Poire le violeur : quand « séduire » devient « faire céder »

Céder n’est pas consentir.
Nicole Claude-Mathieu

Apprendre à séduire, quelle brillante idée.

Vous vous souvenez? J’avais parlé de Poire, le nice guy, le pauvre mec qui n’avait pas confiance en lui, qui voulait séduire mais qui ne savait pas faire, qui se plantait lamentablement, et qui accumulait la frustration et la rancœur jusqu’à haïr l’objet de son désir.

Ha les femmes, toutes des salopes. Veulent même pas sortir avec moi. Non mais j’vous jure.

Et puis il avait reçu des conseils, à droite, à gauche, il avait lu, il s’était dit: maintenant je n’ai plus envie d’être un loser. Maintenant je vais séduire, je vais être comme tous ces mecs qui ont des femmes. (Car Poire confond avoir et être, ou du moins il s’imagine qu’avoir est la clé du bonheur. Pauvre petit gars).

Poire devint Poire le player.

Et puis…

Voilà.

Comment un petit mec timide devient un agresseur sexuel? Lire la suite

Non, les hommes* n’avortent pas.

« Aucun degré d’empathie ne peut remplacer l’expérience. Compatir n’est pas pâtir » (Christine Delphy)

Rue89 a publié un article ayant pour titre « les hommes avortent aussi, personne ne s’en soucie« , sous la plume de Frédéric Leclerc-imhoff. Je suis choquée et agacée par cet article, rien que le titre est dérangeant. Non, rue89, les hommes cis n’avortent pas.

Si je parle de cet article néanmoins, c’est que tout n’est pas à jeter. Le problème c’est qu’on ne peut pas en extraire le peu qu’il y a à sauver, sans remettre en cause la structure même de l’article et tout le système de pensée qui est derrière.

Je voudrais, tant que faire se peut, être parfaitement juste. Non, les femmes ne font pas des enfants toutes seules. Oui, les hommes peuvent souffrir lors d’une grossesse non désirée dont ils sont coresponsables. Oui, ce que ressentent les hommes coresponsables d’un avortement est peu pris en compte, presque jamais mentionné, et c’est quelque chose qui mériterait qu’on se penche dessus un peu plus. Et surtout: Oui, toute souffrance quelle qu’elle soit doit être prise en compte, sans nécessairement être comparée à d’autres formes de souffrance. Enfin, on peut hasarder qu’avec les avancées dues au féminisme, les hommes cis se sentent un peu plus concernés par la grossesse et l’avortement.

Voilà pour ce qu’il y a à sauver de l’article. Je vais maintenant me pencher sur ce qui ne va pas dans cet article, et croyez-moi, la liste sera beaucoup plus longue. Je fais d’ailleurs appel à vous, lecteurs et commentateurs, pour la compléter en disant ce qui vous a choqué dans cet article, car il y a tellement de choses dérangeantes que je vais surement en oublier !


Lire la suite

Poire le nice guy: portrait robot

Je pense vous avoir suffisamment bourré le mou, chers lecteurs, avec le personnage de Poire. Pourtant, je vais reparler de lui, hé oui.
Rappelons les faits. Je sais que pour certains, et surtout certaines(1), ce sera très redondant. Mais je reçois encore et toujours des commentaires de gens qui n’ont rien compris à l’article originel. Et je ne les publie pas, parce que je ne vais pas réexpliquer la vie à chaque personne individuellement, d’autant plus que ce genre de commentaires expriment en général plutôt une réaction de défense qu’une recherche de vérité, qu’une demande de précision ou qu’un supplément d’informations. Pour faire court, en plus d’être à côté de la plaque, ils n’ont d’intérêt que pour ceux qui les écrivent.

Mais bon, je suis gentille, vous vous souvenez, j’aime les fleurs et les papillons. Donc je vais revenir sur l’article. Ca me permettra d’étoffer un peu, et de préparer la suite…

Poire est un personnage que je n’ai pas inventé, je lui ai juste donné un nom et j’ai analysé son comportement d’un point de vue féministe, ce qui n’avait pas été fait à ma connaissance. Poire est déjà connu sous le nom de « nice guy », bien que d’une façon un peu différente puisqu’il n’est habituellement pas analysé sous l’angle des rapports de genre, mais comme un cas individuel, à part. Ce qui est problématique dans la mesure où il représente quelque chose d’extrêmement courant dans le comportement des hommes. C’est un peu comme considérer le viol comme un évènement isolé: ça ne tient pas. C’est un phénomène social.
Certains tentent d’expliquer le « poirisme » (ou l’existence du « nice guy ») par des interprétation fantaisistes. Dans un grand élan machiste, on accuse les mères, les femmes en général, et même le féminisme, de l’existence de tels comportements masculins. Certains réacs évoquent aussi l’absence de construction de la masculinité par la disparition du service militaire. Des trucs comme ça. Or, j’ai justement montré en quoi le « Poirisme » était justement le fait du patriarcat (ça ne veut pas dire qu’il n’existe pas d’autres facteurs, mais il me semble difficile d’analyser le phénomène d’un point de vue sociologique sans évoquer le patriarcat). Il est possible que des analyses sérieuses aient tenté d’expliquer le pourquoi du Poirisme, mais je n’en connais aucune. Dans les « explications » courantes, le Nice Guy est un Nice Guy parce qu’il est con, parce que sa maman est conne de l’avoir mal élevé, parce qu’il a pas assez de couilles, parce que les femmes sont des chieuses, parce que les féministes racontent des conneries, parce que les filles sont trop superficielles et idiotes pour savoir avec qui elles devraient coucher, parce que les filles préfèrent les connards par masochisme ou stupidité féminine, ou pour aucune raison particulière.

Alors, qui est Poire?

Lire la suite

L’avocat des Poires

En relisant les très nombreux commentaires sur la petite histoire Poire le mec qui était trop gentil, quelque chose m’a sauté aux yeux, outre le fait que j’avais été beaucoup trop tolérante et gentille (moi aussi !) avec les trolls (mais j’en ai déjà parlé). Pourquoi une telle dureté contre ce personnage? Est-ce souhaitable, au fond? Poire est-il un « loser »? Si oui, pourquoi?

Rappelons-nous: dans l’article, j’ai dit que Poire était sexiste, à sa façon, qu’il était un produit du patriarcat. J’ai aussi dit, ou insinué, qu’il existait chez lui une certaine forme d’hypocrisie, dans ses rapports avec Cerise, mais aussi vis-à-vis de lui-même, puisqu’il se voit comme le gentil héros de l’histoire, alors qu’au fond il agit beaucoup pour son intérêt personnel. Enfin, jai dit qu’il était inexpérimenté et qu’il souffrait se frustration affective et/ou sexuelle, et que ce cocktail faisait paraitre chez lui une certaine aigreur.

Je n’ai rien dit de plus. Cet article n’était pas un procès, ni une volonté de jugement. Certains l’ont compris, il s’agissait de donner un point de vue féministe sur un sujet de société, un sujet souvent abordé (mais assez peu avec cette approche), celui du « nice guy » éternellement frustré. Bien sur, le portrait était peu flatteur, mais peu de caricatures le sont, souvenez-vous du vrai mec et de la vraie fille féminine. Beaucoup moins fréquentables que le mignon Poire, et pourtant, presque chaque homme a un peu de « vrai mec » en lui, presque chaque femme a en elle au moins un peu de la VFF-Barbie, et tout le monde sait que c’est dur d’évoluer.
Lire la suite