Non, les hommes n’avortent pas.

« Aucun degré d’empathie ne peut remplacer l’expérience. Compatir n’est pas pâtir » (Christine Delphy)

Rue89 a publié un article ayant pour titre « les hommes avortent aussi, personne ne s’en soucie« , sous la plume de Frédéric Leclerc-imhoff. Je suis choquée et agacée par cet article, rien que le titre est dérangeant. Non, rue89, les hommes n’avortent pas.

Si je parle de cet article néanmoins, c’est que tout n’est pas à jeter. Le problème c’est qu’on ne peut pas en extraire le peu qu’il y a à sauver, sans remettre en cause la structure même de l’article et tout le système de pensée qui est derrière.

Je voudrais, tant que faire se peut, être parfaitement juste. Non, les femmes ne font pas des enfants toutes seules. Oui, les hommes peuvent souffrir lors d’une grossesse non désirée dont ils sont coresponsables. Oui, ce que ressentent les hommes coresponsables d’un avortement est peu pris en compte, presque jamais mentionné, et c’est quelque chose qui mériterait qu’on se penche dessus un peu plus. Et surtout: Oui, toute souffrance quelle qu’elle soit doit être prise en compte, sans nécessairement être comparée à d’autres formes de souffrance. Enfin, on peut hasarder qu’avec les avancées dues au féminisme, les hommes se sentent un peu plus concernés par la grossesse et l’avortement.

Voilà pour ce qu’il y a à sauver de l’article. Je vais maintenant me pencher sur ce qui ne va pas dans cet article, et croyez-moi, la liste sera beaucoup plus longue. Je fais d’ailleurs appel à vous, lecteurs et commentateurs, pour la compléter en disant ce qui vous a choqué dans cet article, car il y a tellement de choses dérangeantes que je vais surement en oublier !


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Poire le nice guy: portrait robot

Je pense vous avoir suffisamment bourré le mou, chers lecteurs, avec le personnage de Poire. Pourtant, je vais reparler de lui, hé oui.
Rappelons les faits. Je sais que pour certains, et surtout certaines(1), ce sera très redondant. Mais je reçois encore et toujours des commentaires de gens qui n’ont rien compris à l’article originel. Et je ne les publie pas, parce que je ne vais pas réexpliquer la vie à chaque personne individuellement, d’autant plus que ce genre de commentaires expriment en général plutôt une réaction de défense qu’une recherche de vérité, qu’une demande de précision ou qu’un supplément d’informations. Pour faire court, en plus d’être à côté de la plaque, ils n’ont d’intérêt que pour ceux qui les écrivent.

Mais bon, je suis gentille, vous vous souvenez, j’aime les fleurs et les papillons. Donc je vais revenir sur l’article. Ca me permettra d’étoffer un peu, et de préparer la suite…

Poire est un personnage que je n’ai pas inventé, je lui ai juste donné un nom et j’ai analysé son comportement d’un point de vue féministe, ce qui n’avait pas été fait à ma connaissance. Poire est déjà connu sous le nom de « nice guy », bien que d’une façon un peu différente puisqu’il n’est habituellement pas analysé sous l’angle des rapports de genre, mais comme un cas individuel, à part. Ce qui est problématique dans la mesure où il représente quelque chose d’extrêmement courant dans le comportement des hommes. C’est un peu comme considérer le viol comme un évènement isolé: ça ne tient pas. C’est un phénomène social.
Certains tentent d’expliquer le « poirisme » (ou l’existence du « nice guy ») par des interprétation fantaisistes. Dans un grand élan machiste, on accuse les mères, les femmes en général, et même le féminisme, de l’existence de tels comportements masculins. Certains réacs évoquent aussi l’absence de construction de la masculinité par la disparition du service militaire. Des trucs comme ça. Or, j’ai justement montré en quoi le « Poirisme » était justement le fait du patriarcat (ça ne veut pas dire qu’il n’existe pas d’autres facteurs, mais il me semble difficile d’analyser le phénomène d’un point de vue sociologique sans évoquer le patriarcat). Il est possible que des analyses sérieuses aient tenté d’expliquer le pourquoi du Poirisme, mais je n’en connais aucune. Dans les « explications » courantes, le Nice Guy est un Nice Guy parce qu’il est con, parce que sa maman est conne de l’avoir mal élevé, parce qu’il a pas assez de couilles, parce que les femmes sont des chieuses, parce que les féministes racontent des conneries, parce que les filles sont trop superficielles et idiotes pour savoir avec qui elles devraient coucher, parce que les filles préfèrent les connards par masochisme ou stupidité féminine, ou pour aucune raison particulière.

Alors, qui est Poire?

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Les violeurs

Parmi les mythes sur le viol, il y a l’idée que les violeurs sont des psychopathes, des malades mentaux. Bien pratique, cette idée fait du viol non pas un phénomène de société, mais un ensemble de faits divers isolés. Elle est bien sur démentie par de nombreux éléments concrets, à commencer par le nombre de viols par an en France (environ 75 000 d’après l’Observatoire National de la Délinquance, chiffre probablement sous-estimé puisque de nombreuses femmes ne parlent jamais du viol qu’elles ont subi), mais aussi par leur impunité (90% des femmes ne portent pas plainte, 98% des agresseurs ne seront jamais condamnés; de plus la plupart des viols sont requalifiés en agressions sexuelles).

Il est difficile de mettre un chiffre là-dessus mais la majorité des femmes ont déjà subi une agression sexuelle. J’ai subi plusieurs agressions sexuelles dans ma vie ainsi qu’une tentative de viol, et cela n’a rien d’exceptionnel. Si je raconte cette tentative de viol à plusieurs femmes, un certain nombre d’entre elles auront une histoire équivalente à raconter, toutes auront quelque chose à dire de leur expérience là-dessus. Les viols et les agressions sexuelles ne sont pas des choses qui arrivent comme ça, par hasard, à cause de fous isolés. Ils font partie du fonctionnement de la société. Ils sont « normaux ».

Il peut sembler paradoxal qu’un viol soit à la fois considéré comme un crime horrible et à la fois comme quelque chose de tout à fait normal et banal.
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L’utilité de la prostitution (2)

Dans mon dernier article, j’ai évoqué une rupture entre les discours féministes pro/anti prostitution qui parlent beaucoup des prostituées et assez peu des clients, et les discours habituels sur la prostitution qui ne parlent que des clients et occultent totalement l’existence, le ressenti des prostituées, comme si elles n’existaient pas.

Or, je le redis, si on veut comprendre le sens de la prostitution, il faut se demander pourquoi elle existe, autrement dit pourquoi certains hommes achètent du sexe.

Si on peut facilement dire qu’une prostituée se prostitue « pour l’argent », on ne peut pas dire qu’un client achète du sexe « pour le sexe », du moins en disant ça, on ne dit rien. Certains clients prostituteurs sont mariés et ont une vie sexuelle en dehors des prostituées, beaucoup d’entre eux sont tout à fait intégrés dans la société et pourraient très bien avoir des relations sexuelles sans avoir besoin de payer. Ils estiment pourtant avoir besoin de ce qu’ils achètent aux prostituées. En plus, les femmes ont aussi des besoin sexuels, et pourtant elles n’en achètent pas. Lire la suite