Appel contre l’incitation au viol sur internet

 L’intégralité de cette tribune peut être téléchargée ici. Toute personne adhérant à cet appel peut le reprendre à son compte et le reproduire, le diffuser et le publier.
 

Incitation au viol sur un site de coaching en séduction

Nous, militantes féministes, avons récemment dénoncé un site de coaching en « séduction » appelé Seduction By Kamal (1) comme incitant au viol. Lire la suite

Poire le nice guy: portrait robot

Je pense vous avoir suffisamment bourré le mou, chers lecteurs, avec le personnage de Poire. Pourtant, je vais reparler de lui, hé oui.
Rappelons les faits. Je sais que pour certains, et surtout certaines(1), ce sera très redondant. Mais je reçois encore et toujours des commentaires de gens qui n’ont rien compris à l’article originel. Et je ne les publie pas, parce que je ne vais pas réexpliquer la vie à chaque personne individuellement, d’autant plus que ce genre de commentaires expriment en général plutôt une réaction de défense qu’une recherche de vérité, qu’une demande de précision ou qu’un supplément d’informations. Pour faire court, en plus d’être à côté de la plaque, ils n’ont d’intérêt que pour ceux qui les écrivent.

Mais bon, je suis gentille, vous vous souvenez, j’aime les fleurs et les papillons. Donc je vais revenir sur l’article. Ca me permettra d’étoffer un peu, et de préparer la suite…

Poire est un personnage que je n’ai pas inventé, je lui ai juste donné un nom et j’ai analysé son comportement d’un point de vue féministe, ce qui n’avait pas été fait à ma connaissance. Poire est déjà connu sous le nom de « nice guy », bien que d’une façon un peu différente puisqu’il n’est habituellement pas analysé sous l’angle des rapports de genre, mais comme un cas individuel, à part. Ce qui est problématique dans la mesure où il représente quelque chose d’extrêmement courant dans le comportement des hommes. C’est un peu comme considérer le viol comme un évènement isolé: ça ne tient pas. C’est un phénomène social.
Certains tentent d’expliquer le « poirisme » (ou l’existence du « nice guy ») par des interprétation fantaisistes. Dans un grand élan machiste, on accuse les mères, les femmes en général, et même le féminisme, de l’existence de tels comportements masculins. Certains réacs évoquent aussi l’absence de construction de la masculinité par la disparition du service militaire. Des trucs comme ça. Or, j’ai justement montré en quoi le « Poirisme » était justement le fait du patriarcat (ça ne veut pas dire qu’il n’existe pas d’autres facteurs, mais il me semble difficile d’analyser le phénomène d’un point de vue sociologique sans évoquer le patriarcat). Il est possible que des analyses sérieuses aient tenté d’expliquer le pourquoi du Poirisme, mais je n’en connais aucune. Dans les « explications » courantes, le Nice Guy est un Nice Guy parce qu’il est con, parce que sa maman est conne de l’avoir mal élevé, parce qu’il a pas assez de couilles, parce que les femmes sont des chieuses, parce que les féministes racontent des conneries, parce que les filles sont trop superficielles et idiotes pour savoir avec qui elles devraient coucher, parce que les filles préfèrent les connards par masochisme ou stupidité féminine, ou pour aucune raison particulière.

Alors, qui est Poire?

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La terreur du râteau

On l’appelle crampe, veste, râteau, vent, stop, bûche, gamelle. Sa seule pensée pétrifie les hommes, eux sur lesquels est censés reposer tout devoir d’action en matière de séduction…
Cet article se place dans un contexte bien spécifique, celui des relations de séduction hétérosexuelles au sein d’une société viriarcale, où le devoir d’initier une relation repose tout entier sur les larges épaules de l’homme. L’homme qui, du coup, se prend les râteaux. Et ça, l’homme, il déteste. Pire, ça le terrifie… Pourquoi?

Vous connaissez cette histoire? Ils se sont rencontrés. Ils se plaisaient. Ils sont allés au restau. Ils ont dansé. Ils ont dansé de très près. Ils ont flirté. Un peu plus tard dans la soirée, ils se sont isolés tous les deux. Un silence est passé, vaguement géné. Puis rien. Ils se sont dit au revoir et chacun est rentré chez soi.
Elle s’attendait à ce qu’il l’embrasse. Il a pensé qu’elle devait sans doute s’attendre à ce qu’il l’embrasse, mais il n’en était pas tout à fait certain. Le temps qu’il se décide à faire quelque chose, le charme était rompu. Il a fallu se quitter, maladroitement, un peu froidement. Probablement il se sent bête. Souvent, elle est un peu vexée.

Longtemps, je me suis demandée: pourquoi cette peur du râteau?
« Tu ne comprends pas », m’a-t-on dit. « c’est terrible de se prendre un râteau ».
Je continuais à penser que ce n’était terrible que parce qu’ils considéraient cela comme terrible. Je pensais que cela faisait partie du jeu. Vous savez, celui dont personne ne choisir les règles: il propose, elle dispose. Il y aurait beaucoup à dire sur l’inhibition de la sexualité des femmes qui empêche à celles-ci de proposer, ou même de communiquer efficacement leur désir. Il y aurait beaucoup à dire aussi sur ce système de valeurs viriarcal, privilégiant l’action et l’audace, qui pousse les hommes à « proposer » le plus possible et floute parfois un peu la limite entre proposer et imposer. Mais laissons cela pour le moment.

Bien sur, on peut apprendre à gérer la peur du râteau. Tout homme ne se sent pas profondément anéanti parce qu’il vient de se manger un méchant vent en essayant d’embrasser une femme. Tout dépend de sa fragilité psychologique, de son amour-propre, de son expérience, des relations qu’il entretenait avec la personne, de ce qu’il en espérait, de la façon dont les choses se sont déroulées. Tout dépend de plein de choses.
Je sais que les sargeurs et autres PUA, cette bande de clowns du viriarcat moderne, mettent la peur du râteau sur le compte de l’inexpérience, du manque d’estime de soi, et arguent que l’on peut parfaitement affronter cette peur jusqu’à la faire disparaître. A vrai dire, ils n’ont pas tort sur toute la ligne. L’un des rares mérites de la « sarge » et de toutes ces théories sur la séduction (souvent fumeuses), c’est de permettre à certains hommes de passer outre cette peur du râteau, de la relativiser, de prendre du recul par rapport à ce que ça signifie, à ce que ça représente.

Et justement, ça représente beaucoup. Là où l’analyse est tristement limitée, c’est en ce qu’elle attribue la peur du râteau à la simple inexpérience ou au manque d’estime de soi.
Or, il ne suffit pas de s’être pris beaucoup de râteaux pour ne plus en avoir peur, ni d’avoir connu beaucoup de femmes, ni même d’être quelqu’un d’épanoui et de relativement sur de soi. Bien sur, quelqu’un ayant un faible amour-propre vivra plus mal encore cette expérience. Bien sur, les hommes sont inégaux devant la peur du râteau. Mais il existe des gens tout à fait surs d’eux, extravertis, ayant une solide expérience de la vie, qui sont pétrifiés à l’idée d’essuyer un refus. Au point qu’ils choisissent souvent de ne pas agir.
Bien sur, on pourrait légitimement se demander pourquoi c’est toujours aux hommes d’agir dans ce genre de situations, mais ça nous ferait sortir du sujet. Et la question reste en suspens: qu’y a-t-il de si terrible à se prendre un râteau?

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