi pas du chat?

Alors, finalement, que pensent les gens de manger du chat? Cela varie énormément d’une personne à l’autre. Certaines personnes, surtout des hommes(3), vont dire que manger du chat ne leur poserait aucun problème, mais parmi ces gens, il y en a qui précisent qu’ils ne devraient pas voir l’animal avant. En d’autres termes, ils admettent qu’ils devraient occulter une partie de la réalité, car qu’ils l’aient ou non rencontré, l’animal a existé vivant.

Détail d’importance, si quelqu’un vous affirme que manger du chat ne le dérangerait pas, et que vous lui demandez pourquoi ça ne le dérangerait pas, il vous répondra systématiquement: « on mange bien d’autres animaux, pourquoi pas du chat? ». Autrement dit, ces gens vont justifier une pratique spéciste -manger du chat- par une autre pratique spéciste: manger du cochon ou du poulet. Au lieu de cela, ils pourraient utiliser les mêmes arguments qui sont couramment mis en avant pour justifier la consommation de viande (naturalisme, santé, etc). Mais ils ne le font pas. En fait, cela me fait penser que l’unique raison pour laquelle certaines personnes disent pouvoir manger du chat, c’est parce qu’ils se rendent compte d’eux-mêmes que le carnisme est absurde, mais qu’ils ne vont pas assez loin pour remettre en question le spécisme (le carnisme étant une sous-idéologie du spécisme).

Mais la plupart des gens ne sont pas du tout à l’aise avec le fait de manger du chat et ne font même pas semblant de l’être. Un internaute ayant demandé sur yahoo answers s’il était légal de manger du chat, les réponses montrent que le sujet est gênant: rires, moqueries ou accusations de démence. Mais aussi une réponse qui attise fortement ma curiosité:

 

Meuh oui, quelle question !
J’en fait des gibelottes délicieuses, avec du vin rouge et des petits lardons.
C’est une viande maigre au goût délicat, à la chair fine et qui tient bien à la cuisson.
Il vaut mieux acheter les chats vivants et les préparer toi-même, tu pourras ainsi récupérer les peaux et en confectionner de coquets paletots, toques ou manchons…ça fait de jolis cadeaux de Noël pas chers.
Il suffit juste d’être discret dans cette pratique qui n’est pas toujours bien perçue par les nombreux adeptes du « politiquement correct » pleins de sensiblerie qui pullulent.

 

photopremierebouchcanineparis.jpg

Je n’arrive pas à savoir si cette personne est sérieuse ou non. Est-ce de la provocation? C’est possible qu’une personne mange du chat. En fait, le fait même de se demander si cette personne est sérieuse ou non démontre bien à quel point le carnisme est attaché à des normes culturelles changeantes. Le carnisme est purement culturel et Melanie Joy nous apprend que ses modalités varient beaucoup d’un pays à l’autre: à tel endroit, manger tel animal est normal, ailleurs c’est dégoûtant ou immoral, et cela peut changer assez vite. Dès lors, comment savoir si cette personne plaisante? Après tout, la consommation de chats n’a pas toujours été taboue en france, puisque certaines boucheries vendaient de la viande de chat et de chien encore jusqu’au XIXeme siècle (site: http://www.cdlb.org/viandechien.htm) ; et en plus, elle n’est pas taboue dans toutes les cultures, loin s’en faut. Mais pourtant, le tabou est si fort chez certaines personnes qu’on peut imaginer que ce message est un canular.

 

De même, sur internet, on trouve des recettes de chat, sans que l’on sache très bien si c’est de la provocation ou pas, ou si les gens qui les écrivent ont déjà eux-même mangé du chat.

 

Je pense pas que les personnes qui laissent des commentaires haineux sur l’article des étudiants ayant mangé un chat (dont j’ai parlé plus haut) soient pour la plupart végétariennes. Tout laisse à penser que seule une faible minorité d’entre eux l’est. Par exemple, l’un des commentateurs demande: « I don’t understand why they did that, there is no other meat to eat !? » (Je ne comprend pas pourquoi elles font ça, n’y a-t-il pas d’autre viande à manger?). Cette personne ne cherche pas à expliquer pourquoi il faudrait manger d’autres viandes plutôt que celle-ci, pas plus que les autres commentateurs ne cherchent à expliquer pourquoi il est mal de manger du chat. C’est comme si tout le monde savait que manger du chat est mal, et en même temps que manger d’autres animaux ne l’est pas, et tout ceci sans qu’il y ait besoin de le justifier ou de l’expliquer.

 

Enfin, il existe certaines personnes qui cherchent tout de même à justifier ce tabou, en évoquant une différence entre les chats et les vaches. Les chats sont gentils, jouent et font des calins, alors que les vaches sont stupides et ne font rien. C’est loin d’être vrai, mais notez bien que même si ça l’était, ça ne justifierait absolument rien. Décider de vie ou de mort sur un être sensible en fonction des affinités qu’on ressent avec lui? Ca n’a pas de sens. A moins que la vache ne soit pas un être sensible parce que les citadins ne la voient pas vivre(4).

 

Une logique encore plus mystérieuse est celle selon laquelle il est éthique de manger un animal, à condition qu’il ait été élevé pour ça. Ca parait absurde, mais cela revient à s’en remettre aveuglément à la norme sociale, qui décide de ce qui est bien ou mal, et non pas à prendre en considération l’animal, qui est totalement étranger, dans sa subjectivité, dans son désir de vivre et de jouir de la vie, au fait qu’il ait été élevé dans tel ou tel but par les humains. Mais j’y reviendrai.

 

Au niveau de la loi, on retrouve la même ambivalence que chez les gens par rapport à la consommation de viande de chat: elle peut être autorisée, interdite ou permise par un vide juridique… Voir par exemple cet article: Est-il légal de manger de la viande de chat?

Pour conclure, on peut toujours essayer de faire de la provoc en faisant remarquer que manger du chat est plus écolo que de manger des vaches… Mais on ne sait pas très bien qui l’on va réussir à provoquer, et plus que tout, le pourquoi demeure un mystère.

 

(3) Sexisme ordinaire. La « sensiblerie » est mal vue chez les hommes, mais aussi le fait d’être irrationnel. La société partiarcat autorise les femmes à se laisser diriger par leurs émotions, et même à être pénibles, allant jusqu’à valoriser la « fille chiante ». Après tout, ce ne sont que des femmes… Les hommes, eux, doivent rester froids et logiques.

(4) J’aborderai peut-être le sujet dans un article ultérieur, mais dans la période ou je suis devenue végétarienne, je me souviens de deux choses qui m’ont marquée: la façon dont on abat les poulets à la chaîne, et la tendresse que je me suis découverte pour les vaches. Je les trouve belles, intelligentes, douces, sensibles (bien qu’encore une fois, ce ne soit pas la vraie raison pour laquelle je ne les mange pas: je n’ai pas  aucune affinité particulière pour les truites, mais je ne les mange pas pour autant). Mais constater qui sont les vaches m’a profondément chamboulée et m’a permis d’accéder aux sphères de réflexions que la plupart des gens s’interdisent, celles qui mènent à l’antispécisme.

Le carnisme, ou l’état agentique face à l’ordre du monde – partie 2

2- Ce que montrent les expériences de Milgram

 

Partant des atrocités massives commises sur ordre par
des gens ordinaires appartenant à différentes nations du
monde, Stanley Milgram, psychosociologue américain, a
démontré que nos systèmes sociaux produisent à grande
échelle des populations capables de coopérer à de petits
massacres comme à des génocides, dès l’instant que des
ordres sont donnés par une autorité perçue comme légitime.
Pour mesurer cette soumission, il a mis en place une
expérience présentée aux volontaires comme devant
permettre d’examiner les effets de la punition sur le processus
d’apprentissage.

 

(Reitzman, L’expérience de Milgram)

 

Je ne vais pas expliquer ici en quoi consiste exactement cette expérience. pour en savoir plus, vous pouvez vous rendre sur Wikipedia, sur ce site ce psychologie sociale (cité ci-après), ou encore faire une recherche sur le Jeu de la mort qui est une adaptation récente de l’expérience (voir notamment cet article). Je vous conseille également le documentaire tourné sur le Jeu de la mort, ainsi que le livre, La Zone Extrême, écrit à la suite de cette adaptation. Il est édifiant, bien qu’il n’aille pas assez loin dans le propos à mon goût.

 

Dans l’expérience de Milgram, le cobaye est poussé à une obéissance à des ordres qu’il réprouve intérieurement. La particularité de cette obéissance est qu’elle semble, du moins en apparence, être choisie librement par l’individu, puisqu’elle n’entraine aucune récompense concrète (argent ou autre) pas plus que la désobéissance n’entraîne de punition.

 

Ci après, un extrait du site de psychologie sociale:

 

 

Image
Milgram nous dit que l’individu passe de l’état autonome (on est déterminé de l’intérieur) à l’état agentique (l’individu se sent comme un rouage d’une volonté qui est extérieur à la sienne)

Comment se fait ce passage et quels sont les facteurs de maintenance ?

Conditions préalables générales :
  • La famille
  • Le cadre institutionnel
  • Les récompenses

Conditions générales spécifiques :

  • Il faut que les sujets perçoivent l’autorité comme légitime (…)

Façons de résoudre les tensions :

  • La dérobade comme si on n’entendait plus les cris de l’autre
  • Les manifestations psychosomatiques
  • La désapprobation ; « je ne suis pas d’accord » mais je le fais quand même
  • La  désobéissance qui ramène à l’état autonome

Facteurs de maintenance dans l’état agentique :

  • La continuité de l’action ; « la main dans l’engrenage »
  • Contrat moral, règles du jeu

Mais d’où l’expérimentateur détient-il son pouvoir ?

Il n’a aucun réel moyen de coercition.
Le pouvoir est une notion éminemment politique et il faut se tourner vers les appareils idéologique d’état : Ensemble d’institutions publiques et privées qui élaborent, inculquent le système de norme et qui a pour fonction la reproduction des rapports sociaux existants.

Pour conclure, l’individu est en fait habitué à obéir et à recevoir des récompenses pour cela que ce soit dans le domaine scolaire, familial ou professionnel. La société inculque à l’enfant et dès son plus jeune âge un profond respect de l’autorité.

 

 

L’obéissance est donc le résultat d’un ensemble complexe de facteurs éducationnels.

 

Comme je le disais en commentaire de l’article sur le Naturalisme et la B12, le choix de consommer de la viande est à la fois choix et non-choix. Il est choix parce qu’il découle d’une idéologie (comme le fait notamment remarquer Mélanie Joy). Et il est non-choix parce que cette idéologie n’est pas réellement celle de ceux et celles qui la défendent. Du moins, les gens ont intégré cette idéologie, chacun en a fait sienne; mais c’est une idéologie qu’on leur a enseignée, et non pas à laquelle ils ont réfléchi. Ils l’ont avalée passivement et peuvent la recracher telle quelle sans aucune modification sur le fond.

 

Aussitôt qu’on se met à les remettre en question le spécisme et les conséquences qui en découlent (exploitation des animaux, etc), les gens se découvrent comme obéissants à ce système depuis toujours, bien que ce ne soit généralement pas conscient. Ils portent du cuir, ils mangent de la viande, etc. Aussitôt le sujet abordé, ils vont faire principalement deux choses:

1) S’ôter toute responsabilité en se référant à cette autorité suprême qu’est l’Ordre du monde et qui les fait agir d’une certaine façon

2) Justifier de la légitimité de l’Ordre du monde (ou de la Nature) pour nous dicter nos actes

 

Ainsi, ils ne sont pas coupables de tuer des animaux, puisqu’ils ne font qu’obéir à un Ordre auquel on ne peut pas désobéir. Le 2) peut être subtil, il faut souvent tendre l’oreille pour entendre le discours caché. Certaines personnes se contentent du 1), se justifiant de leurs actes (manger de la viande, etc) par le fait qu’ils obéissent à « leur nature » ou à l’Ordre du monde, mais certains vont également défendre cet Ordre de plusieurs façons: défendre la « civilisation humaine » telle qu’elle se construit en dominant les animaux, idéaliser cette Nature qui est si parfaite et harmonieuse et dans laquelle les animaux se mangent entre eux et nous aussi, etc.

 

Et, même si le meurtre des animaux permet d’entretenir une domination à laquelle les gens ont du mal à renoncer, il est tout de même générateur d’une certaine tension. Chacun se débrouille comme il peut avec, la façon la plus radicale étant bien sur de devenir végétarien.

 

Il est d’ailleurs assez éloquent de constater la façon dont les végétariens adorent parler de végétarisme alors que les omnivores ont plutôt tendance à fuir ce genre de débats. J’ai toujours eu l’impression que quand le sujet du végétarisme arrive sur la table, les omnivores passent un moment vaguement pénible. On n’en parle jamais bien longtemps. Beaucoup se mettent en colère sans raison apparente, appelant à la tolérance même quand aucune remarque intolérante n’a été faite. Couper court au débat permet de ne pas y penser (je me souviens bien qu’à une époque j’évitais soigneusement de penser à la viande, et pourtant j’en mangeais!) mais comme dans l’expérience de Milgram, les gens ont plusieurs stratégies pour soulager la tension qu’ils ressentent vis-à-vis de la viande.

 

Nier l’injustice que représente cet Ordre du monde dans lequel les gros mangent les petits, cela revient finalement à ce qui est appelé « dérobade » ci-dessus (sur psychologie-sociale.com). En effet, ce type de réponses est décrit dans les expérience de Milgram, et on peut très bien le voir dans le documentaire « Le jeu de la mort », les gens se comportent parfois comme s’ils n’entendaient pas les hurlements de douleur de la personne censée subir les chocs électriques qu’ils lui administrent, allant même jusqu’à parler en même temps qu’elle, ce qui, si l’expérience était réelle, l’empêcherait d’entendre les questions et donc la ferait souffrir encore plus. Ce comportement peut être mis en parallèle avec celui qui consiste à nier la cruauté de la façon dont on traite les animaux. Cela peut aller de « les animaux n’ont pas de conscience », à « les vaches ne souffrent pas » en passant par « la mise à mort est toujours indolore » (ben voyons).

Cette négation va facilement jusqu’à l’absurdité, laissant aux antispécistes la tâche de démontrer que les animaux ont une conscience et qu’ils souffrent. Or, c’est une évidence. Comment ne pas mettre en parallèle la question « les animaux souffrent-ils » avec d’autres que l’on a posées de la même façon à certaines époques, du type « les Noirs/les juifs font-ils partie de l’humanité » ou encore « les femmes ont-elles une âme »? J’ai entendu des chercheurs en comportement travaillant sur les émotions des animaux se demander à haute voix si ces derniers pouvaient souffrir. Absurde.

 

Mais, comme dans l’expérience, les gens peuvent aussi utiliser la désapprobation pour résoudre leur tension: « je ne suis pas d’accord mais je le fais quand même ». Donc en ce qui concerne l’exploitation des animaux : « c’est vrai, c’est cruel, mais c’est la vie », « de toutes façons, on ne peut pas changer le monde », etc. C’est plus difficile à tenir comme position, car on a alors à admettre qu’on se plie à un système injuste. C’est pourquoi les gens qui choisissent cette stratégie coupent assez rapidement la discussion: « arrête, tu vas me couper l’appétit ». « Il vaut mieux ne pas savoir, de toutes façons ».

 

Certains cobayes de l’expérience essaient aussi de tricher en donnant des décharges éléctriques plus basses que ce qu’ordonne l’expérimentateur… La viande bio et le bien-être animal font-ils partie de ce type de triche? Quand on constate que ce sont souvent les partisans du bio et du bien-être qui sont le plus virulents pour défendre l’Ordre naturel et la consommation de viande qui en découle, et du système d’exploitation des animaux en général, ça fait réfléchir.

 

3- L’Ordre Naturel comme autorité ?

Evidemment, l’Ordre naturel n’explique rien en réalité, puisque ce sont les gens qui, individuellement mais surtout collectivement, décident de manger de la viande. La consommation de viande est une norme culturelle, sociale, et non pas une norme naturelle ou universelle.

C’est pourquoi, dans les arguments que j’ai cités la dernière fois, on peut lire entre les lignes un amalguame entre la société humaine et la Nature. Il est aussi beaucoup plus difficile de dire « j’obéis à la société » que « j’obéis à l’Ordre naturel des choses » (surtout pour un anarchiste !).

 

La Nature, idéalisée, fantasmée, personnalisée, est pour beaucoup de gens une autorité très légitime, plus légitime que la société humaine ou même que la norme sociale. Cette dernière n’est que le fait des autres humains; et donc, dire « j’obéis à la norme sociale », ça revient à dire qu’on fait comme tout le monde comme un mouton*, ce qui est très dévalorisant dans une société qui privilégie l’individualisme et la domination; alors que « j’obéis à l’Ordre naturel », « à la Nature qui m’a fait carnivore » ou encore « a Dieu qui a créé les animaux pour que l’Homme les mange » (et les femmes pour porter les bébés), font référence à des autorités auxquelles on ne peut que se soumettre.

 

Evidemment, l’Ordre naturel n’existe que dans l’éducation et dans le cerveau des gens qui le défendent. Car aucun Ordre, aucune Nature personnifiée, aucun dieu ne « veut » que je mange de la viande**. Seule la société nous y pousse, et encore, il n’est pas si difficile de résister. La Nature, l’autorité la plus à la mode pour nous dicter  notre comportement, n’est pas une entité possédant une volonté et à même de nous dicter nos actes et de nous punir si nous désobéissons. Pourtant, beaucoup de gens ne font que s’appuyer sur l’existence d’une telle entité pour justifier leur consommation de viande, les punitions allant d’une mort prématurée à une vie artificielle et dénuée de plaisir, en passant par la destruction de l’environnement (parfait non-sens d’ailleurs).

 

Tout ceci jette un éclairage sur un argument apparemment absurde et sans consistance mais très souvent utilisé, notamment dans des publications de l’INRA sur le bien-être animal ou dans les milieux professionels en général: on peut utiliser les animaux parce qu’on le fait. Dans la citation suivante, les auteurs vont jusqu’à reconnaître que l’antispécisme est cohérent, mais le rejettent parce qu’en l’acceptant, on devrait renoncer à l’exploitation des animaux.

« [p]our rigoureuse qu’elle soit, cette argumentation [de Peter Singer] ne saurait caractériser (ni régler) les rapports établis entre les hommes et leurs animaux domestiques. L’élevage, en effet, est une relation hiérarchique. S’il implique (comme nous allons le voir) que les animaux domestiques fassent l’objet d’une considération morale, il exclut que l’on pose l’égalité entre les intérêts des hommes et ceux des animaux dont ils prennent soin. »

(Cité par David olivier ici)

Autrement dit,le système existe, on doit donc lui obéir.

 

On voit ici encore une fois à quel point l’argumentation spéciste se réfère à des idéologies soit mystiques ou délirantes, soit dissimulées (dissimulées en particulier dans des publications scientifiques censées rester rationnelles, qui ne peuvent se permettre d’en appeler à Dieu / Nature / Ordre / Jehova / Allah / etc pour justifier les pratiques spécistes); tandis que l’antispécisme est basé sur des faits et utilise des arguments rationnels.

Des expressions tel que « animal non humain » sont d’ailleurs très mal digérées par les anti-antispécistes. Elle ne fait pourtant que remettre les choses à leur place, puisque c’est un fait scientifique que les humains sont des animaux.

 

Une dernière citation, juste pour rire. Leo du forum anar nous apprend que:

« Si les humains sont des animaux, ont ne voit pas pourquoi certains prennent la peine d’écrire, de donner des avis, d’animer un forum ou un collectif, et globalement, au niveau de l’espèce humaine, font des milliards de choses différentes… et pas les animaux !
Les animaux, ont-ils un avis sur eux-mêmes et sur le monde ? Parlent-ils, font-ils de la musique, de la peinture. Du feu ? Etc…
C’est une croyance, une « foi ». Dire : les hommes sont des animaux, c’est comme dire : Dieu existe.
Et face à la « foi », on est toujours désarmé car les arguments n’ont pas d’effets : celui qui veut absolument que Dieu existe, il lui suffit de la faire exister (en parole).
Et le plus drôle, c’est que la possibilité même de croire, d’avoir la foi (en Dieu ou en l’animalité de l’homme) fait partie des attributs humains, et non des animaux ! »

 

Bel exemple de négation de la réalité, dans lequel on apprend que le fait que les humains soient des animaux n’est pas un fait scientifique mais une croyance. M’aurait-on menti à la fac?

(J’aime bien cette citation: amusez vous à replacer « les hommes sont des animaux » par « les chats sont des mammifères » ou « 2+2=4″ ou encore « Tachkent est la capitale de l’Ouzbékistan ». Vous pourrez ainsi passer d’agréables moment à rire, seul, en famille ou entre amis. De rien.)

 

Bref, pour résumer l’idée en une phrase, la défense irrationnelle de la consommation de viande pourrait correspondre à l’expression d’un état agentique face à l’autorité incarnée par une entité mystique, appelée Dieu, la Nature, l’Ordre du monde, ou autre.

Pas étonnant donc qu’on entende autant de conneries et qu’on en lise encore dix fois plus sur la toile.

 

* Pardon aux moutons pour l’expression spéciste, mais c’est ce que tout le monde dit! … Parfois je me demande s’il ne faudrait pas dire « comme un humain ».

 

** Une conception spirituelle de l’univers proche de la mienne impliquerait au contraire de s’en abstenir, mais contrairement aux spécistes, je n’utilise pas cet argument qui ne regarde que moi, car j’ai des arguments rationnels pour défendre l’antispécisme et je m’en sers. D’ailleurs, une référence à quelque chose de mystique ne saurait en aucun cas constituer un argument pour quoi que ce soit.

Le carnisme, ou l’état agentique face à l’ordre du monde – partie 1

Morpheus: La Matrice est un système, Neo, et ce système est notre ennemi. Quand on est à l’intérieur, qu’est ce qu’on voit partout ? Des hommes d’affaires, des enseignants, des avocats, des charpentiers. C’est avec leurs esprits qu’on communique pour essayer de les sauver mais en attendant, tout ces gens font partie de ce système, ce qui fait d’eux nos ennemis. Ce qu’il faut que tu comprenne, c’est pour que la plupart ils ne sont pas prêts à se laisser débrancher. Bon nombre d’entre eux sont tellement inconscients et désespérement dépendant du système qu’ils vont jusqu’a se battre pour le protéger. Es ce que tu m’écoute Neo, ou es ce que tu regarde cette femme en robe rouge ?
Neo: J’étais…
Morpheus: Regarde encore. Pause !
Neo: On est pas dans la Matrice ?
Morpheus: Non, c’est un autre programme d’entrainement pour t’apprendre une chose. Si tu n’ai pas l’un d’entre nous, tu es l’un de ces types.
Neo: Que sont t-ils?
Morpheus: Des programmes sensibles. Ils disposent d’entrées et de sorties dans tout les softwares encore implantés dans leur système, ce qui veut dire que toute personne que nous n’avons pas débranchée est potentiellement un Agent.

Matrix


1- L’ordre du monde, justification de la logique carniste

J’ai dernièrement abordé un sujet qui a maintes fois été traité dans les Cahiers antispécistes: le carnisme en tant que conformation à un ordre du monde mystique; obéissance d’autant plus complaisante que cet ordre du monde nous placerait en haut de la hiérarchie des espèces, « au sommet de la chaîne alimentaire ».

 

Cette conformation donne lieu aux arguments suivants, lorsqu’il s’agit de défendre sa consommation de viande:

 

1) Nous sommes la classe dominante (et devons donc le rester)

 

« si on ne les mange pas c’est eux qui nous mange et qui nous dirige » (merci à Le Page du forum Vegeweb pour avoir reucueilli cette citation)

ou encore:

« Nous sommes au sommet de la chaîne alimentaire, toute chaîne alimentaire est fondée sur les relations complexes entre êtres vivants qui se bouffent les uns les autres » (commentaire qui circule sur plusieurs blogs végétariens)

N’importe quel débat anti-pro-végétarisme ou spéciste-antispéciste fournit des perles du genre: nous n’avons pas évolué jusqu’au sommet de la chaine alimentaire pour manger des légumes, les animaux sont stupides, etc etc.

 

2) Les animaux aussi se mangent entre eux (ce qui prouve bien que c’est naturel, que c’est dans l’Ordre des choses)

 

« après tout, les fourmis sont des esclaves d’un seul individu, les lionnes sont exploitées sexuellement par un seul mâle, les éléphants vivent sous un régime matriarcal, etc. Les antispé anar devraient donc d’abord tenter de libérer les animaux de leur exploitation spécifique intra-espèce! » (lu sur un forum anarchiste; citation d’un certain abel chemoul)

 

« J’imagine en ce cas que vous ne défendez pas les dauphins (quand 2 bandes de dauphins se croisent, en plus de se foutre sur la gueule, les mâles violent les femelles adverses) ? Ni les chats, dont l’accouplement s’apparente aussi furieusement à un viol.* » (Encore une fois, citation d’un forum anarchiste ! Un certain roro dont la signature est: « La Nature n’a fait ni serviteurs ni maitres, c’est pourquoi je ne veux ni commander ni recevoir d’ordres. » Cocasse, non?)

 

L’absurdité ce ces raisonnements saute aux yeux quand on se rend compte que d’une part, les gens citent des exemples pris dans la nature pour montrer que la domination spéciste fait partie de l’ordre des choses; d’autre part, dans le même but, ils placent une frontière infranchissable entre l’Homme et l’animal, le premier étant supérieur au second. D’ailleurs, la personne qui écrit ceci:

« Nous sommes au sommet de la chaîne alimentaire (…) »

Ecrit aussi dans le même message, un peu plus haut:

« on ne demandera pas à un lion de s’abstenir de nous manger, on tentera de ne pas croiser son chemin. »

 

Nous sommes donc au sommet de la chaîne alimentaire tant qu’on ne croise pas le chemin du lion. Edifiant.

 

D’ailleurs, en règle générale, le respect de l’Ordre du monde est dans toute les mentalités tant que cet ordre nous place au sommet de la hiérarchie des espèces. Les chasseurs nous bassinent avec l’écosystème dont ils font étroitement partie via la chasse (y compris le plomb qu’ils balancent dans les zones humides et autres canettes de bière dans la forêt), mais dès que l’un d’eux a un accident, qu’il tombe d’une falaise ou d’un arrêt cardiaque dans un champ de betterave à l’âge de 52 ans (merci le cholestérol), là il n’y a plus de « mort qui fait partie de la vie », de « c’est la nature »: c’est un drame et puis c’est tout.

D’ailleurs, voyez comment ce pauvre roro cité plus haut, anarchiste révolutionnaire, redevient un bidochon lambda quand la question de la domination spéciste arrive sur la table.

 

Mais bref, ce n’est pas là mon propos. J’admire la façon dont les gens acceptent les hiérarchies quand celles-ci les placent en haut, mais je souhaite aller plus loin dans mon propos.

 

3- Impossibilité de changer l’Ordre du monde

 

Hé oui, de toutes façons, on ne peut pas changer l’Ordre du monde, on est donc forcés de Lui obéir.

On trouve ainsi des arguments tels que:

« Il faut bien vivre dans des conditions « normales », des cnditions que la nature a faites de telle sorte que ça se passe comme ça. »

ou encore des points plus précis qui rendraient impossible l’arrêt de l’exploitation animale:

« mais si des animaux sont tués en masse c’est bel et bien pour sauver des vies humains ! On dirais que certains aiment plus nos amis les bêtes que nos frères les Hommes. En ce qui concerne l’Amazonie, si tu veux faire des champs afin de distribuer des céréales au Monde afin qu’il devienne végétalien saches que l’Amazonie sera détruite deux fois plus vite qu’a l’allure actuelle.) »

(citations relevées au hasard sur la toile dans des débats sur le végétarisme)

Ou encore, citation du même abel chemou du forum anarchiste:

« Et puis l’antispécisme pose des questions écologiques: si on arrête « d’exploiter » les animaux de ferme, on en fait quoi? le fait est que ces animaux n’ont plus de prédateurs naturels depuis des millénaires. Le seul facteur de régulation des animaux d’élevage, c’est nous! Si on décide qu’ils ont droit à la liberté, on va vers un massacre écologique pour le reste de la faune et de la flore par surpopulation, tout simplement. » ¨***

 

Notez au passage la faiblesse de l’argumentation à ce stade: Nous devons continuer d’exploiter et de tuer les animaux parce que, au choix, si nous ne le faisons pas l’amazonie va être détruite**, les éleveurs vont être au chomâge, et nous serons envahis par les vaches qui détruiront les forêts***.  Ce très soudain souci de « ce que nous allons bien pouvoir faire de toutes ces vaches », qui m’avait tant surpris à une époque comme je le raconte dans mon article sur les contradictions carnistes, n’est plus si étonnant que ça quand on le comprend comme l’expression d’une résistance, d’une peur face à un bouleversement de l’ordre du monde. Ces gens se fichent bien de la forêt amazonienne, si ce n’était pas le cas ils se renseigneraient suffisamment sur l’écologie pour arriver au constat évident que l’élevage est une catastrophe écologique, de par la déforestation, les besoins monstrueux de l’élevage en surface terrestre, les gaz à effet de serre, la gabegie en eau (pour abreuver et nettoyer les animaux mais surtout pour faire pousser de quoi les nourrir), et en ressources diverses, la pollution des nappes phréatiques, etc etc. S’ils se fichent de l’écologie, ce n’est pas la terre qu’ils défendent, mais l’Ordre du monde qui lui est associée. La différence peut n’être pas évidente à cerner, car pour beaucoup, l’Ordre du monde est représenté par la Nature, entité idéalisée et personnalisée en pseudo-divinité, qui aurait une volonté; une sorte d’avatar de Dieu pour les non-croyants (ou ceux qui se croient non-croyants !).

 

Je ne souhaite pas ici faire une liste exhaustive des types d’arguments qui visent à défendre l’Ordre du monde tel qu’il est. Je pense que mon propos est clair, et ces citations donnent un aperçu à peu près représentatif de la façon dont les carnistes, soit défendent l’Ordre du monde, soit se défendent de faire quelque chose du mal en se justifiant par l’obéissance nécessaire à l’Ordre du monde; qu’on ne peut pas changer, de toutes façons.

 

Car c’est cela qui est bien pratique avec l’Ordre du monde: c’est lui qui est responsable. S’en remettre à la Nature, à Dieu ou à l’Ordre du monde,, c’est ne plus être coupable, puisque de toutes façons, les choses sont ainsi, ainsi va la vie, dont la mort fait partie, etc…

 

Mais malgré les injustices flagrantes relevées dans la Nature, il arrive que des gens, tout à fait normaux et intelligents par ailleurs, se transforment soudain en fervents défenseurs de l’Ordre du monde. Tels les passants lamba qui se transforment en agents dans la Matrice, ils vont soudain se mettre à défendre l’Ordre, disant qu’il est très bien comme ça (et que de toutes façons on ne peut pas le changer).

Ce n’est pas par hasard que j’ai cité un certain nombre de membres d’un forum anarchiste pour appuyer mes dires. Voyez comme ces fervents révolutionnaires, qui disent vouloir une société libre où chacun est son propre maître, et basée sur le respect de chacun des droits d’autrui, se transforment soudain en fervents défenseurs d’un Ordre naturel auquel nous devons obéir, qu’on ne peut pas changer sous peine de subir une sorte de châtiment divin, et dans lequel les uns dominent et font souffrir les autres parce qu’ils le peuvent****.

 

Si vous êtes végétarien ou végan, même depuis peu, ou simplement si vous avez déjà discuté de végétarisme, vous avez eu sans doute eu une impression de déjà-vu quand vous avez lu les quelques arguments que j’ai cité. C’est que ce discours est totalement formaté, c’est le même partout. Quelques modalités changent, le rendant plus ou moins stupide, plus ou moins caricatural. N’importe quelle personne intelligente et ouverte d’esprit peut vous sortir ce même discours, et ce sera le même discours que dans la bouche du premier crêtin venu, avec parfois même des similités de vocabulaires qui peuvent surprendre de la part de personnes n’ayant rien à voir les unes avec les autres. C’est ainsi que l’anarchiste révolutionnaire dira à peu près la même chose que le premier beauf venu ramassé au café du commerce. C’est comme si les gens se faisaient défenseurs d’une logique extérieure à eux, comme s’ils laissaient un discours étranger passer par leur bouche, comme s’ils se transformaient en robots diseurs de la Pensée Unique.  D’ailleurs, on peut parfois le remarquer à la façon dont ils prennent la parole rapidement : ils ne réfléchissent vraiment pas avant de parler, ils se mettent d’embler à défendre le Système, à recracher un discours préformaté. Parfois avec agressivité: attention, on attaque le système!

 

Cet automatisme, je l’ai eu moi aussi, la première fois que j’ai rencontré un discours antispéciste. Mais enfin, la Nature est comme ça ! Et je peux vous dire qu’à ce moment-là, au niveau cérébral, c’est le degré zéro de la réflexion. Ce n’est qu’ensuite que les gens se mettent à réfléchir, mais la plupart du temps, ils ne réfléchissent pas à l’antispécisme, aux thèses qu’on leur expose, mais à ce qu’ils vont bien pouvoir dire pour défendre le système tel qu’il est. (Et c’est là que, souvent, les perles jaillissent).

 

Pourquoi cet automatisme? Pourquoi se faire tout à coup défenseur d’un Ordre qu’on subit? Parce que cet ordre a eu le bon goût de nous avoir placé en haut de la hiérarchie des êtres? Peut-être, mais pas seulement. Je pense qu’il y a là une expression de l’état agentique dans lequel les gens se trouvent être dès que l’on aborde le sujet de l’antispécisme et des conséquences qui découlent de cette idéologie. J’ai déjà brièvement évoqué les expériences de Milgram et le parallèle qu’on peut faire avec la consommation de viande. J’y reviendrai dans mon prochain billet.

 

 

 

*Bien que l’argument soit ridicule, je m’empresse de préciser, pour la culture, qu’il s’agit d’anthropomorphisme, le viol n’existe pas chez les chats. L’acte sexuel serait douloureux pour la femelle du fait d’épines implantées sur le pénis du mâle et dirigé vers l’arrière et blessent le vagin lors du retrait, ce qui fait augmente l’agressivité de la chatte qui peut s’en prendre violemment au mâle après le coït. Cela n’empêche pas la chatte de continuer à rechercher l’accouplement pendant ses chaleurs. De plus, l’impression de viol peut être augmentée par le fait que les mâles ont développé un comportement qui consiste à attraper la femelle au niveau de la nuque par la gueule; cela permet de provoquer un réflexe inné bien connu chez les chats, qui ont tendance à se calmer quand on attrape la peau de leur nuque comme la mère pour transporter ces chatons. Bien que ce réflexe soit très diminué chez le chat adulte par rapport au jeune, il permet au chat d’augmenter ses chances de fécondation. Pour en savoir plus sur ce sujet, lire par exemple « le chat révélé » de Desmond Morris.

D’une façon générale, le viol n’existe que très rarement chez les animaux, la femelle doit être receptive et accepter l’accouplement pour qu’il ait lieu, même chez les espèces où le mâle est physiquement plus imposant. Le viol existerait chez certains groupes de dauphins mâles, mais c’est ici très déformé et exagéré.

 

**Je ne prend pas la peine de contredire ces arguments tellement ils sont nuls, néanmoins sachez que la viande et le soja destiné à l’alimentation du bétail sont les produits les plus exportés du Brésil juste après les agrocarburants, et une cause majeure de déforestation. n’importe quelle visite sur un site végétarien comme celui de l’AVF vous renseignera sur la catastrophe écologique que représente l’élevage.
***Je ne résiste pas au plaisir de citer un certain willio qui répond à l’argument d’abel chemoul:

« Ouais en fait on aimerait bien arrêter de massacrer des animaux mais on va vers un désastre écologique sinon… On est contraints de les exploiter, c’est pas de chance. Tu sais qu’on risque aussi d’aller vers une catastrophe écologique et humanitaire avec le développement démographique de la Chine. On devrait sûrement prendre des mesures similaires pour réguler la population non ? « 

 

**** Attention, je n’ai rien contre les anarchistes, bien au contraire, mais selon moi l’anarchie implique nécessairement l’antispécisme, car si l’on veut abolir la domination des uns sur les autres, on doit nécessairement faire entrer les animaux dans la sphère des sujets de droit; lire à ce sujet Un Eternel Treblinka, de Charles Patterson.