NON, une lasagne, ça ne se mange pas !

Au début, avec cette histoire de lasagnes, je me suis dit:
« Pfff, encore une histoire de viande qui n’intéresse que les végétariens ».
En effet les végétariens et véganes sont bien connues pour emmerder le monde et troller au sujet de la viande, comme quoi ça donne le cancer, le cholestérol, mauvaise haleine et un gros cul, et ils aiment rappeler que manger des animaux mignons c’est très vilain. Bref, ce sont de véritables emmerdeurs.

Ce qui a tendance à être très amusant, mais là je trouvais quand même que l’attaque était mesquine. Bon, les gens ont mangé du mignon cheval au lieu de la mignonne vache laitière de réforme, et alors?

J’AVAIS TORT.

Accidentellement, j’ai été mise en présence d’un instrument audiovisuel insupportable autrement appelé télévision ou boîte à connerie. Laquelle se mit à déclamer pendant de très longues heures, sur tous les tons et avec force images sanglantes, que HOLALA AU SECOURS DES GENS ONT MANGE DU CHEVAL MEME QUE Y AVAIT ECRIT « LASAGNES AU BOEUF » SUR LA BOITE.

J’en suis restée pantoise. Hé oui, ce sont les mangeurs de viande qui nous chient une pendule parce qu’ils ont mangé des mignons petits chevaux au lieu du bœuf qui est un aliment comme l’oignon ou la frite. Bien sur je pourrais rappeler que les vaches sont tout aussi mignonnes que les chevaux, et le prouver à grand renfort de photos mignonnes. Mais je m’en fous, en fait. Je ne mange pas non plus les animaux moches.

Mais de toutes façons, l’espèce c’est quoi? Lire la suite

Pour en finir avec le cri de la carotte

Au fait, avez-vous remarqué? Les carottes ne crient pas.

Parfois, enfoncer ce qu’on croyait être des portes ouvertes peut mener à d’intéressantes conclusions.

Donc, les carottes ne crient pas.

Pourquoi l’agneau crie-t-il quand on l’égorge, alors que la carotte reste résolument muette?

D’ailleurs, les animaux ne font pas que crier, ils essaient de s’enfuir ou de se défendre, alors que cette idiote de carotte reste résolument plantée dans le sol et se laisse cueillir, puis découper, sans émettre la moindre protestation.

Quelle imbéciles ces carottes. Après elles s’étonnent de se faire manger… Ha ben non, elle s’étonne pas: c’est une carotte.

Oui mais… Les plantes sont vivantes !

 

Voilà un sujet épineux duquel j’évite généralement de discuter quand quelqu’un met le sujet sur la table uniquement pour défendre sa consommation de viande. « Toi aussi tu manges des êtres vivants, alors laisse-moi tranquille! ». Oui, mais il faut beaucoup plus de plantes pour faire de la viande que pour se nourrir directement de plantes! Bizarrement, cet argument ne porte pas, et la très soudaine préoccupation de la souffrance des végétaux disparait aussi vite qu’elle est apparue, pour laisser place à des sujets cruciaux du genre « le goût de la viande contre celui des betteraves » ou « les végétariens sont pâles et maigres » (ha bon).

Notons aussi que les gens qui sont si prompts à comparer une vache à une carotte s’offusqueront si vous osez comparer un humain à une vache. Tout comme les esclavagistes assimilaient les Noirs aux animaux et prétendaient que la race blanche était la plus humaine alors que les autres races étaient « plus proches des animaux », (voir un petit aperçu de ce raisonnement sur ce blog: déshumanisation), les spécistes assimilent les animaux aux plantes en prétendant que les humains sont « moins des animaux que les autres animaux », ce qui est une idée tout aussi farfelue. Quand on y regarde de plus près, c’est exactement le même raisonnement.

Donc 99% du temps, les gens évoquent ce sujet simplement pour ne pas être les méchants mangeurs de viande face aux gentils végétariens (préoccupation totalement sans intérêt puisque je me fiche bien de savoir si les gens sont méchants ou non, et d’ailleurs les animaux maltraités et tués se fichent également de savoir si les gens qui les mangent son méchants, ignorants ou je ne sais quoi). Mais pourtant, c’est un sujet potentiellement intéressant. Car il soulève le problème du critère d’attribution de droits à un être vivant, qui comme nous allons le voir, est loin d’être définitivement réglé.

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1- Dans une pespective antispéciste, les animaux sont-ils tous des sujets de droits?

L’antispécisme implique de traiter tous les êtres de façon juste, quelle que soit leur espèce. Si le spécisme établit une frontière inamovible entre certaines espèces et d’autres, (humain / non humains, mais aussi animaux de compagnie / animaux de boucherie qui n’ont pas les mêmes droits), l’antispéciste reconnait au contraire une continuité entre les espèces, et s’efforce de traiter chaque individu de la façon la plus adéquate en fonction de ses caractéristiques biologiques et non pas de l’espèce à laquelle il appartient.

Pourtant, si le concept d’espèce n’est pas clairement établi d’un point de vue scientifique(1) , il est néanmoins clair que l’appartenance à une espèce peut avoir une certaine importance, en ce qu’elle implique nécessairement certaines caractéristiques de l’individu. Il est peu probable qu’une poule puisse jamais exercer un droit de vote… Pour donner un exemple moins caricatural, certains philosophes antispécistes accordent une importance particulière à la conscience de soi et accorderaient des droits particuliers aux animaux qui ont cette capacité, comme les chimpanzées et les grands dauphins (2). Un chimpanzée aurait donc des droits particuliers, non pas parce qu’il appartient au groupe « homonidés » ou à l’espèce « chimpanzées », mais parce qu’il fait partie des êtres ayant conscience d’eux-mêmes.

La nuance est importante parce que tous les membres du groupe « chimpanzée » n’ont pas nécessairement conscience d’eux-mêmes; Tout comme les membres du groupe « humains » ne sont pas forcément tous capables de lire ou d’écrire,  de tenir un raisonnement cohérent ou de se reconnaître dans un miroir.

Néanmoins, on peut avancer sans trop se mouiller qu’aucune huître n’est capable de se reconnaître dans un miroir. Donc l’espèce peut impliquer certaines caractéristiques qui sont importantes en matière de droits. Non pas parce qu’elles est porteuse d’une « essence » qui définit ses représentants, non pas qu’elle leur confère une importance absolue plus ou moins élevée; mais elle indique certaines caractéristiques que possèdent ses représentants (tous ou une partie d’entre eux).

Il est faux de penser que l’antispécisme est reservé aux seuls animaux. Cela voudrait dire qu’il existe une frontière infranchissable entre le groupe « animaux » et le groupe « êtres vivants autres qu’animaux ». Or c’est faux, puisque les métazoaires (ou animaux pluricellulaires) descendent d’un ancêtre commun qui lui-même descend d’un ancêtre commun avec les autres eucaryotes, dont les végétaux; et si on remonte plus loin dans l’histoire, tous les êtres vivants descendent d’un organisme unicellulaire que les biologistes ont baptisé du joli nom de LUCA (Last Unic Common Ancestor).

Dire que les seuls êtres qui ont des droits sont les animaux pluricellulaires, comme si les premiers eucaryotes à s’être agglomerés pour vivre en colonie avaient acquis une valeur morale particulière, ce serait aussi idiot que de penser que le premier singe a avoir marché debout avait acquis une valeur morale et qu’on doit accorder des droits aux humains et pas aux autres animaux.

On se heurte là à une difficulté de taille en ce qui concerne l’antispécisme: comment respecter chaque individu en prenant compte de ses caractéristiques biologiques, au vu de la diversité des espèces et de la continuité qui existe dans l’évolution et dans la sentience? Chaque antispéciste a peut-être une réponse différente. En tous cas, on ne peut pas se contenter de dire que parce que la question est difficile on doit y apporter une réponse facile et injuste.

En réalité, la majorité des antispécistes ne s’intéressent pas à la question de savoir si quelque chose est vivant ou non(3) ,mais si ce quelque chose est sentient, c’est-à-dire sensible et conscient. Et la plupart s’accordent pour dire qu’à partir du moment ou un organisme possède un système nerveux, cela lui confère un droit particulier, puisqu’il est alors potentiellement capable de ressentir du plaisir ou de la douleur (sensible).

Cela ne règle pas totalement le problème, puisque le système nerveux, qui serait apparu chez les bilatériens (premiers métazoaires à posséder une symétrie bilatérale), n’était pas alors aussi développé que chez les vertébrés actuels; de plus, la céphalisation, et la centralisation du système nerveux, qui en font le siège des sensations et des émotions, sont apparues progressivement au cours de l’évolution, et avec cette complexité du système nerveux est apparue la conscience. Ainsi, la céphalisation est peu très développée chez les premiers chordés (ancêtres des vertébrés), tandis qu’elle est très marquée chez les primates, l’humain en particulier; les plus gros cerveaux se retrouvant chez certains cétacés. Du tunicier au tursiop, il existe toute une variété de systèmes nerveux plus ou moins complexes, sièges de toutes sortes de sensations et d’émotions.

Il est difficile de s’accorder sur le statut moral d’un animal ayant évolué avec un cerveau peu complexe. Certains animaux possèdent quelques cellules nerveuses qui réagissent à certains stimulis. Les tuniciers par exemple, qui n’ont pas de cerveau à proprement parler, possèdent un petit circuit nerveux capable de modifier ses réponses en fonction des stimulations antérieures, autrement dit, capable de mémoire. Ils ont d’ailleurs été utilisés pour des expériences permettant de comprendre un peu mieux le mécanisme de la mémorisation chez les vertébrés. De même, les bivalves (moules, huîtres) possèdent 3 paires de ganglions nerveux et réagissent à certains stimuli (PH, température, susbtances chimiques) par exemple en se fermant et en s’ouvrant, mais aussi en libérant certaines molécules. Elles sont donc a priori sensibles, mais sont-elles conscientes?

 

Image propagandiste de la société de protection des huîtres

 

Ces animaux posent un problème particulier. La plupart des antispécistes leur accordent le bénéfice du doute et ne les mangent pas, car il est possible qu’ils puissent ressentir quelque chose, autrement dit que leurs ganglions nerveux soient le siège de sensations.

En revanche, il existe certains animaux qui n’ont pas de système nerveux, soit que leurs ancêtres n’en aient jamais eu, soit qu’il ait disparu au cours de l’évolution (comme chez certains parasites). Ces animaux ne sont pas des sujets de droit, puisqu’ils ne sont ni sensibles, ni conscients.

Il est donc faux de dire que l’antispécisme est réservé aux animaux, ne serait-ce que parce que tous les animaux n’entrent pas dans la sphère du droit.

2- De l’utilité d’un système nerveux et pourquoi les plantes n’en ont pas

Les antispécistes insistent parfois sur le fait que les plantes n’ont pas de système nerveux, tandis que les carnistes soulignent qu’elles répondent à certains stimulis. Mais il ne suffit pas de répondre à des stimulis pour être un être sentient. Mon ordinateur réagit à des stimulis, ce n’est pas pour ça que je lui confère des droits particuliers.
Mais peu importe, certains arguent que les plantes pourraient ressentir la douleur, la peur ou je ne sais quoi encore. Pour inventer un néologisme barbare, c’est une forme d’animalocentrisme: puisqu’elles sont vivantes, elles n’aiment pas mourir, ou que sais-je.

Ce point de vue est en désaccord avec la logique la plus élémentaire quand on réfléchit à ce qu’est la sensibilité et à ce qu’est la sentience. En effet, si les animaux sont sentients, c’est qu’il y a une raison à cela. La sensibilité est apparue graduellement chez les animaux au cours de l’évolution et ceux d’entre eux qui étaient les plus aptes à réagir rapidement et de façon adéquate à leur environnement ont été favorisés à un moment donné de l’histoire. Un cerveau complexe permet à l’animal de développer une palette large de comportements qui seront exprimés en fonction des circonstances et lui permettront de survivre ou de se reproduire(4) : fuite, recherche de nourriture, accouplement, etc. La conscience, pour mystérieuse qu’elle soit, n’existe pas non plus sans raison; et elle n’existe pas seulement en tant que concept, elle possède une existence physique. La pensée n’est autre qu’un ensemble complexe d’interactions neuronales; elle nécessite que diverses informations soient analysées dans un centre nerveux spécifique. Ce centre nerveux, le cortex, est le siège de la conscience.

Le système nerveux est donc l’une des nombreuses réponses adaptatives des êtres vivants à leur environnement. Il n’est apparu qu’une seule fois, chez les animaux. Les plantes, elles, ont d’autres réponses adaptatives, ou pour parler en termes un peu finalistes, d’autres stratégies de survies et de reproduction qui ne se basent pas sur la possession d’un système nerveux, encore moins d’une conscience. Autrement dit, non seulement les plantes n’ont pas de conscience, mais surtout elles n’en ont pas besoin.

Pourquoi une plante ressentirait de la douleur quand on la coupe, puisqu’elle est incapable de produire une réponse adéquate pour ne pas être coupée? La douleur est un mécanisme adaptatif, elle sert un but. Et si les plantes avaient une conscience, il faudrait pouvoir dire où se trouve le siège de cette conscience, son existence physique. Or, elle n’existe pas.

Dès lors, l’existence d’une supposée conscience chez les végétaux relève d’une vision religieuse ou mystique de la vie, ou d’une simple méconnaissance de la biologie. Si les carottes ne crient pas quand on les coupe, c’est parce que les végétaux sont arrivés jusqu’à nous par des adaptations à leur environnement autres que la perception de la douleur ou d’émotions (comme la peur).

Ca ne les empêche pas d’être vivantes et de posséder une certaine sensibilité, si on définit la sensibilité comme capacité à répondre à un stimulus. Les plantes répondent à de nombreux stimuli, notamment en modifiant leur façon de pousser (De la même façon que notre organisme répond à de nombreux stimuli qui ne passent pas par le système nerveux et qui échappent donc à notre conscience; comme par exemple certaines réponses immunitaires). Mais cette forme de sensibilité n’est pas comparable à celle d’un organisme qui possède un centre nerveux, car les informations de l’environnement ne sont pas traitées par un centre intégrateur susceptible de produire une forme de pensée. Autrement dit, les plantes ne ressentent pas.

Les personnes qui attribuent une volonté de vivre aux plantes sont fruitariennes, et se nourrissent donc sans tuer de plantes, mais en ramassant les fruits et les graines. C’est une vision mystique et naturaliste de la vie: les fruitariens peuvent considérer que les plantes produisent des fruits et des graines dans le but de se reproduire, alors que si on en reste à une vision purement scientifique des plantes, elles produisent des fruits parce que celles qui ne le faisaient pas ont disparu. On ne peut pas vraiment discuter à propos d’un point de vue spirituel pour savoir s’il est vrai ou faux, c’est une façon très subjective de voir le monde. Je pense qu’il est tout à fait abusif d’imposer une éthique basée sur un point de vue non rationnel. La spiritualité devrait rester propre à chaque personne.

J’aime les plantes, mais c’est une question de sensibilité propre à chacun, de subjectivité, et je ne souhaite pas que tout le monde aime les plantes (ni que tout le monde aime les animaux) et je peux pas exiger que les plantes aient des droits particuliers. Le fait d’aimer ou de ne pas aimer les plantes est totalement sans rapport avec la recherche d’une société juste. Le fait que les plantes soient vivantes impliquent peut-être une façon particulière de les traiter, mais étant donné qu’elles ne souffrent pas, cette question est secondaire par rapport à la question des droits des animaux qui elle, est urgente.

Les façons différentes de traiter les plantes, les êtres unicellulaires et les animaux (ou plutôt, certains animaux) sont donc basées sur les caractéristiques biologiques concrètes, et sont plus complexes qu’il n’apparait au premier abord.

(1) Même si c’était le cas, le spécisme devrait en toute logique être mis à mal par la simple idée de l’évolution, puisque les espèces descendent les unes des autres. Pour les implications philosophiques de la théorie de l’évolution, voir par exemple Darwin, espèce et éthique, de James Rachel dans les cahiers antispécistes.

(2) Personnellement, cela me pose un problème: celui de se baser sur des conclusions tirées d’observations du comportement des animaux pour déterminer leur droit, alors qu’on sait peu sur leur conscience. Mais cela a au moins le mérite d’essayer de se baser sur des données objectives. J’y reviendrai peut-être dans un prochain article.

(3) D’ailleurs attribuer ou non des droits à un quelque chose en fonction du fait que ce quelque chose est vivant ou pas, serait tout aussi arbitraire que de lui attribuer des droits en fonction de son appartenance ou non à une espèce ou au règne animal.

(4) Il se peut que j’utilise parfois un vocabulaire finaliste pour expliquer des phénomènes évolutifs, pour ne pas trop alourdir la formulation. Mais attention à remettre les choses dans leur contexte. A propos du finalisme, lire « la nature ne choisit pas« , un texte de David Olivier.

Contradictions

Que fera-t-on des vaches quand on ne les mangera plus? Pourquoi le végétarisme est un choix de santé alors que sans viande on meurt? Sommes-nous des lions, d’autres animaux ou des créatures mi-anges créées à l’image de Dieu? Epicure mangeait-il au Macdo? Les questions composent… Débuts de réponse ici. Une petite liste non exaustive des contradictions viandesques.

1)    « Y aura trop d’animaux » vs « Y aura plus d’animaux »

Quand je suis devenue végétarienne, j’ai été surprise de m’entendre dire, alors que je refusais poliment un bout de barbaque en société : « mais si tout le monde devient végétarien » (je n’avais même encore jamais songé à cette éventualité), « il n’y aura plus d’animaux ». Je m’en fiche, répondis-je, étonnée (je n’avais pas encore l’habitude d’entendre des sottises à chaque fois que je refusais de la viande). Mon interlocuteur me répondit alors, d’un ton presque accusateur : « tu voudrais vivre dans un monde sans animaux » ?

Cela m’a paru stupide, et si on me faisait la même réflexion aujourd’hui, je répondrais peut-être que c’est bien triste de considérer que les seuls animaux qui existent  sont les animaux domestiques et d’ignorer l’existence des animaux sauvages. Mais bon, il n’y a pas de réponse satisfaisante à une remarque aussi idiote,  puisque le raisonnement est tellement foireux qu’on ne peut pas dire en trois mots ce qui ne va pas dedans.

Un peu plus tard, en errant sur la toile, je lisais quelques informations à propos de militantisme pour les droits des animaux. C’est alors qu’un commentaire attira mon attention. Très agressif, fustigeant les végétariens qui selon lui étaient arrivés aux ultimes stades de la démence, l’auteur attirait l’attention sur le sort réservé aux animaux si les gens arrêtaient de les manger. Toujours selon lui, ces animaux devraient tous être « euthanasiés » quand l’humanité deviendrait végétarienne, car on ne saurait alors pas quoi faire d’eux. Encore une fois, difficile de dire ce qui est le plus stupide : penser que si tout le monde devient végétarien pour sauver les animaux, on tuera les animaux dont on a plus besoin pour se nourrir ? Appeler « euthanasie » un meurtre de masse de bouches inutiles qu’on tuerait pour une raison économique ? S’imaginer que le monde va devenir végétarien tellement vite que la production d’animaux n’aura pas eu le temps de diminuer ?  Ou peut-être s’indigner qu’on tue des animaux qu’on devrait tuer parce que, heu, normalement on devait les tuer pour les manger, mais que si on les mange pas on devra les tuer, mais sans les manger, et ça, apparemment, c’est horrible.

Depuis, il m’est arrivé de retrouver les deux interrogations, aussi bien sur internet qu’à table : « ça te dérangerait pas de vivre dans un monde sans animaux ? » et son opposée : « Qu’est-ce qu’on va faire de tous ces animaux si on devient tous végétariens ? »

Grande inquiétude, d’autant plus grande qu’elle est double. Trop d’animaux, pas assez d’animaux, bref, le nombre des animaux va poser problème, un jour, quand tout le monde sera végétarien, et apparemment, c’est une raison pour ne pas le devenir.

2)    D’ailleurs, le monde ne sera jamais végétarien.

Oui, d’ailleurs, il y a ceux qui s’inquiètent des conséquences désastreuses d’un monde végétarien (qui libèrerait 70% des terres agricoles utilisées et mettrait probablement fin à la faim dans le monde,  mais je suppose que c’est une broutille par rapport à la question intello-masturbatoire « que fera-t-on de trop / pas assez d’animaux »),  et il y a ceux qui deviennent pas végétarien parce que, de toutes façons, le monde entier ne le sera jamais. A croire que l’intégrité personnelle à ne pas participer à quelque chose qu’on approuve pas est un concept qu’ils n’entravent pas. En toute logique, je suppose que  si on leur sert leur propre enfant vidé et roti, ils le mangeront, parce que bon, il est déjà mort, hein, alors bon, ça va pas le ressuciter, hein, pis on  peut pas changer le monde, ma bonne dame.

3)    « C’est dangereux pour la santé » vs « c’est un choix de santé »

Le sujet de la santé des végétariens préoccupe beaucoup les gens, même ceux qui se nourrissent de hamburgers et de bière. Ils ont beau perdre leurs cheveux et être toujours fatigués, vous avez beau être en pleine forme, ils s’inquièteront toujours de VOTRE santé. Le fer, le calcium, les protéines… « on en trouve dans les végétaux », que je répète. « oui mais c’est pas les mêmes ». Ha bon. La plupart des gens qui me demandent ou je trouve mes protéines ne savent pas en réalité ce qu’est une protéine, mais en tous cas, toutes les études scientifiques que je peux citer ne rivaliseront jamais avec l’intime conviction de leur tata janette qui pense que le jambon c’est la vie, et d’ailleurs ils connaissent un gars qui connaît un gars qui est végétarien et qui est tombé malade une fois en 1992, c’est sûrement le manque de rillettes, d’ailleurs il était un peu pâle. Bref, vous n’arriverez jamais à les convaincre que votre régime alimentaire est sain, même s’ils sont parfois obligés de constater que vous êtes en meilleure santé qu’eux, selon eux, bon ok vous tenez le coup, mais ça ne saurait durer, vous allez forcément flancher d’une minute à l’autre.

A côté de ça, peut-être est-ce à force de répéter sur tous les tons que le végétalisme est un choix de vie sain, de plus en plus de gens s’imaginent que c’est uniquement un choix de santé qui n’a rien à voir avec l’éthique. Et de s’étonner de voir un végétarien fumer une cigarette ou faire un truc qu’ils n’estiment pas correspondre au cliché de la personne qui surveille tellement sa santé qu’elle se prive de bonne viande rouge (d’ailleurs c’est à cause de tels clichés que beaucoup s’imaginent que les végétariens mangent du poisson ; puisque le poisson est réputé être un aliment sain). Pourtant, je ne crois pas que le falafel soit l’aliment diététique par excellence. Dites « falafel » à un vegan, pour voir, il se mettra automatiquement à baver (s’il ne bave pas, c’est qu’il s’agit d’une sous-catégorie encore plus bizarre que le végan de base, genre un crudivore). Les falafels étant frits dans l’huile, ce test nous prouve automatiquement et de façon rigoureusement scientifique que le véganisme est un choix éthique avant tout.

4)    Epicure vs l’épicurisme tel que compris par les beauf

« Mais faire attention à sa santé, c’est nul », nous dit le viandard assumé. « Moi, j’suis un épicurien, je m’enfile des hamburgers à m’en faire péter le bide, parce qu’on ne vit qu’une fois. »  Quand on lui apprend qu’Epicure pronait la modération et était végétarien (quasi végétalien), l’omnivore bredouille. « mais heu l’épicurisme au sens courant du terme », m’a dit textuellement quelqu’un. Ha oui, au sens qui n’a rien à voir avec l’épicurisme, donc.

Tout fiers de citer un philosophe grecs, quand on leur apprend qu’ils sont incultes, nos amis omnivores se renfrognent et admettent qu’ils n’ont strictement rien à péter de la doctrine d’épicure. Ils se disaient guidés uniquement par le plaisir, ils nous apprennent ensuite que finalement, apprendre ce qu’est le plaisir selon un philosophe grec dont le nom est devenu quasiment synonyme de plaisir, ils s’en fichent. Belle ouverture.

5)    « On est des animaux » vs « on est pas des animaux »

Une autre des conneries de base qu’il faut s’habituer à entendre quand on devient végétarien, c’est : « mais les animaux mangent d’autres animaux, (donc c’est naturel / sain / normal) »

(sauf pour l’animal qui est mangé je suppose). J’ai fini par voir ça comme la pensée beauf de base à propos de la viande, quand un type dont j’oublie le nom a carrément écrit un livre pour dire que les animaux mangent d’autres animaux, que nous on est des animaux, et que CQFD, comme c’est brillant, on doit manger des animaux. Comme c’était un livre entier et qu’il fallait bien développer un peu plus, il ajouta que les végétariens « nient leur part d’animalité ».

Ce qui est ridicule d’ailleurs, même dans la formulation, parce que puisqu’on est des animaux, on a pas une part d’animalité. On est des animaux, tout court. Ou alors, on a une part d’animalité qui est 100% de nous (peut-être compte-t-il dans son calcul les bactéries qui habitent notre corps ? mais je ne pense pas qu’elles nient quoi que ce soit). C’est comme si on disait qu’on a une partie humain, une partie animal, une partie mammifère, une partie être vivant, ça fait beaucoup de parties pour un tout. Evidemment, ce n’est pas ridicule que pour ça, mais bon, je souligne à quel point le raisonnement est débile. Apparemment, ne pas vouloir faire comme le lion qui mange la gazelle, ça veut pas dire qu’on pense qu’on est pas un lion, mais qu’on est pas un animal. Pardon d’enfoncer avec violence des portes grandes ouvertes, mais je suis un animal qui n’est pas un lion (ni un chat, ni un loup, ni ces trucs à crocs qui courent très vite à quatre pattes).

Bon, on est des animaux, donc. Y a aussi des animaux qui se mangent entre eux, pourquoi pas manger d’autres humains ? Mais parce que voyons… On est pas des animaux ! (C’est là qu’on se rend compte que c’est utile de dire qu’on a une part d’animalité, ça évite d’admettre qu’on est des animaux comme ceux que l’on mange. Sauf que c’est un mensonge, scientifiquement nous ne sommes pas moins des animaux que la vache ou le fruit de mer.) Mais donc, pourquoi une vache mériterait-elle d’être mangée, et pas un humain ? Mais parce que l’humain est rationnel (ha bon ? on dirait pas, pourtant) et surtout parce qu’il a une conscience (et s’il s’en servait, ça pourrait être pas mal. Par exemple on pourrait utiliser sa conscience pour constater qu’il faut tuer des animaux pour manger de la viande et qu’on a le choix de faire autrement).

6)    La viande, c’est trop bon

Malgré toutes les excellentes raisons citées ci-dessus, la fin d’une discussion se conclue très souvent par «de toutes façons, la viande, c’est trop bon ». Pourtant, si manger de la viande c’est accepter notre « part d’animalité » (je me gausse), tout en se distinguant des stupides animaux inconscients qui méritent d’être tués contrairement à nous, tout en se préservant en vie parce que la viande est vitale, mais sans faire attention à sa santé parce que c’est pour les premiers de la classe, et que l’important c’est le plaisir épicurien mais pas la peine d’avoir besoin de s’intéresser à ce que disait Epicure parce qu’on s’en fout, et que ça permet en même temps de continuer à avoir des animaux et d’éviter de se poser la question de savoir quoi faire quand y en aura plus ou qu’y en aura mais qu’on saura pas quoi en faire… Malgré toutes ces excellentes raisons,  finalement si on mange de la viande, c’est parce que c’est bon.

De surcroît,  l’omnivore qui est censé « manger de tout » a bien souvent très peur de goûter le nourriture végétalienne qu’il ne connaît pas, et ignorera toute sa vie si c’est trop bon ou pas. Le plaisir épicurien au sens non-épicurien du terme signifie peut-être « plaisir de tout faire comme je faisais jusque là ».

Evidemment c’est une liste non-exaustive. On peut aussi citer, brièvement, d’autres contradictions :  « j’aime trop les animaux » (j’espère que tu n’aimes pas les végétariens…) au « je ne pourrais pas les tuer moi-même », (mais ça ne me dérange pas qu’une personne en situation précaire sous-payée doive le faire pour moi) et « je ne comprends pas pourquoi on est végétarien » parfois assez rapidement suivi de « arrête de parler de comment est fait la viande, ça va ma couper l’appétit ».  Il est également fréquent que les gens se présentant comme « adorant les animaux » disent les tuer eux-mêmes et que ça ne les gêne pas plus que ça. Bref on pourrait continuer longtemps.

Cet article est dédicacé à tous ceux qui disent manger de la viande à l’aide de leurs canines, ça me fait toujours autant rire.