La bonne façon de réagir

Suite à mon récent article sur le slut-shaming, en particulier en ce qui concerne les jeunes filles qui s’habillent court, plusieurs personnes ont réagi en disant qu’il fallait « expliquer » à ces enfants ce qu’elles provoquent comme pensées ou regards en s’habillant ainsi, qu’il fallait les « prévenir », les « mettre en garde », afin qu’elles sachent « comment réagir ».

Une fois n’est pas coutume, je vais parler un peu de mon expérience, parce qu’elle est, je pense, assez représentative. À vrai dire ça me gène un peu de parler de ça, mais je pense que ça peut être utile à certains qui voudraient éventuellement comprendre certaines choses à propos de ce qu’est être une femme dans cette société. Peut-être que ça va choquer des gens, mais paradoxalement beaucoup de femmes s’y reconnaitront, au moins en partie.

Je vais sur mes 30 ans. Pour moi, le harcèlement de rue a commencé non pas quand j’avais 18 ans, ni même 16-17 ans. Le harcèlement de rue a commencé quand j’ai eu 12 ans.

12 ans c’est peu. 12 ans c’est quand tu es en classe de cinquième. 12 ans c’est un âge où on joue encore un peu aux barbies et aux polly pocket (oui vous savez ces petites jouets avec des maisons de poupées qui n’ont jamais de toilettes). 12 ans c’est quand je dessinais des chats dans les marges de mes cahiers à l’école.

Alors maintenant pour être claire, je vais décrire un peu plus précisément ce que j’entends par harcèlement de rue. La harcèlement de rue c’est les mecs (adultes) qui, par exemple:

  • T’alpaguent bruyamment dans la rue en te disant « t’es trop bonne » ou « oh les gros nichons » etc…
  • Te suivent. Te suivent en te parlant (que tu répondes ou non) ou en te demandant ton numéro de téléphone, si t’as un copain, si tu suces… Ne partent pas si tu le leur demande.
  • Te traitent de salope, de pute.
  • Te regardent littéralement comme si tu étais un paquet de viande, d’une façon totalement ostensible, des pieds à la tête.
  • Te regardent ostensiblement en sortant et remuant leur langue et/ou en passant leur langue sur leurs lèvres d’une façon absolument dégueulasse.
  • Te touchent le cul ou les seins vite fait en passant, ou dans l’ascenseur.

Je ne vais pas faire une liste exhaustive, je pense que ça donne une idée assez représentative du problème que j’essaie de dénoncer. Donc tu vois moi à 12 ans je vais au collège, je dessine des chats dans mon cahier de texte, et en sortant un mec me regarde en me faisant des signaux obscène avec sa langue ou me crie que je suis bonnasse. C’est du moins quand j’avais 12 ans que ça a commencé, ça s’est intensifié au fil des années et c’est vers 15-16 ans que je subissais ce genre de choses le plus souvent. Ce n’est que vers 22-23 ans que ça a vraiment commencé à diminuer. Aujourd’hui je suis beaucoup plus tranquille, même si ça m’arrive encore assez régulièrement. Lire la suite

Ces enfants trop bruyants

J’ai récemment réagi sur Twitter à l'(excellent) article de Mme Déjantée Territoires d’enfants, territoires d’adultes: à qui appartient l’espace? (lisez-le, c’est un ordre). Plusieurs personnes ont trouvé ça intéressant, donc je vais essayer de synthétiser ce que j’en disais dans un mini-article.

L’article de Mme Déjantée met en lumière le fait que l’espace urbain soit considéré comme appartenant principalement aux adultes, avec un fractionnement de plus en plus important entre les groupes: tel espace est réservé aux enfants, des lieux de vie en général ils sont soit exclus, soit à peine tolérés.

Cela m’a renvoyé à une discussion désagréable que j’ai eue il y a quelques temps avec certains Child-Free intolérants (nb: je suis totalement solidaire des child-free, j’en parle ici, mais y a vraiment des gens intolérants, d’ailleurs ce n’est pas propre aux CF de toutes façons). Donc des gens sur un groupe CF m’ont dit en gros, qu’ils avaient fait le choix de ne pas faire d’enfants (ok très bien), et que, par conséquents, ils n’avaient pas à subir le choix des gens d’en avoir (?). Comprenez: ne pas subir l’horrible présence d’enfants dans l’espace public.

Interloquée, je leur ai demandé: mais mon gosse, j’en fais quoi? Dois-je rester avec lui enfermée à la maison, dois-je me passer de transports en commun et ne jamais aller dans les supermarchés? Aucune réponse bien concrète ne m’a été apportée: d’après eux, je n’ai simplement pas à « imposer la présence de mon enfant » dans l’espace public (rues, squares, bus etc…). Avec options insultes: sale pondeuse, t’avais qu’à avorter, etc…

Cette volonté de compartimenter l’espace pour exclure femmes et enfants de la sphère publique, est un des signes les plus évidents de l’oppression particulière qui unit les femmes et les enfants: c’est à la fois de l’âgisme et de la misogynie. La rue appartient aux hommes adultes, les autres sont juste tolérés sur leur territoire. Or, de mon point de vue, non seulement j’ai parfaitement le droit de circuler, mais mon enfant aussi. Je ne pense pas que la rue appartienne davantage à un homme adulte qu’à un jeune enfant. Et ce, même si les enfants sont parfois bruyants. Lire la suite

Éduquer sans punir

Bien avant d’avoir un enfant, je savais déjà que j’étais plutôt contre les punitions. L’expérience de la parentalité, mes lectures et mes réflexions sur les relations parents-enfants n’ont fait que me conforter dans cette opinion. J’ai d’ailleurs déjà écrit sur les punitions corporelles; mais à travers les lignes, on a peut-être pu deviner que les punitions en général ne convenaient guère à la façon dont j’envisage une relation saine entre enfants et adultes.

Et pourtant… Généralement, quand je dis que je suis contre les punitions, on me dit:

-Mais il faut bien qu’il comprenne les limites!
-Les enfants ont besoin de limites!
-Mais tu vas le laisser tout faire??
etc…

Je trouve ça très grave. Pourquoi? Parce que cela montre que la plupart des gens n’envisagent la communication avec leurs enfants que sous forme coercitive, que sous forme d’une relation de pouvoir. Une sorte de dressage en somme.

Mais qu’est-ce que punir? Punir, c’est infliger volontairement un désagrément à un enfant (ou un adulte ou un animal…), dans le but de modifier son comportement. Donc punir c’est du dressage, ou, pour employer un terme plus neutre, du conditionnement. Récompenser ou complimenter aussi, en somme (du moins si ça a pour objectif de modifier le comportement de l’enfant, mais on peut aussi complimenter sans avoir d’idées derrière la tête).
Et, de mon point de vue, cette façon d’agir n’a pas beaucoup de sens.

Je ne suis pas fondamentalement opposée à toute forme de dressage. Je ne pense pas que le conditionnement soit forcément une mauvaise chose dans tous les cas, pour tous les enfants ou dans toutes les situations (on peut même chercher à se conditionner soi-même). Ce qui me pose problème, c’est que le dressage soit à la base de la relation parents-enfants, qu’il intervienne quasiment en toute situation. Il est aussi à la base du système scolaire (à travers les notes, entre autres). Quand on me demande si je vais laisser mon gamin faire tout ce qu’il veut, sans la moindre limite, cela montre que l’apprentissage aux enfants des limites, de la vie en société, et même de la vie tout court, ne s’envisage que sous forme de dressage. L’enfant est censé agir comme les adultes le souhaitent pour éviter un désagrément (être frappé, mais aussi être moqué, exclu, mis au coin, chargé de corvées etc…) ou encore pour obtenir quelque chose d’agréable en échange (un bonbon, un bon point, un compliment, une bonne note…).

1) Les punitions n’apprennent pas la vie en société

Être conditionné n’est pas apprendre à agir en société. C’est plutôt singer l’apprentissage de la vie en société. Par exemple, si je ne frappe pas les gens qui m’énervent, ce n’est pas pour éviter une punition. C’est parce que je considère que la violence est mauvaise et ne résout pas les problèmes, parce que je sais qu’il faut de la tolérance les uns envers les autres pour vivre ensemble.
Si le problème pour moi n’était pas le comportement violent en soi, mais ce qui pourrait m’arriver en cas de comportement violent, alors je pourrais frapper mon enfant, un chat ou un chien, ou quelqu’un de plus petit que moi, dans le cas où personne ne me verrait, ou bien si ce n’était pas puni par la société dans laquelle je vis (par exemple on ne va pas en prison pour avoir frappé son chien). Je sais que l’exemple paraît basique, mais on touche là aux limites de la punition, et ce que ce soit dans l’éducation ou dans la société en général. Une personne qui ne frapperait pas parce qu’elle s’exposerait à quelque chose de désagréable, peut très bien soit frapper sans se faire voir, soit trouver quelqu’un ou quelque chose qu’elle a le droit de frapper. Une telle personne ne respecte pas l’intégrité corporelle d’autrui. Et de même, les enfants qui évitent certains comportements sous peine de punition, peuvent très bien avoir ces comportements en cachette. A mon avis, les punitions apprennent surtout aux enfants à ne pas se faire prendre. On peut ensuite leur reprocher de mentir, d’être manipulateurs ou traîtres, mais à mon avis c’est un comportement normal qui résulte d’une approche coercitive. De même, on reproche aux enfants de tricher aux examens ou encore de ne s’intéresser qu’aux notes et pas au travail, alors que c’est le système de note qui les encourage à se comporter ainsi. C’est d’ailleurs à mon avis une constante de l’éducation classique que de reprocher aux enfants des comportements qu’on a soi-même induits chez eux, plutôt que de se remettre en question.

Un enfant qui ne frappe pas les autres sous peine d’être frappé lui-même, ou privé de quelque chose, ou isolé etc… N’est pas un enfant qui a appris les limites de l’intégrité physique des autres. Si en plus on le frappe, on brouille ses propres limites d’intégrité corporelle, ce qui lui permet encore moins de comprendre et respecter le concept d’intégrité corporelle. Si l’enfant n’est pas frappé lui-même, et qu’en plus de le punir on lui explique que frapper fait mal, qu’il faut respecter les limites des autres, etc… Alors il est probable qu’il finisse par comprendre qu’il ne faut pas frapper. Mais ce n’est pas grâce à la punition. A mon avis la punition ne sert à rien et nuit aux relations enfant-adulte.

2) Les punitions sont inefficaces

Je n’ai jamais beaucoup réfléchi à l’efficacité des punitions, puisque de base, je suis plutôt contre. Mais en réfléchissant au sujet, et grâce à une lecture en particulier (Eduquer sans punir, de Thomas Gordon, sur lequel je reviendrai peut-être) j’ai pris conscience de l’inefficacité de l’approche punitive. Les récompenses ne fonctionnent pas vraiment non plus.

Comme je l’ai expliqué, les punitions apprennent aux enfants à mentir, agir en cachette et ne pas se faire prendre. Ce ne sont pas les seules raisons pour lesquelles elles ne fonctionnent pas. Gordon insiste davantage sur le caractère inutile des punitions que sur le fait qu’elles soient nocives à la relation. Donc si vous voulez davantage de détails sur ce point, je vous renvoie vers son livre (si vous ne pouvez pas le lire, j’essaierai d’en faire un résumé sur ce blog). Pour ma part, j’ai l’impression (si je me base sur mes observations) que quand on base sa relation aux enfants sur un système punition/récompense, les punitions et récompensent interviennent très souvent et dans tous les aspects de la relation (puisque l’enfant a tout à apprendre), qu’elles sont relativement peu efficaces et demandent énormément d’énergie aux parents. J’ai toujours l’impression que les tentatives de modifier le comportement de l’enfant sont de plus en plus désespérées. L’usage de punitions met souvent certains parents face au dilemne: punir trop sévèrement, au risque de perturber la relation avec son enfant, d’avoir mauvaise conscience… Ou trop légèrement, donc pour rien. Plus l’enfant grandit, plus il est difficile de le contrôler. Je me suis parfois demandé si ce qu’on appelle « crise d’adolescence » n’est pas plutôt la crise des parents face à leur enfant qui devient adulte et donc refuse l’autorité. Mais le conflit qui éclate alors au grand jour existe depuis que l’enfant est tout petit puisque punir, c’est se mettre en quelque sorte en conflit avec l’enfant.

3) Les punitions nuisent à la qualité de la relation

Quand dire la vérité nous expose à quelque chose de désagréable, on ment. Quand des désirs, des émotions, des sentiments sont indésirables, on les dissimule. Quand notre bonheur ou nos petits plaisirs dépendent de l’autorité d’une personne plus puissante, on la manipule.

Je n’ai pas envie d’une telle relation avec mon enfant. Non seulement je pense que c’est tout à fait illusoire de contrôler réellement le comportement d’une personne – fût-elle un enfant – par quelque moyen que ce soit, non seulement je pense qu’être un individu contrôlé par d’autres personnes via un système de punitions/récompense n’est PAS synonyme de savoir vivre en société, mais en plus j’ai pas du tout envie d’entrer dans ce schéma relationnel. Parce que c’est d’une relation de pouvoir qu’il s’agit, avec un dominant et un dominé. Or, personne n’aime être contrôlé. Cette relation est une relation conflictuelle. Les adultes ont tendance à mettre le conflit sur le dos des enfants, parce que ceux-ci ne se comportent pas exactement comme les adultes le voudraient. Mais si les enfants sont ce qu’ils sont, ce n’est pas pour emmerder leurs parents. Si un enfant saute dans des flaques de boue, ce n’est pas pour donner davantage de lessive à faire à ses parents, mais parce qu’il aime sauter dans des flaques de boue. Certes, il y a conflit dans le sens où les besoins ou envie des parents de faire moins de lessive sont en opposition avec les besoins ou envie de l’enfant à faire des choses salissantes. Mais je pense que ce sont les adultes qui transforment cette opposition de besoins en véritable conflit. Puisque l’enfant est généralement inconscient des conséquences négatives de son comportement, c’est pourquoi il s’en fiche. Nous avons tendance d’ailleurs à sous-estimer cette inconscience, comme si on voulait rendre l’enfant réellement responsable du conflit. On dira par exemple « mais il le sait bien qu’on doit faire des lessives ». Oui, mais un enfant ne fait pas de lessives et donc il ne sait pas que nettoyer c’est fatiguant. Donc c’est un problème de communication.

J’en viens à comment envisager une relation avec les enfants qui ne soit pas basée sur les punitions.

Éduquer sans punir?

On part généralement du principe que les enfants sont incapables de prendre en compte les besoins des autres. Dans un sens, c’est vrai parce qu’ils ont tout à apprendre de la vie en société. Mais en les punissant quand ils franchissent certaines limites, on part néanmoins du principe qu’ils sont incapables de respecter les limites des autres s’il ne leur arrive pas quelque chose de désagréable quand ils le font.

Or, je pense que l’humain étant un être social, comme la plupart des animaux sociaux nous avons tendance à essayer d’éviter les conflits et de tenir compte des autres, et ceci même quand nous sommes petits. Bien sur, les enfants ne savent pas encore respecter les limites des autres parce qu’ils n’ont pas conscience d’où se situent les limites. Un tout petit bébé ne sait pas que griffer fait mal, au point qu’apprendre à ne pas se griffer lui-même peut lui prendre quelques mois… Quant à avoir conscience qu’il existe d’autres personnes, et qu’on peut les faire souffrir, c’est peut-être même l’affaire de quelques années (et peut-être aussi que cela demande, malheureusement, des phases d’expérimentation?). Néanmoins, je pense que nous venons au monde avec un besoin de vie en société, et une capacité incroyable à s’y adapter.

Alors concrètement, comment élever un enfant sans recourir aux punitions? Je crains de ne pas pouvoir répondre ici. Je ne suis pas experte en éducation, je me contente de suivre mon intuition, de comparer, d’analyser, de réfléchir. Et parfois d’agir dans le feu de l’action, comme tous les parents, et donc de faire des erreurs. Et de réfléchir ensuite. D’ailleurs rien ne dit que je ne punirai jamais, je ne suis pas parfaite, j’ai fait des erreurs et j’en ferai de nouvelles.

Je vais donc me contenter de proposer quelques pistes de réflexion sous forme de questions. Mais vous pouvez aussi faire vos propres recherches, de nombreux écrits existent déjà sur le sujet, comme le livre dont j’ai parlé, les 20 alternatives à la punition d’Aletha Solter, le blog de la Poule Pondeuse, etc…

Faut-il tout laisser faire aux enfants?
Oui et non. Je pense que dans la pratique, ce qu’on doit ou non laisser un enfant faire est une question extrêmement compliquée, et ce dès le début. Pour ma part j’essaie d’appliquer un principe simple qui est le suivant: à peu près tout est autorisé, excepté ce qui fait mal à soi ou aux autres. Ça parait simple comme ça mais en pratique, c’est relativement complexe. (Je le laisse manger son gâteau une fois qu’il l’a frotté sur le sol ou pas? Je le laisse grignoter cette feuille de papier? Je le laisse prendre le jouet de l’autre bébé si celui-ci ne pleure pas? etc…).
C’est justement parce qu’il est très compliqué de se demander si on doit, ou non, laisser un enfant faire quelque chose (et qu’il faut parfois décider en 2 secondes), qu’il nécessaire, à mon sens, d’avoir des principes simples en tête.
La règle de ne pas faire mal à soi ou aux autres peut paraître très basique. Elle force en fait à se demander pourquoi telle chose que j’ai envie d’interdire devrait l’être, donc en quoi quelque chose me dérange dans la mesure où ça ne fait de mal à personne. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les parents ont tendance à interdire de nombreuses choses qui n’enfreignent pas cette règle. Par exemple détruire ses jouets, s’habiller d’une certaine façon, parler d’une certaine façon… Quand j’ai envie d’interdire quelque chose, mais que je n’ai pas de motif précis, ça me force à me demander quel est mon problème. Par exemple, ce qu’on va penser de moi en tant que parent peut m’amener à interdire des choses à mon enfant. Seulement, c’est mon problème, pas le sien…

Les enfants ont besoin de limites!
Je ne pense pas qu’on devrait vraiment formuler ça comme ça. Cette phrase mélange deux choses, à mon avis:
D’une part, les enfants ont besoin d’un cadre. C’est-à dire de s’y retrouver dans ce monde encore inconnu pour eux. Ils ont besoin de repères, de rituels, et dans une certaine mesure, ils ont besoin qu’on les guide, qu’on leur dise ce qui est bien ou mal, qu’on leur indique parfois les conséquences de leurs actes (mais pas tout le temps non plus, laissons-les explorer et découvrir un peu par eux-même). Ils ont besoin de quelqu’un sur qui s’appuyer, une personne de confiance. Je ne pense pas que ce besoin de cadre entraîne un quelconque besoin d’autorité. En fait, les enfants n’aiment pas qu’on soit autoritaire avec eux, qu’on les domine; comme tout le monde d’ailleurs. Si l’autorité parentale peut éventuellement répondre à ce besoin, il existe d’autres façons.
D’autre part, ils ont besoin qu’on leur apprenne à vivre en société, donc à respecter les limites des autres. Ils ont aussi besoin qu’on prenne en compte leurs propres limites et qu’on leur apprenne à les faire respecter (ce que trop de parents oublient de faire, quand ils ne font pas carrément l’inverse…).

Du reste cela me semble curieux de justifier l’usage de punitions en disant que les enfants ont besoin de limites. Les punitions consistent à infliger à l’enfant quelque chose de désagréable s’il franchit les limites. Il existe tout de même d’autres moyens de faire comprendre une limite qu’en infligeant une peine.

Ton enfant va te contrôler / devenir un tyran
Je ne pense pas que les enfants cherchent à contrôler leurs parents. En fait, je crois que, quoi qu’on en dise, les enfants-tyrans sont victimes d’un système éducatif trop autoritaire. On sous-estime beaucoup les enfants. A force de se mettre systématiquement en conflit avec son enfant, il arrive souvent qu’on perde… Gagner le bras-de-fer contre ses parents ne rend pas l’enfant heureux, mais ce n’est pas lui qui l’a initié, à mon avis. Cependant, les enfants s’habituent vite aux situations conflictuelles, et certains deviennent très fort à ce jeu. Quand j’étais animatrice, je prenais soin de ne pas entrer en conflit avec certains enfants, car je les savais dotés de ressources que les adultes ne soupçonnent pas.

Nos actions ont des conséquences…
Je pense que punir est une mauvaise façon d’enseigner aux enfants que les actes entraînent des conséquences. D’ailleurs ce n’est pas forcément à nous de le leur enseigner, ils se rendent bien compte, étant comme nous dans l’existence et non pas en dehors de l’existence (comme certains éducateurs semblent parfois le croire). On peut expliquer, prévenir. Prétendre que les punitions enseignent que les actes entraînent des conséquences, c’est hypocrite, parce que dans le cas des punitions, c’est nous, adultes, qui infligeons quelque chose de désagréable à l’enfant, et en prétendant que c’est dans un but pédagogique, on prétend n’y être pour rien, être extérieurs à ce désagrément que NOUS infligeons. Nous prétendons que tel acte a telle conséquence, mais c’est faux. Bavarder en classe n’a pour conséquence d’aller au coin que si le prof estime que c’est une punition méritée (et on sait tous que bavarder en classe n’entraîne qu’occasionnellement une punition). Par contre, ça a des conséquences en terme de qualité des cours (je dis pas qu’on peut se baser que là-dessus en maternelle pour obtenir le silence, hein… Mais au lycée?). La punition n’arrive que parce que l’adulte croit que c’est bien à ce moment-là, elle n’est pas une conséquence directe de son comportement.
En revanche, les actes des enfants ont des conséquences bien réelles dont nous ne pouvons (et à mon avis, je devons) pas toujours les sauver. C’est un peu difficile d’estimer la limite entre ce que je dois épargner à mon enfant comme conséquence déplaisante pour lui de son comportement, et ce que je peux laisser arriver. Mais par exemple, s’il casse son jouet, il ne pourra plus jouer avec. Je ne vais pas TOUJOURS l’empêcher de casser ses jouets. Je ne vais pas l’empêcher d’expérimenter, de vérifier. Et je ne vais pas TOUJOURS lui racheter un jouet parce qu’il en a cassé un, d’une part ce n’est pas possible car mon budget jouet est limité, et d’autre part, ce serait contre-productif car je l’empêcherais de se rendre compte de la valeur d’un jouet et de ce qui se passe quand on le casse. Ce qui ne veut pas dire, bien sur, que je vais TOUJOURS lui permettre de casser ses jouets si je peux l’éviter (surtout si j’estime qu’il est trop petit pour comprendre ce qu’il fait), ni que je ne vais JAMAIS lui racheter un jouet cassé.

Et sa sécurité?
On évoque très souvent la sécurité pour justifier le fait qu’on fasse obéir les enfants et qu’on les dirige. Alors que dans les faits, on dirige les enfants pour toutes sortes de choses qui ne concernent pas directement leur sécurité: on décide comment ils s’habillent, ce qu’ils mangent, où ils vont, comment ils jouent… J’ai vu une de mes amies se mettre en colère contre sa fille parce qu’elle ne voulait pas se déguiser pour aller au carnaval. Il fallait qu’elle obéisse, qu’elle se déguise pour aller au carnaval alors qu’elle n’en avait pas envie. Il faut toujours que les enfants obéissent, quelle que soit la raison, et quand on critique l’obéissance et les punitions, il y a toujours quelqu’un pour dire que quand même, on va pas les laisser jouer à colin-maillard sur l’autoroute.

Veiller à la sécurité des enfants, c’est à mon avis une grosse partie « prévention » (ne pas laisser traîner d’objets dangereux plutôt que de leur interdire de jouer avec, etc). Mais on ne peut pas tout contrôler. Évidemment qu’il y a des cas où il faut qu’un enfant écoute, qu’il soit attentif, parce que sinon c’est dangereux. Mais enfin si je passais ma journée à crier sur mon enfant pour toutes sortes de choses futiles, je ne pense pas qu’il m’écouterait davantage quand je lui crierai « ne vas pas sur la route! » que si c’est le seul moment de la journée où je crie. Au contraire, même. Mais là il ne s’agit même pas d’obéissance (dans la mesure où les enfants ne tiennent pas spécialement à se faire écraser par des voitures, bien qu’ils soient souvent inconscients du danger), mais simplement de communication. Je ne pense pas que communiquer un danger soit plus efficace dans un cadre d’obéissance. D’autant plus que chercher à faire obéir son enfant à tout et n’importe quoi, c’est aussi lui apprendre à désobéir de temps en temps, à moins d’être surhumain.

Quel avenir pour nos enfants?
Est-ce qu’on veut apprendre l’obéissance à nos enfants? L’obéissance par définition, c’est faire ce qu’on nous dit sans discuter, et sans poser de question, sans forcément savoir pourquoi on doit le faire, et du moins sans discuter de ce pourquoi. Aux parents de décider s’ils ont envie d’apprendre à leurs enfants à obéir à l’autorité. Pour ma part, même si j’ai peu de certitudes en matière d’éducation, je sais au moins une chose, c’est que je ne veux pas faire d’un enfant un bon petit soldat.

Les petites claques

« La raison du plus fort est toujours la meilleure. »
JDLF
« Tu verras, quand t’auras des enfants. »
Des gens.

Ces derniers temps il a été question de violence physique envers les enfants, suite à la campagne « il n’y a pas de petite claque » initiée par la Fondation pour l’Enfance.

On a vu aussi, encore une fois, le défilé de justifications. Il faut bien qu’ils apprennent les limites. Il faut bien qu’ils ne deviennent pas des enfants-roi, des enfants-tyrans; le spectre de l’enfant-roi est agité comme une marionnette, dressant encore des enfants le portrait de petites bêtes à civiliser de peur qu’ils ne deviennent des monstres. En passant je résisterai pas au (dé)plaisir grinçant de vous partager quelques citations relevées dans les commentaires de cet article. Voici les conséquences attendues si on arrêtait de frapper les enfants: Lire la suite