Le nouveau sale: microbiologie de la saleté

Qu’y a-t-il de commun entre l’alcool, la lune, les étoiles, l’urine, la javel et les fœtus?

Saviez-vous que votre réfrigérateur était plus sale que votre clavier d’ordinateur, lequel est plus sale que la cuvette de vos toilettes? Et que les glaçons des fast food sont plus sales que les toilettes des fast food? Ce sont les informations dont les journalistes aiment nous abreuver. Ca fait des titres accrocheurs, les gens ont envie de lire, ils lisent, ils se disent « pouah, mon clavier d’ordinateur est plus sale que mes toilettes! ». Ils nettoient leur clavier (et en bousillent un ou deux en passage pour ceux qui ignorent que les produits d’entretien à vaporiser ne sont pas l’ami des claviers). Puis après ils le disent à tous leurs amis en mode « le saviez-vous »: alerte, alerte! Les claviers d’ordinateur sont plus sales que les toilettes!

Pourtant j’ai bien vérifié. Mon clavier d’ordinateur ne dégage aucune odeur suspecte, il n’est ni tâché, ni gluant, ni quoi que ce soit. De même que les glaçons des fast-food que je me rappelle avoir consommés dans une vie antérieure: ils n’ont rien de suspect a priori.

Oui, mais là on parle d’une crasse invisible, dangereuse, sournoise, celle qui va vous rendre malade et vous tuer: les bactéries.

En fait, toutes ces infos croustillantes évoquant la saleté ou la propreté ne font que parler de la présence de plus ou moins de bactéries. Sur un mode: plus y a de bactéries, plus c’est sale.

Les bactéries, c’est caca (?)

Donc les bactéries sont sales. Partant de ce principe, un petit calcul devrait vous traumatiser à vie: votre corps est composé d’environ 1013 cellules (c’est à dire 1 avec 13 zéros derrière, soit dix mille milliards si je ne me trompe pas). Et il contient de l’ordre de 1014 bactéries (cent mille milliards). Vous êtes donc habité de 10 fois plus de bactéries que vous n’avez de cellules. Vous êtes sale. Très sale.

Vous préférez absorber des boissons ou des aliments propres? Le coca cola est plus propre que l’eau, c’est clair (très peu de bactéries peuvent survivre à l’acidité du coca). Pas forcément meilleur pour votre santé, cela dit. Mais vous pouvez également vous désaltérer de votre urine, qui est stérile si vous n’êtes pas malade. Elle est donc « plus propre » que l’eau.

En fait, non seulement vous êtes très sale, mais tout ce que vous touchez devient sale, et quasiment tout chez vous et à l’extérieur de chez vous est sale, à quelques exceptions près. L’intérieur de votre cerveau est propre, par exemple. Votre bouteille d’alcool à 90° est propre. Le contenu de vos boîtes de conserve est bien plus propres que vos plats maisons. Le coca, l’alcool, la lune, les étoiles, l’urine, la javel et les fœtus sont propres, ainsi que les cratères de volcan en activité. A peu près tout le reste est sale. Mars est peut-être un peu plus sale que Jupiter.

Vous savez ce qui est propre aussi? Prenez du caca, faites-le bouillir. Voilà, c’est propre. Vous pouvez en manger. Par contre, ne mangez pas de fromage, ni de yaourt (même de soja!), qui grouillent de bactéries vivantes. Lire la suite

Attachement et autonomie chez l’enfant: considérations éthologiques et ethnologiques

J’ai expliqué dans l’article précédent en quoi nos conceptions actuelles de l’éducation, et en particulier de l’acquisition de l’autonomie, reposent sur des prémisses héritées du patriarcat. Selon ces théories, la relation mère-enfant fusionnelle serait étouffante et nocive non seulement pour l’enfant mais également dangereuses pour la famille. De plus, sans une rupture précoce et provoquée par les parents (traditionnellement par le père, mais avec la complicité de la mère, bien qu’il y ait des variantes dans les théories actuelles), l’enfant n’apprendrait jamais l’autonomie et resterait toujours dépendant, fragile et vulnérable.

Dans ces théories, le lien mère-enfant est considéré avec une très grande méfiance, comme quelque chose de potentiellement dangereux. De plus, les besoins de proximité exprimés par le petit enfant sont souvent qualifiés de « caprices », comme n’étant pas des « vrais besoins ». Quant à l’attachement de la mère à son enfant, il serait carrément criminel…

Retour aux bases : d’où vient l’attachement?

I- Le lien mère-jeune chez mes mammifères: généralités

L’attachement entre la mère et l’enfant n’est pas propre à l’espèce humaine. De tels liens d’attachement existent chez tous les mammifères(1). L’attachement apparait très vite dans le comportement du jeune. Chez les mammifères nidifuges, comme le mouton, il apparait dans les heures ou les quelques jours suivant la naissance (c’est un peu plus rapide pour la mère). Chez les nidicoles, comme le chien, il est un peu plus tardif car le nouveau-né est limité dans ses capacités sensorielles et met un peu plus de temps à être capable de reconnaître sa mère. Il est cependant assez rapide puisque les chiots seront attachés à leur mère à peu près au moment où ils ouvriront les yeux, vers l’âge de 15 jours, parfois 3 semaines. De plus, quelle que soit la maturité du jeune à la naissance, la mère s’attache rapidement à sa progéniture et réagira à ses vocalisation de détresse (le tout jeune chiot ne sait pas reconnaître sa mère mais criera néanmoins s’il a froid, faim ou s’il est seul).

Qu’est-ce que l’attachement et comment s’exprime-t-il? L’attachement est un comportement naturel chez le jeune mammifère. Il se manifeste par un bien-être de l’individu réuni avec le partenaire d’attachement, et au contraire par un état de détresse lors de la séparation, et bien sur par un comportement de recherche de contact (puisque ces contacts sont source de bien-être). En éthologie on mesure l’attachement par l’observation des comportements mais aussi par des marqueurs physiologiques: par exemple la séparation va provoquer une augmentation de l’activité locomotrice, des vocalisations de détresse, et une augmentation des marqueurs de physiologiques de stress: accélération respiratoire et cardiaque, élevation du taux d’hormones comme l’adrénaline ou le cortisol. A l’inverse, la réunion avec le partenaire, mais aussi les contacts physiques avec celui-ci, sont sources d’apaisement qui peut également se mesurer par des marqueurs physiologiques: baisse du rythme cardiaque, production d’hormones apaisantes comme l’ocytocine, baisse du cortisol, etc.

Il y a, principalement, trois choses importantes que j’ai apprises au cours de mon travail sur les comportements d’attachement chez le jeune mammifère: Lire la suite

Confiture de culture

Il faut quand même que je vous dise un truc.
Souvent, sur ce blog, on m’accuse d’attaquer des gens. D’habitude je ne répond pas, parce que généralement c’est entièrement malhonnête. J’ai écrit contre le couple, contre le concept (pas si) moderne du couple, mais je n’ai JAMAIS dit que les gens qui étaient en couple étaient des cons. J’ai écrit souvent contre la viande et l’exploitation des animaux, mais je j’ai JAMAIS traité de con ou de salaud quelqu’un qui mange de la viande ou du fromage. J’ai écrit contre les mécanismes sociaux qui font que Poire est Poire, mais je n’ai jamais dit que Poire était un « loser ». etc.

On me fait dire tout et n’importe quoi. Sans vouloir me la péter et me prendre au sérieux dans le rôle « grande diseuse de Vérités Universelle qui dérange les moutons bien-pensants », je crois que ce blog est surtout un blog de réflexion sur le monde, la société, sur nous-mêmes, et qu’en écrivant, je déconstruis énormément de ce que nous sommes, de ce que nous croyons. Et que quelque part, oui, sans casser trois pattes à un canard, ça dérange. Ca dérange parce que nous avons perdu l’habitude de penser. Parce que nous apprenons tellement de choses, que nous n’arrivons plus à distinguer ce que nous pensons de ce que nous croyons, ce que nous pensons de ce que d’autres nous ont appris (quels que soient ces « autres »: parents, amis, médias, pub, films, jeux vidéos, frères, sœurs, patrons, employés, radio, télé, presse, et le gars du café du commerce, bref la Société). Et pourtant, pourtant nous croyons, et nous pensons, du moins nous pensons que nous pensons. Lire la suite

Cerise et Melon: Lâchez-leur la grappe.

Plusieurs mois après la parution de l’article « Toutes des salopes, ou le mythe du mec trop gentil« , je reçois toujours des avalanches de commentaires, que vous ne lirez pas parce que j’en ai un peu marre qu’on confonde cet article avec le bureau des pleurs, et de plus ces commentaires n’ont aucun intérêt, ils sont tous du même acabit, ne font pas avancer le débat d’un poil et ne concernent que ceux qui les écrivent.

Résumons. « Toutes des salopes » dresse le profil caricatural, d’un homme malheureux en amour. Cet homme, nommé Poire, est décrit comme une personne peu expérimentée des relations amoureuses, ayant tendance à croire que les femmes se méritent (et non pas qu’elles séduisent et se laissent séduire), et ayant également une sévère tendance à mettre la responsabilité de ses échecs sur le dos des autres. En d’autres termes, Poire est l’artisan de son propre malheur, puisque son attitude est inappropriée au regard de ses désirs et aspirations, ce qui explique ses échecs sentimentaux. Mais, ne comprenant pas pourquoi les choses devraient marcher autrement que ce qu’il a toujours appris théoriquement (et souvent à son insu), au lieu de se remettre en question, et souffrant d’un excès de solitude, il entre dans une spirale de haine des autres et décide que tout est la faute des filles qui ne veulent pas de lui (Représentées dans l’article par le personnage de Cerise) et/ou des hommes qui semblent avoir plus de succès que lui (représentés par le personnage appelé Melon).

Voilà. Et en réactions à l’article, nous avons des dizaines (centaines ?) de personnes qui viennent m’expliquer que Poire est une pauvre petite victime, un incompris, et que les véritables responsables de sa situation, c’est Cerise, cette grosse salope, et Melon, cet enfoiré.
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