Végéphobie, oppression réelle ou victimisation?

La végéphobie, oppression réelle ou victimisation outrancière? Les vegans eux-même forment deux camps opposés.

D’un côté:

Oui, je suis opprimé. Je subis des moqueries, rejets, discriminations à cause de mon régime alimentaire.

De l’autre:

Arrêtez de vous victimiser, c’est indécent de comparer quelques remarques désagréable à une véritable oppression.

 

J’ai longtemps louvoyé entre ces deux positions. Je pense que d’une certaine façon, les deux sont vraies. Mais dire ça, ce n’est rien dire. Je vais donc développer.

La végéphobie est-elle une oppression?

Là, comme ça, j’ai envie de dire non. Quand je vois le titre de l’article « végétarien, je revendique le statut de minorité opprimée« , j’ai un peu envie de dire au mec qu’il se victimise et que son statut de végétarien n’est pas grand chose comparé au fait d’être gay, trans, racisé, ou autre. Et pourtant, sans moi-même revendiquer le statut de minorité opprimée, je comprend un peu ce qu’il veut dire par là.

Au lendemain de la Veggie Pride 2013, je suis allé faire un tour sur les sites d’actualité. La plupart des articles n’étaient pas terribles, même si l’évènement a parait-il eu une bonne couverture médiatique dans la presse Genevoise. Enfin dans l’ensemble, ce n’était pas si mal. Mais un gros mot a suscité des réactions très fortes: végéphobie. Réactions à chaud: « mais non ils sont pas discriminés les végétariens ».

Y a un truc que j’adore, c’est qu’on m’explique si je suis discriminée ou non. Si une personne me dit qu’elle est discriminée, je trouve peu respectueux de lui répondre du tac-au-tac « non t’es pas discriminé ta gueule », surtout si je ne connais rien de sa situation. Or, des gens qui n’ont jamais vu un végétarien de près réagissent au terme « végéphobie » en déclarant que ça n’existe pas. Qu’en savent-ils?

Pour me faire l’avocat du diable, ou plutôt des gens qui parlent bêtement avant de réfléchir, ce ne sont pas les articles en ligne qui vont les instruire beaucoup sur ce qu’est la végéphobie. Pour enfoncer le clou de l’incompréhension, certains articles évoquaient un parallèle entre la végéphobie et l’homophobie. Or, je l’ai dit, je ne pense pas qu’on puisse comparer. Je ne pense pas qu’on puisse affirmer que la végéphobie est « aussi grave » que l’homophobie, ni qu’elle prend les mêmes formes. Par exemple, je ne crois pas que des gens se fassent frapper ou assassiner ou violer parce qu’ils sont végétariens. A priori ce n’est pas le cas. Je comprend qu’évoquer un parallèle entre homophobie et végétarisme puisse décontenancer a priori, surtout quand on n’est pas végétarien et que donc on n’a aucune idée de ce que c’est qu’être végétarien.

Pourtant, je pense que le parallèle n’est pas complètement idiot. Attention: je ne dis pas que les végétariens subissent une oppression comparable à l’homophobie. Je dis juste qu’il y a un parallèle intéressant à faire. J’y reviendrai.

Je ne sais pas si la végéphobie est une oppression, mais ce dont je suis sure, c’est que les végétariens, et surtout les véganes, sont victimes de discrimination.

Alors oui, j’ai beaucoup lu sur les réseaux sociaux des choses comme « non mais ça va, on vous fait des blagues et vous mangez moins bien au restau, mais c’est pas grand chose ». Oui mais non, la discrimination est à mon avis bien réelle, et ne s’arrête pas à quelques vannes mal placées; de plus, cet humour est, je pense, lourd de sens. Lire la suite