L’avocat des Poires

En relisant les très nombreux commentaires sur la petite histoire Poire le mec qui était trop gentil, quelque chose m’a sauté aux yeux, outre le fait que j’avais été beaucoup trop tolérante et gentille (moi aussi !) avec les trolls (mais j’en ai déjà parlé). Pourquoi une telle dureté contre ce personnage? Est-ce souhaitable, au fond? Poire est-il un « loser »? Si oui, pourquoi?

Rappelons-nous: dans l’article, j’ai dit que Poire était sexiste, à sa façon, qu’il était un produit du patriarcat. J’ai aussi dit, ou insinué, qu’il existait chez lui une certaine forme d’hypocrisie, dans ses rapports avec Cerise, mais aussi vis-à-vis de lui-même, puisqu’il se voit comme le gentil héros de l’histoire, alors qu’au fond il agit beaucoup pour son intérêt personnel. Enfin, jai dit qu’il était inexpérimenté et qu’il souffrait se frustration affective et/ou sexuelle, et que ce cocktail faisait paraitre chez lui une certaine aigreur.

Je n’ai rien dit de plus. Cet article n’était pas un procès, ni une volonté de jugement. Certains l’ont compris, il s’agissait de donner un point de vue féministe sur un sujet de société, un sujet souvent abordé (mais assez peu avec cette approche), celui du « nice guy » éternellement frustré. Bien sur, le portrait était peu flatteur, mais peu de caricatures le sont, souvenez-vous du vrai mec et de la vraie fille féminine. Beaucoup moins fréquentables que le mignon Poire, et pourtant, presque chaque homme a un peu de « vrai mec » en lui, presque chaque femme a en elle au moins un peu de la VFF-Barbie, et tout le monde sait que c’est dur d’évoluer.
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Le manuel du vrai mec

A tous les faux mec de ma vie: je vous aime les mecs !

Le vrai mec est un drôle d’animal. Au niveau évolutif, on pourrait le classer comme chaînon manquant entre le chien en rut et l’amibe, si ça ne faisait pas autant plaisir aux créationnistes. Et ce serait oublier son petit côté robotisé qui fait de lui un animal pas tout à fait organique. Mais tellement fonctionnel !

mickael vendetta vrai mec

Mais qu’est-ce qu’un vrai mec? Le vrai mec tient beaucoup de l’amibe par ses capacités mentales, non pas tant au niveau intellectuel qu’émotionnel. Incapable de ressentir une émotion, encore moins de l’exprimer, le vrai mec tient beaucoup du robot ou de l’ordinateur. C’est que, voyez-vous, le vrai mec est fonctionnel, utilitaire et certainement pas décoratif (contrairement à une vraie femme, mais nous y reviendront).
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Le morceau d’argile

Il était une fois quelques morceaux d’argile qui somnolaient sur la Terre. Leur vie minérale s’écoulait dans l’indifférence des jours, sans les voir ni les compter. C’était l’harmonie.

Un jour, un des morceaux d’argile se mit à rêver.

« J’ai bien envie…. »

Un souffle de vent passe, et le morceau d’argile semble tout à son rêve.Il poursuit:

« J’ai bien envie de me laver les mains avant de manger. Et de porter un sabre à ma ceinture, là, du côté gauche, et je le saisirai de ma main droite, comme ça. »

Le morceau d’argile remue un peu. Ce n’est pas encore convaincant, mais, enthousiaste, il continue:

« Ha oui, et de cette même main, qui aura cinq doigts, hé bien je tiendrai une plume. Ainsi, j’écrirai. J’aurai un alphabet, des nombres. Mais ce n’est pas tout: je n’écrirai pas n’importe quoi. Je ferai des poèmes et des lettres. »

Le morceau d’argile remue d’aise, se saisissant peu à peu en un vague monticule.

« Mais aussi, je donnerai des ordres. et je lèverai des armées. J’irai au champ de bataille. Je marcherai sur la plaine. Je signerai des décrets, des traités, des lois; et aussi, je me révolterai contre les injustices; je pendrai mes ennemis au bout d’une corde. Je ferai des dictatures et des révolutions. Je crierai « vive la liberté! ». Je fera des républiques… Et aussi je resterai, apathique, chez moi, je regarderai passer le monde et mourir mes enfants. »

Le morceau d’argile soupire d’aise, et s’aplatit un peu. Mais, presqu’aussitôt, il se saisit de plus belle, se relève, se dresse, se met à esquisser une forme.

« Il y aura des femmes; je tomberai amoureux. Je leur ferai porter des robes de toutes les couleurs. Elles me rendront fou; je leur écrirai des poèmes. Je leur ferai des enfants. Pour elles, je ferai encore la guerre; puis je la ferai contre elles, aussi. Je les aimerai, j’aurai peur d’elles; je les dominerai. Je serai colérique, violent, amer, doux, misérable. Je serai aigri, seul et dévasté… »

A présent, les autres morceaux d’argile l’observent avec attention, ainsi que toutes les pierres et les cailloux alentour.

« A la fin, je me tuerai moi-même. Je me suiciderai… Mais je tuerai aussi mes semblables, et je tuerai les femmes. Elles seront faiblesses, beauté…

-Il y aura aussi d’autres créatures, dit une pierre.

-Bien sur qu’il y en aura ! et je les dominerai à leur tour. Je leur mettrai des laisses, des oeillères, je monterai sur leur dos. Je les tuerai et les mangerai. Mais je les aimerai aussi. Je n’existerai pas sans elles… Je mangerai de la viande, car je serai riche, puis lorsque je serai pauvre, je continuerai d’en manger. J’inventerai des fermes. »

Le morceau d’argile est de plus en plus haut, maintenant. Déjà, il a esquissé quelques formes. il continue:

« Je porterai des chapeaux, des bottes et des chemises, des redingotes, des capes. J’irai à cheval à travers le pays. J’aurai des coutumes, je parlerai une langue, peut-être deux. Je parlerai aux autres et me moquerai d’eux. Je pisserai debout. »

Tout en parlant, le morceau d’argile s’enthousiasme et prend peu à peu forme humaine.

« Je mangerai dans une assiette, avec une fourchette à droite, et à gauche, un couteau. J’aurai un verre à eau, un verre à vin. J’aurai des mouchoirs brodés. Mes bottes feront du bruit quand je marcherai sur les routes. »

Les autres morceaux de terre et de pierre sursautent à cette idée.

-Il y aura des routes?

-Oui, et elles seront pavées. Je bâtirai des maisons, et leur toit aura des tuiles rouges. Dedans, il y aura ma famille, et je leur enseignerai mes coutumes, et j’ignorerais celles des autres. Je serai l’Homme.

Un autre morceau d’argile fait alors remarquer:

-Tu ne pourras pas être l’Homme. Tu seras un homme parmi d’autres.

-Non, non, je serai l’Homme, réplique le morceau d’argile, qui, à présent, a presque entièrement forme humaine. J’aurai une religion, et ce sera la vraie religion. Je lirai la bible et l’apprendrai à mes enfants. J’inventerai des mots, mais pas trop. Mes ongles seront propres. Je porterai une alliance à un doigt, quand je serai marié; je…

-Il n’y aura donc pas d’autres hommes?

A cette question, le morceau d’argile parait décontenancé. Puis il se reprend:

-Si, il y en aura. Et aussi des femmes. Mais moi je serai l’Homme, l’unique, le vrai. Je ne devrai pas être comme tout le monde; les autres devront être comme moi, jusqu’à la couleur de ma peau. Je les soumettrai tous, tous les autres, et aussi les animaux et les femmes, et les enfants et les vieux. Je serai l’Homme et j’écrirai mon nom avec un H majuscule.

Les autres pierres s’écrient: Quelle arrogance! Quelle prétention ! Mais déjà le morceau de glaise avait deux longues jambes. Il se leva et partit.

-On ne devrait peut-être pas le laisser faire, dit un caillou.

-Ben oui, répondit un autre; mais nous, on n’est que de la terre et des pierres, que pouvons-nous contre l’Homme? »

Déjà il était loin.

Le chien et le mec dans la maison en flammes

J’ai exposé dans le précédent article des considérations scientifico-métaphysiques hautement complexes à propos d’une situation complètement idiote et qui n’existe pas. Il s’agissait de la situation dans laquelle je peux sauver un chien ou un humain avec une seule bouteille d’eau.

 

Vous aurez noté que j’ai brièvement exposé une situation similaire, tout aussi stupide et inexistante, dans laquelle je peux sauver un canidé ou un humanoïde d’une maison en flamme, en un court laps de temps.

 

Faisons encore un gros effort d’imagination pour nous mettre en situation: je dois braver les flammes pour aller chercher un humain ou un chien qui ne peuvent en aucun cas sortir seuls, ce qui laisse à penser qu’ils ont perdu connaissance à cause de l’asphyxie causée par les flammes. Mais je sais exactement ou ils se trouvent et, par un procédé de divination surnaturelle, je sais aussi que je ne pourrai en sauver qu’un. Notons que si le chien est de petite taille, je pourrais très bien le porter avec moi en allant chercher l’humain. Cette situation ne permet donc que de discriminer l’humain des races de chien de grande taille. C’est pourquoi les chinois, qui ont pour habitude culturelle de consommer de la viande de chien, consomment principalement des chiens de race saint-bernard. En effet, il est très difficile de porter un saint bernard et un humain en même temps, et donc nous nous heurtons à l’impossibilité de les sortir tous les deux d’une maison en flamme. Nous en concluerons logiquement que les saint bernards peuvent être mangés. Cette procédure de discrimination hautement sophistiquée ne peut s’appliquer ni aux jack russel, ni aux caniches nains ou autres races de chiens de petite taille. De plus, ces races ayant une truffe très proche du sol, elles seraient sans doute moins sujettes à l’asphyxie.

 

Mais je m’égare.

 

Vous, végétariens, vous n’êtes pas sensibles à cette logique imparable. C’est sans doute parce que vos parents ne vous aimaient pas quand vous étiez petit. Dès lors, lorsqu’on vous posera cette question au prochain repas en famille, que répondre pour sauver la face?

 

Personnellement, on m’a déjà posé très sérieusement la question dite du « chien et du mec dans le désert », et j’ai répondu tout aussi sérieusement qu’il serait toujours temps d’y réfléchir le jour où cela m’arrivera. Mais mon interlocuteur semblait peu satisfait. Je lui ai donc demandé ce qu’il ferait s’il était dans le désert avec un couteau, une vache et des bols de riz.*

 

Mais vous ne pouvez pas vous contenter de détourner la conversation avec des comparaisons idiotes entre manger en tuant et manger sans tuer. C’est stérile. Vous devez donc jouer le jeu et répondre en toute honnêteté.

 

N’oubliez pas de demander des précisions sur les relations que vous avez avec le chien et avec l’humain, et sur la taille et le poids de chaque individu, afin de gagner un peu de temps pour réfléchir. Puis changez de sujet à la première occasion. Vous ne devez surtout pas admettre que vous préférez les humains aux chiens, sinon, vous avez tort d’être végétarien. Et vous ne devez jamais admettre que vous préférez les chiens aux humains, sans quoi vous passerez pour un misanthrope aigri.

 

Si le changement de sujet de conversation de fonctionne pas, essayez d’introduire une autre espèce dans la maison en flamme, ça pourra toujours embrouiller votre interlocuteur.

 

*cette conversation est rigoureusement authentique.