Confiture de culture

Il faut quand même que je vous dise un truc.
Souvent, sur ce blog, on m’accuse d’attaquer des gens. D’habitude je ne répond pas, parce que généralement c’est entièrement malhonnête. J’ai écrit contre le couple, contre le concept (pas si) moderne du couple, mais je n’ai JAMAIS dit que les gens qui étaient en couple étaient des cons. J’ai écrit souvent contre la viande et l’exploitation des animaux, mais je j’ai JAMAIS traité de con ou de salaud quelqu’un qui mange de la viande ou du fromage. J’ai écrit contre les mécanismes sociaux qui font que Poire est Poire, mais je n’ai jamais dit que Poire était un « loser ». etc.

On me fait dire tout et n’importe quoi. Sans vouloir me la péter et me prendre au sérieux dans le rôle « grande diseuse de Vérités Universelle qui dérange les moutons bien-pensants », je crois que ce blog est surtout un blog de réflexion sur le monde, la société, sur nous-mêmes, et qu’en écrivant, je déconstruis énormément de ce que nous sommes, de ce que nous croyons. Et que quelque part, oui, sans casser trois pattes à un canard, ça dérange. Ca dérange parce que nous avons perdu l’habitude de penser. Parce que nous apprenons tellement de choses, que nous n’arrivons plus à distinguer ce que nous pensons de ce que nous croyons, ce que nous pensons de ce que d’autres nous ont appris (quels que soient ces « autres »: parents, amis, médias, pub, films, jeux vidéos, frères, sœurs, patrons, employés, radio, télé, presse, et le gars du café du commerce, bref la Société). Et pourtant, pourtant nous croyons, et nous pensons, du moins nous pensons que nous pensons. Lire la suite

Misère sexuelle mon cul

Quand on parle d’abolir la prostitution, on finit toujours par se heurter à la célèbre Misère Sexuelle. La Misère Sexuelle, c’est quoi? Ce sont les hommes qui sont trooooop en manque de sexe, les pauvres, et il faut bien les satisfaire sexuellement, sinon hé bien ils sont trop malheureux.

Même si la misère sexuelle existait en ces termes, la prostitution consisterait à coller un mignon petit pansement sur une tumeur de la taille d’une pastèque. Donc elle ne règle pas le problème, évidemment, et en plus, elle fait des victimes. Déjà, ça me pose un problème qu’on sacrifie des femmes pour « sauver » des hommes, ce qui apparait, en fait, de différentes manières à chaque fois qu’on essaie de justifier la prostitution: quand le psy dont j’ai parlé hier explique les hommes auraient des besoins sexuels alors que les femmes auraient besoin d’amûûûr et seraient incapable de distinguer l’amour du sexe, ça ne le dérange pas outre mesure que certaines femmes (les prostituées) servent d’outil sexuel. Mais quoi d’étonnant là-dedans lorsqu’on s’aperçoit que c’est, en fait, le fondement même de la division de la gent féminine en Putes et Saintes. Les Putes, traditionnellement, ce sont une petite partie des femmes, que l’on sacrifie aux hommes pour pouvoir « sauver » les autres. C’est d’ailleurs pour cela que l’église a émis de nombreuses position pro-prostitution:

Par la suite, la tradition chrétienne considère la prostitution comme un moindre mal. Les Pères de l’Église en témoignent, d’Augustin d’Hippone au IVe siècle qui estime qu’elle est naturelle et permet de protéger les femmes honorables et les jeunes filles du désir des hommes, jusqu’à Thomas d’Aquin au XIIIe siècle, qui juge qu’elle est nécessaire à la société comme les toilettes à une maison : cela sent mauvais, mais sans elle(s), c’est partout dans la maison que cela sentirait mauvais.

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Harcèlement de rue: qu’est-ce que ça veut dire?

La mode est en ce moment à la dénonciation du harcèlement que subissent les femmes dans la rue. La fameuse vidéo de Sofie Peeters, tournée en caméra cachée dans les rues de Bruxelle, a fait sensation. Un phénomène un peu étrange, quand beaucoup de femmes ont eu l’impression qu’on venait d’inventer la roue: ha bon, les femmes se font harceler dans la rue? Diantre !

Harcèlement de rue

Plus que la vidéo, ce sont certaines réactions étonnées qui ont déclenché la prise de parole massive des femmes. La plus représentative était le twit d’un certain Mathieu, qui disait ne jamais avoir « vu aucune fille se plaindre d’avoir eu à subir le même traitement en France », (?) ce qui lui faisait déduire que « ça demeure un cas relativement isolé » (!).

Si une partie de moi crie « Mon dieu, comment peut-on être aussi aveugle et naïf? » une autre, bien plus intéressante, constate cet aveuglement et s’interroge sur son origine. Refus de voir certaines choses? Peut-être, mais il y a surtout le silence autour du harcèlement de rue. Un silence bien gardé, car aussitôt qu’on le brise, fusent les moqueries, les jugements, les petites agressions verbales, qui semblent destinées à ne surtout pas faire changer les choses.

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Toutes des salopes, ou le mythe du mec trop gentil

Je vais vous raconter une histoire que vous connaissez déjà. Comme vous la connaissez déjà, pour la rendre un peu plus intéressante, et aussi parce que j’ai faim, les protagoniste auront des noms de fruits.

Il était une fois un garçon qui s’appelait Poire.

Poire fréquentait des filles. On lui avait appris qu’il fallait être gentil avec les filles, et Poire était de toutes façons quelqu’un de gentil. Il n’y avait pas besoin de le lui dire deux fois. Il était donc gentil.

Le voisin de Poire s’appelait Melon. Melon n’était pas gentil du tout, lui. Il faisait pleurer les filles et elles allaient se faire consoler par Poire. Celui-ci, bien sur, désapprouvait fort sa conduite. Lui, Poire, c’était un mec bien. Il respectait les filles, il les écoutait, il blaguait avec elles, bref, c’était leur ami.

Et pourtant, Poire enviait un peu Melon. Il ne comprenait pas. Il avait beau être gentil, serviable, agréable et tout, il restait désespérément célibataire.
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