Les animaux d’abord

cochonVégane? Et l’écologie, alors? Et ta santé?

Ma santé, ça va, merci. Et je ne me lancerai pas – je ne me lancerai plus – dans une diatribe fustigeant la viande, ce poison, le lait cette arme de destruction massive, et sur comment je vais tellement mieux depuis que je suis végane et que j’ai perdu du gras du cul et toutes ces conneries. D’un élan désintéressé d’empathie fraternelle, d’une exigence de justice pour les animaux, le véganisme doit-il devenir un « mode de vie » branchouille? Si oui, alors allons-y, montrons nos beaux abdos et nos jolis cuisses fermes. Seul problème: les animaux s’en foutent.

Plus j’évolue dans le véganisme, et plus je me rends compte à quel point nous défendons mal les animaux. En fait, la plupart du temps, nous ne les défendons même pas, occupés que nous sommes à nous défendre nous-même. C’est clair que les véganes sont cools, intelligents et beaux. Et si nous étions tous cons et moches, devrait-on manger les animaux pour autant?

Autant de phrases ou d’idées qui occultent le sort réservé aux animaux:

« Le régime naturel de l’homme est frugivore »
Tu m’en diras tant… Malheureusement, je pense que c’est faux, au mieux c’est inexact. C’est vrai que nous avons une morphologie plutôt frugivore comme les chimpanzées et les gorilles. Mais même nos lointains ancêtres australopithèques consommaient des petits insectes ou des restes de charognes, et c’est ceux qui avaient le régime le plus proche du frugivorisme. Les chimpanzées ont beau être majoritairement frugivores, ça ne les empêche pas d’attraper des singes plus petits et de les bouffer. Et quand on examine le régime alimentaire de nos ancêtres (grâce aux dents fossilisées), il n’apparait pas que le moindre d’entre eux n’ait été strictement végétalien. En fait, la question de savoir si « le régime naturel de l’homme est frugivore » n’a rien à voir avec la choucroute. Les chats ont beau être carnivores, ça ne les empêche pas de brouter de l’herbe, donc même s’il était avéré que nous étions frugivores, ce ne serait pas une raison pour ne pas manger de viande du tout. Ceci étant, le plus gros problème que cette affirmation me pose, ce n’est pas qu’elle soit fausse, mais qu’une bonne partie des gens qui profèrent ce genre d’ineptie sont convaincus que le problème est là. C’est à dire que s’ils changeaient d’avis sur le « le régime naturel de l’homme », ils se mettraient à manger de la viande et des produits animaux. Ce qui signifie que la vie des animaux n’a pas de valeur pour eux. Et si elle a en a une, alors je ne vois pas l’intérêt de rester aussi attachés à de telles croyances et de débattre sans fin pour savoir dans quelle mesure les produits animaux sont mauvais pour la santé, ou pour essayer de prouver qu’il y a bien un « régime naturel » végétalien pour l’être humain.

L'homme est-il naturellement conçu…? NON, personne ne l'a conçu dans un but particulier. D'ailleurs, c'est une femme. Question suivante.

L’homme est-il naturellement conçu…? NON, personne ne l’a conçu dans un but particulier. D’ailleurs, c’est une femme. Question suivante.

Cela vaut aussi pour des arguments de type « aucun animal ne tète le lait d’une autre espèce ». En fait, dans la nature, aucun animal n’a vraiment l’occasion de consommer du lait d’une autre espèce. Si on leur en offre, la plupart ne disent pas non. Bien sur, on peut souligner le fait que nous n’avons pas besoin de boire du lait de vache, mais par pitié, pas d’arguments dignes de la manif pour tous, du genre « c’est contre-nature beurk ». La nature n’a rien demandé, rien exigé. La production laitière exige d’exploiter des vaches, de les abattre à un âge très jeune, de tuer leurs petits, (alors oui il y a toujours un éleveur pour dire qu’il en tue pas ses veaux ou ses chevreaux, qui change de sujet 25 fois quand on lui demande ou il les met, pour finir par admettre à demi-mot qu’il les vend à des gens qui les tuent, alors merci mais ce n’est pas la peine de me raconter des salades). C’est pourquoi les véganes se passent de produits laitiers, ce qui est tout à fait possible. Je ne vois pas ce que Mère Nature vient faire là-dedans.

La viande et le lait sont des poisons, les mangeurs de viande sont en mauvaise santé, obèses, diabétiques…
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Je me fiche de savoir pourquoi vous mangez de la viande.

Très chers lecteurs que j’aime,
Certains d’entre vous commencent à sérieusement me les briser menues.
Vous voulez manger de la viande? Mangez-en. Vous avez le droit.
Vous êtes mal à l’aise quand j’affirme que manger de la viande, c’est accorder plus de valeur au petit plaisir supplémentaire que vous procure un morceau de viande par rapport à un bol de lentilles, qu’a la vie d’un animal?
Ho, comme c’est triste. Je vous plains.

Cet article pourrait ressembler à une attaque frontale contre les mangeurs de viande. Il n’en est rien. La plupart des gens mangent de la viande, c’est comme ça. Je suis contre, et je n’ai pas peur de le dire, mais c’est comme ça. Et je n’ai rien contre les gens qui mangent de la viande, bien que je ne sois pas d’accord avec le fait de tuer des animaux pour ça. Ils ne font que faire ce qu’ils ont appris à faire et à considérer comme une chose « Normale, Naturelle et Nécessaire ». C’est humain et hautement compréhensible.

Mais, si j’admets et je tolère que des gens tuent des animaux pour les manger alors qu’ils pourraient manger autre chose à la place (parce que je suis bien obligée de supporter cette injustice et parce que je ne peux m’élever contre des pratiques socialement admises sans admettre qu’elles soient socialement « normales » et agir en conséquence), donc si je tolère que les gens mangent de la viande, j’en ai plus que ma claque d’entendre leurs éternelles jérémiades et justifications.

Vous mangez de la viande et vous n’avez pas envie d’arrêter? Lire la suite

Pour en finir avec le mythe de la pureté

Suite aux débats qui ont eu lieu sur ce même blog, et qui portaient en partie (mais pas seulement) sur la question de savoir s’il faut ou non promouvoir le véganisme, je voudrais revenir sur un point que j’ai déjà évoqué sur ce blog, mais sur lequel, je pense, je n’ai pas assez insisté.

J’ai évoqué ce que j’ai appelé le mythe de la pureté. Je voudrais rappeler brièvement de quoi il s’agit.

Le mythe de la pureté

Un concept clé pour comprendre ce qu’est (ou ce que devrait être) le véganisme

Le mythe de la pureté consiste à croire que le véganisme est une question de pureté individuelle.

Croire au mythe de la pureté revient à faire du véganisme un problème purement personnel, puisque la pureté et l’intégrité d’un individu ne regardent que lui, un peu comme s’il s’agissait d’une attitude religieuse.

Il est souvent le fait des gens qui critiquent le véganisme, mais aussi de certains véganes eux-mêmes. Ainsi, certains auteurs végétariens ou végétaliens, comme Antonella Corabi dans cet article, ont soumis des critiques constructives du véganisme, en mettant en avant ce thème de la pureté personnelle. Il apparait, à la lexture de ce texte, que la pureté personnelle est un vrai problème, qui freine la progression du véganisme.
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Végéphobie et critique

Mon dernier article offre un petit aperçu  des principales attaques contre le veganisme, enfin du moins celle qu’on rencontre le plus souvent.

En résumé on pourrait les diviser en deux catégories: d’un coté les insultes (moqueries, accusations diverses, etc) et de l’autre, les critiques. Parfois, il peut être difficile de distinguer si l’on a affaire à une insulte ou à une critique: une insulte peut être déguisée en critique. L’inverse arrive aussi: certaines critiques sont parfois formulées de façon insultante. La limite est parfois floue parce que les gens n’ont pas toujours envie que l’on réponde à leurs critiques… Mais bref il faut bien simplifier un peu, car je vais laisser de coté les insultes pour le moment et me concentrer sur les critiques.

Les critiques contre le veganisme sont multiples mais peuvent être facilement regroupées. Pour simplifier encore, je n’aborderai pas non plus les critiques qui sont simplement basées sur des informations fausses, qu’il s’agisse de mensonges, de manque d’information ou de manque de réflexion (par exemple des affirmations totalement fantasmées sur l’écologie, comme quoi ce serait plus écolo de manger de la viande nourrie aux céréales que des céréales directement). Il existe de vraies critiques dont c’est beaucoup plus intéressant de les aborder que de se contenter de lister des imbécillités.

Critiques d’arguments secondaires

Pour commencer il existe, par exemple, beaucoup de critiques contre le fait d’affirmer qu’être vegan serait forcément meilleur pour la santé. A vrai dire je ne suis pas sure que l’on doive affirmer ce genre de choses. Je crois aussi qu’il y a un mélange de malentendus et d’exagération. Affirmer que le veganisme est en tout points supérieur a un régime contenant des produits animaux, je pense que ce n’est pas ce que les défenseurs des animaux veulent dire, et si c’est bien ce que certains disent, alors à mon avis, ils font fausse route. Je ne crois pas que tout régime alimentaire puisse être meilleur que tout autre en toutes circonstances… Globalement, les populations des pays industrialisês souffrent d’un excès de produits animaux dans l’alimentation, c’est pourquoi le veganisme protège de beaucoup de problèmes de santé. Mais je ne pense pas que la viande en petite quantité soit un poison. De toutes façons, le veganisme est un choix éthique avant tout. On peut vivre en bonne santé sans exploiter les animaux, c’est ce qui importe. Le fait que le veganisme ait d’autres avantages que ne pas exploiter les animaux, c’est bien, mais à la limite ce n’est pas le sujet.

Donc dire qu’être vegan c’est pas forcément la seule et unique solution d’être en meilleure santé, ce n’est pas une critique du véganisme en lui-même sauf si on a pas vraiment compris le principe.

Ce sont des critiques un peu à coté de la plaque parce qu’elles ne remettent pas en question, finalement, le fait d’être vegan. Elles ne disent rien contre, si j’ose dire, la supériorité éthique du véganisme par rapport au style de vie qui est la norme et donc qui consiste à vivre sans se soucier de savoir si on exploite ou non les animaux. Cet élément crucial du véganisme, celui qui le constitue en quelque sorte, est finalement rarement remis en question. C’est difficile d’argumenter pour dire qu’être vegan n’est pas plus éthique que de ne pas l’être.

Avant d’aller plus loin dans mon propos, je précise quand même que quand je dis que ces critiques sont à coté de la plaque, ce n’est pas vraiment péjoratif, du moins ce n’est pas contre ceux qui les émettent. Je pense que si les gens émettent de telles critiques, c’est souvent parce qu’ils ne font que répondre aux arguments des végans, qui parfois ont un peu trop tendance à parler de santé ou d’écologie qui sont des sujets secondaires, peut-être parce qu’ils pensent (à tort ou à raison) que les gens s’y intéressent plus facilement. La vraie raison pour laquelle on devient vegan et qu’on le reste, c’est parce que c’est un choix éthique.

Et donc si l’on écarte tout ce qui concerne les arguments secondaires du veganisme, on en vient au mythe de la pureté. Mais avant de développer, je voudrais me pencher sur une objections courante contre le véganisme en lui-meme qui est celle du tout-ou-rien.

Le tout-ou-rien

Pour mieux comprendre ce qu’est le mythe de la pureté, voici ce qui se passe généralement lorsque vous devenez vegan:

Vous prenez conscience, d’une façon ou d’une autre, que l’exploitation des animaux est une mauvaise chose. Vous décidez donc de vous passer des produits de cette exploitation (selon les gens ça peut prendre plus ou moins de temps). Vous vous renseignez et vous effectuez quelques aménagements dans votre vie pour ne plus utiliser les produits issus des animaux, viande, lait, oeufs, cuir… Ainsi que ceux fabriqués en faisant souffrir des animaux.

Par exemple au lieu d’acheter de la viande vous achetez des lentilles, au lieu du lait de vache vous prenez du lait de soja ou de riz et au lieu d’un dentifrice lambda vous en choisirez un d’une marque qui ne teste pas sur les animaux.

Le veganisme est aussi simple que ça. C’est presque idiot tellement c’est simple.

Vous êtes donc tout heureux de vivre sans profiter de l’exploitation des animaux car vous pensez que ce sont des êtres sensibles qui ont le droit de vivre sans être utilisés comme des objets, que les vaches ne sont pas faites pour vous faire du lait tout comme les tigres ne sont pas faits pour vous distraire en sautant dans ces cerceaux.

Mais tout de même, à ce stade vous semblez bien ne pas êtres un parfait crêtin, et donc arrive un moment ou vous réalisez que les produits que vous consommez peuvent poser d’autres problèmes éthiques qui ne sont pas des problèmes d’exploitation des animaux.

Par exemple certains produits sont fabriqués par des employés sous-payés, ou nécessitent de nombreuses étapes de transport et de transformation et ne sont pas écologiques. Certains produits participent plus que d’autres à la destruction de l’environnement, ce qui, indirectement, nuit à la vie des animaux sauvages.

Il y a aussi le problème des composants animaux qui se cachent dans tous les produits de consommation courante, que vous ne savez pas très bien comment éviter. Il est relativement facile de ne pas utiliser de lait animal ou de cuir, mais comment ne plus utiliser de papier? Pourtant il semble que les papiers contiennent des matières animales et la seule solution pour avoir du papier vegan serait de le fabriquer soi-même… Et comment éviter d’utiliser des billets de banque? Sachant qu’il y a probablement des matières animales dans les chéquiers, et il est très possible que des composants animaux existent dans les machines utilisées pour les cartes bleues (lesquelles d’ailleurs sont fabriquées avec des encres probablement testées sur les animaux)… Certains composants d’ordinateurs contiendraient des ingrédients animaux, il y en aurait aussi dans les pneus de voiture et les réacteurs d’avion.

Alors, que faut-il faire? Cesser d’utiliser du papier, de l’encre, des voitures, des ordinateurs et de l’argent?

Il y a aussi le fait que les légumes que l’on mange soient parfois produits d’un façon peu écologique et que cela occasionne la mort de certains petits animaux (insectes et autres). Même les légumes bio ne sont pas forcément clean, puisque beaucoup sont produits à l’aide d’engrais issus de l’élevage: fumiers, corne, sang…

Lorsque vous vous rendez compte que tout ce que vous faites occasionne potentiellement une nuisance envers un autre  être vivant, que faites-vous? Ce n’est pas une prise de conscience facile. Quand on est vegan, on est en quelque sorte dans une escalade d’engagement qui nous incite a essayer d’être une personne meilleure, à penser pas seulement à soi mais aussi aux autres. Plus on en fait pour rendre le monde un peu moins injuste, plus on a envie d’en faire. Et se rendre compte qu’on mange des légumes qui ont sans doute été produits en tuant des petits animaux n’est pas une chose agréable. Savoir qu’il y a peut-être des composants animaux dans mon ordinateur ne me fait pas plaisir.

Bien sur on pourrait se contenter de dire que qu’un régime végétalien occasionne moins de souffrances « collatérales’ qu’un régime omnivore puisque ce dernier utilise au final davantage de végétaux et donc tue indirectement aussi davantage d’animaux. Mais ce n’est au final qu’une maigre consolation.

Je crois que se rendre compte que notre existence même est source de nuisance pour d’autres individus, c’est une êtape importante de sa vie, c’est le signe qu’on s’intêresse à d’autres choses que son nombril, ce qui est difficile dans une société qui privilégie l’individualisme.

Ce constat donne pourtant lieu à des objections contre le veganisme qui volent bas: les adeptes du « tout ou rien » qui nous serinent inlassablement que, puisqu’on tue des acariens a chaque fois qu’on passe l’aspirateur, puisqu’on utilise de toutes façons des produits animaux dans les billets de banque et puisqu’il faut tuer des insectes pour récolter des légumes blabla, alors tout ce qu’on fait ne sert à rien.

Je me dis parfois que ces objections ne valent rien, puisqu’en poussant cette logique jusqu’au bout, on peut justifier tout acte nuisible à l’encontre de tout être sensible. Puisqu’on est nuisible envers les fourmis qu’on êcrase, alors pourquoi se priver de manger de la viande? Et puisqu’on mange de la viande, et qu’on admet que c’est mal, à quoi bon se préoccuper de savoir dans quelles conditions elle a été produite? Et puisqu’on se préoccupe plus d’éthique car nous sommes intrinsèquement mauvais, pourquoi ne pas aussi manger de l’humain, pourquoi se priver du plaisir de pousser sa grand-mère dans les escaliers?

Mais si la logique du « tout ou rien » est absurde, je pense que certaines critiques s’en rapprochant sont fondées sur une sorte de malentendu. Et il existe, à coté de l’absurde tout-ou-rien, des critiques censées qui se basent sur ce mythe de la pureté. Et quand on voit un peu mieux de quoi il s’agit, on comprend que derrière l’absurdité du tout-ou-rien se cache une logique.

Cette logique est celle de la perfection et de la pureté. Il suffit d’une petite incompréhension pour que le tout-ou-rien prenne sens, du moins virtuellement.

Toutes les critiques sensées contre le véganisme se rapprochent de celle, insensée en apparence, du tout-ou-rien, puisqu’elles se rapportent au mythe de la pureté. Ce que je developperai dans la prochaine note.